« Quand je l’ai vu dans le terminal, je me suis précipitée et l’ai enlacé. Quand je lui ai dit : “bienvenue à la maison”, il a eu une petite réserve. » Son épouse, Myu, décrit le retour difficile dans son pays, jeudi 25 octobre, de Jumpei Yasuda, ancien otage japonais en Syrie. Sous le choc après quarante mois d’une détention qu’il a lui-même qualifié d’« enfer », le journaliste indépendant doit affronter un accueil mitigé dans l’Archipel.
Depuis l’annonce de sa libération mardi, un flot de critiques – essentiellement anonymes – se déverse sur les réseaux sociaux autour de la notion de « jiko sekinin », la « responsabilité individuelle ». Leurs auteurs reprochent à M. Yasuda, qui a réalisé plusieurs reportages remarqués au Proche-Orient depuis le début des années 2000, d’avoir bravé l’interdit gouvernemental de se rendre dans des zones dangereuses.
La décision suivait l’assassinat, début 2015, par l’organisation Etat islamique de deux Japonais, le journaliste Kenji Goto – ami de M. Yasuda – et Haruna Yukawa, qui dirigeait une société de sécurité. Aux yeux des critiques du journaliste, il n’aurait eu que ce qu’il mérite. D’où des invectives blessantes comme, « anti-citoyen » ou « élément perturbateur de la société ». Certains l’ont même qualifié d’« otage professionnel » car il a déjà été enlevé. C’était en 2004 en Irak, où il travaillait sur les souffrances causées par la guerre.
Shinzo Abe se dit « soulagé »
Il a heureusement quelques défenseurs. Toru Tamakawa, commentateur sur TV Asahi, estime qu’il faut rejeter « avec fermeté » l’argument de la responsabilité individuelle. « Nous avons besoin de gens qui risquent leur vie pour obtenir des informations sur le terrain », explique-t-il.
La polémique rappelle celle survenue en 2004 au sujet de trois otages japonais, deux travailleurs humanitaires et un photographe, libérés après neuf jours de détention en Irak. A leur arrivée à Tokyo, des centaines de personnes les attendaient non pour saluer leur libération mais pour les conspuer. « Vous êtes la honte du Japon » ou « Voleurs d’impôts », disaient des pancartes brandies par la foule hostile rassemblée à l’aéroport.
Cette colère, qui traduisait selon Masatoshi Saito, journaliste de la chaîne TBS, les dérives au Japon du néolibéralisme et du néonationalisme, avait été instrumentalisée par le gouvernement du premier ministre, Junichiro Koizumi (2001-2006), qui souhaitait détourner les critiques contre l’intervention des Forces d’autodéfense – les troupes japonaises – aux côtés de l’armée américaine en Irak.
Difficile cette fois de parler d’instrumentalisation. Le premier ministre, Shinzo Abe, s’est dit « soulagé » d’apprendre la libération de M. Yasuda. Une question demeure pourtant : y-a-t-il eu paiement d’une rançon ? Tokyo dit que non. Mais l’observatoire syrien des droits humains, structure basée à Londres et suivant la guerre en Syrie, affirme que de l’argent a été versé par le Qatar qui, avec la Turquie, a joué un rôle déterminant pour la libération de Jumpei Yasuda.
Il présente ses excuses
Le journaliste a livré quelques bribes d’informations sur sa détention dans l’avion qui le ramenait au Japon. Il a été capturé en juin 2015 dans la province d’Idlib (nord-ouest de la Syrie) par des militants présumés du mouvement Hayat Tahrir Al-Cham, anciennement le Front Al-Nosra proche du réseau Al-Qaida.
Les trois années qui ont suivi ont été marquées par des abus physiques et psychologiques. « Pendant plus de six mois, ils ne m’ont pas laissé me laver. Ils me donnaient des conserves, mais pas d’ouvre-boîtes », a expliqué M. Yasuda, amaigri et fatigué. Il est resté confiné près de huit mois dans une cellule de 1,5 mètre de long. Il ne pouvait même pas allonger ses jambes pour dormir. « Je vivais dans la peur permanente de ne jamais m’en sortir ou d’être tué. »
En arrivant au Japon, le journaliste a choisi de faire profil bas. Dans un communiqué transmis à la presse par son épouse, il a présenté ses excuses « pour avoir causé des problèmes et suscité des inquiétudes » et promis de donner des explications sur sa détention.
Pour le président, faire de la mort du journaliste Jamal Khashoggi un motif d’embargo est de la « démagogie ».
Par Jean-Baptiste Chastand et Marc SemoPublié aujourd’hui à 10h17, mis à jour à 10h17
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En déplacement à Bratislava, vendredi 26 octobre, Emmanuel Macron a finalement accepté de justifier son refus de décréter un embargo sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite, prôné par l’Allemagne et l’Autriche. « C’est de la pure démagogie de dire “il faut arrêter de vendre des armes”, ça n’a rien à voir avec l’affaire Khashoggi », a expliqué le président français, qui a été vivement critiqué ces derniers jours pour avoir refusé de s’exprimer sur ce sujet sensible pour l’industrie militaire française.
Tout en qualifiant l’assassinat du journaliste, le 2 octobre dans le consulat saoudien à Istanbul, de « fait extrêmement grave », le président a assuré que la réponse française et européenne devait être basée sur une « méthode » et non sur « l’emportement, l’émotion, la confusion de tous les sujets ». A ses côtés, le premier ministre social-démocrate slovaque, Peter Pellegrini, avait pourtant laissé entendre qu’il soutiendrait un tel embargo sur les ventes d’armes s’il était décidé au niveau européen.
« J’attends que les faits soient établis clairement, et surtout les responsables et les commanditaires, pour en tirer les conséquences », a plaidé le président français, en évoquant certes de possibles « sanctions claires, cohérentes et coordonnées » mais uniquement contre « les individus ou les intérêts dont il sera établi qu’ils ont quelque chose à voir avec l’assassinat ».
« Partenariats »
Pas question de parler d’embargo généralisé sur les armes. « Quel est le rapport entre la vente d’armes et l’assassinat de M. Khashoggi ?, s’est-il interrogé. Je comprends le lien avec le Yémen [où l’Arabie saoudite dirige la coalition militaire contre les rebelles houthistes], mais il n’y en a aucun avec M. Khashoggi ! Il ne faut pas tout confondre. » Et de renchérir en taclant la chancelière allemande, sans la nommer : « Je suis très admiratif des gens qui, avant de savoir, disent “on ne vendra plus d’armes”. Ils en vendent déjà parfois plus que la France à travers des joint-ventures. »
Pendant la campagne, il avait promis de mettre fin au « tourisme social » : le chancelier conservateur autrichien Sebastian Kurz (ÖVP, Parti populaire), qui a formé en décembre 2017 une coalition avec l’extrême droite (FPÖ, Parti de la liberté), a tenu parole. Mercredi 24 octobre, alors que Vienne préside le Conseil de l’Union européenne jusqu’en décembre, le Parlement autrichien a voté une loi qui indexe, à partir du 1er janvier 2019, les allocations familiales sur le niveau de vie du pays d’origine des personnes employées en Autriche, lorsque ces dernières ont laissé leurs enfants derrière elles à l’étranger.
Immédiatement, la Commission européenne a annoncé qu’elle pourrait enclencher une procédure d’infraction, « l’indexation étant interdite en droit européen » selon Christian Wigand, un porte-parole : « Lorsqu’un employé verse des cotisations, il est en droit de bénéficier des mêmes allocations que les autres. »
Pour justifier cette nouvelle juridiction, inédite au sein de l’UE, l’Autriche se targue d’être un cas particulier. Opulente et adepte de l’Etat providence, elle redistribue des allocations familiales parmi les plus généreuses d’Europe. Mais voisine, à l’est, d’Etats au niveau de vie nettement moins élevé que le sien, elle comptait, en mai 2017, plus de résidents détenteurs d’un passeport étranger (15,3 %) que la France (6,6 %).
Confiance
Elle verse 250 millions d’euros par an pour des enfants vivant à l’étranger, et jure que même avec ce nouveau système, une famille hongroise dont le père travaillerait en Autriche et dont la mère garderait les enfants en Hongrie toucherait encore 100 euros par mois, contre 39 euros si l’un des parents ne cotisait pas en Autriche. L’association SOS Mitmensch rappelle que 90 % des versements pour des enfants n’habitant pas en Autriche concernent la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie, la Slovénie et la République tchèque. La mesure permettrait donc à Vienne…
Les élections parlementaires des 20 et 21 octobre en Afghanistan ont beau avoir été chaotiques, entachées de fraudes et de violences, elles n’auront pas réussi à détourner les esprits de l’élection présidentielle d’avril prochain. Un rendez-vous qui pourrait être un tournant car Washington, qui tient à bout de bras le pays, veut imposer la réconciliation avec les talibans au cœur de cette campagne.
L’impéritie de la Commission électorale indépendante (CEI) qui ne connaissait toujours pas, vendredi 26 octobre, le nombre exact de bureaux de vote ayant ouvert, a été dénoncée. Et les législatives – dont les résultats définitifs sont annoncés pour le 20 décembre – ont montré les risques de fracture ethnique largement imputés au président afghan, Ashraf Ghani. « Sous M. Ghani, l’équilibre ethnique n’a, en effet, pas été respecté, c’est un danger plus grave que celui des talibans », assure, au Monde, Zalmaï Rassoul, ancien ministre des affaires étrangères (2010-2013) et candidat à l’élection présidentielle de 2019.
En dépit de ces incertitudes, certains observateurs occidentaux veulent surtout voir dans ces élections parlementaires une répétition, grandeur nature, du scrutin présidentiel. « Dans six mois, estime un diplomate américain, sous couvert d’anonymat, la Commission électorale aura eu le temps de corriger ses erreurs, notamment l’association d’une garantie biométrique du vote et du système de listes électorales traditionnelles, et la présidentielle intervient à un moment unique, au cœur d’un processus de paix que Washington veut voir aboutir comme jamais auparavant. »
Jusqu’en mai 2018, en effet, les Etats-Unis considéraient que le contact direct avec les talibans était une ligne rouge à ne pas franchir au risque de déstabiliser un régime de Kaboul déjà fragile. Elle a été franchie. Cet été, des rencontres directes ont eu lieu entre des diplomates américains de haut rang et la délégation permanente…
« Explosion de la déforestation », « facilitation de l’utilisation des pesticides », « élimination des licences environnementales », « dénigrement des militants écologistes »… C’est une mise en garde inédite, publiée par une trentaine de réseaux et organisations de la société civile brésilienne, à quelques jours du second tour de l’élection présidentielle. Dans ce « manifeste », ils estiment que plusieurs propositions des candidats « mettent en danger des décennies d’avancées en matière de protection de l’environnement ».
Dans leur viseur, sans jamais le nommer, il y a surtout un homme. Le favori du scrutin de dimanche 28 octobre, arrivé en tête du premier tour avec 46,1 % des voix. Dire que Jair Bolsonaro, du Parti social-libéral (PSL), inquiète les défenseurs de l’environnement est un euphémisme. Car ce militaire n’a pas manqué de montrer le peu de cas qu’il fait des préoccupations environnementales.
Le programme de Jair Bolsonaro est aussi succinct que mouvant – il n’a cessé d’affirmer des choses puis de se dédire. Il est construit sur « une méfiance de tout ce qui relève de l’administration et de la régulation et pourrait constituer un frein pour le développement du pays », résume Laurent Vidal, professeur d’histoire du Brésil et des Amériques à l’université de La Rochelle. « Moins de Brasilia, plus de Brésil » est d’ailleurs l’un des slogans de campagne du candidat du PSL. Le mois dernier, en déplacement à Porto Velho, le candidat s’est ainsi insurgé : « Vous voulez détruire un arbre déjà mort et ça vous prend dix ans pour obtenir l’autorisation. »
Jair Bolsonaro entend réduire drastiquement le pouvoir des grandes agences publiques environnementales, qu’il juge sclérosantes. Parmi elles, l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (Ibama), qui délivre notamment les permis miniers et forestiers, risque de se voir dépossédée de tout pouvoir. En outre, les procédures pour délivrer des permis devraient être accélérées, avec un « délai maximum de trois mois », a promis le candidat d’extrême droite.
La présidente de l’Ibama, Suely Araujo, a rétorqué que « l’implantation de projets à fort impact environnemental sans l’analyse nécessaire représenterait un retour en arrière de quatre décennies ». Un constat qui réjouit le candidat, qui dit vouloir en finir avec « l’industrie des amendes ».
Le ministère de l’écologie au « secteur productif »
Surtout, l’une des promesses de campagne les plus controversées du grand favori de la présidentielle est de fusionner les ministères de l’agriculture et de l’environnement. Un procédé largement dénoncé par ses adversaires politiques, qui voient dans la manœuvre un cadeau aux lobbyistes de l’agro-business. « La fusion de ces deux ministères enlève beaucoup de problèmes à la classe productrice du secteur », a justifié le candidat.
Dans leur manifeste, les associations écologistes expliquent craindre une « subordination des prérogatives environnementales au secteur agricole », qui « générerait des conflits d’intérêts insurmontables et mettrait en péril quatre décennies de progrès en matière de protection de l’environnement ». Le lobby de l’agro-négoce, la bancada ruralista, s’était déjà fait remarquer dernièrement pour avoir lancé une proposition de loi visant à faciliterl’usage et la mise sur le marché de nombreux pesticides et désherbants. En cas de victoire de Jair Bolsonaro, le texte devrait rapidement passer au vote du Congrès.
« Que ce soit bien clair : le futur ministre sera issu du secteur productif. Nous n’aurons plus de bagarres à ce niveau-là », a ainsi affirmé Jair Bolsonaro durant la campagne. Depuis, son conseiller en matière d’agriculture a pourtant laissé entendre mercredi 24 octobre que le candidat du PSL pourrait revenir sur ce choix.
Le programme de M. Bolsonaro peut encore évoluer mais le changement de ton est loin d’être anecdotique, dans ce pays observé de près par les organisations internationales. Car le Brésil n’est pas un pays comme les autres en matière d’environnement. Il abrite les trois cinquièmes de la surface de l’Amazonie, la plus grande forêt tropicale au monde et le plus important réservoir d’espèces, considérée comme l’une des meilleures défenses naturelles contre le réchauffement climatique grâce à ses arbres qui absorbent une gigantesque quantité de dioxyde de carbone.
En finir avec l’« activisme écologiste chiite »
Mais le terme de « poumon de la planète » est vivement rejeté par Jair Bolsonaro, qui y voit là une tentative d’ingérence de la part des puissances internationales. Le favori du scrutin présidentiel entend bien rester sur cette ligne, et son adversaire au second tour, le candidat du Parti des travailleurs, Fernando Haddad, a mis en garde : « S’il est élu, ce sera le début de la fin pour l’Amazonie. »
En février, le candidat d’extrême droite avait affirmé : « Si j’assume le pouvoir, l’Indien n’aura plus un centimètre de terre », sans que l’on sache s’il s’adresse aux démarcations de terres indigènes à venir ou existantes. « L’Indien ne veut pas de terre, il veut de la dignité », a ajouté le candidat d’extrême droite.
Les réserves indigènes représentent environ 13 % du territoire brésilien. Elles sont une des meilleures protections contre la déforestation. A en croire Jair Bolsonaro, qui a multiplié les sorties racistes, elles seraient un frein au développement économique du pays. Le credo du candidat d’extrême droite est d’en finir avec l’« activisme écologiste chiite ». Dans son vocabulaire, « chiite », vidé de son sens religieux, est synonyme de radicalisme.
Jair Bolsonaro a évoqué la reprise de certaines études pour la construction de centrales hydroélectriques en Amazonie, qui impliquent la construction de barrages, avec un fort impact sur les cours d’eau et le déplacement de populations. Un dossier sensible, qui a provoqué par le passé des mobilisations populaires d’ampleur et de violents affrontements entre policiers et membres de tribus indiennes. Symbole de ces crispations : le projet de Belo Monte, centrale en cours de construction, avec un barrage qui sera le troisième plus grand au monde.
Pour obtenir gain de cause quant à ses plans amazoniens, Jair Bolsonaro a un levier : une possible sortie de l’accord de Paris sur le climat. Début septembre, le candidat avait menacé de quitter ce cadre de régulation si la « souveraineté nationale » était engagée. Comme Donald Trump aux Etats-Unis.
Depuis, le candidat a nuancé sa position. « Si on m’écrit noir sur blanc » qu’il n’est pas question de « triple A, pas plus que de l’indépendance d’une quelconque terre indienne, je maintiens [le Brésil dans] l’accord de Paris », a déclaré le représentant de l’extrême droite jeudi lors d’une conférence de presse à Rio de Janeiro. Le triple A est un projet de couloir écologique transnational allant des Andes à l’océan Atlantique en traversant l’Amazonie. Il prévoit la création d’une vaste zone de protection environnementale reliant parcs naturels, réserves indiennes et espaces naturels de biodiversité.
S’il continue de jouer sur tous les tableaux, le militaire de réserve pourra se targuer d’avoir réussi à « faire de l’écologie la grande absente » de la campagne et de son programme, note Laurent Vidal. Le pays avait pourtant montré depuis quinze ans des signes de bonne volonté en la matière, réduisant de près de moitié ses émissions de gaz à effet de serre et passant des lois pour préserver sa biodiversité. C’est d’ailleurs grâce au Sommet de la terre, organisé en 1992 à Rio, que le géant d’Amérique du Sud avait gagné du galon sur la scène politique internationale.
« On assiste à un repli identitaire du pays, qui fait que pour toutes les questions, et notamment environnementales, la réponse est de se focaliser sur le seul enjeu national », se désole l’enseignant-chercheur.
La politique ukrainienne n’est jamais avare de surprises, et le retour sur le devant de la scène de Viktor Medvedtchouk, à l’aube d’une année électorale cruciale – présidentielle en mars 2019, législatives en octobre –, n’est pas des moindres. Pour les Ukrainiens, un seul mot résume M. Medvedtchouk : cet oligarque ukrainien de 64 ans, figure honnie à Kiev, est le koum de Vladimir Poutine. Autrement dit, le président russe est le parrain de sa fille. Dans la culture très clanique qui caractérise l’espace post-soviétique, le terme sous-entend des liens de loyauté et d’amitié qui vont au-delà de cette attache formelle.
Décrit depuis des années comme « l’agent de Poutine » en Ukraine, Viktor Medvedtchouk est un habitué des arrangements de coulisses, des négociations secrètes à la lisière des affaires et de la politique. Il entend désormais défendre au grand jour son agenda favorable à la Russie, précisément à l’heure où le conflit entre Kiev et Moscou s’embourbe.
M. Medvedtchouk a rejoint durant l’été le parti Za Jittia (Pour la Vie) fondé par Vadim Rabinovitch, une autre figure du camp prorusse, et ambitionne de le conduire lors des échéances électorales à venir. « En comptant les autres partis qui ont des positions proches des nôtres, nous représentons potentiellement 30 % à 35 % de l’électorat », assure M. Medvedtchouk en recevant Le Monde, mi-septembre, dans son bureau ultra-sécurisé où la télévision est allumée sur la chaîne Rossiya-24. Conscient de son impopularité, M. Medvedtchouk, muscles saillants comparables à ceux de son ami du Kremlin, ne prévoit pas de se présenter personnellement à l’élection présidentielle.
Les positions défendues par son parti tranchent avec celles, très anti-Moscou, des ténors de l’élection à venir, à commencer par le sortant Petro Porochenko et la revenante Ioulia Timochenko : pour de bonnes relations avec Moscou, pour « la paix dans le Donbass », contre…
Donald Trump n’aime pas perdre et croit pouvoir réitérer, à l’occasion des élections de mi-mandat du 6 novembre, la surprise de 2016. Il avait alors fait campagne avec énergie jusqu’au dernier jour, arrachant aux démocrates les trois Etats jugés sûrs qui lui avaient ouvert les portes de la Maison Blanche : le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin. Le président des Etats-Unis compte donc transformer la semaine qui précédera le scrutin en un véritable marathon de huit meetings qui débutera en Floride, mercredi 31 octobre.
Grâce à un renouvellement partiel du Sénat très favorable, le Parti républicain est bien placé pour conserver, voire accroître, la majorité d’une voix dont il dispose pour l’instant dans la Haute Assemblée. Il est en revanche sur la défensive pour la Chambre des représentants où les démocrates n’ont besoin que de 23 sièges supplémentaires pour en prendre le contrôle. Après les déroutes essuyées pendant les deux mandats de Barack Obama, les démocrates devraient également enregistrer des gains substantiels et stratégiques, notamment dans la perspective de redécoupages électoraux, dans les assemblées des Etats et à des postes de gouverneur.
Pour réduire l’ampleur dela poussée souvent enregistrée pour le parti dans l’opposition après une présidentielle, lors des élections de mi-mandat, Donald Trump compte actionner tous les ressorts à sa disposition. Il a déjà utilisé abondamment la confirmation controversée du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême, après celle de Neil Gorsuch, qui a comblé les conservateurs.
Replacer l’immigration au cœur du débat
Tout en mettant en avant les excellents résultats enregistrés par l’économie américaine dont il revendique l’entière et exclusive paternité, le président s’est saisi de l’actualité, en l’occurrence une « caravane» de migrants d’Amérique centrale qui tentent de gagner les Etats-Unis, pour replacer l’immigration au cœur d’un…
Les mouvements djihadistes au Sahel ressemblent à une flaque de mercure sur le sol : frappée, elle éclate en une multitude de billes toxiques qui se dispersent. Les violences meurtrières qui déstabilisent le Burkina Faso, et notamment l’est du pays depuis le printemps, ne peuvent être dissociées des opérations militaires menées dans la zone dite « des trois frontières » (Mali, Niger, Burkina Faso) par les armées nationales de ces pays, par les Français de la force « Barkhane » et, bien que moins opérationnelle, par la force régionale conjointe du « G5 Sahel ».
Plus généralement, depuis le début de l’intervention militaire française au Mali en janvier 2013, les groupes armés se sont multipliés ; l’espace contaminé par les violences s’est étendu, réduisant d’autant la capacité de faire avancer des projets de développement dans des régions marginalisées et paupérisées.
En visite vendredi 19 octobre à Ouagadougou, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a pu constater l’ampleur du problème. L’Institut français ne rouvrira qu’en février 2019 au plus tôt. Il avait été fermé depuis l’attaque simultanée en mars de deux commandos du groupe djihadiste Al-Mourabitoune – affilié au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lui-même filiale d’Al-Qaida dans l’ouest du Sahel – contre l’état-major de l’armée burkinabée et l’ambassade de France.
De même, la Maison de la jeunesse et de l’innovation tout juste inaugurée dans la capitale, et censée marquer l’esprit de la nouvelle politique française d’Emmanuel Macron à destination de ses « partenaires » africains, devra attendre avant de pouvoir accueillir un large public.
« Etape constructive »
Un programme d’aide française de plusieurs millions d’euros dans le nord du Burkina Faso est également mal engagé. Le soir de l’arrivée de M. Le Drian à Ouagadougou, la gendarmerie de Djibo, l’une des principales villes du nord du pays, était en effet attaquée,…
Le secrétaire américain à la défense, Jim Mattis, a adressé un rappel à l’ordre à peine voilé à l’Arabie saoudite. « En gardant à l’esprit nos intérêts collectifs pour la paix et pour le respect inconditionnel des droits de l’homme, le meurtre de Jamal Khashoggi dans une enceinte diplomatique doit tous nous concerner », a-t-il dit lors d’une intervention devant les dirigeants arabes participant au Dialogue de Manama, la capitale de Bahreïn, lors de cette conférence annuelle sur la sécurité organisée dans la région. « L’incapacité d’une nation à respecter les normes internationales et l’Etat de droit nuit à la stabilité régionale à un moment où elle est le plus nécessaire », a poursuivi le chef du Pentagone.
Il n’a pas accusé directement l’Arabie saoudite et n’a pas fait référence aux appels des membres du Congrès à réduire les ventes d’armes ou à imposer des sanctions au royaume. L’Arabie saoudite reste un allié stratégique des Etats-Unis face à l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient, mais la crise provoquée par la mort de Jamal Khashoggi a tendu les relations entre Riyad et les Occidentaux.
L’Arabie saoudite a rejeté la demande d’Ankara d’extrader dix-huit Saoudiens accusés d’avoir assassiné le journaliste. « Sur la question de l’extradition, ces individus sont des citoyens saoudiens. Ils sont détenus en Arabie saoudite, l’enquête est menée en Arabie saoudite et ils seront poursuivis en Arabie saoudite », a déclaré le ministre des affaires étrangères saoudien, Adel Al-Joubeir, lors de la conférence.
Il oppose ainsi une fin de non recevoir à la Turquie, qui réclame que les suspects soient extradés pour être jugés sur son sol.
Jim Mattis a par ailleurs estimé qu’il était important de tourner la page de la querelle diplomatique qui oppose depuis seize mois l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte au Qatar, accusé de sympathies pro-iraniennes et de soutien au terrorisme. « La résolution des débats internes parmi notre partenaire du Conseil de coopération du Golfe est vitale (…). A défaut, nous affaiblirons notre sécurité », a-t-il dit.
Avertissement à Moscou
M. Mattis a tenu à rappeler aux pays arabes que les Etats-Unis restent un « partenaire de choix, car ils sont engagés à long terme ». La Russie, qui assoit son influence en Syrie grâce à ses victoires militaires au bénéfice du régime de Bachar Al-Assad, ne doit « pas remplacer les Etats-Unis » au Proche-Orient, a-t-il encore déclaré.
« L’opportunisme de la Russie et son empressement à ignorer les activités criminelles d’Assad à l’encontre de son propre peuple prouvent son manque d’engagement sincère envers les principes moraux les plus élémentaires. »
La question syrienne en toile de fond
Un sommet inédit sur la Syrie doit réunir samedi à Istanbul les dirigeants turc Recep Tayyip Erdogan, russe Vladimir Poutine, français Emmanuel Macron et allemande Angela Merkel.
Il portera notamment, selon la présidence turque sur la situation à Idlib, dernier grand bastion de l’opposition en Syrie et sur « le processus politique » censé aboutir à un règlement au conflit qui ravage le pays depuis 2011.
La réponse de Pékin ne s’est pas fait attendre. Cinq jours après une manifestation historique à Taipei en faveur de l’indépendance de Taiwan et trois jours après le passage de deux navires de guerre américains dans le détroit qui sépare l’île du continent, le ministre chinois de la défense, le général Wei Fenghe a été, jeudi 25 octobre, on ne peut plus clair : « Il est extrêmement dangereux de défier sans cesse les limites de la Chine sur cette question. Si quelqu’un tentait de séparer Taïwan de la Chine, l’armée chinoise prendrait nécessairement des mesures fermes, quoi qu’il en coûte » a-t-il mis en garde.
Dirigée par un régime rival de Pékin depuis l’arrivée des communistes au pouvoir en 1949, Taïwan n’est pas reconnu par la Chine. En 1979, Washington a rompu ses relations diplomatiques avec l’île pour reconnaître Pékin mais les Etats-Unis continuent de soutenir le régime taiwanais notamment sur le plan militaire.
Mise en garde
C’est devant un cénacle bien particulier que le général Wei a lancé sa mise en garde : le 8ème Xiangshan Forum, une réunion, en principe annuelle, créée par l’armée chinoise en 2006 pour faire contre-poids au « dialogue de Shangri-la », initié par la Grande-Bretagne à Singapour.
Par principe, les Russes et les Chinois n’envoient que des seconds couteaux à Singapour et les Occidentaux font de même à Pékin. Cette année, parmi les 500 participants venus de 67 pays, une délégation a fait sensation : les représentants nord-coréens, présents pour la première fois à ce Forum. Le colonel-général Kim Hyong Ryong, vice-ministre des forces armées nord-coréennes a réaffirmé la volonté de Pyongyang de faire de la péninsule coréenne « le berceau de la paix et de la prospérité ».
Sur une photo parue à la Une du Global Times, le quotidien nationaliste chinois, on voit le militaire, trois étoiles aux épaulettes, discuter avec des membres de la délégation sud-coréenne, des civils tout sourire….