Il y aura bien de nouvelles élections municipales à Grand-Bassam. Après Port-Bouet et Lakota, la Cour suprême a annulé, vendredi 30 novembre, les résultats des élections locales à Grand-Bassam. Le scrutin a également été invalidé à Bingerville, Rubino et Booko. Les prochaines échéances électorales dans ces quatre villes sont prévues dans trois mois.
Comme de nombreux candidats (103 au total), Georges Ezaley saisira la Chambre administrative de la Cour suprême pour faire invalider la victoire de son adversaire. Jean-Louis Moulot, selon les résultats rendus publics le 15 octobre par la Commission, électorale indépendante (CEI), a obtenu plus de 9 000 voix, soit 48% des suffrages exprimés. Des résultats que le maire sortant, qui a recueilli 8 843 voix, soit 45% des suffrages exprimés, conteste depuis leur proclamation.
Vendredi 30 novembre, au moment où les juges de la Cour suprême rendaient leur verdict, Georges Ezaley « en séance de travail » avec son avocat n’a pas pu répondre à nos questions. Son adversaire, présent à New York dans le cadre de la présidence de la Côte d’Ivoire au Conseil de sécurité de l’ONU, a pu se confier à Jeune Afrique. Jean-Louis Moulot s’est dit « serein » pour la suite. « Les Bassamois sont toujours avec nous. Nous allons les remobiliser et leur offrir la victoire à nouveau. Ce n’est que partie remise. »
La contestation entre Georges Ezaley et Jean-Louis Moulot a été émaillée par des violences quasi-quotidiennes à Bassam, obligeant les autorités locales à annuler la fête de l’Abissa, un des événements touristiques majeurs de Côte d’Ivoire.
Le comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF), réuni vendredi 30 novembre à Accra (Ghana), a officiellement décidé de retirer l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019 au Cameroun, lançant dans le même temps un appel à candidatures pour trouver un remplaçant.
Se basant sur plusieurs rapports de missions d’inspection, la commission d’organisation de la CAN 2019 avait estimé dans la matinée du 30 novembre que le Cameroun n’était pas prêt à accueillir l’événement, accusant des retards notamment en matière d’infrastructures et de sécurité. Dans la soirée, le comité exécutif de la CAF a officiellement décidé de retirer l’organisation au pays de Paul Biya, selon une source de Jeune Afrique au sein de la CAF.
L’information a été confirmée dans les minutes qui ont suivi par la CAF, sur son compte Twitter. Un communiqué plus détaillé doit être publié dans les heures qui viennent pour motiver cette décision.
Les candidatures sont désormais ouvertes pour trouver un nouvel hôte à la plus grande compétition sportive continentale, programmée du 15 juin au 13 juillet. Cette nouvelle édition, redimensionnée à 24 équipes – contre 16 jusqu’à présent – , implique la mobilisation d’infrastructures conséquentes. Le Maroc, qui s’était déjà substitué en janvier dernier au Kenya pour la tenue du Championnat d’Afrique des nations (CHAN), a d’ores et déjà confirmé qu’il était intéressé. L’Égypte et l’Afrique du Sud pourraient également se porter candidats.
La phase finale de la Coupe d’Afrique des nations 2019 (15 juin-13 juillet) n’aura pas lieu au Cameroun, a décidé la Confédération africaine de football (CAF), ce 30 novembre 2018 à Accra. Le Comité exécutif (ComEx) de la CAF estime que les Camerounais ne seront pas prêts à temps pour organiser la CAN 2019. Le ComEx va lancer un appel à candidature pour trouver un nouveau pays-hôte.
Cette fois, c’est officiel : après 20 mois de polémiques, la Confédération africaine de football (CAF) a bel et bien retiré au Cameroun l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2019. La phase finale de la CAN 2019 (15 juin-13 juillet) aura par ailleurs lieu dans un autre pays, suite à un rapide appel à candidatures. Ainsi en a décidé le Comité exécutif (ComEx) de la CAF, réuni ce 30 novembre 2018 à Accra, en marge de la Coupe d’Afrique des nations féminine.
Une source proche du président de la CAF a indiqué à RFI que la Confédération étudiait un éventuel report de la compétition au Cameroun à 2021. Dans cette hypothèse, la Côte d’Ivoire organiserait la CAN en 2023… Le cas de la Guinée, censée être la terre d’accueil de la CAN 2023, n’a en revanche pas été abordé.
Trop d’incertitudes aux yeux de la CAF
Ce vendredi, le ComEx a étudié un rapport dressé par sa Commission d’organisation de la CAN. Il s’agit d’une synthèse des deux dernières inspection faites au Cameroun en octobre/novembre. Les conclusions ne sont pas bonnes pour le Cameroun, qui a pourtant mis les bouchées doubles ces derniers mois, dépensant des dizaines de milliards de francs CFA pour être prêt dans les temps.
Peu après son élection en mars 2017, Ahmad, le président de la CAF, avait pointé du doigt les nombreux retards constatés du côté camerounais. Le fait que le format de la CAN ait changé, avec davantage d’équipes présentes et de matches à disputer, avait accentué l’inquiétude du Malgache. Mais son discours s’était adouci, notamment après une entrevue avec le président camerounais, Paul Biya. Le patron du football africain était ainsi passé de menaces de retrait pur et simple à peine voilées, à une invitation à accepter un report du tournoi.
L’Afrique du Sud, l’Egypte et le Maroc à la lutte ?
Le Comité exécutif a demandé aux pays intéressés par la CAN 2019 de se signaler rapidement. Un cabinet d’audit sera chargé de désigner le remplaçant du Cameroun, avant la fin du mois de décembre.
D’après nos informations, les Egyptiens auraient, comme les Sud-Africains, déjà manifesté leur intérêt, contrairement aux Marocains, plus prudents mais souvent cités en recours depuis 2017. L’Egypte a déjà accueilli quatre fois la CAN (en 1959 avec la Syrie, en 1974, en 1986 et en 2006). Oussama Ismaïl, porte-parole de la Fédération égyptienne de football, a confié à RFI : « Nous sommes intéressés par l’opportunité d’organiser la Coupe d’Afrique des nations. Nous n’allons pas dire non. L’Egypte est toujours prête à accueillir ce genre d’événements. Nos stades militaires et civils pourront accueillir de fortes affluences de supporters en toute sécurité. »
Deux candidats semblent toutefois se dégager : l’Afrique du Sud et le Maroc. Les Sud-Africains et les Marocains disposent a priori de la stabilité et des infrastructures pour accueillir cette première Coupe d’Afrique des nations élargie, avec 24 équipes et 52 matches au lieu de 16 équipes et 32 rencontres. Le pays de Nelson Mandela peut évidemment compter sur les dix stades de la Coupe du monde 2010.
La quatrième CAN de suite à être déplacée
La CAN 2019 est donc la quatrième phase finale de suite à changer de pays hôte. La CAN 2013 devait avoir lieu en Libye mais avait été confiée à une Afrique du Sud censée abriter l’édition 2017. La CAN 2015 avait été retirée au Maroc et la Guinée équatoriale avait été appelée à la rescousse. Et la CAN 2017 d’abord attribuée à l’Afrique du Sud, puis à la Libye, avait finalement eu lieu au Gabon…
« Le football en Afrique dépend de nos gouvernements. Mais notre priorité est de préserver l’intérêt de nos acteurs et surtout nos joueurs. Je ne sais pas s’il existe des statistiques, mais beaucoup ont été blessés lors des CAN pour des raisons de conditions d’organisation », a déclaré le président Ahmad.
Moins d’une semaine après l’attaque des sites internet du gouvernement de la RDC, les Anonymous s’en sont pris jeudi 29 novembre à celui de la Ceni. Un des auteurs de cette « action » explique à JA ses motivations.
« Vous pouvez m’appeler Lorian Synaro. » C’est sous son pseudo Twitter que l’« hacktiviste » se présente lorsque nous entrons en contact avec lui. Même en DM (messages privés), celui qui se dit « combattant de la liberté » ne révélera ni son âge, ni sa nationalité, et encore moins son lieu de naissance. « Pour des raisons de sécurité », bien évidemment.
D’autant que, quelques minutes plutôt, en cette fin de soirée du jeudi 29 novembre, il vient de revendiquer au nom de Anonymous International l’attaque du site internet de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) de la RDC. « Je n’attaque jamais un site web sans raison », se justifie alors d’entrée de jeu Lorian Syrano. « Je combats la corruption, l’oppression, le terrorisme et la dictature », poursuit-il. Mais pourquoi s’attaquer à une commission électorale à moins d’un mois de la tenue des élections ?
En RDC, la campagne électorale a en effet démarré le 21 novembre. Sauf changement de calendrier, plus de 40 millions d’électeurs sont attendus dans les bureaux de vote le 23 décembre pour élire à la fois le nouveau président de la République, les députés nationaux et provinciaux.
Deux questions continuent cependant à diviser la classe politique et la société civile congolaises. Il s’agit de la fiabilité du fichier électoral – lequel comprend au moins 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales – et, surtout, du recours aux controversées machines à voter.
Nous ne voulons pas que les élections se tiennent avec la machine à voter
C’est visiblement cette dernière question qui justifierait l’attaque du site de la Ceni par les Anonymous. « Nous ne voulons pas que les élections se tiennent avec la ‘machine à voter’, car les résultats pourraient être facilement modifiés », soutient Lorian Synaro qui s’est fait assister par un camarade, surnommé « nulldev » sur Twitter, dans cette opération menée contre le site internet de la Ceni.
C’est une trouvaille qui pourrait remettre en cause le titre de « berceau de l’humanité » de l’Afrique de l’Est. Une équipe de chercheurs publie dans la revue Science les résultats de fouilles archéologiques menées en Algérie, au cours desquelles ils ont trouvé des outils façonnés par une main humaine il y a 2,4 millions d’années. C’est presque aussi vieux que les plus anciens jamais découverts, en Ethiopie.
Ils n’ont pas l’air de grand-chose ces galets en calcaire et ces silex. Et pourtant, ils ont quatre particularités qui les rendent très intéressants aux yeux des paléontologues. Tout d’abord, ils sont vieux : 2,4 millions d’années. Ce sont également des outils, car il apparaît qu’ils ont été façonnés, biseautés, par des mains humaines, ce qui en fait parmi les plus vieux jamais découverts. Ils ont par ailleurs été utilisés, puisque des cadavres d’animaux dépecés et frappés ont été dénichés non loin. Enfin, et plus surprenant encore, ils se trouvent là où on ne s’attendait pas du tout à les voir, non loin de Sétif, à 300 kilomètres à l’est d’Alger.
Pourquoi est-ce surprenant ? Parce qu’on avait déjà découvert des outils, plus vieux encore et les plus anciens jamais trouvés : 2,6 millions d’années. Mais c’est à 5 000 kilomètres de là, sur le site de Gona, en Ethiopie. « Il y a deux explications possibles », avance Mohammed Sahnouni, qui a dirigé ces fouilles. « Soit il y a eu une migration très rapide des premiers humains depuis l’Afrique de l’Est en direction de l’Algérie. Soit ce sont les populations qui vivaient en Algérie à l’époque qui ont développé par elles-mêmes la technologie pour façonner des outils. On aurait alors une origine multiple de l’émergence de la technologie lithique et l’adoption d’un régime alimentaire basé sur la consommation de viande ».
Une courte différence d’âge de 200 000 ans
En l’état actuel des recherches, il est impossible de trancher entre ces deux hypothèses. Ceci dit, le cœur de Mohammed Sahnouni et de son équipe a sa préférence : « La différence d’âge entre les outils éthiopiens et algériens est très courte, 200 000 ans. Ce n’est pas suffisant pour une migration depuis l’Afrique de l’Est vers le Nord en parcourant plus de 5 000 kilomètres, avec toutes les entraves. Si on considère également la démographie de ces premiers humains, c’est compliqué : il s’agissait de groupes très restreints ne dépassant pas 15 individus. C’est pour ces raisons que nous favorisons la deuxième hypothèse. » Le chercheur reste cependant prudent : « La première n’est pas à exclure non plus ! ».
Si Mohammed Sanhouni et son équipe ne se trompent pas, le scénario plaçant l’Afrique de l’Est comme « berceau de l’humanité » s’en trouverait chahuté. Reste cependant à savoir à partir de quand l’humanité est devenue humanité.
L’émergence du genre Homo, dont Homo sapiens est le dernier représentant, est considérée comme point de départ. C’est l’apparition d’Homo habilis, nommé ainsi pour sa capacité à faire des outils, il y a justement 2,5 millions d’années environ qui marquerait le début. Si cette capacité est apparue à plusieurs endroits au même moment comme le pense Mohammed Sanhouni, l’Afrique de l’Est perdrait alors son titre. Si on remonte plus loin dans le temps en revanche, il n’y a alors plus lieu de discuter : les australopithèques, qui ne sont pas des hommes, mais dont l’homme est descendu, sont, en effet, en l’état actuel des connaissances, originaire de l’Afrique de l’Est. Cette fois, pas de doute possible, les plus vieux fossiles découverts ont environ 4 millions d’années.
Le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) d’Emmanuel Macron a célébré vendredi 30 novembre son premier anniversaire à Paris. Au menu : discours, tables rondes et débats sur la “nouvelle relation” que le président français entend tisser avec les pays africains.
Jules-Armand Aniambossou le reconnaît lui-même : « Nous ne sommes pas des pros de la communication ». Lassé que le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) soit régulièrement qualifié par la presse de « coquille vide », de « cénacle de courtisans » ou de « satellites de Jupiter », son coordinateur et ses membres avaient mis les petits plats dans les grands pour célébrer la première année d’existence de cette institution inédite, sorte de think tank dédié à la politique africaine d’Emmanuel Macron.
Un an après une première conférence de presse de présentation intimiste dans les sous-sols d’un hôtel parisien, début décembre 2017, le CPA dressait ce vendredi 20 novembre un premier bilan de son action dans les locaux de l’Agence française de développement (AFD), à Paris. Avec les animateurs de RFI Claudy Siar et Juan Gomez en chefs d’orchestre, discours, tables-rondes et débats se sont succédés sur la « nouvelle relation » qu’Emmanuel Macron souhaite nouer avec les pays africains.
Parmi les personnalités externes au CPA, Rémy Rioux, directeur général de l’AFD, Sira Sylla et Hervé Berville, députés de la République en marche (LREM), ou encore Pierre de Gaétan Njikam, adjoint au maire de Bordeaux Alain Juppé.
Interpellations « sans filtres »
Dans la salle, des jeunes français et africains, qui n’ont pas hésité à interpeller les différents intervenants sur des sujets aussi diverses que l’attribution de visas aux Africains désireux de se rendre en France, la récente hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers dans les universités françaises, ou encore l’avenir du partenariat entre Paris et les pays africains. Le tout « sans filtres » ou presque, comme le souhaitaient les organisateurs.
Au centre de discussions parfois animées, les différents engagements pris par Emmanuel Macron dans son discours à l’université de Ouagadougou, le 29 novembre 2017, dont la plupart ont été recommandés par les membres du CPA. Jules-Armand Aniambossou, camarade de promotion de Macron à l’ENA, a ainsi insisté sur le fait que plusieurs d’entre eux étaient en train de se réaliser, comme la restitution d’œuvres africaines à leur pays d’origine ou la saison des cultures africaines en France en 2020.
Comme l’a assuré Elisabeth Gomis, journaliste et réalisatrice membre du CPA, ses neuf membres bénévoles, tous issus de la société civile, n’hésitent pas à parler « cash » au président pour tenter d’orienter ses décisions. Objectif : en finir avec les travers de la « Françafrique » et donner un nouveau visage aux relations tumultueuses entre la France et les pays du continent. Désormais doté d’un secrétariat permanent et de locaux au siège de l’AFD, le CPA a encore, de l’aveu même d’Elisabeth Gomis, « beaucoup de travail » à fournir pour y parvenir.
Le président Pierre Nkurunziza n’ayant pas fait le déplacement à Arusha, les chefs d’État de la Communauté des États d’Afrique de l’Est présents en Tanzanie le 30 novembre pour le 20e sommet de l’EAC ont dû reporter la réunion qui devait notamment aborder la crise burundaise.
Le discret bras de fer entre Pierre Nkurunziza et la Communauté des États d’Afrique de l’Est (EAC) a livré un verdict tardif. Alors que le 20e sommet des chefs d’État de l’EAC devait s’ouvrir le vendredi 30 novembre, les délégations présentes ont, face à l’absence d’une représentation burundaise, décidé à l’issue d’un vote par consensus de reporter la rencontre au 27 décembre.
« Délais trop court »
C’est là l’épilogue d’une série d’échanges entre le président burundais, qui demandait le report du sommet, et son homologue ougandais Yoweri Museveni, actuel président de l’EAC. Dans une lettre datée du 24 novembre, Pierre Nkurunziza estimait ne pas avoir été prévenu suffisamment tôt de l’organisation du sommet d’Arusha. « L’invitation [au sommet], bien que signée le 30 octobre, n’est arrivée à l’ambassade du Burundi à Kampala que le 19 novembre (…) et sur mon bureau le 21 novembre, ce qui nous laisse à peine une semaine pour être prêt pour le sommet », écrivait-il, expliquant que le règlement de l’organisation exigeait un délais de quatre semaines. « Nous considérons que ce délais est trop court pour permettre une préparation sérieuse pour un sommet », poursuivait la correspondance du président burundais.
Réponse immédiate de Yoweri Museveni. Dans une lettre datée du 25 novembre, le président ougandais notifiait son homologue du refus de sa requête, assurant que « le Burundi était au courant de l’agenda de l’EAC ». Il a notamment rappelé qu’une délégation burundaise était présente à la réunion des secrétariats permanents des membres de l’EAC organisée les 24-25 octobre 2018, et lors de laquelle avait été évoqué la date et l’agenda du sommet. Évoquant des « sujets sérieux » auxquels les États membres doivent adresser « une réponse rapide », le président en exercice de l’EAC a appelé son homologue à ne pas rendre l’organisation « otage du règlement ».
Le dialogue inter-burundais dans l’impasse
Les chefs d’État de la Communauté des États d’Afrique de l’Est devaient, entre autres sujets, aborder la question de la crise burundaise. Benjamin Mkapa, ancien président de la Tanzanie et facilitateur du dialogue inter-burundais depuis décembre 2015, était également présent à Arusha pour le sommet afin d’y présenter son rapport. Remis préalablement au président Museveni, médiateur en charge de la crise burundaise, ce document présente le bilan de trois ans d’une mission qui s’est soldée le 29 octobre dernier – à l’issue du cinquième round de négociations boycotté par Bujumbura -, par un ultime échec.
« Nkurunziza a sans doute voulu éviter d’être sous le feu des projecteurs avec l’échec du dialogue et la pression des différents acteurs de la région pour qu’il respecte son engagement en vue des élections de 2020 », estime une source diplomatique présente à Arusha. « L’EAC devra à l’issue du sommet statuer sur la suite à donner au dossier burundais, soit le reprendre directement en main, soit un abandon du dossier », ajoute un diplomate de l’EAC. Le gouvernement burundais n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.
Des policiers et des directeurs d’agences environnementales ont été sanctionnés à la suite du rapport d’enquête sur la mort de trois manifestants, le 18 juin dans le village de Faraba Banta. Le gouvernement « a accepté et appliqué toutes les recommandations de la commission d’enquête ».
La police gambienne a officiellement été reconnue coupable d’avoir ouvert le feu sur des manifestants le 18 juin dernier à Faraba Banta, a confirmé le 28 novembre le rapport de la commission d’enquête instaurée par le président gambien Adama Barrow, au lendemain des événements meurtriers. Dans son rapport, la commission d’enquête – composée de cinq membres dirigés par le magistrat Emmanuel Joof – l’a pointée pour sa « désorganisation » et désignée comme étant à l’origine de « la surenchère ayant conduit aux affrontements violents entre la population de Faraba Banta et la police gambienne ».
Trois personnes avaient été tuées le 18 juin dernier, tombées sous les balles de la police qui avait ouvert le feu au cours d’une manifestation organisée dans cette localité située à 50 km au sud de la capitale Banjul. Les habitants protestaient contre la présence de la société minière Julakay, qui exploite le secteur depuis 2017, en dépit des préoccupations environnementales exprimées par les écologistes.
Les éléments de la police « sont responsables »
« Les éléments de la police d’intervention sur le terrain […] sont responsables de la fusillade sur les villageois et responsables de la mort et des blessures par balles qui leur ont été infligées », ont ainsi précisé les enquêteurs dans leur rapport, rendu public par le secrétaire général à la présidence de la République de Gambie et le ministre de la Justice du pays.
Les enquêteurs de la commission ont également pu établir « avec certitude » que quatre policiers (ASP Musa Fatty, PC Musa Badjie, PC Nuha Colley et Momodou Z Jallow) avaient utilisé des munitions au moment de l’incident. Ils ont depuis été arrêtés et poursuivis pour meurtre. La totalité des policiers ayant ouvert le feu n’a néanmoins pas été identifiée par la commission, notamment en raison des casques et autres vêtements anti-émeutes qu’ils portaient.
En tant que supérieur hiérarchique des policiers, et parque qu’ils ont été présents sur les lieux tout au long des faits, « le surintendant Babucarr Cham est aussi tenu pour responsable de la conduite de ses hommes », ont précisé les enquêteurs de la commission. Pour rappel, l’inspecteur général de la police (IGP), Landing Kinteh, le directeur général de la police gambienne au moment des faits, avait démissionné trois jours après la mort des manifestants.
Le gouvernement du président Adama Barrow a accepté et appliqué toutes les recommandations de la commission d’enquête
« La Gambie est résolument décidée à appliquer la loi et à ne plus accepter l’impunité »
À la suite des recommandations faites dans le rapport, le gouvernement a mis fin le 29 septembre aux fonctions du chef du village de Faraba Banta, Nuha Kujabi, et dissout le conseil des anciens du village. Le gouvernement a également recommandé au conseil régional de Brikama de dissoudre l’actuel comité de développement villageois de Faraba Banta et de faciliter la création d’une nouvelle entité avec effet immédiat.
« Le gouvernement du président Adama Barrow a accepté et appliqué toutes les recommandations de la commission d’enquête, parce que la Gambie est résolument décidée à appliquer la loi et à ne plus accepter l’impunité. Nous espérons que la promptitude avec laquelle le gouvernement a agi permettra aux habitants de Faraba de refermer la fracture sociale qui s’est incrustée dans cette communauté depuis cette affaire », a notamment annoncé Ba Tambedou, le ministre gambien de la Justice, présent au moment de la présentation de ce rapport.
L’État gambien a ainsi mis en place un comité d’indemnisation de Faraba Banta sous la coupe des ministères de la Justice et des Finances, chargés de traiter toutes les demandes d’indemnisation recommandées par le secrétariat général à la présidence de la République de Gambie.
L’agence nationale de l’Environnement et le département de Géologie en faute
De leur côté, deux dirigeants d’agences environnementales ont également été sanctionnés. Le directeur de l’Agence nationale de l’environnement (AEN), Momodou Suwareh, et celui du département de géologie, Abdoulie M. Cham, ont été suspendus pour six mois et privés de salaire.
Le rapport d’enquête a en effet révélé qu’il n’y avait eu « aucune étude d’impact sur l’environnement [réalisée] dans la zone à exploiter, conformément à la loi, avant l’octroi d’un permis d’exploitation à la société ‘Julakay Ltd.’ ». Le rapport a également souligné qu’il n’y avait eu « aucune garantie suffisante de restauration de la zone minière par Julakay Ltd. après l’achèvement des activités minières comme requis par la loi ».
D’après le rapport, les deux dirigeants auraient « ignoré les préoccupations du comité de développement du village (VDC) et des résidents concernant les effets néfastes potentiels de l’exploitation mécanique du sable sur l’environnement et les moyens de subsistance, en particulier la culture du riz et les activités indigènes de jardinage dans les zones affectées ». Le document des enquêteurs a également souligné que l’ANE et le département de géologie n’avaient pas clairement délimité la zone minière en vertu de la licence accordée à Julakay, ni communiqué cette zone au comité de développement du village de Faraba.
L’État gambien a ainsi décidé de suspendre la licence de l’exploitant minier Julakay Ltd, qui ne sera plus renouvelée par le département de géologie de Gambie après son expiration en décembre prochain. Toutes les activités d’extraction de sable dans le village ont été suspendues jusqu’à ce qu’une évaluation appropriée des incidences sur l’environnement soit réalisée par un consultant indépendant.
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Publié le 30-11-2018 Modifié le 30-11-2018 à 18:42
C’est une fuite sans précédent. Des milliers de pages de documents confidentiels des Nations unies relatifs à l’assassinat de deux experts mandatés par le Conseil de sécurité. Michael Sharp et Zaida Catalan avaient été chargés d’enquêter sur les violences en République démocratique du Congo. Les « Congo Files » documentent les pistes et options levées par les enquêteurs ainsi que les multiples entraves qu’ils ont rencontrées entre mars 2017 et septembre 2018. Leur exploitation a fait l’objet d’une collaboration entre plusieurs médias internationaux : RFI, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT. Ces documents révèlent notamment le rôle trouble joué par certains officiers de l’armée.
Kananga, capitale du Kasaï Central, province tourmentée de la République démocratique du Congo (RDC). Le 25 mars 2017 à 16h20, l’un des enquêteurs de l’ONU chargé de retrouver les experts disparus quinze jours plus tôt reçoit un SMS. Son auteur, Jean Bosco Mukanda. Rien d’inhabituel là-dedans : l’enseignant du village-paroisse de Bunkonde, ancien chef de milice et proche de l’armée congolaise, s’est imposé comme la principale source d’information des Nations unies sur le tragique destin de l’Américain Michael Sharp et de la Suédo-Chilienne Zaida Catalan, il « serait un témoin oculaire » de leur meurtre, précise-t-on sobrement dans le rapport transmis ce jour-là par l’équipe de recherche.
Cette équipe de deux enquêteurs est déployée depuis neuf jours par la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) pour aider le bureau de Kananga, aux ressources limitées, à trouver des pistes censées guider les casques bleus et les policiers onusiens. En cette fin du mois de mars, le binôme a perdu espoir de retrouver les experts en vie et soupçonne déjà son meilleur informateur d’avoir été plus qu’un témoin passif de l’assassinat. Jusqu’ici, Jean Bosco Mukanda ne leur a jamais révélé le lieu où Michael Sharp et Zaida Catalan étaient enterrés. Mais ce jour-là, le message qui arrive sur leur téléphone leur offre une nouvelle piste : l’arrestation d’un « garçon milicien », Marcel Tshibue Bibomba, qui pourrait, selon Jean Bosco Mukanda, les conduire jusqu’aux corps de leurs deux collègues.
Treize minutes après le SMS de M. Mukanda, l’équipe reçoit un appel du capitaine « Jobe Bayiranga(en phonétique), commandant en second du 53ème bataillon FARDC basé à Bunkonde [qui] dépend de la 5ème Brigade ». Le capitaine Jove Balianga, de son vrai nom, est avec l’empressé Jean Bosco Mukanda. L’officier congolais lui passe son téléphone. M. Mukanda raconte alors aux enquêteurs onusiens avoir enfin obtenu des précisions sur le lieu où les experts sont enterrés. Cet appel est consigné dans les « Congo Files » auxquels RFI, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT ont eu accès. Ces milliers de pages de documents confidentiels de l’ONU révèlent les démarches entreprises et les entraves subies dans les enquêtes de l’ONU entourant la mort de l’Américain Michael Sharp et de la Suédo-Chilienne Zaida Catalan.
EXCLUSIVE: After two U.N. experts were murdered in Congo last year, a U.N. panel concluded they had stumbled into a random ambush. But evidence now suggests they may have walked into a government trap. https://t.co/J1e8KRQYsZ
Les enquêteurs dépêchés par la Monusco mettront plus de quinze jours à retrouver les corps de leurs deux collègues, faute d’une carte à jour, noyés sous un flot incessant d’informations contradictoires. Pourtant l’ONU a très vite su que les deux enquêteurs du Conseil de sécurité avaient disparu en ce 12 mars 2017 sur la route de Bunkonde.
Quelques heures après le premier message d’alerte, le lundi 13 à 8h56, le chef du bureau de l’ONU à Kananga envoie un « flash report » donnant pour mort Michael Sharp et Zaida Catalan : « Ils auraient été tués par des présumés miliciens dans la région de Bunkonde, territoire de Dibaya ». Il mentionne même Moyo Musuila, la petite localité près de laquelle les corps seront finalement retrouvés.
Si le 13 mars au matin, à Kananga, le sort des experts semble certain, dans les jours qui suivent, plusieurs sources démentent à l’ONU la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan. Parmi elles, il y a un certain Pascal Mutombo, qui se présente comme le frère d’un prêtre de Bunkonde. C’est grâce à lui que la Monusco mettra la main sur « Patrick Alpha » et la vidéo du meurtre de Michael Sharp et Zaida Catalan.
Parmi ces sources également, les capitaines Balianga et Mbwara, les deux officiers basés à Bunkonde qui sont en contact quasi quotidien avec Jean Bosco Mukanda et ne font pas mystère de leur collaboration avec lui. Le capitaine Jove Balianga est même l’une des premières personnes que l’ancien chef de milice, aujourd’hui inculpé pour dans ce dossier, a prévenu dans les minutes qui ont suivi la mort des deux enquêteurs du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le 16 mars 2017, la Monusco est bien décidée à dépêcher, en plus de casques bleus uruguayens trop peu nombreux pour mener les opérations de recherche, un détachement de forces spéciales tanzaniennes, spécialement venues de l’est. Mais les deux officiers congolais en poste à Bunkonde mettent l’ONU en garde : les deux experts « ont été kidnappés, mais ils sont toujours en vie ». Les deux comparses proposent même de mener une mission de reconnaissance pour chercher des « preuves de vie ». « Considérant la mention répétée que les deux experts seraient en vie, tout accroissement de la présence de la Monusco au sol, notamment par le biais de patrouilles dans le secteur où ces derniers seraient potentiellement détenus, pourrait présenter un risque pour leur sécurité », conclut le rapport quotidien de l’équipe de recherche daté du 16 mars.
Vingt-quatre heures plus tard, c’est un complet revirement. Les mêmes officiers confirment que Michael Sharp et Zaida Catalan sont morts, prenant de court leurs interlocuteurs. Ils n’expliquent rien, ils confirment, c’est tout. Et quand le soir même, une patrouille des casques bleus uruguayens arrive enfin dans les environs de Bunkonde, c’est encore sur l’incontournable Jean Bosco Mukanda qu’elle tombe, les villages environnants semblent avoir été désertés.
Les deux officiers de Bunkonde
Les informations livrées par Jean Bosco Mukanda s’avèrent exactes. Les deux corps mal enfouis sont finalement retrouvés. La police des Nations unies (UNPOL) décide de son propre chef d’ouvrir une enquête. Rompue aux procédures, elle se met directement en rapport avec l’officier de police de judiciaire de Bunkonde. Cet entretien, les policiers onusiens le racontent dans leur rapport du 7 avril 2017 : « Ce dernier nous a confirmé (après avoir reçu un coup de fil du capitaine Mbwara) qu’il a auditionné deux éléments [des milices Kamuina Nsapu] qui ont été arrêtés par le dénommé Jean Bosco Mukanda, enseignant à l’école catholique de Bunkonde, en collaboration avec le capitaine Mbwara ». Dans cette note confidentielle, les policiers onusiens expliquent que l’un des deux, le seul qui semblait véritablement lié au dossier, s’est évadé le 2 avril avant que la Monusco n’ait l’autorisation de procéder à son transfert.
Plus étrange encore, selon l’UNPOL, le président de la société civile locale avait été « invité par le capitaine Jove Balianga » à écouter les confessions du dénommé Marcel Tshibue Bibomba. L’entrevue a eu lieu au quartier général des FARDC à Bunkonde. Devant les militaires, des policiers et Jean Bosco Mukanda, le détenu débite une histoire qui accrédite la version des autorités congolaises, à savoir que des miliciens sont responsables de cet assassinat.
L’information restera de deuxième main. Le « garçon milicien » ne sera jamais retrouvé. Dans un rapport daté de la mi-mai, après plusieurs entretiens croisés, la police des Nations unies s’agace de l’absence d’enquête sérieuse de la justice militaire congolaise sur les conditions de l’évasion de Marcel Tshibue Bibomba. Le capitaine Mbwara « qui a joué un rôle important dans la supposé évasion » et Jean Bosco Mukanda « qui a participé à sa libération » n’ont jamais été auditionnés. L’ONU devra se contenter de l’arrestation de quatre policiers, seuls blâmés pour l’opportune évasion d’un acteur peut-être clef mais sans contradicteur.
Le capitaine Jove Balianga, chef de poste à Bunkonde, dit faire partie de l’ancienne 5e brigade des FARDC, celle qui était autrefois dirigée par le colonel Kasikila, un officier rendu célèbre pour avoir dénoncé en 2005 l’existence de fosses communes dans l’est du Congo et qui, pour cela, a immédiatement perdu son commandement. Au Kasai, dix ans plus tard, les militaires de la « 5e brigade » ne sont plus considérés comme les héros d’un combat perdu d’avance contre l’impunité.
Après des années de brassage, cette unité – composée d’un mélange hétéroclite d’anciens de l’armée de Mobutu et de rebelles de l’est qui l’ont renversé – est à son tour soupçonnée d’être responsable de l’apparition des fosses communes dans la zone coutumière du chef insurgé Kamuina Nsapu. Ce sont ces mêmes militaires qui le 12 août 2016 partent à l’assaut de sa maison. Ce chef coutumier, Jean Prince Mpandi, sera tué, son corps mutilé, un crime à l’origine du soulèvement populaire qui dépassera les frontières de son royaume et du Kasaï Central.
Depuis, les anciens de la 5e brigade sont soupçonnés de plusieurs massacres, notamment à Mwanza Lomba en décembre 2017 et à Tshimbulu en janvier et février 2017. RFI a pu obtenir six vidéos d’exactions qui leur sont attribuées, toutes tournées par des militaires. Quand le 8 mars 2016, quatre jours avant le meurtre des experts, le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, le prince jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein, réclame une commission d’enquête indépendante, c’est avant tout pour enquêter sur les crimes qui se sont déroulés dans la zone de déploiement de cette unité. Depuis janvier 2017, ces militaires sont soupçonnés d’avoir tiré à coups de lance-roquettes sur de présumés miliciens Kamuina Nsapu, des femmes et des enfants pour la plupart, armés pour la plupart de bâtons, de couteaux et de quelques fusils de chasse traditionnels.
L’unité de Nkonko Tshiela
Les policiers onusiens se placent dans les pas des deux experts, ils retracent notamment le trajet qu’ils ont parcouru le jour de l’assassinat. Sur différentes cartes, ils signalent les positions de l’armée par lesquelles Michael Sharp et Zaida Catalan ont nécessairement dû passer. Car le jour du meurtre, les deux experts de l’ONU auraient forcé l’un des barrages de l’armée dans cette même localité de Nkonko Tshiela. Les militaires n’auraient pas engagé de poursuite et n’auraient appris que bien plus tard l’assassinat des enquêteurs du Conseil de sécurité de l’ONU, c’est la version officielle de l’armée congolaise.
Le capitaine Hamuli Baguma, « chef de la position du 2101 régime d’infanterie basé à Nkonko Tshiela » est interrogé par les enquêteurs onusiens. Presque un mois après le meurtre, il leur dit se souvenir du passage des trois motos le matin du 12 mars 2017, sans être en mesure d’en préciser l’heure, deux « Boxer bajaj et une Yamaha, couleurs rouge et bleue » qui transportaient « deux Blancs et un homme noir ». Le capitaine Hamuli Baguma décrit l’équipage à grands renforts de détails, se souvenant même de leurs « petits sacs à dos » qui ne seront jamais retrouvés. Le chef de poste de Nkonko Tshiela dit se rappeler même de quatre motards qui seraient passés quelques temps après les experts. Mais il dément toute velléité de poursuites. Le capitaine Hamuli assure que lui et ses quinze soldats n’avaient pas de moyens de déplacement. « C’est une position statique », insiste l’officier congolais. Ce dernier jure que jusqu’à Bunkonde, la route est entièrement contrôlé par les miliciens Kamuina Nsapu.
Cette version est d’autant plus surprenante pour l’UNPOL que trois jours après le meurtre, une mission, composée de policiers onusiens et de membres de la section des droits de l’homme, avait tenté d’emprunter la même route que celle des experts. Les enquêteurs de l’ONU qui cherchaient à confirmer l’existence de fosses communes ont tous, ou presque, rapporté des entraves, actes d’intimidation, menaces ou même mises en joue de la part des militaires déployés à proximité. La mission de Nkonko n’avait pas fait exception. Les policiers onusiens rapportent dans leur note confidentielle du 17 avril 2016 que le convoi de l’ONU a été « bloqué dans ses enquêtes sur les fosses communes par du personnel militaire près de l’école des officiers FARDC » de Nkonko qui serait « le site d’enfouissement des victimes des affrontements à Tshikaji de novembre 2016 ».
L’UNPOL remet le sujet sur la table dans sa note confidentielle du 3 mai 2017. Les policiers onusiens s’étonnent ouvertement de l’attitude que l’armée congolaise prétend avoir adoptée : « Pourquoi les militaires ont-ils essayé d’arrêter les trois motos le 12 mars (…) ? Mais elles continuent ensuite dans une zone Kamuina Nsapu, les experts sont tués et rien n’est fait ? » Entre mars et septembre 2017, les équipes d’enquête de la Monusco qui se sont succédé notent plusieurs faits troublants dans les agissements d’un groupe d’officiers autour de la date fatidique du 12 mars.
Avant même que l’ONU n’ait eu la certitude que ces experts avaient été tués, un haut gradé de l’armée congolaise avait partagé mi-mars ses doutes, il avait « suggéré de regarder du côté des FARDC et de l’ANR comme de possibles causes de la disparition de nos collègues ». Mais ce jour-là, les enquêteurs des Nations unies prennent leur distance avec les informations fournies. Ils précisent que « tout n’est peut-être pas juste, qu’il s’agit d’une seule source ». « Sans avoir présenté des preuves de ce qu’il avançait », cette gorge profonde signale des mouvements suspects parmi certains responsables des forces et services de sécurité, le week-end du meurtre, comme la disparition du « Colonel Safari et de ses escortes » alors en poste à Kananga.
Pour étayer son propos, cette source haut placée va rappeler quelques faits à ses interlocuteurs onusiens : l’unité sous commandement du colonel Safari n’est pas inconnue du système onusien. Ce sont les hommes du 812e régiment des FARDC, accusé de complicité avec la rébellion du M23. En février 2013, dans l’est du Congo, ces mêmes militaires avaient orchestré le massacre de plusieurs centaines de civils à Kitchanga.
L’ONU avait appuyé les enquêtes de la justice militaire congolaise, mais les principaux responsables de la tuerie n’ont jamais été arrêtés. Ils avaient juste été déplacés loin de la frontière dans les Kasaï pour éviter toute trahison au profit des rebelles et de leur parrain rwandais. A l’époque, le groupe d’experts de l’ONU avait été le seul à nommer publiquement les officiers impliqués, sans parvenir à obtenir des sanctions à leur encontre. Ce sont ces mêmes officiers et leurs frères d’armes du 812e qui étaient déployés sur la route entre Kananga et le lieu où Michael Sharp et Zaida Catalan seront finalement tués.
Un black-out le jour du meurtre
Le dimanche 12 mars 2017, entre 12h06 et 16h49, Michael Sharp, Zaida Catalan et leurs trois accompagnateurs congolais connus ne passent aucun appel, ils sont tués peu après. Pour la justice militaire congolaise, ces cinq heures incommunicado représentent le temps que les experts ont passé entre les mains de miliciens insurgés Kamuina Nsapu qui les auraient dépouillés, privés de leurs moyens de communications. Pourtant, l’experte suédoise lance un appel à l’aide à 16h49, elle a bel et bien toujours l’un de ses portables en main.
Les experts de l’ONU ne sont pas les seuls à disparaître des réseaux de communication. Fait inhabituel révélé par les « Congo Files », plusieurs officiers FARDC ne communiquent plus sur leurs numéros officiels, certains pour quelques heures, d’autres pour quelques jours. Quarante-huit heures avant l’assassinat, le colonel Safari, dont l’absence de Kananga avait été signalée par la gorge profonde de l’ONU, a éteint son portable, il ne le rallume qu’une semaine plus tard dans une autre province.
Si le capitaine Hamuli Baguma, chef de la position FARDC de Nkonko n’est pas en mesure de préciser l’heure à laquelle Michael Sharp et Zaida Catalan ont forcé son barrage, il cesse toute communication après un dernier SMS à 11h53. Son collègue, le capitaine Mbwara de la position voisine de Bunkonde disparaît des « fadettes » toute la matinée, il n’échange qu’à l’heure où les experts sont kidnappés et est à nouveau injoignable à partir de 13h41. Les deux officiers retrouvent une activité téléphonique quelques minutes après le meurtre, respectivement à 17h10 et 17h19. C’est également le cas pour Jean Bosco Mukanda. L’ancien chef de milice, reconverti en informateur de l’armée, plutôt volubile, disparaît pendant plusieurs heures des réseaux en ce dimanche 12 mars 2017. Il ne rallume ses différents portables que pour diffuser largement la macabre nouvelle de l’assassinat de deux Blancs par les sanguinaires milices Kamuina Nsapu.
Dans les « fadettes » obtenues par l’ONU, il y a d’autres détails plus troublants encore. Le lendemain du meurtre, le 13 mars, la carte SIM du présumé interprète des experts, Betu Tshintela, est réactivée, insérée dans un nouveau portable. Son numéro échange avec un certain Cris Tambwe. A ce moment-là, les policiers onusiens ont un lièvre bien plus gros à lever et ne réalisent pas immédiatement qu’il s’agit d’un colonel de l’armée. Grâce à l’analyse des « fadettes », un autre haut-gradé est entré dans leur collimateur. Jean de Dieu Mambweni est identifié comme « l’intermédiaire entre les experts et leur interprète » qui, apprend-on quelques jours plus tard, est « un ancien agent de renseignements ».
Le colonel Mambweni est en contact avec l’incontournable Jean Bosco Mukanda, ils se parlent le jour de l’arrivée des experts à Kananga, ils auront des contacts plus régulièrement encore après leur mort. Dans sa note confidentielle du 3 juin 2017, l’UNPOL raconte une anecdote insolite sur la relation qu’entretiennent l’officier et l’ancien milicien : « Le magistrat militaire a décidé de relâcher Jean Bosco Mukanda, il dit avoir appelé le colonel Mambweni de la 21e région militaire pour qu’il envoie une Jeep pour aider Jean Bosco à retourner à Bunkonde ». Le magistrat instructeur justifie sa décision par l’insécurité qui prévaut sur la route. La veille, il avait assuré aux mêmes enquêteurs de l’ONU qu’il avait « reçu des instructions de sa hiérarchie pour arrêter Jean Bosco sans qu’aucune charge ne soit retenue ». En avril 2017, Jean Bosco Mukanda avait déjà été arrêté et libéré. La Monusco n’avait pas reçu plus d’explications la première fois.
Devant le tribunal militaire de Kananga, le 18 octobre 2018, le colonel Mambweni a assuré ne rien savoir du projet des experts de se rendre dans la région de Bunkonde. En décembre 2017, lors d’un entretien exclusif accordé à RFI et l’agence de presse Reuters, le même colonel avait pourtant expliqué par le menu qu’il avait mis les experts en relation avec un policier qui avait parlé de « caches d’armes » dans la région de Bunkonde. Ils étaient « obsédés » par l’idée de se rendre dans cette zone, avait même confié ce colonel, avant d’assurer ne rien savoir des évènements de mars 2017.
A la barre, Jean de Dieu Mambweni a également juré être sur la route de Tshikapa, sans réseau et sans batterie, le jour du meurtre. A en croire ses « fadettes », ce colonel était pourtant bel et bien à Kananga en ce dimanche 12 mars 2017, plutôt bavard sur ses deux numéros connus. Au moment où le vice-Premier ministre en charge de l’intérieur atterrit à Kananga et que tous les cadres civils et militaires sont réunis à l’aéroport pour l’accueillir, l’un des téléphones du colonel Mambweni accroche le signal de l’antenne-relais de Nkonko 1. Il est 17h25 précisément. Une demi-heure plus tôt, à 16h49, c’est l’antenne-relais voisine, Nkonko 2, que Zaida Catalan tente d’alerter sa soeur Elisabeth Morseby. En vain, quelques minutes plus tard, l’experte suédoise et son collègue américain sont assassinés.
►Retrouvez le cinquième et dernier volet de cette enquête le 1er décembre 2018 à 17h TU sur RFI.fr
DROIT DE REPONSE
Cette enquête a nécessité presque deux ans d’investigations pour tenter de comprendre les conditions dans lesquelles les deux experts onusiens, Michael Sharp et Zaida Catalan ont été assassinés.
Le procès ouvert le 5 juin 2017 à Kananga est toujours en cours. Il a été suspendu 10 mois sur demande du secrétariat général de l’ONU. Le procureur canadien Robert Petit a été nommé pour soutenir l’enquête judiciaire congolaise.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, appelle les Nations unies à transmettre toutes leurs informations, y compris relatives à des agents de l’Etat, à la justice militaire congolaise. “C’est parce que nous savons que des membres du personnel de l’Etat sont capables de poser des actes attentatoires aux lois que nous avons institué la justice militaire”, ajoute-t-il. Il dément en revanche toute responsabilité de l’Etat congolais : “La responsabilité pénale est individuelle”
L’auditeur général de l’armée, Timothée Mukuntu, dit ne pas avoir eu connaissance du dossier d’enquête de la police des Nations Unies. Il dément toute entrave de la justice militaire, mais reconnaît “une certaine lenteur mais pas de volonté d’entraver quoi que ce soit”.
L’un des porte-paroles du secrétaire général de l’ONU assure qu’Antonio Guterres a fait “tout ce qui était en son pouvoir” pour que justice soit rendue. Selon Stéphane Dujarric, “l’ONU ne peut qu’offrir son assistance ou, en cas de réticence d’un Etat membre, user de tous les outils diplomatiques et politiques pour persuader les autorités de faire le bon choix”.
L’ancien numéro 1 du comité d’enquête de l’ONU, Gregory Starr, assure “n’avoir voulu protéger personne”, il rappelle que ce comité n’était qu’une enquête administrative et pas une enquête criminelle.
Le présumé interprète des experts et ancien agent de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR), Betu Tshintela, est donné pour mort par les autorités congolaises. La Monusco dit toujours rechercher son corps.
Le principal témoin, l’ancien chef de milice et enseignant, Jean Bosco Mukanda, a finalement été inculpé en septembre 2018, un an après les premières révélations de RFI.
Les deux inspecteurs de la Direction générale des Migrations et anciens collaborateurs de l’Agence Nationale des Renseignements, José Tshibuabua et Thomas Nkashama, ont été arrêtés depuis novembre 2017. Ils ne sont inculpés jusqu’à présent que pour le meurtre des quatre accompagnateurs congolais de Michael Sharp et Zaida Catalan. Ils ont comparu pour la première fois quelques jours avant la publication de cette enquête.
Le colonel Jean de Dieu Mambweni était indisponible pour répondre aux questions de RFI, mais lors d’une précédent entretien le 1er décembre 2017, il avait assuré n’avoir eu aucun contact avec les experts de l’ONU lors de leur dernier séjour à Kananga. Le colonel Mambweni avait également juré ne rien savoir du meurtre.
Le colonel François Muhire, les capitaines Balianga, Mbwara, Hamuli sont restés indisponibles pour répondre aux questions de RFI.
Sollicité par RFI, le colonel Isaac Safari a expliqué qu’il avait reçu le 9 mars 2017 l’ordre de se rendre à Lusambo dans la province du Sankuru. Il assure ne jamais avoir rencontré Michael Sharp et Zaida Catalan. Ce colonel dit avoir dû marcher à pied “dans une épaisse forêt” pendant six jours pour se rendre dans sa zone de déploiement, ce qui explique, selon lui, qu’il ait été injoignable.