Author: Don Kayembe

  • Crise au Sri Lanka : la suspension du Parlement levée

    Crise au Sri Lanka : la suspension du Parlement levée

    La lutte pour le pouvoir continue dans l’île entre les partisans du premier ministre sortant et ceux de l’ancien président autoritaire Mahinda Rajapakse.

    Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 08h40, mis à jour à 15h16

    Lecture 2 min.

    Les opposants au président sri-lankais Maithripala Sirisena, qui l’accusent de coup d’Etat contre la démocratie, ont remporté une première victoire dans la crise politique aiguë que traverse le pays depuis près d’une semaine. Jeudi 1er novembre, le chef de l’Etat sri-lankais a levé sous la pression de la rue et de la communauté internationale la suspension du Parlement prévue initialement pour durer jusqu’au 15 novembre.

    Les parlementaires, qui se réuniront lundi, pourront donc décider qui des deux premiers ministres rivaux pourra rester au pouvoir. Ils pourraient ainsi se prononcer sur le retour aux affaires de Mahinda Rajapakse, 72 ans, l’autocrate qui a régné sur le pays jusqu’en 2015.

    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le Sri Lanka s’enfonce dans la crise politique

    « J’ai eu une longue discussion avec le président la nuit dernière et j’ai reçu des réponses positives de sa part », a déclaré, jeudi, Karu Jayasuriya, le président du Parlement. Troisième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire, il faisait pression pour que l’assemblée puisse se réunir et avait dit craindre un « bain de sang », si ce n’était pas le cas. Il n’était pas encore décidé quand pourrait se tenir un possible vote de confiance pour départager les deux camps. Le président du Parlement doit s’entretenir vendredi avec les chefs de parti.

    La crise a éclaté vendredi lorsque les Sri-Lankais, pris de court, ont appris en direct à la télévision et sur les réseaux sociaux qu’ils venaient de changer de premier ministre sur décision du président Sirisena. Le chef de l’Etat venait en effet de nommer M. Rajapakse, l’ancien homme fort du pays. Pour le premier ministre sortant, hors de question, pour autant, de céder sa place. Ranil Wickremesinghe, au pouvoir depuis 2015, décide ne pas quitter sa résidence officielle où il se retranche bientôt, entouré de ses proches. En plus de divergences sur la politique économique à mener dans le pays, des rivalités croissantes étaient apparues entre les deux hommes à l’approche de l’élection présidentielle de 2019.

    Violence politique

    La Constitution du pays, amendée de nombreuses fois et interprétée différemment en fonction des circonstances et des intérêts des parties en présence, n’offre pas de solution claire à cette crise politique qui suscite les inquiétudes dans cette île de l’océan Indien marquée par une longue histoire de violence politique. Lundi, le président du Parlement a déclaré redouter un « bain de sang » qui ne pourrait être évité que par le retour des députés au Parlement.

    Si le premier ministre sortant Wickremesinghe – et ses partisans qui ont manifesté en masse dans la capitale ces derniers jours – peut désormais espérer obtenir un vote de confiance, ce dont l’avait privé le président en suspendant le Parlement à la suite de la nomination de l’ancien autocrate M. Rajapakse, ce dernier peut compter sur une popularité croissante. Tout dépendra désormais des marchandages et des défections qui sont négociés par les deux camps afin d’obtenir la majorité des sièges.

    Le retour sur le devant de la scène de M. Rajapakse dont le règne avait été marqué par de multiples violations des droits de l’homme, des disparitions de journalistes et des accusations de népotisme inquiète au-delà de ses rivaux directs à Colombo. Dans le nord du pays où vit la minorité tamoule, son nom est associé à la campagne militaire extrêmement brutale qui s’est traduite par l’écrasement sanglant en 2009 de l’insurrection des Tigres de libération de l’Eelam tamoul et mettait un terme à vingt-six années d’une guerre civile dont on estime le bilan à 100 000 morts.

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  • Vie et mort des étoiles : le rock en dix biopics

    Vie et mort des étoiles : le rock en dix biopics

    Le portrait de Freddie Mercury que met en scène Bryan Singer dans Bohemian Rhapsody est aussi fidèle aux règles de la biographie filmée (« biopic » en langue hollywoodienne) qu’il est infidèle à l’histoire du chanteur de Queen. Mais, depuis l’accident d’avion qui coûta la vie à Buddy Holly, 23 ans, et Richie Valens, 17 ans, les destinées fulgurantes des stars du rock’n’roll se prêtent aux manipulations qui font les légendes. Il a fallu attendre 1978 et The Buddy Holly Story pour que le cinéma s’empare de cette mythologie sous la forme du « biopic ». Depuis, d’Elvis Presley à NWA, ces histoires réécrites ou réinventées, par les studios hollywoodiens ou les auteurs, sont légion. En voici dix, parmi les meilleures (et, non, l’absence de The Doors, d’Oliver Stone, n’est pas un oubli).

    Lire la critique de « Bohemian Rhapsody » :   Freddie Mercury au bord de la canonisation

    1) « I’m Not There » : Bob Dylan, par Todd Haynes (2007)

    Le plus beau des films consacrés aux idoles du rock ne ressemble pas aux autres. Pour incarner Bob Dylan, artiste qui compte plus d’avatars qu’une divinité majeure du panthéon hindou, Todd Haynes a mobilisé six acteurs, dont Cate Blanchett. L’Australienne donne du Dylan rock des années 1960 une image électrique, pendant que Christian Bale, Richard Gere ou Ben Whishaw explorent, sous la houlette inspirée de Todd Haynes, les highways qu’a parcourues Dylan en un demi-siècle, les jalonnant de chefs-d’œuvre. La bande originale du film, organisée autour du groupe Calexico, reste l’une des plus belles qu’ait connue le cinéma rock.

    2) « Elvis: The Movie » : Elvis Presley, par John Carpenter (1979)

    La légende d’un éternel Elvis (on l’aurait vu dans un supermarché) n’était pas encore née que John Carpenter réalisait pour la télévision américaine cette biographie étonnamment brute, honnête. Kurt Russell (qui avait fait ses débuts au cinéma, encore enfant, aux côtés du King dans Blondes, brunes ou rousses), compose un Elvis dionysiaque, qui résiste de toutes ses forces aux puissances qui veulent l’entraîner vers la banalité. Carpenter montre un côté élégiaque qu’on ne lui connaît que rarement quand il évoque l’enfance misérable du chanteur. Le travail sur la bande-son (Rodney Crowell double Russell) est remarquable, contribuant à faire de ce long-métrage une cérémonie magique qui réaffirme la suzeraineté d’Elvis Presley.

    3) « This Is Spinal Tap » : Spinal Tap, par Rob Reiner (1984)

    Cette biographie imaginaire d’un groupe pop britannique devenu formation de hard rock a généré sa propre réalité. Spinal Tap, le quatuor inventé par Christopher Guest (l’acteur) et Rob Reiner, réalisateur, a joué dans les stades, enregistré des albums. Surtout, le film a fixé le canon d’un genre naissant. Après la sortie de This Is Spinal Tap, il est devenu impossible de filmer des musiciens parcourant les couloirs d’un stade pour jaillir sur scène, ou une fête d’après-concert, sans risquer le ridicule. Ceux qui ont enfreint ces règles (Oliver Stone, Bryan Singer…) ont déclenché des ricanements qui étaient l’écho des franches rigolades qui ont accueilli Spinal Tap à sa première apparition.

    4) « Love & Mercy » : Brian Wilson, par Bill Pohlad (2014)

    D’où vient la musique qui fait les stars ? Cette question, généralement éludée dans les biographies filmées, est au centre de Love & Mercy, diptyque dédié à Brian Wilson. Le compositeur, parolier, arrangeur, bassiste et chanteur des Beach Boys est d’abord incarné par Paul Dano qui est ensuite remplacé par John Cusack. C’est que quelque part entre la banlieue de Los Angeles où vivait la famille Wilson et les studios où il enregistrait chef-d’œuvre sur chef-d’œuvre, Brian Wilson a laissé sa raison. Avec beaucoup de délicatesse, le producteur Bill Pohlad et le scénariste Oren Moverman accompagnent le musicien, tentant au long de belles séquences d’enregistrement de saisir le moment où l’ineffable devient un instant de musique inoubliable.

    5) « Straight Outta Compton » : NWA, par F. Gary Gray (2015)

    Les inventeurs du gangsta rap méritaient sans doute plus que les autres le traitement hollywoodien. Après tout, South Central n’est qu’à quelques miles de Beverly Hills. L’émergence d’Ice Cube (interprété par son propre rejeton, O’Shea Jackson Jr), Dr Dre (Corey Hawkins) et Eazy E (Jason Mitchell) prend la forme d’une légende américaine, de la pauvreté à la richesse, de l’obscurité à la gloire. A cela près que les menaces qui pèsent sur nos héros ne sont pas celles qui entravaient Elvis Presley ou les héros de la contre-culture des années 1960. F. Gary Gray met en scène la pression policière, le racisme, la violence intérieure du ghetto. Sans lésiner sur les effets, il montre aussi comment cette vie violente nourrit la musique.

    6) « Control » : Joy Division et Ian Curtis, par Anton Corbijn (2007)

    L’un des premiers groupes que photographia le Néerlandais Anton Corbijn à son arrivée dans l’anarchique Royaume Uni, en 1979, fut un quatuor de Manchester, Joy Division. Pour devenir cinéaste, celui qui avait été le portraitiste des ultimes superstars du rock (U2, Depeche Mode) a puisé dans ce souvenir. Ressuscitant Ian Curtis, le chanteur, suicidé en 1980, évoquant l’atmosphère à la fois étouffante et exaltante du pays en ces premières années Thatcher, Corbijn a fait mieux que réussir un premier film. Il donne à un personnage au parcours météorique toute la place qu’il mérite, à la fois par sa singularité terrifiante et par son influence sur les musiques advenues après son extinction.

    7) « Ray » : Ray Charles, par Taylor Hackford (2004)

    Sans doute parce que Taylor Hackford est un vieux routier de la musique en images (une quantité impressionnante de vidéos, le film de concert Hail Hail Rock’n’roll, avec Chuck Berry), Ray reste le meilleur exemple de biographie classique consacrée à une figure majeure du rock’n’roll (et – surtout – du rhythm’n’blues). Jamie Foxx met toute son énergie à disparaître derrière la figure historique du Genius ; Hackford reconstitue minutieusement l’industrie musicale du début des années 1960, après avoir évoqué sur le mode du mélodrame l’enfance sudiste de l’artiste ; les pistes vocales de Ray Charles sont ornées d’arrangements contemporains qui reproduisent presque exactement les originaux. Sorti presque en même temps que Walk The Line, vie de Johnny Cash par James Mangold, Ray s’en distingue par ce souci de vérité musicale. Les deux films partagent une approche en apparence honnête mais au fond lénifiante des démons qui ont hanté la vie de leurs sujets.

    8) « The Buddy Holly Story » : Buddy Holly, par Steve Rash (1978)

    A la sortie (triomphale) de ce premier biopic rock, il s’était écoulé à peine vingt ans depuis la mort de Buddy Holly et nombre d’artistes, dont Linda Ronstadt, continuaient de faire grimper ses chansons en haut des hit-parades. Cette première tentative tenait compte des enjeux économiques (valoriser le catalogue musical, vendre des disques) : réalisé sous le contrôle de la veuve du musicien, le film de Steve Rash (le premier du cinéaste qui ne fit pas une grande carrière) s’en tient à une vision élémentaire mais vigoureuse de l’émergence du rock’n’roll dans une société ultra-conservatrice. Gary Busey, qui n’était pas encore la vedette éphémère qu’il fut, et encore moins le bouffon extravagant qu’il est devenu, joue lui-même de la Telecaster et chante, avec la gaucherie charmante qui était celle de Buddy Holly.

    9) « Sid et Nancy » : Sid Vicious, par Alex Cox (1986)

    Il y a de beaux documentaires sur le punk londonien des années 1970 (de Julien Temple, Lech Kowalski sur les Sex Pistols, ou le Rude Boy, de Jack Hazan et David Mingay sur les Clash) mais les stars de l’époque n’ont guère inspiré les cinéastes. A part Sid Vicious, bassiste des Pistols, amant et assassin de Nancy Spungen, mort d’une surdose d’héroïne en 1979. Alex Cox, jeune cinéaste, auréolé d’un premier succès (Repo Man), a cherché la voie entre le picaresque et le sordide, la démesure et le pathétique. Il l’a presque trouvée grâce à un acteur dont la gloire commençait à poindre. Aujourd’hui, Gary Oldman joue Churchill, et il faut voir Sid et Nancy pour croire que ce comédien imposant fut imprévisible, choquant – une espèce de taser cinématographique. A ses côtés, Chloe Webb donne à Nancy Spungen, personnage ingrat s’il en fut, un peu d’humanité. Courtney Love fait une apparition dans un petit rôle.

    10) « Backbeat » : les Beatles, par Ian Softley (1994)

    Backbeat est loin d’être un chef-d’œuvre, mais ce récit des années de formation des Beatles, entre Liverpool et Hambourg, peut compter sur l’interprétation d’Ian Hart, impressionnant en jeune John Lennon (un exploit qu’Aaron Taylor-Johnson ne réussira pas à rééditer dans Nowhere Boy, qui raconte l’adolescence de Lennon) et sur une bande sonore qui tourne le dos à la reconstitution historique. Un supergroupe surgi de la scène grunge et assimilée (Dave Grohl, Greg Dulli, Thurston Moore, Mike Mills) interprète les standards du rock sur lesquels se font les dents les cinq de Liverpool (ne pas oublier Stu Sutcliffe, que joue Stephen Dorff) avec une rage réjouissante, qui dope les séquences musicales.

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  • « House of Cards » et le fantôme de Frank Underwood

    « House of Cards » et le fantôme de Frank Underwood

    Netflix à la demande, série

    Cette sixième saison de House of Cards était écrite, le tournage avait commencé, lorsque, en octobre 2017, son acteur principal, Kevin Spacey, était accusé de harcèlement sexuel. Il était évincé de la série en novembre. Or, la saison précédente avait vu Frank Under­wood (Kevin Spacey) démissionner du poste suprême des Etats-Unis – avant que des scandales ne l’entraînent vers la justice –, et l’abandonner à sa femme, Claire Underwood (Robin Wright), alors vice-présidente. Lançant un dernier regard au spectateur, celle-ci laissait entendre qu’elle ne gracierait pas son mari, laissant tomber face caméra : « My turn » (« C’est mon tour »).

    Lire le récit :   Kevin Spacey, un fantôme à Hollywood

    Il n’apparaissait donc pas impossible de garder la série en vie en réécrivant cette saison 6 sans le personnage interprété par Kevin Spacey. Ce que Netflix prouva au travers de bandes-annonces laissant entendre que Francis Underwood était décédé, hors caméra, dans l’entre-deux des saisons 5 et 6. Voilà qui permettait donc d’attendre une flamboyante sixième et dernière saison de House of Cards – même réduite de treize à huit épisodes après réécriture. En effet, depuis que Frank Underwood avait accédé à la présidence des Etats-Unis, en fin de saison 2, la série présentait de moins en moins d’attrait.

    « L’homme blanc d’âge moyen »

    Les pouvoirs maléfiques du président ne faisaient plus mouche, les intrigues secondaires, trop alambiquées, s’enlisaient, tandis que l’ascension de sa femme, plus maline et subtile, laissait espérer un nouveau feu d’artifice. Mais Claire Underwood a beau asséner, cette saison-ci, que « le règne de l’homme blanc d’âge moyen est terminé », tel un slogan valant pour sa présidence comme pour la série, l’on ne constate, dans les cinq épisodes mis à notre disposition, qu’un acte manqué.

    Lire le compte-rendu :   La production d’« House of Cards » va reprendre au début de 2018, autour de Claire Underwood

    Certes, Claire Underwood est devenue la première femme à diriger les Etats-Unis. Certes, il est plaisant de voir évoluer son entourage, des femmes d’âge moyen brillantes, et souvent malfaisantes, assumant leur pouvoir avec jouissance et magnifiquement interprétées. Mais faute de tabula rasa, le fantôme de Frank Underwood hante cette saison jusqu’à l’ennui. Qu’ils continuent d’enquêter sur les méfaits et crimes passés de l’ancien président, qu’ils tentent de préserver sa mémoire ou qu’ils manigancent pour tirer avantage d’accords passés avec lui, nombre de personnages, hommes blancs d’âge moyen, reviennent sans nécessité sur le devant de la scène, nous renvoyant ad nauseam à la présidence précédente. De même, des interrogations sur les circonstances de la mort de Frank Underwood réapparaissent régulièrement dans le scénario, alors que rien, dans la dramaturgie de la saison, ne permet au spectateur d’y porter le moindre intérêt.

    Il est fort probable qu’avec ou sans Kevin Spacey, « House of Cards » n’aurait pas connu plusieurs saisons de plus

    Il est fort probable qu’avec ou sans Kevin Spacey, House of Cards n’aurait pas connu plusieurs saisons de plus. Faute d’intrigues haletantes une fois le couple diabolique des Underwood parvenu au pouvoir, la série s’essoufflait depuis la saison 3. L’arrivée des scénaristes Frank Pugliese et Melissa James Gibson n’y a rien changé. La dernière image du cinquième épisode de cette saison-ci, pourtant, laisse augurer un tournant radical. Dommage que, comme souvent avec Netflix, la plus belle promesse d’une série ne se fasse jour qu’en milieu de saison.

    House of Cards, saison 6 (EU, 2018, 8 × 52 min). www.netflix.com

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  • Soudan du Sud : “Tout le monde espère que l’accord de paix sera enfin respecté”

    Soudan du Sud : “Tout le monde espère que l’accord de paix sera enfin respecté”

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  • « Homecoming » : quand un podcast devient une série, mais devrait être un film

    « Homecoming » : quand un podcast devient une série, mais devrait être un film

    Amazon Prime Video à la demande, série

    Homecoming apparut d’abord, en 2016, sous la forme d’une fiction podcastée, une pièce de théâtre audio. Ses auteurs, Eli Horowitz et Micah Bloomberg, sont aussi les créateurs de sa version filmée, dont Amazon a commandé d’emblée deux saisons.

    Le Homecoming Center, en Floride, sous l’égide du ministère de la défense, lance un programme destiné à de jeunes soldats tout juste de retour au pays. Ils y sont logés et pris en charge, notamment par Heidi Bergman (Julia Roberts, bizarrement emperruquée) qui, sa licence à peine obtenue, y mène ses premiers entretiens psychologiques. A elle d’évaluer les progrès de ces jeunes gens atteints de syndrome post-traumatique et d’en retirer des données exploitables.

    A peine l’a-t-on vue engager une première séance qu’intervient un saut dans le futur, quatre ans plus tard, en 2022 : Heidi (différemment emperruquée) est maintenant serveuse dans un ­petit restaurant, vit chez sa mère, et répond ne pas se souvenir de l’époque où elle officiait pour le programme Homecoming, quand un inspecteur du ministère de la défense vient enquêter sur l’expérience qui y était menée. Ment-elle ou non ? Pourquoi une enquête sur ce centre ? Et pourquoi ce refus de tous d’évoquer ce programme ?

    Langueur voire longueur

    Pour son premier rôle principal dans une série, Julia Roberts a donc choisi un scénario qui lui permet d’interpréter quasiment deux personnages différents : la Heidi psy plutôt rayonnante de 2018, et celle de 2022, une femme perdue, peut-être amnésique, menant sa vie mécaniquement. L’actrice avait posé deux conditions : que le scénario soit entièrement écrit avant le tournage, et que la réalisation de l’ensemble de la série soit confiée à Sam Esmail, le créateur et réalisateur de Mr. Robot.

    Lire la critique :   Nom de code, « Mr. Robot »

    Malheureusement, toutes les recherches formelles de Sam Esmail et son équipe (changement de format de l’image selon les époques, angles de prises de vues induisant le malaise, ou, à la Hitchcock, l’angoisse, etc., sans oublier la musique) n’empêchent pas de regretter la langueur voire la longueur de Homecoming, qui aurait gagné en efficacité et en pertinence à s’en tenir à la durée d’un film.

    Homecoming, série créée par Eli Horowitz et Micah Bloomberg. Avec Julia Roberts, Bobby Cannavale (EU, 2018, 10 × 30 min). www.amazon.com

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  • Hideto Iwaï, la ruée vers l’autre

    Hideto Iwaï, la ruée vers l’autre

    Comprendre l’autre et soi-même. Telle est la démarche d’Hideto Iwaï, acteur, auteur et metteur en scène de Wareware no moromoro (nos histoires…), sa première pièce en français, née de travaux réalisés lors d’ateliers à Gennevilliers. « J’aime vraiment interroger les gens et je veux continuer à le faire. Je veux partager leurs peurs et leurs intérêts, et ainsi écrire sur une variété de sujets », explique le natif de Tokyo aujourd’hui âgé de 44 ans, dont les créations restent très inspirées de son vécu d’« hikikomori » [expérience d’enfermement volontaire et de désintérêt pour le monde extérieur] entre 16 et 20 ans.

    « La raison pour laquelle je suis resté à la maison n’était pas un cas habituel de maltraitance, mais un cas extrême de xénophobie, une peur des gens », expliquait-il, en 2011, dans un entretien accordé à la Fondation du Japon. Confronté à la violence paternelle dans sa jeunesse, il est lui-même agressif. L’intérêt pour la scène naît pendant cette réclusion. Les heures passées à regarder la télévision, notamment des programmes de catch, d’arts martiaux et des matchs de football italiens, font surgir une envie de faire des films.

    Le déclic

    Il reprend ses études pour intégrer l’université et suit en parallèle des cours d’art dramatique dans un centre culturel local, où l’a inscrit sa mère, conseillère psychologique l’ayant aidé à trouver ce qui pouvait le « relier au monde extérieur ». « J’ai participé à une comédie musicale avec un groupe de femmes dans la quarantaine et la cinquantaine. » Le déclic. « Quand j’ai commencé à faire du théâtre, j’ai découvert que, pour la première fois, grâce à la fiction, je pouvais sortir et apprendre ce que les gens pensaient. »

    Il crée en 2003 sa propre compagnie, dont il est longtemps l’unique membre, se contentant de réunir ponctuellement des équipes, toujours réduites. Son nom : Hi-bye, une déclinaison des expressions hai-hai, qui qualifie un bébé qui rampe, et de bye-bye, « au revoir », comme une métaphore du cycle de la naissance à la mort.

    Sa première pièce, Hikky Cancun Tornado, parle d’un jeune reclus qui aspire à devenir lutteur professionnel. S’enchaînent ensuite les créations et les collaborations. Il s’inspire entre autres d’Oriza Hirata – l’initiateur du « shizuka na gekijo » (théâtre du silence) − dont il intègre en 2007 la compagnie, Seinendan, pour travailler la mise en scène. Wareware no moromoro est sa seconde pièce présentée en France, après Le Hikikomori sort de chez lui, jouée en mars 2018.

    Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.

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  • Marion Siéfert met l’enfance à nu

    Marion Siéfert met l’enfance à nu

    Elle n’a pas l’air, comme ça, ­Marion Siéfert, longue liane brune et gracieuse, tête bien faite et tête bien pleine, mais elle est gonflée. Ne pas trop se fier à sa douceur, son calme apparent. Quand elle était petite, dans son enfance traversée par le théâtre, elle s’est passionnée pour les sorcières. Vingt ans plus tard, à 31 ans, elle signe son deuxième spectacle, Le Grand Sommeil, qui plonge dans la face cachée de l’enfance, avec ses fantasmes, ses peurs, son anarchie, sa cruauté, son rapport au corps et même, oui, son obscénité.

    « J’ai toujours voulu écrire, jouer, raconter des histoires, mais très vite, j’ai été heurtée par les rôles féminins dans le théâtre classique. » La jeune femme fait des études littéraires brillantes, découvre la littérature et la poésie allemandes, qui l’ont « beaucoup marquée », et part à Berlin, au tournant de l’année 2010. « Là, j’ai vu tout ce que l’on pouvait voir à l’époque, une autre vision du théâtre, beaucoup plus performative, avec des femmes fortes, qui prenaient la parole, comme celles du collectif She She Pop, l’actrice Sophie Rois ou la metteuse en scène Monika Gintersdorfer. »

    Fantômette des années 2.0

    Marion Siéfert va se former à l’Institut théâtral de Giessen, une école qui a peu à voir avec les conservatoires français. « Le travail y est très libre, très axé sur la création contemporaine, à la fois théorique et pratique. Là-bas, je n’ai plus été stigmatisée comme “intello”, et je n’ai plus eu besoin de cacher que j’avais fait de la philosophie, de la musicologie et de la littérature allemande. »

    C’est à Giessen que Marion Siéfert crée son premier spectacle, un objet scénique déjà très culotté, qui s’appelle Deux ou trois choses que je sais de vous, tourne en France pendant la saison 2018-2019, et où, vêtue comme une sorte de ­Fantômette des années 2.0, elle joue, via Facebook, avec la vie privée de ses spectateurs. Pour Le Grand Sommeil, elle a travaillé, au fil de longues improvisations, avec sa cousine Jeanne, qui avait alors 11 ans, avec le désir de « libérer une énergie explosive et drôle ». Sur scène, Jeanne est incarnée par l’étonnante danseuse-performeuse Helena de Laurens. Et ce n’est pas triste.

    Article réalisé dans le cadre d’un partenariat avec le Festival d’automne à Paris.

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  • Crash en Indonésie : l’une des boîtes noires récupérée

    Crash en Indonésie : l’une des boîtes noires récupérée

    L’une des deux boîtes noires de l’avion de la compagnie indonésienne Lion Air qui s’est abîmé en mer lundi avec 189 personnes à bord a été retrouvée, a annoncé jeudi 1er novembre le patron du comité national de la sécurité des transports. Les circonstances de l’accident devraient ainsi être éclaircies.

    « Nous avons trouvé l’une des boîtes noires », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Soerjanto Tjahjono. « Nous ne savons pas si c’est le FDR (qui enregistre les paramètres de vol) ou le CVR (qui enregistre les sons dans le cockpit). »

    L’armée indonésienne avait annoncé mercredi avoir peut-être localisé l’épave de l’avion. Pour récupérer les deux boîtes noires de l’appareil, un millier de personnes ont été mobilisées, dont des dizaines de plongeurs, de même que des hélicoptères et des bateaux.

    Lire aussi :   La réputation de Lion Air ternie par le crash au large de l’Indonésie de l’un de ses Boeing

    Le Boeing 737 MAX 8 de Lion Air, entré en service il y a seulement quelques mois, a disparu en mer de Java lundi. Peu auparavant, l’équipage avait demandé au contrôle aérien l’autorisation de revenir à Djakarta, son point de départ. Il avait pour destination Pangkal Pingang, localité de transit pour les touristes désireux de profiter des plages de l’île voisine de Belitung. Les autorités ont exclu la possibilité de retrouver des survivants.

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  • La sélection littéraire du « Monde »

    La sélection littéraire du « Monde »

    LES CHOIX DE LA MATINALE

    Cette semaine, la rédaction du « Monde des livres » vous propose de vous plonger dans le Charlie Hebdo d’avant la barbarie du 7 janvier 2015, raconté par Luz, ou d’explorer le lien entre peine capitale et construction de l’Etat.

    BD. « Indélébiles », de Luz

    Il semble inconcevable d’écrire un livre sur Charlie Hebdo sans parler du 7 janvier 2015. Luz l’a fait, pourtant. Membre de la rédaction du magazine satirique pendant plus de vingt ans, le dessinateur échappa aux balles des frères Kouachi pour avoir été en retard à la conférence de rédaction. Dans Catharsis, sorti quatre mois après l’attentat (Futuropolis), il avait relaté son quotidien de miraculé, sans jamais verser dans le pathos, préférant user du seul levier en sa possession : l’humour.

    Si l’on y rit autant, le propos est tout autre dans Indélébiles, puisqu’il s’agit de raconter l’aventure collective – et joyeusement foutraque – qui précéda la barbarie. Les belles années, en somme. Les copains, la déconnade à plein tube, le bonheur de dessiner.

    En vingt-trois ans de Charlie – qu’il a quitté en mai 2015 – Luz a accumulé d’innombrables anecdotes, souvent rapportées ici avec autodérision. L’ancien « puceau tourangeau » monté à la capitale dans l’espoir de placer des dessins au Canard enchaîné s’amuse, et nous amuse, à ressusciter une rédaction vouée au traitement caustique de l’actualité, où se mêlent les anciens (Gébé, Cabu, Wolinski…) et les sales gosses, comme lui ou Charb.

    Volontairement, Luz n’évoque pas les tensions et les engueulades au sein de la rédaction, pour se concentrer sur la question du dessin, sujet d’harmonie, auquel il attribue un rôle de personnage à part entière ; de vieux pote indéfectible, incarné par les taches ineffaçables d’encre de Chine qui maculent ses doigts, ou par ces bouts de gomme usée ayant appartenu aux confrères assassinés, conservés comme de précieuses reliques. Frédéric Potet

    « Indélébiles », de Luz, Futuropolis, 320 p., 24 € (en librairie le 2 novembre).

    HISTOIRE. « Condamner à mort au Moyen Age », de Claude Gauvard

    Dans cet ouvrage longtemps attendu, Claude Gauvard invite à revoir nos préjugés, à commencer par la fréquence des exécutions capitales au Moyen Age, qui étaient rares : une tous les quatre ans à Lyon et, dans les cas extrêmes que sont la Normandie ou le Comtat Venaissin, une par an. A la peine capitale, le Moyen Age préfère une mort symbolique, le bannissement ou l’amende, voire la composition entre les parties, hors du tribunal.

    Mais la force singulière de l’ouvrage réside avant tout dans le lien puissamment noué entre peine de mort et construction étatique en France. L’historienne identifie un basculement essentiel entre les XIIIe et XVe siècles : condamner à mort devient un « acte rendu pour réparer l’offense que le crime et le criminel ont faite au roi et à la chose publique » plus qu’à la victime. Elle n’est pas une vengeance. Et la repentance ouvre la voie vers la grâce royale.

    Claude Gauvard répète ici sa conviction profonde : ce n’est pas par la force, mais par la miséricorde et le droit que l’Etat est né au Moyen Age. La peine de mort en est le parfait exemple : c’est par les lettres de rémission qu’il accorde aux condamnés à mort, et par la réglementation toujours plus savante des exécutions par le Parlement de Paris, que le roi assoit progressivement l’idée que la peine capitale est un monopole d’Etat. Marie Dejoux

    « Condamner à mort au Moyen Age », de Claude Gauvard, PUF, 368 p., 24 €.

    ROMAN. « Isidore et les autres », de Camille Bordas

    Sur le plan scolaire, les cinq premiers enfants de la famille Mazal peuvent être considérés comme des surdoués. Ils remplissent des dossiers de candidature en classe prépa quand les enfants de leur âge sont encore au collège. Ils cherchent un nouveau sujet de thèse à peine leur premier doctorat obtenu. Sûrs de leur bon goût comme de leur intelligence, ils ne doutent pas un instant de leur capacité à réussir leur vie.

    Aucune difficulté ne devrait leur résister, puisqu’ils ont toutes les clés pour comprendre le monde qui les entoure. Encore faudrait-il, bien sûr, qu’ils y prêtent attention. Le réel, on s’en doute, va se rappeler à eux avec brutalité.

    C’est Isidore, le sixième enfant de la fratrie, 11 ans au début du roman, qui observe et essaie de comprendre les agissements des membres de sa famille. Contrairement à ses frères et sœurs, il n’a sauté aucune classe. Mais sa scolarité se déroule sans encombre. Un enfant normal, en somme. Ce qui suffit à le rendre différent. Et à justifier la spontanéité et la sensibilité dont il est le seul à faire preuve chez les Mazal. Sa parole bienveillante et futée dope le récit, en lui conférant énergie et naturel.

    Ecrit en anglais par la française Camille Bordas, qui vit à Chicago (Illinois), et traduit par elle-même, Isidore et les autres crée une merveilleuse figure d’adolescent, tout en auscultant avec une généreuse lucidité la façon dont chacun des personnages – chacun de nous, aussi bien – organise le passage des livres à la vie, et inversement. Florence Bouchy

    « Isidore et les autres », de Camille Bordas, Inculte, 414 p., 19,90 €.

    PHILOSOPHIE. « Devant la beauté de la nature », d’Alexandre Lacroix

    La nature, objet de tant de nos angoisses aujourd’hui, peut-elle demeurer une cause d’émerveillement ? La beauté s’offre autour de nous avec profusion, et nous vivons en somnambules. Tel est le point de départ de l’enquête philosophique qu’Alexandre Lacroix consacre à une question à la fois centrale et peu fréquentée : celle de la place qu’occupe dans nos vies la splendeur du monde.

    Devant la beauté de la nature se présente comme une courbe tracée entre le saisissement intime face à la nature et la question métaphysique de notre place en elle. Courbe qui prend aussi la forme d’un voyage à travers les souvenirs de l’auteur. Progressivement, se construit une théorie en éclats, faite de bribes d’histoire des idées philosophiques et scientifiques reliées par l’interrogation continue de l’auteur sur sa propre expérience.

    Une théorie ainsi dirigée autant vers la connaissance que vers une tentative de définition d’un bon usage de la nature. Non seulement, l’humanité met aujourd’hui la nature en danger, mais elle prend le risque de s’étioler en s’éloignant de cette « source » inépuisable, qui « surgit sans arrêt autour de nous ». Sa promenade savante à travers les idées et les sensations nous plonge dans ce flux à mesure qu’elle nous le fait connaître ; elle a la douceur un peu déchirante, et l’élan, de retrouvailles. Florent Georgesco

    « Devant la beauté de la nature », d’Alexandre Lacroix, Allary, 444 p., 22,90 €.

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  • Un procès met à nu les critères d’admission plus ou moins avouables de Harvard

    Un procès met à nu les critères d’admission plus ou moins avouables de Harvard

    LETTRE DE NEW YORK

    Avis aux jeunes prodiges : il vous reste deux jours pour déposer votre candidature à Harvard. Et le Wall Street Journal vous donne en « une » quelques conseils pour réussir : déménagez dans les montagnes perdues du Montana – l’université a bien du mal à recruter dans les campagnes américaines – ; soyez très pauvre – et vous augmenterez la diversité de la prestigieuse école de Cambridge (Massachusetts) – ; ou au contraire très riche – afin que vos parents puissent être de généreux donateurs. Surtout, intéressez-vous aux humanités, plus qu’à la science que l’on peut étudier au MIT voisin. Enfin, si vous êtes un champion de hockey, vous avez toutes les chances d’être admis.

    La raison de cet article du quotidien économique ? La tenue, depuis le 15 octobre à Boston, du procès contre le processus d’admission de Harvard, accusé de discriminer les étudiants d’origine asiatique.

    L’affaire, qui tient en haleine l’élite américaine, a forcé l’avocat du campus, Bill Lee (promotion Harvard 1972) à dévoiler les secrets de l’université en la matière. « Je n’ai pas révélé la recette du Coca-Cola », a-t-il assuré. Il n’empêche, on en sait désormais beaucoup plus sur les méthodes de Harvard.

    La sélection est sévère, seuls 2 022 étudiants ont été admis en 2017 sur 43 000 postulants. Tous ont d’excellents scores académiques, et il faut donc trouver d’autres critères pour les départager. Certains, évidents, portent sur le caractère du candidat – social, extraverti mais pas trop, extraordinaire forcément. D’autres sont moins avouables : il existe une liste de candidats « dans l’intérêt du doyen » (on dirait les pistonnés en français) ainsi qu’une « liste Z », celle des candidats qui n’ont pas tout à fait le niveau. Bref un labyrinthe plus ou moins recommandable dont les aspirants rêvent de trouver l’issue.

    Un modèle d’« affirmative action »

    Le sujet officiel est ailleurs, il s’agit de savoir si Harvard…

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