Le 2 novembre, 55 minutes après la publication dans Mediapartdes nouvelles révélations des Football Leaks, Neymar et Kylian Mbappé arrivaient au Parc des princes pour affronter Lille. Dans une célébration tardive de Halloween, les deux stars achetées à prix d’or (402 millions d’euros à eux deux) à l’été 2017 ont débarqué déguisés en braqueurs. Ça ne s’invente pas.
Le coup de folie des propriétaires qataris du PSG pour s’offrir les deux joueurs pourrait en effet avoir des conséquences désastreuses sur les finances du PSG, dès l’été prochain. Surtout couplé à l’interdiction pour le club parisien de renouveler son juteux contrat avec l’Autorité de tourisme du Qatar (QTA).
Officiellement blanchi par l’UEFA et échappant à toute sanction disciplinaire, le PSG est loin d’être tiré d’affaire : financièrement, il a bien été sanctionné, et la conséquence la plus grave n’a pas encore pris effet. D’après Mediapart, la chambre d’instruction de l’UEFA a imposé, le 13 juin, au PSG l’interdiction de renouveler son contrat avec QTA après le 30 juin 2019. Une sanction confirmée par Victoriano Melero, le secrétaire général du club, au Parisien.
Signé dès 2012, revalorisé en 2016, ce partenariat de « nation branding » unique en son genre est au centre de toutes les discussions. Largement surévalué d’après différents audits réalisés par l’UEFA, il aurait permis au Qatar d’injecter d’énormes sommes dans son club en contournant, en partie, les règles du fair-play financier (FPF).
Avec cette interdiction, le budget du Paris Saint-Germain, évalué à environ 500 millions d’euros par an, se retrouvera privé d’un revenu de 145 millions d’euros par saison. A cette somme se rajouteront les différents coûts supplémentaires qu’impliquent les deux transferts records de l’été 2017. D’après les Football Leaks, ces coûts sont évalués à 830 millions d’euros sur cinq saisons, entre l’achat, les salaires et les commissions des agents. Soit 166 millions d’euros de dépenses supplémentaires par an.
Compenser les pertes
C’est un fait, même si le PSG n’est pas plus lourdement sanctionné par l’UEFA, il doit trouver de l’argent. Pour compenser la perte de son sponsor QTA et de ses 145 millions d’euros d’abord, mais aussi pour assumer le coût de ses ambitions sur le marché des transferts. Particulièrement scruté, le club parisien peut se tourner vers des contrats de sponsoring moins suspects, qui n’impliqueraient pas l’Etat du Qatar.
Le contrat de Fly Emirates, principal sponsor maillot dont la valeur est estimée par une agence de marketing mandatée par l’UEFA à 35 millions d’euros par saison, arrive à échéance à la fin de la saison. Il ne sera pas prolongé, ce qui permettra à Paris de négocier, probablement plus cher, un nouveau contrat. D’après les informations de L’Equipe, le PSG espérerait obtenir un accord à 60 millions d’euros par saison. Dans la même veine, le club veut également renégocier son contrat d’équipementier avec Nike.
Mais la principale source de revenu potentielle, celle qui permettrait un apport de fond à la hauteur des déficits du club, c’est la vente d’un joueur majeur. En fin de mercato 2018, le PSG a été obligé de vendre en urgence pour 60 millions d’euros, ce qu’il a réussi à faire en envoyant Yuri Berchiche à Bilbao et Javier Pastore à Rome. Mais à la vue des sommes en jeu à partir de l’été 2019, c’est bien la vente d’un joueur majeur, de la trempe de Neymar ou Mbappé, qui pourrait compenser la perte de revenus de la fin du contrat QTA.
Le club en a bien conscience, et a d’ailleurs axé sa stratégie de communication sur cet aspect. Le numéro 2 du club, Jean-Claude Blanc, a répondu sur ce point à Mediapart, pour fustiger une attaque venue d’Espagne, désignant à mots (à peine) couverts le virulent Javier Tebas, président de la ligue espagnole.
« Par cette décision, connaissant nos comptes (…), l’UEFA, seule ou poussée par d’autres clubs et une ligue (…) hispanisante, dit que le PSG est obligé de vendre un de ses gros joueurs pour être à l’équilibre en 2019-2020. Ça tombe bien, qu’est-ce qu’on peut lire dans la presse espagnole en ce moment ? Neymar au Barça, Neymar au Real, MBappé dans un grand club. »
Le PSG se retrouverait alors en situation de faiblesse sur un marché des transferts particulièrement compliqué. Si tous ses adversaires savent qu’il doit absolument vendre pour sauver ses comptes, le club aura bien du mal à peser dans les négociations.
Le risque de nouvelles sanctions
L’autre risque pour le PSG, c’est le spectre de nouvelles sanctions, plus lourdes, venant de l’UEFA. Si les Football Leaks montrent comment le club a pu profiter d’accords à l’amiable et d’enquêtes classées « pour raisons politiques », la procédure n’est pas encore terminée. Le 24 septembre, la chambre de jugement de l’Instance de contrôle financier des clubs, après avoir examiné le rapport de sa chambre d’instruction, lui a renvoyé le dossier. Elle réclame notamment un nouvel audit, plus approfondi, des contrats de sponsoring qataris. Jusqu’à présent, jamais l’UEFA n’a voulu aller jusqu’à la sanction sportive, l’exclusion des compétitions européennes, pour des raisons économiques autant que politiques. Mais la menace plane malgré tout. Et si la chambre de jugement se prononçait pour une nouvelle amende, les comptes du PSG risqueraient d’être encore davantage plombés.
Face à ce risque de nouvelles sanctions, il reste une arme au PSG, préparée de longue date. Dès 2013, une équipe de juristes du PSG a rédigé une plainte, visant à attaquer le fair-play financier devant l’autorité de la concurrence. Jamais déposée, elle a plusieurs fois servi d’arme de dissuasion au PSG, qui ne cesse de fustiger les conditions de ce fair-play financier, qui favoriserait les clubs installés et pénaliserait les nouveaux riches.
Dès vendredi soir, quelques heures à peine après les révélations de Mediapart, Jean-Claude Blanc affûtait sur RMC les éléments de langage qui constituent le principal argument du club : « Les règles de l’UEFA ne permettent pas l’investissement, expliquait le directeur général délégué du club, en première ligne dans les négociations avec l’UEFA. En étant un nouvel entrant, manifestement, vous n’êtes pas le bienvenu. Je crois que les règles du fair-play financier ont été petit à petit détournées pour empêcher des nouveaux entrants de venirperturber un cartel bien organisé de clubs. »
Publié le 03-11-2018 Modifié le 03-11-2018 à 12:38
Un sénateur de l’opposition saisit le procureur général de la cour d’appel de Bamenda pour « meurtre, torture et incendie » sur le village de Balikumbat dans la région de Bamenda dans le Nord-Ouest du Cameroun.
Les faits se sont déroulés dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Ils sont attribués aux militaires camerounais. Le bilan est d’un mort, plusieurs personnes molestées, et de nombreuses habitations brûlées. Des exactions qui ne sont plus tolérables pour Kemende Henry Gamsey, le député du SDF pour le Nord-Ouest à l’origine de la plainte.
« J’ai pris la décision de saisir le procureur parce que je me suis dit qu’il était grand temps de mettre un coup d’arrêt aux atrocités commises dans des zones où la population est prise en tenaille. D’un côté par les Ambazoniens, et de l’autre côté par les militaires, les forces régulières. Et au milieu de ces deux camps, la population elle, est impuissante. »
« C’est important que vous sachiez que je suis originaire de cette localité, que c’est mon village maternel, insiste Kemende Henry Gamsey, qui considère ces informations fiables. J’ai donc de nombreux informateurs sur place. Et si plus d’une dizaine d’informateurs me racontent la même chose, me disent qu’ils ont vu des militaires, parlant français, vêtus en uniforme, avec de grands fusils : comment je peux douter? »
Face à ces témoignages, l’élu estime qu’une enquête est nécessaire. « Ils m’ont appelé, pour m’informer, car je suis membre du Parlement et sénateur. Dix personnes, vingt personnes, m’ont dit qu’elles accusaient et pointaient du doigt les militaires. Donc la seule façon d’éclaircir les choses, c’est d’enquêter sur ces présumées atrocités militaires commises à Balikumbat. »
L’armée dément
« Il n’y a pas eu d’atrocités militaires à Balikumbat », répond le colonel Badjeck, chef de la Division de la communication au ministère camerounais de la Défense. Selon lui, les militaires n’ont commis aucune exaction. Mais en revanche, le poste militaire de la localité a été attaqué ce soir là – le 31 octobre -, explique le colonel.
« Il y a eu bel et bien l’attaque d’un poste à 22h à Balikumbat, un poste qui était défendu par le BIR [bataille d’intervention rapide, Ndlr] et la gendarmerie. Il y a eu ouverture de feu et à l’aube ils ont ratissé pour trouver qu’il y avait eu trois combattants sécessionnistes qui étaient venus les braquer et qui ont été neutralisés. Les trois armes ont également été récupérées, qu’il n’y a pas eu d’exactions, la moindre exaction, dans cette zone. »
Quant aux informations faisant état de la présence d’hommes en tenue militaire portant des fusils et parlant français, le colonel Badjeck rétorque que « ça, c’est ce que le sénateur de Bamenda dit ».
« Ce que le colonel Badjeck, officier de l’armée de l’air, chef de division de la communication dit, c’est autre chose. Je ne vais pas me mettre sur le même diapason que des gens qui délirent et qui sont passés maîtres dans l’art d’orchestrer des histoires, de la délation, pour continuer à permettre les forfaits qui se produisent au détriment des populations dans le nord-ouest et dans le Sud-Ouest. »
Publié le 03-11-2018 Modifié le 03-11-2018 à 12:27
Au Mali, depuis la réélection du président Ibrahim Boubacar Keita, les grèves, les revendications se multiplient dans plusieurs corps de métiers. Le Premier ministre, Soumeylou Boubeye Maïga, a lancé une série de rencontres avec les syndicats, le secteur privé et la société civile. Ces rencontres visent à préparer la conférence sociale prévue en janvier 2019. Il s’agit aussi d’une tentative d’apaisement.
Il y a bien sûr les magistrats qui viennent de mettre fin à 100 jours de grève. Le syndicat des collectivités territoriales réclame, dans certaines localités, des arriérés de salaire, tout comme des enseignants de la région de Kayes en grève depuis plusieurs jours.
Il n’y a pas que les grévistes du moment qui sont insatisfaits. Dans le secteur de la santé, les médecins dénoncent toujours le manque de moyens, de matériel et de médicaments dans les hôpitaux publics. Les cheminots exigent la reprise du train. Les cahiers de doléances s’empilent sur les bureaux des ministères de tutelle.
« Il y a une concentration des mécontentements. Nous n’avons pas vu ça depuis cinq ans », résume Hamadoune Amion Guindo, de la Conférence syndicale des travailleurs du Mali.
Ce syndicaliste faisait partie de la délégation qui a rencontré le Premier ministre jeudi. Soumeylou Boubeye Maïga a initié une série de rencontres avec les partenaires sociaux. Celles-ci prendront fin la semaine prochaine. Le gouvernement espère sortir ainsi de cette spirale de revendications.
En janvier 2019, une grande conférence est annoncée, d’abord « pour répartir de façon plus équitable les fruits de la croissance » et ensuite « pour la trêve sociale », affirme-t-on à la Primature.
Les Egyptiens d’Al-Ahly ont pris une petite option sur une 9e victoire en Ligue des champions d’Afrique en battant l’Espérance Tunis 3-1, en finale aller, vendredi, au Caire.
Al-Ahly, qui menait 2-0 après les buts de Walid Soliman sur pénalty, à la 34e minute, et d’Amr Al Soulia, à la 58e, s’est fait un peu peur en concédant un pénalty à l’Espérance.
Un pénalty qui a permis à Mohamed Youcef Belaili de ramener son équipe à 2-1, à la 65e minute, selon le compte donné du match par le site d’information de la Confédération africaine de football.
Mais la joie des Tunisiens n’a duré que 13 minutes, le temps pour Al-Ahly de corser l’addition, Soliman transformant son deuxième pénalty de la soirée.
Le match retour, prévu vendredi prochain à Tunis, s’annonce très chaud.
Le club égyptien est le plus titré en Afrique, avec déjà huit trophées en LDC.
Le Bureau du recensement américain ainsi que les principaux centres de recherche annoncent régulièrement « la fin de l’Amérique blanche », nourrissant depuis quelques années une anxiété de fond dans le pays. Aux Etats-Unis, les Blancs non hispaniques deviendront minoritaires dans la population en 2045, et dans la population en âge de voter en 2052. Cette « fin » s’explique par l’essor des minorités, surtout hispanique et asiatique. Cette angoisse identitaire n’est pas sans effets. Le vote pour Trump a été en partie motivé par la volonté d’enrayer cette tendance lourde de la démographie américaine. Le rêve d’un projet de restauration d’une grandeur passée, réelle ou supposée, a encore de beaux jours devant lui.
Baisse du poids démographique des Blancs
Population américaine, selon la communauté ou selon l’origine
Une perception « faussée » d’un déclin économique
Crise sociale et pessimisme pour l’avenir
des Américains de la classe ouvrière blanche estiment que leur culture et leur mode de vie se sont détériorés depuis 1950.
7 Américains sur 10
de la classe ouvrière blanche (68 %) – 55 % pour l’ensemble des Américains – estiment que les Etats-Unis risquent de perdre leur culture et leur identité.
des Américains de la classe ouvrière blanche pensent que les meilleurs jours de l’Amérique appartiennent au passé.
Un sentiment de déclin des Blancs qui se traduit dans un vote pro-Trump
Le sentiment de déclin dont s’est emparé Donald Trump ne semble pas près de disparaître. Des pans entiers de l’industrie ont été démantelés, les institutions traditionnelles se sont affaiblies, tandis que l’intérêt de l’opinion s’est focalisé sur la célébrité et la richesse, deux valeurs aujourd’hui idolâtrées, écrit le journaliste et écrivain George Packer.
Etat où Trump a renforcé la part du vote républicain, lors de l’élection présidentielle de 2016, en %
Rust Belt (« ceinture de Rouille »)
Repli identitaire et remise en cause du récit national
Nombre de « groupes de haine » aux Etats-Unis
Protégés par le premier amendement de la Constitution et plus que tolérés par Donald Trump, les groupes de nationalistes et de suprémacistes blancs prolifèrent. Selon le SPLC, une association de surveillance de l’extrême droite, 954 groupes de haine – « dont les croyances ou les pratiques attaquent des catégories d’individus en raison de caractéristiques immuables » – sont actifs sur le territoire. Ils étaient 457 en 1999.
Des monuments confédérés de plus en plus contestés
● Symbole public en mémoire de la Confédération
Symbole supprimé
● avant 2015 ● après 2015
En 2015, après le massacre de Charleston, au cours duquel Dylann Roof avait assassiné neuf personnes dans une église méthodiste africaine, des photos de ce suprémaciste blanc arborant le drapeau confédéré avaient créé de vives polémiques. Depuis, le mouvement pour débaptiser ou supprimer les monuments confédérés s’est accéléré. Ils sont aujourd’hui emblématiques des batailles mémorielles.
Démocrates versus républicains : des divergences sur les thèmes de société
Plusieurs études réalisées depuis 2017 ont mesuré les clivages de la société américaine. Deux blocs se dessinent, les individus proches du Parti républicain et ceux proches du Parti démocrate, dominés tous deux par deux élites américaines, les Core Conservatives et les Solid Liberals. Outre le fait que ces deux groupes sont les plus opposés politiquement, tout les sépare en matière de caractéristiques sociodémographiques, de systèmes d’attitudes et de valeurs, de modes de vie. Par exemple, les Core Conservatives refusent de prendre en considération les questions de discrimination raciale, des inégalités entre hommes et femmes ou de la pauvreté. Selon eux, les pauvres profitent des prestations sociales pour ne rien faire, tandis que les libéraux estiment au contraire qu’il faut augmenter ces allocations.
% de votants, selon leur appartenance politique, sur les thématiques de société, considérées comme très importantes dans leur vote en septembre 2018
● Républicains
● Ensemble des électeurs
●Démocrates
● Ensemble
●Démocrates
● Républicains
Une méfiance forte vis-à-vis des institutions et des médias
La méfiance envers les médias traditionnels, perçus comme partiaux, s’est durablement installée. Sur les 200 médias américains, 194 avaient soutenu la candidate démocrate Hillary Clinton. De quoi nourrir les fantasmes d’une presse « d’opposition » et qui « ne comprend pas le pays », selon les termes de Steve Bannon, ancien conseiller stratégique de Donald Trump.
Confiance dans les institutions américaines, en % de réponses positives
Cette courbe représente la confiance moyenne dans sept institutions : l’Eglise ou autre organisation religieuse, l’école publique, la Cour suprême, le Congrès, la presse écrite, les syndicats et les grandes entreprises.
Confiance dans l’impartialité des médias (presse écrite, télévisuelle et radio) pour rapporter les informations.
En % de personnes ayant répondu avoir grande ou très confiance
Sources : PEW Research Center, Census Bureau, Gallup, Bureau of Labor Statistics ; Southern Poverty Law Center, Henry J. Kaiser Family Foundation, Public Religion Research Institute, BBC, Huffingtonpost.com
Textes : Nicolas Bourcier
Infographie-cartographie : Véronique Malécot, Charlotte Recoquillon
Madagascar, un nouveau départ ? (1). Le chef de l’Etat sortant, candidat à sa succession, n’est pas favori face aux « revenants » Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana.
L’heure de la revanche a sonné. Interdits de candidature à l’élection présidentielle de 2013, Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana attendent depuis cinq ans de pouvoir se mesurer l’un à l’autre tout en écartant du chemin celui qui n’aurait dû être qu’un concurrent de substitution, par définition dénué d’ambitions. Mais Hery Rajaonarimampianina n’entend pas retourner sur le banc de touche. Après avoir achevé son mandat en respectant la Constitution, ce qui est assez rare dans l’histoire politique mouvementée de Madagascar, l’expert-comptable discret, voire effacé, a choisi de solliciter à nouveau les suffrages. Le premier tour du scrutin présidentiel aura lieu le 7 novembre. Au lendemain de son soixantième anniversaire. Aux côtés de ces trois ex-présidents, trente-trois autres candidats, pour la plupart inconnus, seront en lice.
Chacun promet comme il se doit des jours meilleurs. Mais sous les lumineux jacarandas en fleurs qui donnent à Antananarivo un air presque léger, les ombres du passé n’ont pas fini de rôder. Personne n’a oublié les émeutes sanglantes de 2009 qui avaient conduit au départ de Marc Ravalomanana et à la prise de pouvoir, avec le soutien de l’armée, du jeune maire de la capitale, Andry Rajoelina, pour une période sombre dite « de la transition » qui dura finalement quatre ans.
Onction du gendarme de Washington
Boycottée par les institutions financières internationales et autres bailleurs de fonds, la Grande Ile de l’océan Indien plongea une nouvelle fois dans la crise. Sa réintégration eut un coût : l’exclusion des deux fauteurs de troubles du processus électoral de 2013.Et c’est « Hery », comme il est d’usage de l’appeler pour contourner les dix-neuf lettres de son patronyme, qui en sortit vainqueur grâce à l’appui d’Andry Rajoelina, dont il était depuis plusieurs années le ministre des finances. Mais au lieu de se plier au scénario Poutine-Medvedev écrit pour lui, l’ancien professeur à l’Institut national en sciences comptables et administration d’entreprise (Iscae) s’affranchit du « DJ » qu’il n’avait jamais beaucoup estimé. Pari risqué.
Au moment de quitter son poste, en août, le représentant du Fonds monétaire international (FMI) Patrick Imam avait accordé une longue interview à L’Express de Madagascar, dans laquelle il saluait le chemin parcouru : « Partis d’où nous étions et considérant où nous sommes en train d’aller, il y a quand même un changement de cap significatif », soulignait le banquier – décoré de l’ordre national avec le grade de commandeur. Son institution prévoit une croissance de 5 % pour le pays cette année, soit « la plus forte depuis dix ans ». Fort de cette onction du gendarme de Washington, Hery est convaincu que son bilan peut lui permettre de faire la différence face à ses adversaires. N’a-t-il pas obtenu des créanciers étrangers des promesses de soutien à hauteur de 6,4 milliards de dollars (5,6 milliards d’euros) pour financer ses priorités ?
C’est sur cette ligne qu’il s’est lancé dans la campagne en mettant en avant le retour aux grands équilibres, l’augmentation des dépenses dans les secteurs sociaux, le lancement de programmes d’infrastructures… Quitte à faire quelques entorses à la réalité en affirmant par exemple que le taux de pauvreté a reculé de « 92 % » à « un peu plus de 70 % ». Ce taux, qui était de 78 % en 2012, est resté quasiment inchangé, selon les données les plus récentes de la Banque mondiale. Si Madagascar a renoué avec une petite prospérité, celle-ci a surtout profité à une minorité urbaine et aux milieux d’affaires, creusant un peu plus le gouffre qui les sépare d’une masse miséreuse encore appauvrie par la hausse des prix, à commencer par celui du riz.
Quoi qu’il en soit, il en faudra bien davantage pour tenir le cap du plan de transformation de l’île qu’il propose aux Malgaches. Baptisé Fisandratana 2030, ce programme prévoit de multiplier par trois le PIB du pays, par deux le revenu par habitant, de faire baisser la proportion de pauvres à un quart de la population… Ce qui supposerait d’atteindre très vite une croissance à deux chiffres. Pendant sa campagne de 2013, Hery avait promis de régler le problème des délestages de la Jirama, la compagnie nationale d’électricité, en trois mois. Les Malgaches ne l’ont pas oublié. Cinq ans après, la situation commence à peine à s’améliorer.
« Les rats quittent le navire »
Sans base politique, avec un parti – le Hery Vaovan’i Madagasikara (HVM) – créé à la va-vite quelques mois avant l’élection de 2013 et qui s’avéra incapable de faire entrer ses hommes à l’Assemblée, Hery a dû composer tout au long de son mandat des coalitions fragiles en allant piocher dans des petits partis pour ne pas avoir à négocier avec celui d’Andry Rajoelina. Selon la Constitution, c’est en effet au Mapar, majoritaire à l’Assemblée, qu’il revenait d’occuper le poste de premier ministre. Résultat : en cinq ans, quatre chefs du gouvernement se sont succédé avant que la Haute Cour constitutionnelle n’impose au président, pour sortir de la crise provoquée en avril par la réforme des lois électorales, de constituer un gouvernement de consensus et de convoquer un scrutin anticipé.
« Les défections qui se multiplient au sein du HVM montrent que les ralliements n’étaient que de circonstance. Maintenant que Rajoelina et Ravalomanana sont de retour, les rats quittent le navire », observe un politologue qui préfère préserver son anonymat. Le fait que plusieurs des premiers ministres et ministres du chef de l’Etat sortant se présentent contre lui est un autre signe de cette désaffection.
L’ex-ministre des finances de la transition est également critiqué pour le peu de volonté dont il a fait preuve dans la lutte contre la grande corruption que pratiquent les élites politiques et économiques pour piller les ressources naturelles ou détourner les deniers publics. « Hery est intelligent, rationnel, mais il ne sait pas prendre de décisions et il a du mal à dire non. » Cette version donnée par un diplomate qui a beaucoup eu affaire à lui sur les dossiers sensibles, comme celui du trafic du bois de rose à destination de la Chine, est la moins sévère pour le président sortant. D’autres s’interrogent sur les relations qui le lient à certains « opérateurs » du bois de rose lui ayant accordé leur soutien en 2013, comme Jean-Pierre Laisoa ou Bekasy John Fringe. Dans un rapport accablant présenté le 18 octobre à Antananarivo, Amnesty International résumait ce que chacun sait ici : seuls les pauvres peuplent les prisons.
Pour franchir le premier tour de l’élection, le chef de l’Etat sortant espère faire le plein de voix dans les campagnes, traditionnellement fidèles au pouvoir en place, et où continue de vivre la majorité de la population. Pour autant, face aux revenants écartés de 2013, il est loin de partir favori.
« Le Monde Afrique » propose une radiographie de la Grande Ile à l’occasion de la présidentielle malgache, dont le premier tour doit avoir lieu le 7 novembre.
Près de 10 millions de Malgaches sont appelés aux urnes, mercredi 7 novembre, pour le premier tour de l’élection présidentielle. Trente-cinq candidats se présentent contre Hery Rajaonarimpianina, le président sortant élu en 2013. La plupart d’entre eux sont inconnus de la population dont l’attention a été captée par le retour de Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, tous deux interdits de se présenter il y a cinq ans. Dans un pays où le plafonnement des dépenses de campagne n’existe pas, les trois ex-présidents se sont livrés à une surenchère de moyens, la palme revenant à M. Rajoelina dont les tee-shirts orange et les goodies ont inondé la Grande Ile de l’océan Indien.
Cette disproportion a été vivement critiquée par les représentants de la société civile qui ne sont pas parvenus à faireadopter par tous les candidats une charte de bonne conduite. Un observatoire indépendant des élections a été mis sur pied et il déploiera 6 050 observateurs pour près de 25 000 bureaux de vote. De leur côté, l’Union européenne et la Communauté de développement de l’Afrique australe, assureront également une mission d’observation. Car les risques de fraude existent. Cette crainte a d’ailleurs motivé jusqu’au dernier moment la demande de réouverture de la liste électorale portée par une vingtaine de candidats.
Hery Rajaonarimpianina fait campagne sur son bilan en mettant en avant le soutien des bailleurs de fonds et le retour à une croissance de 5 % en 2018, la plus élevée depuis dix ans, selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI). Mais la population dont la grande majorité continue de se débattre dans les difficultés du quotidien n’a pas vu ses conditions de vie s’améliorer. La hausse du prix du riz qui constitue la base de l’alimentation est durement ressentie. Les scandales de corruption ont continué d’alimenter la défiance à l’égard des politiciens. Si bien que, mercredi, beaucoup devraient se détourner des urnes.
Le Monde Afrique propose une série de reportages pour raconter les enjeux de ce scrutin et le quotidien des Malgaches désillusionnés, mais dont certains ont néanmoins décidé de se dresser contre la faillite de leur pays.
Vingt-cinq ans après le président François Mitterrand, le premier ministre français, Edouard Philippe, s’est rendu, samedi 3 novembre, sur le site de la bataille de Dien Bien Phu, au Vietnam. « Il me semblait qu’il était utile de regarder notre passé commun de façon apaisée », a-t-il dit, après s’être rendu sur les petites collines aux noms féminins (Gabrielle, Eliane, Béatrice…) tenues en 1954 par l’armée française dans la cuvette du nord-ouest du Vietnam.
Il a fleuri les deux mémoriaux, français comme vietnamien, bâtis en souvenir des quelque 13 000 morts et disparus de la bataille et visité le bunker du général Christian de Castries, qui dirigea les troupes françaises jusqu’à sa capture et la défaite, afin de rendre« hommage aux soldats français qui sont morts, qui se sont battus, qui ont parfois été faits prisonniers à la fin des combats ».
Deuxième visite d’un haut responsable français
Le premier ministre français, qui avait salué la veille la mémoire du père de l’indépendance Ho Chi Minh dans le livre d’or signé à Hanoï, a aussi salué celle des « soldats vietnamiens qui se sont battus pour l’indépendance » d’un pays qui était alors une colonie française. Aucun responsable vietnamien n’avait cependant fait le déplacement au mémorial français, ne rejoignant Edouard Philippe que pour la visite du mémorial vietnamien.
La veille à Hanoï, Edouard Philippe avait présidé à la signature de nouveaux contrats commerciaux. Le montant total des accords signés, dont certains ne sont pas définitifs, avoisine les 10 milliards d’euros, dont 5,7 milliards pour l’avionneur européen Airbus.
Après François Mitterrand en 1993, c’est la deuxième fois seulement depuis la terrible bataille de 1954 qu’un haut responsable français se rend sur le site de Dien Bien Phu. « Je ne suis pas sûr d’avoir très envie de répondre à ceux qui ne comprennent pas pourquoi un premier ministre français vient » à Dien Bien Phu, « ce qui peut me paraître surprenant c’est que finalement assez peu de gens l’aient fait avant moi », a déclaré Edouard Philippe, interrogé sur les critiques suscitées par sa venue sur le site d’une défaite française.
Pas le moindre saumon cette année. Pour la première fois de leur histoire, les habitants du village indien de Taholah, dans l’Etat de Washington, n’ont pas pu présenter de saumon bleulors de leurs cérémonies traditionnelles. Dans cette tribu de la côte nord-ouest des Etats-Unis, le blue salmon de la rivière Quinault, l’une des sept variétés de l’espèce sockeye, est un symbole et un mode de vie. « Pour les célébrations, les réunions de famille, les repas à l’Eglise, on en avait toujours », se souvient Kathy Law, 70 ans, la présidente du Bureau des écoles. Cette saison, rien. « Comme un Thanksgiving sans dinde », compare-t-elle.
Le glacier Anderson, qui alimente le lac Quinault, a fondu. Entre 1997 et 2009, il a rétréci de 90 %. L’eau de la rivière n’est plus aussi fraîche ; elle est moins riche en oxygène, le saumon ne vient plus. Au printemps, les autorités tribales ont préféré suspendre la pêche, l’une des principales ressources de la nation quinault.
La jetée a été reconstruite trois fois, décrit Charles Warsinske, le responsable de l’aménagement : « De First Street, on va au bureau de police en canoë. »
Taholah est un village animé, voire riant, dans ses rares moments d’ensoleillement. Des rues coupées au carré, à l’américaine, qui présentent une succession de hangars à bateau, de filets, de bouées. Des canoës traditionnels, taillés dans les troncs des immenses thuyas de la forêt primaire (rainforest), sont parqués devant les maisons. L’épicerie fait aussi station essence au centre du village. Plusieurs poteaux sont munis de haut-parleurs : le système d’alerte au tsunami. Dans le meilleur des cas, les habitants auront vingt minutes pour se mettre à l’abri.
De la digue de rochers noirs, on aperçoit la pointe ensablée, grignotée par l’océan. Des troncs immenses sont venus s’y échouer. Un échafaudage qui se transforme en menace pendant les tempêtes, quand les débris marins sont projetés contre…