Author: Don Kayembe

  • Après un octobre noir, la Bourse devrait rester fébrile

    Après un octobre noir, la Bourse devrait rester fébrile

    Est-ce un trou d’air passager ou le signe avant-coureur d’une crise plus profonde ? Si les marchés ont débuté le mois de novembre dans le calme, ils ont traversé, le mois dernier, de violents soubresauts. Un octobre noir, qui a vu l’indice phare de la Bourse de Paris, le CAC 40, perdre 7 %, enregistrant sa plus mauvaise performance sur un mois depuis trois ans. Aux Etats-Unis, le S&P 500 a chuté de plus de 6 %, tandis que le Nasdaq a plongé de 9,20 %, sa plus forte baisse mensuelle depuis dix ans. Une correction sévère, après un premier avertissement intervenu en février, clôturant deux années d’euphorie sur les marchés financiers. Du côté des dettes souveraines, les taux à trente ans américains ont décollé tandis qu’en Europe, les taux d’emprunt italiens se sont tendus…

    Principal déclencheur de ce coup de tabac : la communication offensive de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui poursuit le relèvement de ses taux, en dépit des tensions commerciales et des incertitudes géopolitiques. Ces derniers jours, la perspective d’un krach s’est éloignée – les marchés pourraient même s’offrir le luxe d’un rebond en fin d’année. « Ils ne vont pas renoncer tout de suite à leur espoir de forte croissance aux Etats-Unis, d’autant qu’un coup de pouce gouvernemental pourrait intervenir dans la foulée des élections de mi-mandat, le 6 novembre », avance Didier Saint-Georges, du comité d’investissement de Carmignac, une société française de gestion d’actifs.

    L’année 2019 pourrait en revanche marquer le retour de la volatilité. Les investisseurs seront en effet confrontés au télescopage malheureux du ralentissement de la croissance mondiale et de la fin des politiques accommodantes des grandes banques centrales.

    Des risques politiques planent en Europe

    Les incertitudes politiques sur le Vieux Continent vont continuer de préoccuper les investisseurs. A commencer par l’épreuve de force engagée entre Rome et Bruxelles…

    Read More

  • Le magnat américain Warren Buffett investit dans deux fintech

    Le magnat américain Warren Buffett investit dans deux fintech

    Passant outre à ses anciennes réticences vis-à-vis des technologies, le patron du fonds Berkshire Hathaway vient de miser environ 600 millions de dollars sur la brésilienne StoneCo et l’indienne Paytm.

    Par Arnaud Leparmentier Publié aujourd’hui à 11h00, mis à jour à 11h00

    Lecture 2 min.

    Article réservé aux abonnés

    Il y a le vieux Warren Buffett. Celui qui, au cours des années 1980, investissait dans les boissons Coca-Cola, les rasoirs Gillette et la banque American Express, mais fuyait les nouvelles technologies, parce qu’il n’avait pas la compétence pour les comprendre. Et puis, il y a le nouveau Warren Buffett, fringant octogénaire (88 ans), qui a choisi de passer outre à ses réticences de jeunesse et d’investir dans les technologies.

    En réalité, le Rubicon a été franchi il y a déjà longtemps, avec un investissement de près de 11 milliards de dollars (environ 9,7 milliards d’euros au cours actuel) dans IBM en 2011 et l’achat, en 2016, de 5 % du capital d’Apple. Une participation qui vaut aujourd’hui plus de… 50 milliards de dollars.

    Aujourd’hui, les choses s’emballent. Berkshire Hathaway, l’entreprise d’investissement de M. Buffett, vient d’investir environ 600 millions de dollars dans deux fintech : la société brésilienne de paiement StoneCo et Paytm, première entreprise indienne de paiement par téléphone mobile. En réalité, ces choix ne sont pas ceux du patriarche Buffett, mais de Todd Combs, l’un des deux gestionnaires du portefeuille de Berkshire. Ce dernier possède une expertise particulière dans les activités bancaires et les systèmes de paiement. Avant de rejoindre Berkshire, en 2010, il dirigeait un hedge fund spécialisé dans la finance.

    Lire aussi Warren Buffett, icône du rêve américain à Omaha

    Accusé de promouvoir un capitalisme de rente

    Selon le Wall Street Journal, Paytm revendique plus de 300 millions d’utilisateurs, soit davantage que Paypal. M. Combs a fait son choix à la suite de sa rencontre avec le fondateur de l’entreprise, Vijay Shekhar Sharma, en février. Quant à StoneCo, lancée en 2014, elle est le quatrième acteur dans le secteur des paiements au Brésil. Ses actions ont été acquises lors de l’introduction en Bourse de la firme, le 25 octobre. C’est la première fois que Berkshire prend une participation par le biais d’une IPO. Par le passé, Warren Buffett avait critiqué ce mode d’acquisition, estimant qu’il était trop favorable au vendeur.

    Read More

  • Le diamant d’Anvers contre tous

    Le diamant d’Anvers contre tous

    Manuella Merckx fronce les sourcils. La directrice opérationnelle du Diamond Office, le bureau de contrôle des importations et des exportations de diamants, sis à Anvers, aurait dû être avertie de notre arrivée par les vigiles, à l’entrée de l’immeuble du 22 Hoveniersstraat. « Ce n’est pas la procédure », s’agace cette Belge à la poignée de main ferme.

    Cet office de contrôle est installé dans les étages de l’Antwerp World Diamond Center (AWDC), l’équivalent de la chambre de commerce et d’industrie des diamantaires d’Anvers, en plein cœur du Diamond Square Mile, quartier sécurisé de la ville portuaire où patrouillent militaires et policiers, 24 heures sur 24.

    A lui seul, le Diamond Office est censé symboliser la droiture et la transparence que revendiquent les marchands de diamants de la place. Tous les jours, des milliers de pierres brutes et taillées entrent et sortent de cet immeuble moderne. Sous le regard de fonctionnaires et du bureau des douanes, dix-sept experts assermentés par l’Etat belge contrôlent le contenu des paquets sous scellés en provenance ou à destination de l’étranger, en dehors de l’Union européenne.

    Le geste est adroit, rapide, presque mécanique. D’un coup de cutter, l’expert tranche les sacs plastiques zippés qui contiennent les sachets de diamants. Puis il verse le contenu de chacun dans le plateau métallique d’une balance électronique pour en vérifier le poids, exprimé en carats (un carat équivaut à 0,2 gramme). D’un œil, il compare le poids annoncé sur la facture à celui qui apparaît sur l’écran de pesée. De l’autre, à l’aide de sa loupe, il contrôle la classification du diamant établie par le bureau de contrôle de l’AWDC. Objectif : vérifier la valeur du lot, qui détermine le montant de la TVA et son prix en dollars. La monnaie américaine demeure la devise officielle du secteur.

    En cette matinée d’octobre, quelques secondes auront suffi à cet expert assermenté pour faire…

    Read More

  • Netflix accepte de sortir trois de ses films au cinéma en avant-première

    Netflix accepte de sortir trois de ses films au cinéma en avant-première

    Pour amadouer l’Académie des Oscars, Netflix fait volte-face. Pour la première fois, la plate-forme vidéo américaine va sortir trois de ses films en salles avant même de les proposer à ses quelque 140 millions d’abonnés. Une concession annoncée le 31 octobre qui, espère la société, pourrait lui permettre de décrocher ses premières statuettes en février 2019. Et aussi d’attirer des réalisateurs de renom, qui accordent une grande importance aux récompenses.

    Lire aussi :   Netflix dynamite la télé et le septième art

    Selon la presse spécialisée, Roma est un prétendant sérieux aux Oscars. Le dernier long-métrage du mexicain Alfonso Cuaron, déjà sacré meilleur réalisateur en 2014 avec Gravity, sera lancé en salles le 21 novembre, soit trois semaines avant sa disponibilité sur Netflix. Ce délai ne sera que d’une semaine pour les deux autres films : The Ballad of Buster Scruggs, des frères Ethan et Joel Coen, et Bird Box, avec Sandra Bullock en tête d’affiche.

    Boycott du Festival de Cannes

    Plusieurs films produits par Netflix ont déjà été projetés dans des cinémas indépendants américains. Mais jusqu’à présent, la société exigeait que leur sortie ait lieu le même jour que leur diffusion sur sa plate-forme. Une condition inacceptable pour les grandes chaînes de salles de cinéma, qui réclament une fenêtre d’exclusivité de 90 jours. En outre, ces sorties en salles étaient très limitées, servant uniquement à rendre les longs-métrages éligibles aux Oscars.

    La chronologie imposée par Netflix hérisse le monde du cinéma. En début d’année, l’entreprise avait boycotté le Festival de Cannes après un durcissement des règles excluant ses films de la sélection officielle. Le mois précédent, le réalisateur Steven Spielberg avait milité pour que les œuvres de Netflix ne soient pas admissibles aux Oscars. En faisant un pas vers Hollywood, le groupe espère améliorer sa réputation auprès des membres de l’Académie. Aucun de ses longs-métrages n’a encore été nommé pour une statuette du meilleur film, réalisateur, actrice et acteur. Autant de récompenses prestigieuses qui légitimeraient encore plus ses ambitions dans le cinéma.

    Lire aussi :   Netflix ouvre un bureau à Paris, un geste symbolique

    Read More

  • En Thaïlande, l’avenir de King Power en question

    En Thaïlande, l’avenir de King Power en question

    La mort à 60 ans du milliardaire thaïlandais Vichai Srivaddhanaprabha, tué dans l’accident de son hélicoptère le 27 octobre près du stade de football de Leicester, en Grande-Bretagne, jette une ombre sur l’avenir d’un remarquable et spectaculaire succès d’entreprise. Après avoir ouvert en 1989 un premier magasin hors taxe au centre de Bangkok, le PDG du groupe King Power, dont les funérailles commencent samedi 3 novembre, était devenu en moins de vingt ans la cinquième fortune du royaume, selon le décompte du magazine Forbes.

    Lire aussi :   Le président du club de Leicester tué dans un accident d’hélicoptère

    En 2006, sa modeste boutique « duty free » se métamorphosa en un véritable empire quand il parvint à arracher, notamment grâce à ses contacts au palais royal, le monopole des magasins hors taxe dans le nouvel aéroport Suvarnabhumi de Bangkok. Qui voit désormais passer une soixantaine de millions de passagers l’an alors que le tourisme est en plein essor au pays du Sourire…

    Aujourd’hui l’empire de feu Vichai pèse environ 4, 5 milliards d’euros. Le groupe possède les hotels Pullman du groupe français Accord en Thaïlande et des parts substantielles de l’une des plus importantes compagnies lowcost du pays, Thai Air Asia.

    Devenu célèbre après le rachat du Leicester City

    Le défunt roi Bhumibol Adulyadej avait su récompenser les talents d’un businessman bien introduit, discret et refusant obstinément de se livrer au moindre commentaire politique dans une nation divisée : en 2012, le souverain lui avait attribué son nom actuel : né Vichai Raksriaksorn, le magnat devint alors Srivaddhanaprabha, ce qui signifie « lumière de la gloire ascendante »…

    Ce quasi-inconnu chez les Thaïlandais, qui connaissaient à peine le nom du groupe, était devenu célèbre dans son pays après avoir racheté le club de football anglais Leicester City, qui a remporté le titre de la Premier League il y a deux ans. Dans une nation passionnée par le ballon rond, mais dont les équipes locales restent cantonnées à un modeste niveau, les supporters en sont réduits à se passionner pour les victoires des grandes équipes mondiales. Le succès du club de Leicester avait ainsi résonné comme une victoire indirecte de la Thaïlande…

    A Leicester, après quelques réticences initiales, il était devenu très populaire parmi les fans : « Khun » (monsieur) Vichai avait l’habitude d’offrir de la bière thaie Singha gratuite et des hotdogs les jours de victoire. Le destin aura voulu que c’est en redécollant de son fief anglais que le tycoon a trouvé la mort.

    Quelle évolution pour le groupe ?

    Après le décès brutal du « roi » du King Power, les milieux économiques de Bangkok se demandent comment le groupe va évoluer, alors que le monopole de ce dernier sur l’aéroport Suvarnabhumi arrive à expiration en 2020. Le plus jeune fils de Vichai, Aiyawatt (surnommé « Top »), 32 ans, qui était déjà chief executive officer du groupe familial, a déjà assuré qu’il assumait son rôle d’héritier en titre : « Mon père m’a laissé le soin de poursuivre son œuvre et je ferai tout mon possible pour prolonger ses grandes visions et ses rêves », a déclaré le nouveau patron. La mère de « Top » est l’une des vice-présidentes du groupe ; que son frère et ses deux sœurs sont tous membres du conseil d’administration.

    Reste à savoir si les successeurs du « roi » Vichai seront à la hauteur du fondateur dans un monde thaïlandais où les contacts personnels et la négociation en coulisse sont des atouts essentiels : comme l’avance Somchai Phagaphasvivat, spécialiste de sciences politiques à l’université Thammasat de Bangkok : « A ce sujet, je me demande si ses enfants auront suffisamment d’influence. »

    Lire aussi :   Vichai Srivaddhanaprabha, le milliardaire qui a changé la destinée du club de Leicester

    Read More

  • Jean-Yves Le Drian : “La Centrafrique n’est pas un terrain de jeu”

    Jean-Yves Le Drian : “La Centrafrique n’est pas un terrain de jeu”

    Dernière modification : 03/11/2018

    Jean-Yves Le Drian : “La Centrafrique n’est pas un terrain de jeu”

    Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, fait le point sur la situation en Centrafrique dans un entretien réalisé par France 24, à Bangui. Et notamment sur la présence de la Russie dans le pays : “La Centrafrique ce n’est pas un terrain de jeu, pas un terrain de compétition”, affirme-t-il. Et il poursuit : “Le seul sujet qui doit préoccuper ceux qui veulent s’occuper de Centrafrique, c’est le bonheur et l’avenir des Centrafricains, la sécurité du pays, son développement.

    Par Patrick FANDIO

    Read More

  • L’unité somalienne ébranlée par la lassitude de ses Etats fédérés

    L’unité somalienne ébranlée par la lassitude de ses Etats fédérés


    Par
    RFI

    Publié le 03-11-2018
    Modifié le 03-11-2018 à 08:41

    La Somalie continue de s’enfoncer dans la crise politique. Les Etats fédérés reprochent à l’Etat central de mal redistribuer les ressources, de manquer de vision, de s’ingérer dans les affaires locales. Quatre d’entre eux ont même annoncé la création d’un parti politique et d’une force armée commune chargée de combattre les shebabs. Les observateurs s’inquiètent de plus en plus.

    Le président somalien a contre-attaqué. Mercredi, Mohamed Farmajo a accusé les leaders des Etats fédérés de mal comprendre les règles du fédéralisme, et même de ne pas respecter les prérogatives du pouvoir central.

    Il a cité leurs voyages à l’étranger et des accords sur les ressources nationales signés avec des entreprises étrangères. « Ceci est le mandat du gouvernement », a-t-il déclaré, maniant à la fois le bâton et la carotte.

    preuves d’interférences

    En effet, le week-end dernier, il avait, pour la seconde fois, invité ses adversaires à Mogadiscio pour négocier. Une stratégie qui ne paie pas. Seul l’Etat d’Hirshabelle a accepté de faire la paix. Les quatre autres continuent de le défier.

    Pire, la grogne atteint désormais la capitale, où des députés ont affirmé détenir « des preuves des interférences de Mogadiscio » dans la campagne électorale en cours, dans l’Etat du Sud-Ouest.

    Efforts internationaux

    Ils accusent l’Etat central de soutenir des candidats à grand renfort d’argent public. Tout le monde pense notamment à la candidature du ministre de l’Energie, un proche du président Farmajo.

    Nicholas Haysom, représentant de l’ONU en Somalie, a pour sa part averti que le blocage pourrait paralyser les efforts internationaux en vue de stabiliser la Somalie. Les élections dans le Sud-Ouest sont prévues dans deux semaines.

    D’ici là, la tension politique pourrait continuer de s’accentuer.

    Read More

  • Pop allègre, rock puissant et électro mélodique au Pitchfork Music Festival

    Pop allègre, rock puissant et électro mélodique au Pitchfork Music Festival

    Dommage pour celles et ceux qui n’étaient pas encore arrivés, vendredi 2 novembre, en fin d’après-midi, à l’ouverture de la deuxième journée du Pitchfork Music Festival Paris, à la Grande Halle de La Villette. Le public présent, encore clairsemé, aura eu, lui, le plaisir de passer l’un des meilleurs moments de cette soirée avec le groupe Boy Pablo. Fondé en 2015 par le chanteur et guitariste Nicolas Pablo Rivera Munoz, jeune Norvégien dont les parents sont originaires du Chili, Boy Pablo offre une pop allègre qui, trente minutes durant, aura pleinement séduit.

    Tout en clarté, avec parties de chœurs qui font « la-la-la », sons de guitares partagés avec Gabriel Munoz, qui semblent des gouttes de rosée ou de pluie fine, nappes façon cordes aux claviers (Eric Tryland) et rythmique particulièrement fluide et joueuse (Henrik Amdal, basse et Sigmund Vestrheim, batterie), la musique de Boy Pablo a une gaieté naturelle, qui accompagne des textes de chansons évoquant une petite amie partie, les tourments des sentiments. Certes, l’effet de contraste n’est pas nouveau, mais il trouve ici une forme de fraîcheur réjouissante.

    Un peu plus tard, le groupe britannique Dream Wife était annoncé, sur le programme du festival, comme susceptible d’en mettre « plein la vue et les oreilles ». De fait, là aussi en une trentaine de minutes, on aura eu une démonstration frontalement rock, tout en efficacité. Dream Wife, ce sont trois musiciennes, la chanteuse Rakel Mjöll, dans un parler-chanter un peu déclamatoire qui rappelle Patti Smith, la guitariste Alice Go, dans un jeu soliste-rythmique assez virtuose, et la bassiste Bella Podpadec. Avec elles, le batteur Alex Paveley, plutôt technique. C’est d’ailleurs par cet au-delà de l’urgence punk, qu’apportent la guitariste et le batteur, que Dream Wife se révèle plutôt convaincant.

    Parisiens branchés et touristes

    Avec une programmation partagée entre découvertes et quelques noms connus, le Pitchfork Music Festival Paris, l’une des déclinaisons festivalières du magazine musical américain en ligne Pitchfork, attire depuis 2011 un public de Parisiens branchés et de touristes, majoritairement britannico-américains et européens du Nord, si l’on en croit les langues entendues dans les espaces de restauration et les mezzanines qui accueillent des créateurs de bijoux, vêtements, objets décoratifs et des espaces de détente.

    Durant cette soirée de vendredi, le festival aura aussi permis de retrouver le groupe écossais Chvrches, qui se prononce churches (églises), le v venant à la place du u dans une sorte de coquetterie graphique. En 2014, lors de sa première venue au Pitchfork Music Festival Paris, le groupe, fondé en 2011, commençait à faire parler de lui. Cette fois, programmé vers 22 heures, il a un statut de vedette.

    Musicalement entre électro et pop, Chvrches emporte par l’énergie de sa chanteuse Lauren Mayberry, haute comme trois pommes, dont la voix rappelle, par des façons taquines, celles de Debbie Harry au sein de Blondie et de Madonna à ses débuts. Avec elle, les claviéristes Iain Cook et Martin Doherty et, depuis peu pour les concerts, un batteur qui n’apporte pas grand-chose. Ce sera le seul élément légèrement décevant du concert de Chvrches dont la musique a toujours comme point fort son attention radieuse à la mélodie.

    Pitchfork Music Festival Paris, à la Grande Halle de La Villette, 211, avenue Jean-Jaurès, Paris 19e. Mo Porte-de-Pantin. Samedi 3 novembre, avec Snail Mail, Stephen Malkmus & The Jicks, Unknown Mortal Orchestra, Bon Iver, Peggy Gou, Avalon Emerson… A partir de 17 heures. 55 €.

    Read More

  • Histoire d’un livre. L’enfance patiente de Dolores Prato

    Histoire d’un livre. L’enfance patiente de Dolores Prato

    Bas la place y’a personne (Giù la piazza non c’è nessuno), de Dolores Prato, traduit de l’italien par Laurent Lombard et Jean-Paul Manganaro, Verdier, 890 p., 35 €.

    Il y a quelque chose de l’ordre du « demeuré » dans l’immense récit d’enfance de ­Dolores Prato (1892-1983). Née bâtarde, celle qui fut abandonnée par sa mère à la naissance a « toujours raté quelque chose, dans tous les domaines. Elle a même raté la publication », résume le traducteur Jean-Paul Manganaro pour « Le Monde des livres ». Dolores Prato n’a en effet connu de son vivant qu’une édition amputée de Bas la place y’a personne, livre à nul autre comparable, très différent des quelques récits que cette femme indépendante, exclue de l’enseignement en 1927 en raison de son engagement antifasciste, avait publié auparavant (dont le bref Brûlures, traduit chez Allia en 2000).

    Ces derniers « sont intéressants, bien sûr, mais si différents » que, pour le lecteur amoureux qu’est le traducteur, « leur lecture en deviendrait presque… douloureuse », murmure-t-il. Voilà vingt ans que lui-même se bat, en Italie aussi bien qu’en France, pour que Bas la place y’a personne existe enfin à sa juste mesure, celle d’un chef-d’œuvre « qui sera vraiment découvert dans les années qui viennent » : si la réception critique de l’édition italienne définitive parue en 2016 a été remarquable, le public ne s’est pas précipité vers cette somme déroutante qui apparaît au premier regard comme une « palinodie répétitive, sans doute angoissante pour de nombreux lecteurs d’aujourd’hui ».

    L’édition Natalia Ginzburg

    Cette édition n’en est pas moins la troisième depuis que Natalia Ginzburg (1916-1991) a publié Prato chez ­Einaudi en 1980 (l’auteure avait 88 ans), en l’amputant des deux tiers et en normalisant son phrasé. Avec une manière rien qu’à elle, Dolores Prato n’en avait pas moins affiché…

    Read More

  • « Pour dire notre époque monstrueuse, il faut des romans monstrueux »

    « Pour dire notre époque monstrueuse, il faut des romans monstrueux »

    Tribune. Depuis plusieurs années, et de manière croissante, deux phénomènes inquiétants s’abattent sur les romanciers français : d’un côté les romans reality-show, forme dégradée d’une autofiction réduite à des témoignages narcissiques qui comblent le voyeurisme des lecteurs et le portefeuille des éditeurs. De l’autre, des romans en costumes qui répondent de manière simpliste et passéiste à notre besoin de fiction en se bornant à une Histoire déjà comprise, sans regarder celle qui est, celle qui vient – assurément effrayante, insaisissable mais non indicible. Ces deux formes de romans archi-rebattues empêchent les nouveaux écrivains à la fois de se lancer dans l’invention de nouvelles formes d’écriture et d’exprimer la sensibilité contemporaine.

    Chaque automne, c’est la même histoire : acclamés par la critique, vendus comme « romans », à la fois par abus de langage et pour éviter tout ennui judiciaire, se répandent chez les libraires de petits récits qui en réalité ne sont que d’égotiques reality-shows. L’autofiction est née il y a quarante ans. Elle a eu des plumes extraordinaires comme celle d’Annie Ernaux. Mais n’est pas Annie Ernaux qui veut. Aujourd’hui, l’écriture de soi se résume à une sorte de maniérisme qui ne produit le plus souvent que des témoignages pathétiques, emballés dans un style digeste, ne trouvant de justification que dans l’étalage de ses petits malheurs. Triomphe alors ce que Sarraute appelait le « petit fait vrai », c’est-à-dire une littérature où le vécu s’impose de manière dictatoriale au lecteur avec son lot de voyeurisme larmoyant.

    Ne nous y trompons pas : il s’agit bien d’une mode, voire de commandes d’éditeurs, pour des livres où la figure de l’auteur prend plus d’importance que le texte, et où un plan média rondement mené vaut adoubement littéraire. Nous n’avons plus envie de voir ces romans reality-show, quand bien même ils sont « bien écrits », prendre tant de place…

    Read More