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  • L’affaire Katumbi ne constitue pas un cas de restriction de libertĂ©, selon le gouvernement congolais

    L’affaire Katumbi ne constitue pas un cas de restriction de libertĂ©, selon le gouvernement congolais

    katumbi-Le gouvernement de la RDC s’est indignĂ©, dans un document du ministĂšre des affaires Ă©trangĂšres, des menaces des sanctions ciblĂ©es contre les autoritĂ©s congolaises en rapport avec les violations des libertĂ©s des citoyens de leurs pays.

    Evoquant le cas de MoĂŻse Katumbi, l’ex-gouverneur du Katanga, candidat dĂ©clarĂ© Ă  la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle inculpĂ© pour recrutement de mercenaires, le document se refuse de parler d’un cas des restrictions des espaces des libertĂ©s publiques.

    Le document transmis Ă  VOA Afrique par le bureau du porte-parole du gouvernement et portant les initiaux J.N., dĂ©nonce plutĂŽt M. Katumbi d’avoir violĂ© le principe du secret de l’instruction en ameutant les supporters de T.P. Mazembe, club dont il est le prĂ©sident, et dont il se faisait accompagner Ă  chaque sĂ©ance d’audition au parquet.

    “Il ne s’agissait pas d’une manifestation publique qui, d’ailleurs, requiert des autorisations d’usage afin de permettre la prĂ©servation de l’ordre public. En dispersant les sympathisants du chairman du TP Mazembe, la police de Lubumbashi ne faisait qu’appliquer la loi et mettre un terme Ă  des troubles de l’ordre public prĂ©mĂ©ditĂ©s par un faisant l’objet d’une instruction judiciaire. Parler de restriction des espaces de libertĂ© dans ces conditions, rĂ©sulte d’un renversement des paramĂštres d’apprĂ©ciation des faits qui rend la lĂ©galitĂ© illĂ©gale “, indique le document.

    Le texte s’en prend aux reprĂ©sentants de la communautĂ© internationale, particuliĂšrement ceux d’Europe Occidentale et des Etats-Unis qui “ont pris l’habitude de se comporter comme des proconsuls en pays conquis”. Le gouvernement s’indigne, dans le document, de ce qu’en moins de 48 heures, la semaine derniĂšre, une EnvoyĂ©e spĂ©ciale de la Grande Bretagne dans la rĂ©gion des Grands Lacs et le porte-parole du DĂ©partement d’Etat amĂ©ricain se soient permis de menacer les autoritĂ©s en place Ă  Kinshasa qui les accueillaient de ” sanctions ciblĂ©es ” si celles-ci attentaient aux libertĂ©s des citoyens… congolais.

    Le gouvernement accuse MoĂŻse Katumbi d’avoir voulu plutĂŽt gĂȘner l’instruction judiciaire en se prĂ©cipitant de se proclamer candidat Ă  la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle quelques heures aprĂšs qu’Alexis Thambwe Mwamba, le Ministre de la Justice du gouvernement de Joseph Kabila a annoncĂ© avoir donnĂ© injonction au Procureur gĂ©nĂ©ral de la RĂ©publique d’ouvrir une enquĂȘte sur des mercenaires dont l’un, aux arrĂȘts, aurait fait des aveux.

    Au sujet du harcĂšlement dĂ©noncĂ© contre les opposants, le document se rapporte au cas du dĂ©putĂ© Martin Fayulu, Ă©galement candidat dĂ©clarĂ© Ă  la prochaine prĂ©sidentielle et dont l’hĂŽtel a Ă©tĂ© scellĂ©. Le gouvernement soutient que M. Fayulu devrait plutĂŽt Ă  remplir ses obligations fiscales vis-Ă -vis de l’Etat et affirme que le dĂ©putĂ© n’est pas le seul opĂ©rateur Ă©conomique qui a des problĂšmes avec le fisc, qui touche aussi des proches de la MajoritĂ©.

    Pour ce qui est du calendrier Ă©lectoral, le texte cite le Ministre de la Justice Thambwe Mwamba selon qui “il faudrait attendre la tenue du dialogue pour que ce dossier de calendrier Ă©lectoral et des contraintes financiĂšres liĂ©es Ă  l’organisation des Ă©lections soit vidĂ©”.

    VOA

  • L’offshore secrĂšte de MoĂŻse Katumbi, il y cachait 60 millions de dollars amassĂ©s en seulement 18 mois

    L’offshore secrĂšte de MoĂŻse Katumbi, il y cachait 60 millions de dollars amassĂ©s en seulement 18 mois

    Moise-K-RĂ©vĂ©lations. En 2014, le journal Marianne Belgique rĂ©vĂ©lait que l’ancien gouverneur du Katanga Ă©tait Ă  la tĂȘte d’une discrĂšte sociĂ©tĂ© panamĂ©enne créée fin 2006. MoĂŻse Katumbi y avait abritĂ©, dans ce vĂ©hicule occulte au nom Ă©vocateur, les 60 millions de dollars amassĂ©s en seulement 18 mois grĂące Ă  un deal minier pour le moins suspect.

    Note: l’article a Ă©tĂ© publiĂ© en 2014 alors que MoĂŻse Katumbi Ă©tait encore gouverneur du Katanga.

    «Un personnage complexe, un Ă©quilibriste mĂȘme » AprĂšs lui avoir consacrĂ© deux documentaires, le cinĂ©aste Thierry Michel rĂ©sume ainsi la personnalitĂ© de MoĂŻse Katumbi, l’actuel gouverneur du Katanga en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo. A 49 ans, ce mĂ©tis nĂ© d’une mĂšre congolaise et d’un pĂšre juif sĂ©farade, rĂšgne sur cette riche et instable province miniĂšre depuis son Ă©lection – triomphale – en janvier 2007.

    Quelques mois plus tĂŽt, en juillet 2006, Katumbi Ă©tait devenu le champion national des voix de prĂ©fĂ©rence. Au scrutin lĂ©gislatif, cette fois, en tant que candidat du PPRD, le parti du prĂ©sident Joseph Kabila. Lors de ses campagnes «à l’amĂ©ricaine», financĂ©es sur fonds propres, Katumbi a toujours affichĂ© un soutien indĂ©fectible au prĂ©sident. Il est vrai qu’il lui doit son retour au pays, en juillet 2003, aprĂšs son exil prĂ©cipitĂ© par la chute de Mobutu en 1997 (lire «Lâ€™â€œĂ©toile filante” du Katanga», ci-dessous). Mais Katumbi lui doit aussi, d’une certaine maniĂšre, une partie de sa fortune.

    Exécutions extrajudiciaires

    Car quand il rentre au Katanga, MoĂŻse Katumbi se relance dans les affaires miniĂšres via sa sociĂ©tĂ© Mining Company Katanga (MCK). En novembre 2004, MCK signe un deal avec Anvil Mining, une sociĂ©tĂ© canadienne qui vient d’ĂȘtre mĂȘlĂ©e Ă  une sale histoire. Quelques semaines plus tĂŽt, en octobre, l’armĂ©e congolaise (FARDC) a matĂ© dans le sang une rĂ©volte Ă  Kilwa, ville portuaire stratĂ©gique pour les opĂ©rations d’Anvil. «AprĂšs avoir bombardĂ© la ville, les soldats congolais ont procĂ©dĂ© Ă  des exĂ©cutions extrajudiciaires, des dĂ©tentions illĂ©gales, des viols, la torture, et le pillage. Ils ont tuĂ© plus de 70 personnes, selon les Nations Unies, raconte le Centre canadien pour la justice internationale (CCJI), un organisme financĂ© par l’ONU qui travaille avec des victimes et cherche Ă  traduire en justice les auteurs de crimes impunis. Anvil, dont la mine Dikulushi Ă©tait situĂ©e Ă  50 km de la contre-offensive, a admis avoir fourni un soutien logistique aux FARDC, sous la forme de vĂ©hicules et de transport aĂ©rien.»

    Cette complicitĂ© avĂ©rĂ©e d’Anvil Ă  des exĂ©cutions sommaires ne semble guĂšre Ă©mouvoir Katumbi. Les affaires, c’est les affaires. Mais quel est donc ce deal signĂ© avec la sulfureuse Anvil? GrĂące, semble-t-il, Ă  ses relations au sein de la GĂ©camines (la sociĂ©tĂ© d’Etat qui gĂšre et exploite une grande partie des ressources miniĂšres du Katanga), Katumbi a obtenu – pour une bouchĂ©e de pain – les droits d’exploitation pour 25 ans de trois importants gisements de cuivre et de cobalt (Kinsevere, Tshifufia et Nambulwa) au nord-est de Lubumbashi. Une bouchĂ©e de pain d’un million de dollars, certes, mais qui va lui permettre de toucher un fameux jackpot.

    60 fois sa mise

    En juillet 2007, le projet minier de Kinsevere Ă©tait valorisĂ© Ă  683 millions de dollars australiens (435 millions d’euros) par les analystes du bureau d’études australien Euroz Securities. Incapable d’exploiter seul ce gisement, Katumbi va revendre ses droits Ă  Anvil. Entre novembre 2005 et mars 2007, sa sociĂ©tĂ© MCK cĂšde 95% de ces droits d’exploitation au cours de trois transactions (voir les communiquĂ©s de presse d’Anvil Mining ici). L’opĂ©ration est donc bouclĂ©e en mars 2007, au moment prĂ©cis oĂč Katumbi prend la tĂȘte du Katanga. Elle lui a rapportĂ© 61,3 millions de dollars. Soit soixante fois sa mise. En un an et demi seulement. Coup de maĂźtre.

    Cette opĂ©ration a-t-elle des ramifications au Panama? Marianne est en mesure de rĂ©vĂ©ler que MoĂŻse Katumbi a créé dans ce paradis fiscal sud-amĂ©ricain, le 13 novembre 2006, une sociĂ©tĂ© offshore dĂ©nommĂ©e GKMIC S.A., dont il est Ă©galement le prĂ©sident (voir les statuts de GKMIC ici). Le nom de cette offshore rappelle furieusement la GĂ©camines, voire la contraction phonĂ©tique de GĂ©camines et MCK. Cette offshore est toujours «vigente» (en vie) aujourd’hui, d’aprĂšs le registre des sociĂ©tĂ©s panamĂ©en. Le jackpot minier de Katumbi y serait-il logĂ©

    Identité «secondaire»

    L’identitĂ© qu’a fournie Katumbi aux intermĂ©diaires chargĂ©s de crĂ©er GKMIC n’est pas exactement celle qu’il utilise d’habitude, Ă  savoir MoĂŻse Katumbi Chapwe. Au Panama, il s’est enregistrĂ© sous le nom de MoĂŻse Katumbi d’Agnano, une identitĂ© «secondaire» qu’il utilise dans certains contextes. Pour brouiller les pistes? C’est sous ce nom qu’il apparaĂźt, en dĂ©cembre 2006, sur un documentd’Euroz Securities recensant les vingt premiers actionnaires d’Anvil Mining (une partie de ses droits miniers lui a Ă©tĂ© payĂ©e par Anvil sous forme d’actions). Il en est alors le huitiĂšme actionnaire avec 1,1% des titres.

    Son rival Jean-Claude Muyambo, ancien bĂątonnier de Lubumbashi et ex-ministre, avait par ailleursaffirmĂ©, en septembre 2013, que MoĂŻse Katumbi avait ouvert un compte sous cette mĂȘme identitĂ© alternative en 2003, Ă  la banque Belgolaise, ancienne filiale de BNP Paribas Fortis aujourd’hui fermĂ©e. Mais l’adresse fournie par Katumbi dans les statuts de GKMIC – 8 avenue Mahenge Ă  Lubumbashi – confirme dĂ©finitivement, si besoin Ă©tait, que la panamĂ©enne lui appartient bien: il s’agit de l’adresse Ă  laquelle sa sociĂ©tĂ© de transports Hakuna Matata est domiciliĂ©e


    Les deux autres administrateurs de GKMIC – Ultra Mega Development S.A. et Fairfax Invest Corp. S.A. – sont de discrĂštes et sulfureuses offshores basĂ©es aux Ăźles Vierges britanniques, autre havre d’opacitĂ© et de clĂ©mence fiscale. Sulfureuses, car ces deux «sociĂ©tĂ©s de paille» ont Ă©tĂ© citĂ©es en lien avec un homme d’affaires colombien arrĂȘtĂ© Ă  Panama en 2008, puis extradĂ© Ă  New York en 2010 pour blanchiment d’argent de la drogue. Il a plaidĂ© coupable.

    Le silence du Gouverneur

    RĂ©sumons. Recours Ă  un paradis fiscal opaque, identitĂ© «alternative», prĂȘte-noms douteux: la recherche de discrĂ©tion par MoĂŻse Katumbi est manifeste. A-t-il créé cette offshore pour mettre fiscalement Ă  l’abri tout ou partie des 61,3 millions de dollars amassĂ©s lors de la vente de ses droits d’exploitation miniers? S’agirait-il d’un montage visant Ă  rĂ©ceptionner discrĂštement un Ă©ventuel «cadeau» de Joseph Kabila, en Ă©change du soutien de Katumbi pour l’ensemble de sa campagne prĂ©sidentielle en 2006? Ou s’agit-il tout simplement de l’utilisation lĂ©gale d’un vĂ©hicule offshore, dĂ©clarĂ© au fisc congolais, dans le cadre de ses affaires?

    Ces questions, Marianne aurait souhaitĂ© les poser au Gouverneur du Katanga, qui n’a pas donnĂ© suite Ă  nos multiples sollicitations.

    David Leloup (avec Q.N.)

  • Bilans contrastĂ©s aprĂšs la journĂ©e de mobilisation de l’opposition

    Bilans contrastĂ©s aprĂšs la journĂ©e de mobilisation de l’opposition

    MANIF-GOMA-AprĂšs la grande journĂ©e de mobilisation de l’opposition, l’heure est aux bilans. Pour la Dynamique de l’opposition, qui organisait cette manifestation, une vĂ©ritable marĂ©e humaine de 200 000 personnes a dĂ©filĂ©. Du cĂŽtĂ© de la police, on parle d’Ă  peine 2 000 manifestants. En tout cas, la ville a tournĂ© au ralenti une bonne partie de la journĂ©e, circulation timide et magasins fermĂ©s. La preuve d’un soutien tacite, selon l’opposition. La peur des troubles occasionnĂ©s, rĂ©torque la majoritĂ©. La marche de Kinshasa Ă©tait l’une des rares autorisĂ©es, mĂȘme si le rĂ©gime d’autorisation prĂ©alable n’existe plus en RDC. Les autoritĂ©s avaient rĂ©visĂ© le tracĂ© jusqu’Ă  la derniĂšre minute, l’Ă©loignant un peu plus du centre-ville et de tout lieu symbolique.

    Pour l’opposition congolaise, la journĂ©e de mobilisation du jeudi 26 mai contre la dĂ©cision de la Cour constitutionnelle, rendue le 11 mai dernier, d’autoriser le prĂ©sident Joseph Kabila Ă  rester au pouvoir en cas de glissement du calendrier Ă©lectoral et pour la tenue du scrutin dans les dĂ©lais constitutionnels est une rĂ©ussite. Selon les organisateurs, prĂšs de 200 000 manifestants ont marchĂ© Ă  Kinshasa.

    Pour Martin Fayulu, prĂ©sident de l’Ecide, le message adressĂ© au chef de l’Etat congolais est trĂšs clair. « Nous fĂ©licitons ce peuple congolais qui a compris que la peur n’est plus de ce monde, que M. Kabila, comme tout Congolais, doit respecter la Constitution, que la Cour constitutionnelle ne peut pas venir semer la confusion, que nos concitoyens qui sont Ă  Beni sont des Congolais Ă  part entiĂšre, que ce ne sont pas des mouches et qu’on ne peut pas les tuer comme on l’entend. M. Kabila, c’est fini, il doit partir et le peuple l’a dĂ©montré ! Vous avez vu, et ce n’est qu’un dĂ©but, a-t-il insistĂ©. Et nous disons Ă  la commission Ă©lectorale de convoquer l’élection prĂ©sidentielle au plus tard le 19 septembre, sinon nous allons commencer l’opĂ©ration “Kabila dĂ©gage” ! »

    Cent fois moins de manifestants selon la police

    Du cĂŽtĂ© des autoritĂ©s, on tire un tout autre bilan de cette mobilisation. La police Ă©voque Ă  peine 2 000 manifestants. Pour Emmanuel Ramazani Shadari, prĂ©sident du groupe parlementaire du parti prĂ©sidentiel PPRD Ă  l’AssemblĂ©e nationale, cette journĂ©e est un Ă©chec pour l’opposition. « C’est un Ă©chec cuisant. La ville de Kinshasa est peuplĂ©e de 12 Ă  14 millions d’habitants. La marche de l’opposition, tous les partis confondus, ils n’ont pas fait 2 000 personnes. C’était un non-Ă©vĂ©nement », affirme-t-il.

    A noter que l’UDPS a participĂ© massivement Ă  la marche de l’opposition Ă  Kinshasa, a indiquĂ© son service de communication. Seule la jeunesse de l’UDPS avait officiellement appelĂ© Ă  manifester au cĂŽtĂ© des jeunesses de l’UNC et du MLC. Mais dans cette mise au point, le parti d’Etienne Tshisekedi prĂ©cise que cette mobilisation Ă©tait conforme Ă  la volontĂ© de son prĂ©sident.

    Incidents, à qui la faute ?

    Mais les deux parties ne s’opposent pas que sur les chiffres. La manifestation de Kinshasa s’est terminĂ©e par des Ă©chauffourĂ©es, des gaz lacrymogĂšnes et des jets de pierre. Qui est Ă  l’origine de ces incidents ?

    Pour le porte-parole de la police, ce sont les manifestants qui n’ont pas respectĂ© le tracĂ© imposĂ© par le gouverneur de la ville. « Les colonnes se sont scindĂ©es : une petite a respectĂ© l’itinĂ©raire, une grande colonne s’est entĂȘtĂ©e, explique le colonel Mwanamputu, porte-parole de la police. MalgrĂ© ça, nous avions nĂ©gociĂ© qu’ils s’arrĂȘtent face Ă  la maison Schengen. Malheureusement, quand ils sont arrivĂ©s lĂ -bas, ils ont forcĂ© le dispositif de la police pour atteindre coĂ»te que coĂ»te l’hĂŽtel du gouvernement. Nous avons dit : pas question. Alors ils ont commencĂ© Ă  jeter des pierres et donc lorsque nous avons vu que nous Ă©tions caillassĂ©s, on s’est dit que nous n’étions plus en face de manifestants pacifiques, mais face Ă  des Ă©meutiers, donc on les a dispersĂ©s Ă  coup de gaz lacrymogĂšnes. »

    Tirs à balles réelles ?

    De son cĂŽtĂ©, Me Albert-Fabrice Puela, le modĂ©rateur de la Dynamique de l’opposition, qualifie ces accusations de « trĂšs mauvaise foi ». Il affirme de plus que la police a tirĂ© Ă  balles rĂ©elles, ce qu’elle dĂ©ment, Ă©voquant de simples tirs de dissuasion Ă  balles Ă  blanc. L’opposition, elle, dĂ©nonce le fait que trois de ses leaders ont Ă©tĂ© blessĂ©s, dont deux femmes, la secrĂ©taire gĂ©nĂ©rale du MLC et l’ancienne modĂ©ratrice de la Dynamique de l’opposition.

    Une nouvelle marche doit avoir lieu ce vendredi 27 mai Ă  Kinshasa. Il s’agit cette fois d’une marche pour protester contre le manque d’Ă©lectricitĂ©. Le droit Ă  l’Ă©lectricitĂ© en RDC est garanti par l’article 48 de la Constitution, rappellent les organisateurs, parmi lesquels figure Clement Kanku, dĂ©putĂ© de l’opposition. Une marche qui n’a pas reçu d’objection des autoritĂ©s provinciales.

    Au moins un mort Ă  Goma

    Si Ă  Kinshasa le rassemblement de l’opposition Ă©tait autorisĂ©, plusieurs marches ont Ă©tĂ© durement rĂ©primĂ©es dans le reste du pays, oĂč les mobilisations Ă©taient interdites. La journĂ©e a donc Ă©tĂ© marquĂ©e par des accrochages parfois violents dans plusieurs villes de province.

    JosĂ© Maria Aranaz, chef du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, faisait Ă©tat ce jeudi 26 mai au soir de la mort d’un manifestant et d’un membre de la police Ă  Goma, dans l’est du pays. Une information dĂ©mentie par les autoritĂ©s. C’est en tout cas Ă  Goma que la rĂ©pression a Ă©tĂ© la plus dure. Les forces de l’ordre ont utilisĂ© des gaz lacrymogĂšnes puis ont tirĂ© Ă  balles rĂ©elles sur la foule, selon Human Rights Watch, qui dĂ©nonce un usage excessif de la force. Selon l’ONG, un civil a Ă©tĂ© tuĂ©, six autres blessĂ©s, dont des enfants et une femme de 80 ans.

    « Les forces de sĂ©curitĂ© ont utilisĂ© non seulement des gaz lacrymogĂšnes, mais aussi des balles rĂ©elles, assure Ida Sawyer, chercheuse senior Ă  Human Rights Watch sur la RDC. Jusque-lĂ , nous avons confirmĂ© qu’il y avait au moins un civil tuĂ© par balles Ă  Goma et six autres civils blessĂ©s, y compris une fille de six ans, un garçon de douze ans et une femme de 80 ans. Ici, Ă  Goma, il y a eu une dizaine de personnes arrĂȘtĂ©es et nous appelons les autoritĂ©s congolaises Ă  assurer que les responsables soient traduits en justice. »

    Des violences sont également à déplorer à Butembo, dans la province du Nord-Kivu. Un jeune étudiant y a été tué, heurté par un camion alors que la police dispersait la foule.

    Aucun incident par contre Ă  Uvira, Bukavu et Bunia oĂč les marches se sont dĂ©roulĂ©es dans le calme, tandis qu’Ă  Lubumbashi, la police a quadrillĂ© la ville toute la journĂ©e pour empĂȘcher les rassemblements. Selon un membre de la sociĂ©tĂ© civile locale, deux journalistes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s alors qu’ils filmaient les forces de l’ordre.

  • Affrontements entre policiers et manifestants d’opposition Ă  Kinshasa

    Affrontements entre policiers et manifestants d’opposition Ă  Kinshasa

    POLICE KIN-Les forces de l’ordre tiraient des grenades lacrymogĂšnes contre la foule d’oĂč fusaient des pierres sur le boulevard du 24-Novembre, une grande artĂšre du nord de la capitale d la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo.

    Des heurts ont Ă©clatĂ© entre des policiers et plusieurs milliers de manifestants qui protestaient contre l’arrĂȘt de la cour Constitutionnelle autorisant le prĂ©sident Joseph Kabila de rester au-delĂ  des limites de la Constitution si l’élection prĂ©sidentielle ne se tient pas avant la fin 2016.

    Les forces de l’ordre ont tirĂ© des grenades lacrymogĂšnes pour disperser la foule qui rĂ©pondait avec des jets pierres, rapportent les journalistes de Radio Top, partenaire de VOA Afrique Ă  Kinshasa.

    L’opposition qui a appelĂ© Ă  la marche, a reçu la veille l’autorisation du gouverneur de la ville de Kinshasa. Pour elle, l’itinĂ©raire convenu a Ă©tĂ© respectĂ© et l’intervention musclĂ©e des forces de l’ordre ne se justifie pas.

    voa

  • Dr Joseph et Mister K

    Dr Joseph et Mister K

    KABILA-Pour les diplomates occidentaux en poste Ă  Kinshasa et les agents des services spĂ©ciaux Ă©trangers, pour les chefs d’État de la rĂ©gion, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ONU et tous ceux qu’intĂ©resse au plus haut point l’avenir immĂ©diat de cette nation majeure qu’est la RD Congo, prĂ©voir de quoi demain sera fait est un exercice impossible.

    Motif principal de cette navigation Ă  vue, Ă  laquelle se rĂ©sument en cette annĂ©e cruciale les rapports des experts en congologie : nul ne dĂ©tient les clĂ©s du logiciel mental de Joseph Kabila Kabange, et personne ne sait comment ce prĂ©sident, ĂągĂ© d’à peine 45 ans, compte modeler son propre destin. À leur dĂ©charge, aussi bien les opposants que les proches de celui que ses partisans appellent le raĂŻs sont plongĂ©s dans la mĂȘme expectative. À preuve, chaque fois qu’il m’arrive de croiser un ministre ou un conseiller de Joseph Kabila, la question qui m’est posĂ©e est la mĂȘme que celle formulĂ©e par ses adversaires : « Vous, vous devez bien le savoir : qu’y a-t-il dans sa tĂȘte ? »

    Sa personnalitĂ© relĂšve d’une « énigme enveloppĂ©e d’un mystĂšre »

    Soyons honnĂȘtes : si j’ai rencontrĂ© Ă  cinq ou six reprises le fils du Mzee depuis son accession au pouvoir – la derniĂšre fois, en 2015 – ce qui fait de moi, avec ma consƓur Colette Braeckman, du Soir, une quasi-exception dans le domaine mĂ©diatique, j’ignore toujours ce qu’il y a « dans sa tĂȘte ».

    Certes, comme tous ceux qui l’ont frĂ©quentĂ© et suivi depuis quinze ans, j’ai remarquĂ© la transformation de l’apprenti timide et imprĂ©visible en chef d’État sĂ»r de lui, Ă  la voix adolescente Ă  la fois douce et mĂ©tallique. Mais sa personnalitĂ©, de plus en plus indĂ©chiffrable, relĂšve plus que jamais de cette « Ă©nigme enveloppĂ©e d’un mystĂšre » qui intriguait dĂ©jĂ  un certain Jacques Chirac.

    À l’époque oĂč il se « lĂąchait » encore et oĂč il accordait des interviews, Joseph Kabila confiait Ă  J.A. qu’il avait, en une dĂ©cennie Ă  la tĂȘte du Congo, « accumulĂ© autant de travail, de stress et d’expĂ©rience qu’un homme ordinaire en trente annĂ©es d’existence ». Avant d’ajouter : « Le pouvoir use, il faut savoir s’arrĂȘter. »

    S’arrĂȘter oui, mais quand et pour faire quoi ? Alors que tout semble indiquer l’inĂ©luctabilitĂ© d’un « glissement » au-delĂ  de 2016 du calendrier Ă©lectoral, rendu inĂ©vitable par l’imprĂ©paration d’un scrutin Ă  un milliard de dollars, donc le risque, sauf dialogue miracle, d’un bras de fer dans la rue, tenter de cerner la psychologie quasi jĂ©suitique de ce fidĂšle de l’Église du Christ au Congo peut ĂȘtre d’une certaine utilitĂ©.

    À cet Ă©gard, un mot s’impose : celui de prĂ©caritĂ©. PrĂ©caritĂ© de la naissance dans le maquis de Fizi-Baraka, de la jeunesse Ă  l’ombre d’un pĂšre au comportement Ă©ruptif et souvent erratique, qui mourra assassinĂ©, prĂ©caritĂ© d’une filiation contestĂ©e par des rumeurs aussi infondĂ©es que tenaces, prĂ©caritĂ© de la guerre, prĂ©caritĂ© de l’arrivĂ©e au pouvoir comme une balle de ping-pong sur un jet d’eau, sous la houlette des tontons abusifs du « clan des Katangais », prĂ©caritĂ© de l’exercice du pouvoir face aux complots et aux trahisons des proches.

    D’oĂč la mĂ©fiance, dĂ©veloppĂ©e comme une coquille autoprotectrice, le mutisme mĂ©diatique, la tendance Ă  l’illisibilitĂ© et l’usage en politique des stratĂ©gies combinatoires d’un joueur de go, oĂč il est question d’encercler l’ennemi pour mieux l’étouffer, plutĂŽt que de l’écraser. Joseph Kabila ne tient pas la classe politique congolaise en haute estime, n’accorde de crĂ©dit (rĂ©versible) qu’à la poignĂ©e de fidĂšles qui ne l’ont pas déçu, se mĂ©fie de ses pairs et encore plus de ces Occidentaux hypocrites dont les discours hostiles vont de pair avec la convoitise pour les richesses de son pays.

    À Kinshasa, sa cĂŽte de popularitĂ© est Ă©quivalente Ă  celle de François Hollande en France

    Difficile d’obtenir d’un homme – qui a puisĂ© une bonne part de ses ressources dans le fait d’avoir Ă©tĂ© longtemps sous-estimĂ© – qu’il aille jouer les gentlemen farmer en son ranch de Kingakati sans autres garanties que les assurances d’anciens consorts muĂ©s en dĂ©tracteurs, sous la menace d’adversaires qui lui promettent le tribunal et sans que les uns ni les autres aient le moindre dĂ©sir de faire justice d’un bilan qui, en matiĂšre de reconstruction et de performances macroĂ©conomiques, est le meilleur (ou le moins dĂ©ficitaire) depuis la fin des annĂ©es 1970.

    Qu’on le veuille ou non et mĂȘme si, Ă  en croire ses opposants, sa cĂŽte de popularitĂ© – tout au moins Ă  Kinshasa – est Ă©quivalente Ă  celle de François Hollande en France, cet admirateur de Sankara et de Che Guevara possĂšde encore quelques atouts dĂ©terminants.

    L’armĂ©e, la police, l’ANR (services de renseignements), l’administration, un parti puissant, l’accĂšs aux ressources financiĂšres, le levier du nationalisme au pays de Lumumba, ce n’est pas rien. Autant dire que, sauf Ă  privilĂ©gier le rapport de force et Ă  souhaiter le pire pour ce peuple qui a dĂ©jĂ  tant souffert et continue de saigner sur son flanc oriental, rien ne se fera contre Kabila, si ce n’est avec Kabila.

    Il faut donc que quelqu’un le rassure, ce que ni MoĂŻse Katumbi – avec qui les ponts sont dĂ©sormais rompus -, ni Vital Kamerhe (idem), ni Étienne Tshisekedi, qui n’a jamais reconnu sa lĂ©gitimitĂ©, ne peuvent, ou ne souhaitent faire. C’est pourtant une nĂ©cessitĂ© raisonnable. Et c’est pour dĂ©nouer ce type de situation que la GrĂšce antique a inventĂ© le dialogue.

    JA

  • L’opposant Étienne Tshisekedi tacle le facilitateur Edem Kodjo

    L’opposant Étienne Tshisekedi tacle le facilitateur Edem Kodjo

    tshisekedi-Kodjo-PointĂ© du doigt comme celui qui bloque la mise en place du comitĂ© prĂ©paratoire du dialogue politique en RDC, Étienne Tshisekedi a rĂ©pondu mardi Ă  Edem Kodjo, reprochant Ă  la mĂ©diation menĂ©e par l’ancien Premier ministre togolais de n’avoir pas toujours satisfait Ă  ses prĂ©alables.

    Qu’il lĂšve la main celui qui prĂ©tend savoir si Étienne Tshisekedi participera, ou non, au dialogue politique annoncĂ© en RD Congo ! Alors que la mĂ©diation attend la liste des opposants participants au forum, le leader de l’Union pour la dĂ©mocratie et le progrĂšs social (UDPS) a publiĂ©, le 24 mai au soir, un communiquĂ© cinglant contre le facilitateur, Edem Kodjo, et les autoritĂ©s du pays.

    Pour Étienne Tshisekedi, le blocage du processus de dialogue politique en RD Congo incombe au facilitateur qui n’a pas toujours rĂ©pondu aux prĂ©alables posĂ©s par l’UDPS.

    Quiproquo entre Tshisekedi et Kodjo

    L’opposant historique congolais, convalescent Ă  Bruxelles, rappelle que sa formation politique et lui-mĂȘme veulent avant tout « s’assurer de la concordance des vues entre la perception du dialogue politique par le facilitateur et la rĂ©solution 2277 du Conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies » qui souligne, entre autres, la nĂ©cessitĂ© d’organiser les Ă©lections dans les dĂ©lais.

    Étienne Tshisekedi attend Ă©galement une rĂ©ponse claire d’Edem Kodjo sur sa requĂȘte relative Ă  « l’implication des autres membres de la communautĂ© internationale », notamment l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). ConcrĂštement, l’UDPS sollicite la mise en place d’un panel de facilitateurs, Edem Kodjo ayant Ă©tĂ© « dĂ©signĂ© sans avis prĂ©alable de diffĂ©rentes parties congolaises ».

    Autre grief : le leader de l’UDPS dit n’avoir toujours pas rĂ©uni les garanties quant Ă  « l’inclusivitĂ© du dialogue et la libĂ©ration des dĂ©tenus politiques ».

    Tshisekedi s’en prend aussi à Kabila

    Dans son communiquĂ©, Tshisekedi s’attaque enfin au prĂ©sident Joseph Kabila qui « étale, selon lui, le vrai visage de son paradigme politique, en multipliant des actes de provocation, d’intimidation et de terrorisme d’État alors que le peuple congolais attendait [de lui] des signaux forts de dĂ©tente et de dĂ©crispation ».

    Et de dĂ©noncer « le procĂ©dĂ© anti-dĂ©mocratique et le traitement ignoble dont MoĂŻse Katumbi, Christopher Ngoyi, EugĂšne Diomi Ndongala et d’autres acteurs politiques ou de la sociĂ©tĂ© civile sont victimes de la part d’un pouvoir qui, dans le mĂȘme temps, se complaĂźt Ă  claironner sans convaincre qu’il veut aller Ă  un dialogue politique inclusif ».

    Les conditions des pourparlers sereins en RD Congo sont encore loin d’ĂȘtre rĂ©unies


    JA

  • MoĂŻse Katumbi, que va-t-il faire maintenant ?

    MoĂŻse Katumbi, que va-t-il faire maintenant ?

    -AprĂšs son inculpation pour atteinte Ă  la sĂ»retĂ© intĂ©rieure et extĂ©rieure de l’État, MoĂŻse Katumbi, candidat dĂ©clarĂ© Ă  la prĂ©sidentielle en RD Congo, a Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  quitter le territoire national pour suivre des soins mĂ©dicaux appropriĂ©s en Afrique du Sud. Comment compte-t-il rebondir ?

    « Pour l’instant, MoĂŻse Katumbi est toujours sous observation mĂ©dicale Ă  Johannesburg », affirme un proche de l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga. À l’en croire, aprĂšs des examens de santĂ© et une fois rĂ©tabli, rien n’empĂȘchera au candidat dĂ©clarĂ© Ă  la prĂ©sidentielle congolaise de quitter l’Afrique du Sud.

    Que fera-t-il ? Regagnera-t-il immĂ©diatement la RD Congo oĂč le parquet l’a inculpĂ©, jeudi 19 mai, d’atteinte Ă  la sĂ»retĂ© intĂ©rieure et extĂ©rieure de l’État ou s’envolera-t-il vers d’autres cieux ?

    Katumbi déjà hors course ?

    « Peu importe sa décision, le scénario voulu par Kinshasa paraßt irréversible : disqualifier de la course à la présidentielle un candidat populaire devenu le principal rival du camp présidentiel », confie à Jeune Afrique un magistrat de la capitale congolaise, qui dit avoir déjà traité des « dossiers similaires et sensibles ».

    À l’en croire, il en a Ă©tĂ© ainsi de plusieurs autres opposants qui se sont retrouvĂ©s, avant MoĂŻse Katumbi, dans le collimateur du pouvoir. « En exĂ©cutant des instructions venues d’en-haut sans rĂ©flĂ©chir, des juges avaient rĂ©cemment condamnĂ© l’ancien dĂ©putĂ© Vano Kiboko, passĂ© Ă  l’opposition, Ă  trois ans de prison alors que les faits infractionnels qui lui Ă©taient reprochĂ©s ne pouvaient ĂȘtre punis d’une peine de plus de deux ans », rappelle-t-il.

    Ce n’est pas Ă©vident de mettre MoĂŻse Katumbi en taule, admet un cadre de la MajoritĂ© prĂ©sidentielle

    Dans le cas Katumbi, les choses se sont prĂ©cipitĂ©es. « L’audition a Ă©té suspendue le jour oĂč notre client a Ă©tĂ© agressĂ© par les forces de l’ordre. Le parquet a promis de la reprendre dĂšs qu’il serait rĂ©tabli. Nous n’avons donc pas compris pourquoi le mĂȘme parquet a finalement choisi de l’inculper sans l’entendre de nouveau », explique un avocat de la dĂ©fense. Puis, au lendemain de son inculpation, l’opposant, soupçonnĂ© d’avoir recrutĂ© de supposĂ©s mercenaires Ă©trangers, a Ă©tĂ© autorisĂ© Ă  quitter la RD Congo pour aller en Afrique du Sud recevoir des soins mĂ©dicaux appropriĂ©s


    « Visiblement, ce n’est pas Ă©vident de mettre MoĂŻse Katumbi en taule », admet un cadre de la MajoritĂ© prĂ©sidentielle (MP, la coalition au pouvoir). « Le dossier est complexe et divise au sein mĂȘme de l’entourage du chef de l’État : d’un cĂŽtĂ© le camp des durs qui veut poursuivre cette affaire jusqu’au bout – position dĂ©fendue notamment par des responsables de l’Agence nationale de renseignement (ANR) et certains faucons de la MP -, et de l’autre, un camp plus modĂ©rĂ© qui considĂšre qu’il est trop risquĂ© d’avoir les États-Unis à dos en cette pĂ©riode préélectorale dĂ©jĂ  tendue », explique-t-il.

    L’AmĂ©ricain Darryl Lewis enfin devant le parquet

    ArrĂȘtĂ©s le 24 avril Ă  Lubumbashi lors du meeting de Katumbi dispersĂ© Ă  coups de gaz lacrymogĂšne et transfĂ©rĂ©s dĂšs le lendemain Ă  Kinshasa, l’AmĂ©ricain Darryl Lewis et trois Congolais (Idi Sefu, Yannick Kabinda et Franck Mwashila) proches de l’opposant sont considĂ©rĂ©s par les autoritĂ©s congolaises comme des « mercenaires » au service de l’ancien gouverneur.

    DĂ©tenus au secret depuis presqu’un mois, « tous les quatre ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s aujourd’hui [24 mai] devant le parquet gĂ©nĂ©ral de la RĂ©publique oĂč une audition est prĂ©vue devant le mĂȘme magistrat qui a entendu M. Katumbi », a indiquĂ© Me Azarias Ruberwa, l’un des avocats du collectif de la dĂ©fense. Une « bonne nouvelle, selon cet ancien vice-prĂ©sident de la RĂ©publique, car leur dĂ©tention Ă©tait trĂšs irrĂ©guliĂšre ».

    Hormis le citoyen amĂ©ricain, les trois suspects congolais n’ont jamais reçu de visite ni de leurs familles ni de leur conseil. Ce qui fait craindre une « extorsion de faux tĂ©moignages pour fabriquer des preuves contre Katumbi », relĂšve un autre avocat du collectif.

    Katumbi-Tshisekedi de nouveau à l’ordre du jour

    Concernant le dossier principal, des avocats affirment toutefois continuer Ă  travailler pour que l’inculpation de MoĂŻse Katumbi soit retirĂ©e. « Contrairement Ă  ce que le porte-parole du gouvernement a indiquĂ©, l’affaire n’est pas passĂ©e en phase juridictionnelle, nous continuons Ă  discuter avec le parquet parce que ce dernier n’a pas entendu notre client comme il Ă©tait prĂ©vu », explique Me George Kapimba.

    En attendant, MoĂŻse Katumbi est « annoncĂ© dans le courant de la semaine Ă  Bruxelles », selon certaines indiscrĂ©tions au sein de l’Union nationale pour la dĂ©mocratie et le progrĂšs social (UDPS). Une « rencontre autour d’Étienne Tshisekedi [leader historique de l’UDPS] » est en effet en gestation dans la capitale belge. Elle connaĂźtrait la participation de Katumbi, ou du moins du G7, regroupement politique qui soutient la candidature de Katumbi Ă  la prĂ©sidentielle. « Les lignes bougent  », souffle un membre de la coalition.

    Moïse Katumbi veut toujours rassembler l’opposition

    Dans l’entourage de Katumbi, l’on ne confirme pas un imminent tĂȘte-Ă -tĂȘte entre ce dernier et Tshisekedi. Ses proches se contentent d’affirmer que des « nĂ©gociations » sont en cours avec l’UDPS et le G7 pour « harmoniser les vues ». « Mais MoĂŻse Katumbi demeure dans sa droite ligne, celle de rassembler toute l’opposition. Il avait dĂ©jĂ  rencontrĂ© Étienne Tshisekedi  et d’autres opposants dans cette optique. Naturellement, le G7, alliĂ© de Katumbi, s’inscrit aujourd’hui sur la mĂȘme ligne », explique l’un d’eux.

    Pourrait-on envisager de voir Katumbi sur la liste des opposants participant au dialogue politique, convoquĂ© par le prĂ©sident Kabila, que Tshisekedi s’apprĂȘte Ă  envoyer au facilitateur Edem Kodjo ? « Ce serait rĂ©ducteur de rĂ©sumer les tractations entre l’UDPS et G7 Ă  une histoire de liste alors que les deux parties, malgrĂ© leurs diffĂ©rences d’approche, travaillent sur le respect de la Constitution et celui des dĂ©lais qu’elle impose pour l’organisation des Ă©lections, l’alternance dĂ©mocratique et la nĂ©cessitĂ© d’avoir une candidature commune de l’opposition », avance-t-on dans l’entourage de Katumbi.

    JA

  • Les marches de protestation auront bien lieu. Interdiction au Nord-Kivu

    Les marches de protestation auront bien lieu. Interdiction au Nord-Kivu

    manif-« Ce jeudi 26 mai 2016, seront organisĂ©es sur toute l’Ă©tendue du territoire congolais, des marches de protestation contre l’arrĂȘt en interprĂ©tation de l’article 70 de la Constitution par la Cour Constitutionnelle, vĂ©ritable tentative de coup d’Etat constitutionnel par laquelle le pouvoir judiciaire, sous les ordres du pouvoir politique, a honteusement violĂ© la loi mais aussi la dignitĂ© de tous les citoyens congolais », dit le Front Citoyen 2016 dans un communiquĂ© parvenu mardi  à la rĂ©daction de VOA Afrique.

    Cet arrĂȘt permet une Ă©ventuelle prolongation du mandat du prĂ©sident Joseph Kabila. La Cour a rĂ©cemment dĂ©terminĂ© qu’en cas de report des Ă©lections prĂ©vues fin 2016, M. Kabila resterait en fonction jusqu’à l’installation d’un nouveau chef d’Etat.

    Manifestations interdites jeudi au Nord-Kivu

    Le gouverneur du Nord-Kivu, dans l’est de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, a annoncĂ© mardi l’interdiction de toutes les manifestations auxquelles une coalition d’opposants au prĂ©sident Joseph Kabila a appelĂ© Ă  une participation massive jeudi.

    Julien Paluku a annoncĂ© “cette interdiction sur l’ensemble de la province du Nord-Kivu” lors d’un point de presse retransmis en ligne.

    Il a justifiĂ© cette dĂ©cision par le fait que, selon lui, les trois plateformes d’opposition ayant appelĂ© la population Ă  manifester jeudi sur l’ensemble du territoire national “n’existent pas lĂ©galement”.

    De plus, a-t-il dit, en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  la violence des groupes armĂ©s qui dĂ©chire la province depuis plus de vingt ans, “le Nord-Kivu est en deuil”, et “dans la tradition du Nord-Kivu, on ne pleure pas les gens dans la rue, on ne pleure pas les gens en manifestant”.

    Trois plateformes d’opposition congolaise, la Dynamique de l’opposition, le G7 et le Front citoyen, ont appelĂ© Ă  manifester jeudi partout en RDC pour dĂ©noncer l’arrĂȘt rendu le 11 mai par la Cour constitutionnelle et autorisant M. Kabila Ă  rester au pouvoir au-delĂ  du terme de son mandat, alors que tout indique que la prĂ©sidentielle censĂ©e avoir lieu avant la fin de l’annĂ©e ne sera pas organisĂ©e dans les temps.

    A Lubumbashi, deuxiĂšme ville du pays, dans le sud-est de la RDC, le maire, Jean-Oscar Sanguza, a dĂ©clarĂ© lui aussi avoir interdit la marche de l’opposition prĂ©vue pour le 26 mai.

    “La dĂ©cision de la Cour constitutionnelle est inattaquable”, a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP, “je ne peux pas autoriser une marche” contre cet arrĂȘt.

    La manifestation devrait en revanche avoir lieu Ă  Kinshasa, oĂč le parti prĂ©sidentiel pourrait Ă©galement dĂ©filer.

    M. Kabila est arrivĂ© au pouvoir en 2001 aprĂšs l’assassinat de son pĂšre qui avait renversĂ© en 1997 le vieux dictateur Mobutu Sese Seko. Il a Ă©tĂ© Ă©lu prĂ©sident en 2006 avant d’ĂȘtre réélu en 2011 Ă  l’issue d’un scrutin entachĂ© de fraudes massives, au rĂ©sultat contestĂ©, et Ă  l’origine de la crise politique que traverse le pays.

    Son mandat expire en dĂ©cembre et la Constitution lui interdit de se reprĂ©senter, mais ses dĂ©tracteurs l’accusent depuis des mois de chercher Ă  se maintenir au pouvoir par tous les moyens.

    Avec AFP