Après Jack White en janvier, c’est au tour de Florence Foresti, star de l’humour français, d’interdire les téléphones portables dans ses spectacles. Ceux-ci seront mis sous scellé individuel jusqu’à la sortie de la salle.
« Pour éviter les enregistrements pirates et assurer le lien avec les spectateurs », selon son entourage, Florence Foresti sera la première artiste française à déployer le système américain Yondr pour son retour imminent sur scène à Paris et en tournée, avec son spectacle « Epilogue ». Yondr et Florence Foresti justifient cette décision en proposant au public de « vivre une expérience unique sans mobile ».
Un mode d’emploi a été publié sur le site Internet de Florence Foresti. « A l’entrée de la salle, une pochette vous sera remise pour y glisser vos téléphones, celle-ci se bloquera automatiquement. Vous resterez en possession de votre appareil lors du spectacle et, au besoin, vous pourrez accéder aux postes de déverrouillage installés dans la salle. A la fin du spectacle, toutes les pochettes seront déverrouillées et vous pourrez de nouveau utiliser votre téléphone. »
Aucun remboursement en cas de refus du dispositif
Dès la réservation d’une place, chaque spectateur est informé de la présence du dispositif. « Vous ne pourrez pas accéder en salle si vous refusez de participer à ce dispositif. Aucun remboursement ne sera effectué », est-il indiqué.
« Toute personne utilisant un téléphone portable sera invitée à quitter la salle », ajoute le texte. Si un spectateur reçoit un appel urgent ou a besoin de téléphoner, des bornes de déverrouillage seront disponibles à la sortie de la salle. « Pour votre retour en salle, la pochette sera de nouveau verrouillée avec votre téléphone dedans. »
Il est conseillé aux spectateurs de mettre leur smartphone en vibreur silencieux avant de le placer dans la pochette. « Vous pourrez ainsi le sentir en cas d’appel et sortir pour rappeler si besoin. »
L’humoriste sera notamment à l’affiche du Paradis latin, à Paris, du 5 novembre au 18 décembre et du 26 au 31 décembre au Zénith de Paris.
L’Etat souverain des Palaos, 459 kilomètres carrés, c’est un peu plus de 20 000 habitants répartis sur une poignée d’îles paradisiaques isolées au beau milieu de l’océan Pacifique, à mi-chemin entre l’Australie et le Japon. Cette république de poche, minuscule et isolée, vient pourtant de prendre une décision majeure, une première mondiale. A partir de 2020, le territoire de l’archipel sera interdit à tout type de crème solaire.
Bien que les Palaos ne fassent généralement pas les titres de la presse internationale, la petite république insulaire est bien connue des amateurs de plongée sous-marine qui apprécient particulièrement la beauté de ses récifs coralliens. Or le soleil brille aux Palaos et les crèmes qu’utilisent les touristes pour s’en protéger sont toxiques pour les coraux qu’ils viennent admirer. Un porte-parole du président des Palaos Tommy Remengesau a indiqué à l’Agence France-Presse que la recherche scientifique avait démontré que les produits chimiques entrant dans la composition de la plupart des crèmes solaires étaient toxiques pour le corail, même à dose infime.
Un archipel pionnier en matière de protection marine
Les sites de plongée des Palaos accueillent en moyenne chaque heure quatre bateaux bondés de touristes, faisant craindre aux autorités que les récifs n’en soient au point de non-retour. « Cela équivaut chaque jour à des litres de crème solaire qui vont dans la mer dans les spots célèbres pour la plongée et le masque et tuba », a déclaré le porte-parole à l’AFP.
A partir de 2020, toute personne important ou revendant des crèmes solaires sera passible d’une amende de 1 000 dollars. L’Etat américain d’Hawaï, dans le Pacifique également, avait annoncé une interdiction similaire en mai, qui entrera en vigueur en 2021. Les touristes se verront confisquer leurs tubes en arrivant. Les Palaos, qui sont le premier Etat souverain à faire de même, se veulent pionniers en matière de protection marine : l’archipel avait créé en 2009 le premier sanctuaire pour requins au monde, ce qui eut pour conséquence d’interdire leur pêche dans toute sa zone économique exclusive (ZEE), soit 630 000 kilomètres carrés.
Depuis décembre 2017, les touristes sont contraints par les autorités de l’archipel de s’engager à respecter l’environnement et de prêter serment. Et pour cause, leur nombre, qui ne cesse d’augmenter, est une menace pour les fragiles équilibres naturels de l’île. En 2016, l’archipel a accueilli 150 000 touristes, une hausse de 70 % par rapport à 2010, faisant pression à la fois sur les infrastructures, l’environnement et le paysage.
La première banque mutualiste d’Afrique du Sud, en majorité détenue pas des Noirs, devrait bientôt être placée en liquidation à la suite d’une vaste affaire de corruption. Et dans ce scandale, ce sont les plus pauvres qui payent le plus lourd tribut.
C’est un nouveau scandale de corruption en Afrique du Sud : mise sous tutelle en mars, la banque régionale VBS devrait être placée en liquidation dans le courant du mois de novembre. Première banque mutualiste du pays, VBS, détenue en majorité par des Noirs, est le quinzième établissement du pays en termes d’actifs (2,4milliards de rands, soit environ 140millions d’euros).
Comme l’explique le journal La Tribune, la banque “aurait autorisé certains clients à avoir des découverts très importants, et soudoyé des fonctionnaires municipaux pour qu’ils déposent des fonds des collectivités dans VBS”.
“Le grand casse bancaire”
Le ministre sud-africain de la Gouvernance coopérative, Zweli Mkhize, a annoncé fin octobre l’ouverture de poursuites judiciaires destinées à récupérer 112 millions d’euros détournés de la VBS Mutual Bank. Un rapport de la Banque centrale, intitulé “Le grand casse bancaire”, accuse en effet 53personnes d’avoir participé à ces détournement, dont des dirigeants et des hommes politiques. Le Parlement sud-africain a aussi annoncé son intention d’enquêter sur les allégations visant le frère du député et leader d’opposition Floyd Shivambu, qui aurait bénéficié de la fraude.
La banque avait déjà été au centre de l’actualité en 2016, quand elle avait prêté 540000 dollars à Jacob Zuma afin que ce dernier rembourse les contribuables après avoir réalisé des travaux à son domicile privé.
“Tout le monde se servait”
La faillite de VBS est l’un des cas de corruption les plus spectaculaires à frapper l’Afrique du Sud depuis le départ forcé de l’ancien président Jacob Zuma, cité dans de nombreux scandales financiers. Et dans cette affaire, les plus pauvres payent le plus lourd tribut : la banque mutualiste, détenue par la majorité noire, est en effet très populaire, notamment dans la province du Limpopo.
“Tout le monde se servait, tous les proches, tous ceux qui étaient dans les cercles du pouvoir. Et nos compatriotes noirs qui , à travers cette institution, auraient dû aider leurs compatriotes noirs. Ils ont abusé de nous. Je suis l’un de ceux qui a été maltraité”, explique ainsi Castro Musinyali, un actionnaire minoritaire, à France 24
Les actionnaires ont été trompés et les clients ont été ruinés. Eliza Mudau , une cliente, a ainsi déposé vingt ans de salaire à la banque VBS, et n’a récupéré que le quart de ses économies. “Le gouvernement doit nous aider, car ses élus sont impliqués”, souligne-t-elle. Des responsables municipaux se sont en effet enrichis, en plaçant chez VBS le budget de leurs villes. Quatorze villes sont impliquées et risquent désormais l’insolvabilité.
Publié le 01-11-2018 Modifié le 01-11-2018 à 08:45
Le Burkina Faso a rendu hommage, mercredi 31 octobre 2018, aux martyrs de l’insurrection populaire d’octobre 2014, qui a chassé du pouvoir l’ex-président Blaise Compaoré. Retentissement de la sirène ; observation d’une minute de silence à la mémoire des martyrs de l’insurrection populaire, mais aussi du coup d’Etat manqué de septembre 2015 ; hymne national… Tels auront été les temps forts de cette cérémonie officielle, qui n’a pas rassemblé tout le monde.
Après avoir déposé une gerbe de fleurs au pied du mémorial aux héros nationaux, où les noms des personnes tuées au cours de l’insurrection d’octobre 2014 sont gravés, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a invité ses compatriotes à une unité d’action pour la célébration des faits marquants de l’histoire du pays. « Ils se sont battus parce que c’était la démocratie qui était en jeu », a-t-il insisté.
« Il est tout à fait normal qu’en ce jour, nous nous inclinions respectueusement vis-à-vis de ces personnalités-là et que nous sachions que toutes les dates historiques de notre pays ne doivent pas faire l’objet de politiques politiciennes, quel que soit notre point de vue politique, quels que soient nos points de vue religieux. C’est un jour de reconnaissance vis-à-vis de ces héros. C’est un jour, également, d’introspection », a expliqué le chef de l’Etat.
Cette cérémonie de « l’an 4 » post-insurrection s’est faite en rangs dispersés. Des partis de l’opposition ont refusé cette année de participer. Plusieurs organisations de la société civile ont décidé également de manifester de leur côté. Quatre ans après, les parents des victimes et les blessés de l’insurrection attendent toujours le traitement judiciaire du dossier. En 2015, une loi sur la prise en charge des orphelins avait été votée par le Parlement de la transition, mais trois ans après, les décrets d’application ne sont pas encore signés.
« Le combat continue. Ce que nous espérons, c’est d’abord la justice. Pour ce qui est du cours de l’insurrection populaire, on peut dire que les choses sont en l’état, même s’il y a des actes qui ont été posés. Cela veut dire qu’il y a encore une insatisfaction à ce niveau. Il y a aussi des aspects sociaux qu’il faut prendre en compte », estime Bamouni Nebon, porte-parole des associations des familles de victimes et blessés.
L’enthousiasme du changement a laissé place à la lassitude. Notamment en raison des difficultés économiques et sociales ressenties par les populations, confirme Siaka Coulibaly, président du Centre de suivi et d’analyse citoyen des politiques publiques, interrogé par RFI.
Vous aurez l’impression que c’est un pays qui continue de bien marcher. Mais quand vous allez aller au niveau micro-économique, au niveau des ménages, vous vous rendrez compte qu’il y a une baisse du pouvoir d’achat; il y a aussi l’accès aux services sociaux de base comme la santé qui se sont aggravés d’une certaine manière. Si bien qu’il y a un sentiment général qu’on n’a pas fait une bonne affaire, disons, avec ce changement de régime
Siaka Coulibaly, président du Centre de suivi et d’analyse citoyen des politiques publiques
La lutte pour le pouvoir continue dans l’île entre les partisans du premier ministre sortant et ceux de l’ancien président autoritaire Mahinda Rajapakse.
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 08h40, mis à jour à 15h16
Lecture 2 min.
Les opposants au président sri-lankais Maithripala Sirisena, qui l’accusent de coup d’Etat contre la démocratie, ont remporté une première victoire dans la crise politique aiguë que traverse le pays depuis près d’une semaine. Jeudi 1er novembre, le chef de l’Etat sri-lankais a levé sous la pression de la rue et de la communauté internationale la suspension du Parlement prévue initialement pour durer jusqu’au 15 novembre.
Les parlementaires, qui se réuniront lundi, pourront donc décider qui des deux premiers ministres rivaux pourra rester au pouvoir. Ils pourraient ainsi se prononcer sur le retour aux affaires de Mahinda Rajapakse, 72 ans, l’autocrate qui a régné sur le pays jusqu’en 2015.
« J’ai eu une longue discussion avec le président la nuit dernière et j’ai reçu des réponses positives de sa part », a déclaré, jeudi, Karu Jayasuriya, le président du Parlement. Troisième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire, il faisait pression pour que l’assemblée puisse se réunir et avait dit craindre un « bain de sang », si ce n’était pas le cas. Il n’était pas encore décidé quand pourrait se tenir un possible vote de confiance pour départager les deux camps. Le président du Parlement doit s’entretenir vendredi avec les chefs de parti.
La crise a éclaté vendredi lorsque les Sri-Lankais, pris de court, ont appris en direct à la télévision et sur les réseaux sociaux qu’ils venaient de changer de premier ministre sur décision du président Sirisena. Le chef de l’Etat venait en effet de nommer M. Rajapakse, l’ancien homme fort du pays. Pour le premier ministre sortant, hors de question, pour autant, de céder sa place. Ranil Wickremesinghe, au pouvoir depuis 2015, décide ne pas quitter sa résidence officielle où il se retranche bientôt, entouré de ses proches. En plus de divergences sur la politique économique à mener dans le pays, des rivalités croissantes étaient apparues entre les deux hommes à l’approche de l’élection présidentielle de 2019.
Violence politique
La Constitution du pays, amendée de nombreuses fois et interprétée différemment en fonction des circonstances et des intérêts des parties en présence, n’offre pas de solution claire à cette crise politique qui suscite les inquiétudes dans cette île de l’océan Indien marquée par une longue histoire de violence politique. Lundi, le président du Parlement a déclaré redouter un « bain de sang » qui ne pourrait être évité que par le retour des députés au Parlement.
Si le premier ministre sortant Wickremesinghe – et ses partisans qui ont manifesté en masse dans la capitale ces derniers jours – peut désormais espérer obtenir un vote de confiance, ce dont l’avait privé le président en suspendant le Parlement à la suite de la nomination de l’ancien autocrate M. Rajapakse, ce dernier peut compter sur une popularité croissante. Tout dépendra désormais des marchandages et des défections qui sont négociés par les deux camps afin d’obtenir la majorité des sièges.
Le retour sur le devant de la scène de M. Rajapakse dont le règne avait été marqué par de multiples violations des droits de l’homme, des disparitions de journalistes et des accusations de népotisme inquiète au-delà de ses rivaux directs à Colombo. Dans le nord du pays où vit la minorité tamoule, son nom est associé à la campagne militaire extrêmement brutale qui s’est traduite par l’écrasement sanglant en 2009 de l’insurrection des Tigres de libération de l’Eelam tamoul et mettait un terme à vingt-six années d’une guerre civile dont on estime le bilan à 100 000 morts.
Le portrait de Freddie Mercury que met en scène Bryan Singer dans Bohemian Rhapsody est aussi fidèle aux règles de la biographie filmée (« biopic » en langue hollywoodienne) qu’il est infidèle à l’histoire du chanteur de Queen. Mais, depuis l’accident d’avion qui coûta la vie à Buddy Holly, 23 ans, et Richie Valens, 17 ans, les destinées fulgurantes des stars du rock’n’roll se prêtent aux manipulations qui font les légendes. Il a fallu attendre 1978 et The Buddy Holly Story pour que le cinéma s’empare de cette mythologie sous la forme du « biopic ». Depuis, d’Elvis Presley à NWA, ces histoires réécrites ou réinventées, par les studios hollywoodiens ou les auteurs, sont légion. En voici dix, parmi les meilleures (et, non, l’absence de The Doors,d’Oliver Stone, n’est pas un oubli).
1) « I’m Not There » : Bob Dylan, par Todd Haynes (2007)
Le plus beau des films consacrés aux idoles du rock ne ressemble pas aux autres. Pour incarner Bob Dylan, artiste qui compte plus d’avatars qu’une divinité majeure du panthéon hindou, Todd Haynes a mobilisé six acteurs, dont Cate Blanchett. L’Australienne donne du Dylan rock des années 1960 une image électrique, pendant que Christian Bale, Richard Gere ou Ben Whishaw explorent, sous la houlette inspirée de Todd Haynes, les highways qu’a parcourues Dylan en un demi-siècle, les jalonnant de chefs-d’œuvre. La bande originale du film, organisée autour du groupe Calexico, reste l’une des plus belles qu’ait connue le cinéma rock.
2) « Elvis: The Movie » : Elvis Presley, par John Carpenter (1979)
La légende d’un éternel Elvis (on l’aurait vu dans un supermarché) n’était pas encore née que John Carpenter réalisait pour la télévision américaine cette biographie étonnamment brute, honnête. Kurt Russell (qui avait fait ses débuts au cinéma, encore enfant, aux côtés du King dans Blondes, brunes ou rousses), compose un Elvis dionysiaque, qui résiste de toutes ses forces aux puissances qui veulent l’entraîner vers la banalité. Carpenter montre un côté élégiaque qu’on ne lui connaît que rarement quand il évoque l’enfance misérable du chanteur. Le travail sur la bande-son (Rodney Crowell double Russell) est remarquable, contribuant à faire de ce long-métrage une cérémonie magique qui réaffirme la suzeraineté d’Elvis Presley.
3) « This Is Spinal Tap » : Spinal Tap, par Rob Reiner (1984)
Cette biographie imaginaire d’un groupe pop britannique devenu formation de hard rock a généré sa propre réalité. Spinal Tap, le quatuor inventé par Christopher Guest (l’acteur) et Rob Reiner, réalisateur, a joué dans les stades, enregistré des albums. Surtout, le film a fixé le canon d’un genre naissant. Après la sortie de This Is Spinal Tap,il est devenu impossible de filmer des musiciens parcourant les couloirs d’un stade pour jaillir sur scène, ou une fête d’après-concert, sans risquer le ridicule. Ceux qui ont enfreint ces règles (Oliver Stone, Bryan Singer…) ont déclenché des ricanements qui étaient l’écho des franches rigolades qui ont accueilli Spinal Tap à sa première apparition.
4) « Love & Mercy » : Brian Wilson, par Bill Pohlad (2014)
D’où vient la musique qui fait les stars ? Cette question, généralement éludée dans les biographies filmées, est au centre de Love & Mercy,diptyque dédié à Brian Wilson. Le compositeur, parolier, arrangeur, bassiste et chanteur des Beach Boys est d’abord incarné par Paul Dano qui est ensuite remplacé par John Cusack. C’est que quelque part entre la banlieue de Los Angeles où vivait la famille Wilson et les studios où il enregistrait chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre, Brian Wilson a laissé sa raison. Avec beaucoup de délicatesse, le producteur Bill Pohlad et le scénariste Oren Moverman accompagnent le musicien, tentant au long de belles séquences d’enregistrement de saisir le moment où l’ineffable devient un instant de musique inoubliable.
5) « Straight Outta Compton » : NWA, par F. Gary Gray (2015)
Les inventeurs du gangsta rap méritaient sans doute plus que les autres le traitement hollywoodien. Après tout, South Central n’est qu’à quelques miles de Beverly Hills. L’émergence d’Ice Cube (interprété par son propre rejeton, O’Shea Jackson Jr), Dr Dre (Corey Hawkins) et Eazy E (Jason Mitchell) prend la forme d’une légende américaine, de la pauvreté à la richesse, de l’obscurité à la gloire. A cela près que les menaces qui pèsent sur nos héros ne sont pas celles qui entravaient Elvis Presley ou les héros de la contre-culture des années 1960. F. Gary Gray met en scène la pression policière, le racisme, la violence intérieure du ghetto. Sans lésiner sur les effets, il montre aussi comment cette vie violente nourrit la musique.
6) « Control » : Joy Division et Ian Curtis, par Anton Corbijn (2007)
L’un des premiers groupes que photographia le Néerlandais Anton Corbijn à son arrivée dans l’anarchique Royaume Uni, en 1979, fut un quatuor de Manchester, Joy Division. Pour devenir cinéaste, celui qui avait été le portraitiste des ultimes superstars du rock (U2, Depeche Mode) a puisé dans ce souvenir. Ressuscitant Ian Curtis, le chanteur, suicidé en 1980, évoquant l’atmosphère à la fois étouffante et exaltante du pays en ces premières années Thatcher, Corbijn a fait mieux que réussir un premier film. Il donne à un personnage au parcours météorique toute la place qu’il mérite, à la fois par sa singularité terrifiante et par son influence sur les musiques advenues après son extinction.
7) « Ray » : Ray Charles, par Taylor Hackford (2004)
Sans doute parce que Taylor Hackford est un vieux routier de la musique en images (une quantité impressionnante de vidéos, le film de concert Hail Hail Rock’n’roll, avec Chuck Berry), Ray reste le meilleur exemple de biographie classique consacrée à une figure majeure du rock’n’roll (et – surtout – du rhythm’n’blues). Jamie Foxx met toute son énergie à disparaître derrière la figure historique du Genius ; Hackford reconstitue minutieusement l’industrie musicale du début des années 1960, après avoir évoqué sur le mode du mélodrame l’enfance sudiste de l’artiste ; les pistes vocales de Ray Charles sont ornées d’arrangements contemporains qui reproduisent presque exactement les originaux. Sorti presque en même temps que Walk The Line,vie de Johnny Cash par James Mangold, Ray s’en distingue par ce souci de vérité musicale. Les deux films partagent une approche en apparence honnête mais au fond lénifiante des démons qui ont hanté la vie de leurs sujets.
8) « The Buddy Holly Story » : Buddy Holly, par Steve Rash (1978)
A la sortie (triomphale) de ce premier biopic rock, il s’était écoulé à peine vingt ans depuis la mort de Buddy Holly et nombre d’artistes, dont Linda Ronstadt, continuaient de faire grimper ses chansons en haut des hit-parades. Cette première tentative tenait compte des enjeux économiques (valoriser le catalogue musical, vendre des disques) : réalisé sous le contrôle de la veuve du musicien, le film de Steve Rash (le premier du cinéaste qui ne fit pas une grande carrière) s’en tient à une vision élémentaire mais vigoureuse de l’émergence du rock’n’roll dans une société ultra-conservatrice. Gary Busey, qui n’était pas encore la vedette éphémère qu’il fut, et encore moins le bouffon extravagant qu’il est devenu, joue lui-même de la Telecaster et chante, avec la gaucherie charmante qui était celle de Buddy Holly.
9) « Sid et Nancy » : Sid Vicious, par Alex Cox (1986)
Il y a de beaux documentaires sur le punk londonien des années 1970 (de Julien Temple, Lech Kowalski sur les Sex Pistols, ou le Rude Boy,de Jack Hazan et David Mingay sur les Clash) mais les stars de l’époque n’ont guère inspiré les cinéastes. A part Sid Vicious, bassiste des Pistols, amant et assassin de Nancy Spungen, mort d’une surdose d’héroïne en 1979. Alex Cox, jeune cinéaste, auréolé d’un premier succès (Repo Man),a cherché la voie entre le picaresque et le sordide, la démesure et le pathétique. Il l’a presque trouvée grâce à un acteur dont la gloire commençait à poindre. Aujourd’hui, Gary Oldman joue Churchill, et il faut voirSid et Nancy pour croire que ce comédien imposant fut imprévisible, choquant – une espèce de taser cinématographique. A ses côtés, Chloe Webb donne à Nancy Spungen, personnage ingrat s’il en fut, un peu d’humanité. Courtney Love fait une apparition dans un petit rôle.
10) « Backbeat » : les Beatles, par Ian Softley (1994)
Backbeat est loin d’être un chef-d’œuvre, mais ce récit des années de formation des Beatles, entre Liverpool et Hambourg, peut compter sur l’interprétation d’Ian Hart, impressionnant en jeune John Lennon (un exploit qu’Aaron Taylor-Johnson ne réussira pas à rééditer dans Nowhere Boy, qui raconte l’adolescence de Lennon) et sur une bande sonore qui tourne le dos à la reconstitution historique. Un supergroupe surgi de la scène grunge et assimilée (Dave Grohl, Greg Dulli, Thurston Moore, Mike Mills) interprète les standards du rock sur lesquels se font les dents les cinq de Liverpool (ne pas oublier Stu Sutcliffe, que joue Stephen Dorff) avec une rage réjouissante, qui dope les séquences musicales.
Cette sixième saison de House of Cards était écrite, le tournage avait commencé, lorsque, en octobre 2017, son acteur principal, Kevin Spacey, était accusé de harcèlement sexuel. Il était évincé de la série en novembre. Or, la saison précédente avait vu Frank Underwood (Kevin Spacey) démissionner du poste suprême des Etats-Unis – avant que des scandales ne l’entraînent vers la justice –, et l’abandonner à sa femme, Claire Underwood (Robin Wright), alors vice-présidente. Lançant un dernier regard au spectateur, celle-ci laissait entendre qu’elle ne gracierait pas son mari, laissant tomber face caméra : « My turn » (« C’est mon tour »).
Il n’apparaissait donc pas impossible de garder la série en vie en réécrivant cette saison 6 sans le personnage interprété par Kevin Spacey. Ce que Netflix prouva au travers de bandes-annonces laissant entendre que Francis Underwood était décédé, hors caméra, dans l’entre-deux des saisons 5 et 6. Voilà qui permettait donc d’attendre une flamboyante sixième et dernière saison de House of Cards – même réduite de treize à huit épisodes après réécriture. En effet, depuis que Frank Underwood avait accédé à la présidence des Etats-Unis, en fin de saison 2, la série présentait de moins en moins d’attrait.
« L’homme blanc d’âge moyen »
Les pouvoirs maléfiques du président ne faisaient plus mouche, les intrigues secondaires, trop alambiquées, s’enlisaient, tandis que l’ascension de sa femme, plus maline et subtile, laissait espérer un nouveau feu d’artifice. Mais Claire Underwood a beau asséner, cette saison-ci, que « le règne de l’homme blanc d’âge moyen est terminé »,tel un slogan valant pour sa présidence comme pour la série, l’on ne constate, dans les cinq épisodes mis à notre disposition, qu’un acte manqué.
Certes, Claire Underwood est devenue la première femme à diriger les Etats-Unis. Certes, il est plaisant de voirévoluer son entourage, des femmes d’âge moyen brillantes, et souvent malfaisantes, assumant leur pouvoir avec jouissance et magnifiquement interprétées. Mais faute de tabula rasa, le fantôme de Frank Underwood hante cette saison jusqu’à l’ennui. Qu’ils continuent d’enquêter sur les méfaits et crimes passés de l’ancien président, qu’ils tentent de préserver sa mémoire ou qu’ils manigancent pour tirer avantage d’accords passés avec lui, nombre de personnages, hommes blancs d’âge moyen, reviennent sans nécessité sur le devant de la scène, nous renvoyant ad nauseam à la présidence précédente. De même, des interrogations sur les circonstances de la mort de Frank Underwood réapparaissent régulièrement dans le scénario, alors que rien, dans la dramaturgie de la saison, ne permet au spectateur d’y porter le moindre intérêt.
Il est fort probable qu’avec ou sans Kevin Spacey, « House of Cards » n’aurait pas connu plusieurs saisons de plus
Il est fort probable qu’avec ou sans Kevin Spacey, House of Cards n’aurait pas connu plusieurs saisons de plus. Faute d’intrigues haletantes une fois le couple diabolique des Underwood parvenu au pouvoir, la série s’essoufflait depuis la saison 3. L’arrivée des scénaristes Frank Pugliese et Melissa James Gibson n’y a rien changé. La dernière image du cinquième épisode de cette saison-ci, pourtant, laisse augurer un tournant radical. Dommage que, comme souvent avec Netflix, la plus belle promesse d’une série ne se fasse jour qu’en milieu de saison.
House of Cards,saison 6 (EU, 2018, 8 × 52 min). www.netflix.com
Homecoming apparut d’abord, en 2016, sous la forme d’une fiction podcastée, une pièce de théâtre audio. Ses auteurs, Eli Horowitz et Micah Bloomberg, sont aussi les créateurs de sa version filmée, dont Amazon a commandé d’emblée deux saisons.
Le Homecoming Center, en Floride, sous l’égide du ministère de la défense, lance un programme destiné à de jeunes soldats tout juste de retour au pays. Ils y sont logés et pris en charge, notamment par Heidi Bergman (Julia Roberts, bizarrement emperruquée) qui, sa licence à peine obtenue, y mène ses premiers entretiens psychologiques. A elle d’évaluer les progrès de ces jeunes gens atteints de syndrome post-traumatique et d’en retirer des données exploitables.
A peine l’a-t-on vue engager une première séance qu’intervient un saut dans le futur, quatre ans plus tard, en 2022 : Heidi (différemment emperruquée) est maintenant serveuse dans un petit restaurant, vit chez sa mère, et répond ne pas se souvenir de l’époque où elle officiait pour le programme Homecoming, quand un inspecteur du ministère de la défense vient enquêter sur l’expérience qui y était menée. Ment-elle ou non ? Pourquoi une enquête sur ce centre ? Et pourquoi ce refus de tous d’évoquer ce programme ?
Langueur voire longueur
Pour son premier rôle principal dans une série, Julia Roberts a donc choisi un scénario qui lui permet d’interpréter quasiment deux personnages différents : la Heidi psy plutôt rayonnante de 2018, et celle de 2022, une femme perdue, peut-être amnésique, menant sa vie mécaniquement. L’actrice avait posé deux conditions : que le scénario soit entièrement écrit avant le tournage, et que la réalisation de l’ensemble de la série soit confiée à Sam Esmail, le créateur et réalisateur de Mr. Robot.
Malheureusement, toutes les recherches formelles de Sam Esmail et son équipe (changement de format de l’image selon les époques, angles de prises de vues induisant le malaise, ou, à la Hitchcock, l’angoisse, etc., sans oublier la musique) n’empêchent pas de regretter la langueur voire la longueur de Homecoming,qui aurait gagné en efficacité et en pertinence à s’en tenir à la durée d’un film.
Homecoming, série créée par Eli Horowitz et Micah Bloomberg. Avec Julia Roberts, Bobby Cannavale (EU, 2018, 10 × 30 min). www.amazon.com
Comprendre l’autre et soi-même. Telle est la démarche d’Hideto Iwaï, acteur, auteur et metteur en scène de Wareware no moromoro (nos histoires…), sa première pièce en français, née de travaux réalisés lors d’ateliers à Gennevilliers. « J’aime vraiment interroger les gens et je veux continuer à le faire. Je veux partager leurs peurs et leurs intérêts, et ainsi écrire sur une variété de sujets », explique le natif de Tokyo aujourd’hui âgé de 44 ans, dont les créations restent très inspirées de son vécu d’« hikikomori » [expérience d’enfermement volontaire et de désintérêt pour le monde extérieur] entre 16 et 20 ans.
« La raison pour laquelle je suis resté à la maison n’était pas un cas habituel de maltraitance, mais un cas extrême de xénophobie, une peur des gens », expliquait-il, en 2011, dans un entretien accordé à la Fondation du Japon. Confronté à la violence paternelle dans sa jeunesse, il est lui-même agressif. L’intérêt pour la scène naît pendant cette réclusion. Les heures passées à regarder la télévision, notamment des programmes de catch, d’arts martiaux et des matchs de football italiens, font surgir une envie de faire des films.
Le déclic
Il reprend ses études pour intégrer l’université et suit en parallèle des cours d’art dramatique dans un centre culturel local, où l’a inscrit sa mère, conseillère psychologique l’ayant aidé à trouver ce qui pouvait le « relier au monde extérieur ». « J’ai participé à une comédie musicale avec un groupe de femmes dans la quarantaine et la cinquantaine. » Le déclic. « Quand j’ai commencé à faire du théâtre, j’ai découvert que, pour la première fois, grâce à la fiction, je pouvais sortir et apprendre ce que les gens pensaient. »
Il crée en 2003 sa propre compagnie, dont il est longtemps l’unique membre, se contentant de réunir ponctuellement des équipes, toujours réduites. Son nom : Hi-bye, une déclinaison des expressions hai-hai, qui qualifie un bébé qui rampe, et de bye-bye, « au revoir », comme une métaphore du cycle de la naissance à la mort.
Sa première pièce, Hikky Cancun Tornado, parle d’un jeune reclus qui aspire à devenir lutteur professionnel. S’enchaînent ensuite les créations et les collaborations. Il s’inspire entre autres d’Oriza Hirata – l’initiateur du « shizuka na gekijo » (théâtre du silence) − dont il intègre en 2007 la compagnie, Seinendan, pour travailler la mise en scène. Wareware no moromoro est sa seconde pièce présentée en France, après Le Hikikomori sort de chez lui, jouée en mars 2018.