Author: Don Kayembe

  • Kazakhstan : l’arsenal répressif se renforce

    Kazakhstan : l’arsenal répressif se renforce

    C’est un vaste pays d’Asie centrale, riche en hydrocarbures et dont le président est en poste depuis près de trente ans, où les libertés publiques sont systématiquement bridées et où la torture en prison est chose courante d’après les organisations des droits de l’homme. Le Kazakhstan de l’autocrate Noursoultan Nazarbaïev, ancienne république soviétique ayant accédé à l’indépendance à la chute de l’URSS en 1991, dispose d’un arsenal répressif de plus en plus sophistiqué et qui vient tout juste de s’enrichir d’un nouvel outil.

    Une loi votée dimanche 28 octobre permet désormais aux autorités kazakhes de couper toutes les communications sur l’ensemble du territoire dans l’éventualité d’une « situation d’urgence à caractère social ». En clair, le pouvoir s’est offert les moyens de plonger tout le pays dans le silence en cas de contestation.

    Succession

    Ce nouveau durcissement de l’emprise qu’exercent les autorités du Kazakhstan sur une société aux libertés sans cesse rognées intervient au moment où la question de la succession de M. Nazarbaïev, 78 ans, se pose d’une manière de plus en plus pressante. Depuis le mois de mai, une loi lui permet de continuer à régner sur le pays, même s’il devait quitter son poste officiel de président à la fin de son mandat actuel, en 2020.

    La loi accorde en effet un statut constitutionnel au conseil de sécurité du Kazakhstan, dont les recommandations étaient auparavant uniquement consultatives, et autorise M. Nazarbaïev à le diriger jusqu’à sa mort. L’homme fort des steppes kazakhes est aussi officiellement détenteur du titre de « père de la nation », qui lui garantit une immunité judiciaire ainsi qu’un rôle influent s’il finissait par quitter la présidence.

    Lire aussi :   Le Kazakhstan soupçonné d’espionnage informatique de dissidents et de journalistes.

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  • Quand le cinéma et les séries dissèquent les coulisses du pouvoir politique

    Quand le cinéma et les séries dissèquent les coulisses du pouvoir politique

    « Je ne quitterai pas la scène sans être président. » La réponse de Kad Merad au Figaro.fr sur le devenir de la série Baron noir ressemble à des propos entendus dans les coulisses d’une vraie campagne électorale. L’acteur parle pourtant d’une fiction où le suspense repose sur les ressorts, les intrigues et coups bas du monde politique. Et elle n’est pas la seule. Le Bureau des légendes, qui met en scène les arcanes des services secrets français et des intérêts stratégiques hexagonaux, a démarré, le 23 octobre sur Canal+, sa quatrième saison avec un succès non démenti.

    Le film politique serait-il en train de devenir une nouvelle passion française ? Quatre manifestations en font la promotion cet automne. Le Festival du film politique s’est terminé, samedi 27 octobre, à Porto-Vecchio (Corse-du-Sud). Politikos s’ouvre à Rennes le 1er novembre. François Hollande, Aurélie Filippetti, Hubert Védrine ou encore Jean-Louis Debré y débattront.

    Deux autres manifestations sont prévues dans la foulée : les Escales documentaires à La Rochelle auront lieu du 6 au 10 novembre avec pour thématique « Filmer le politique » et le Festival international du film politique se déroulera à Carcassonne du 4 au 8 décembre.

    « Moins d’inhibitions »

    Les Anglo-Saxons se sont emparés depuis longtemps des intrigues et des codes du monde politique pour fabriquer des fictions. Une liste de films qui font référence en atteste comme le magistral Mr Smith au Sénat de Franck Capra ou Les Hommes du président d’Alan Pakula, sortis respectivement en 1940 et 1976. Les séries ont pris le relais avec une liberté de ton saisissante. D’abord la shakespearienne House of Cards diffusée au Royaume-Uni dans les années 1990 avant d’être reprise ensuite aux Etats-Unis. Puis The West Wing d’Aaron Sorkin qui raconte le quotidien à la Maison Blanche ou encore la danoise Borgen qui narre l’arrivée…

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  • « Capitaine Marleau » : un peu mais pas trop…

    « Capitaine Marleau » : un peu mais pas trop…

    France 3, mardi 30 octobre à 21 heures, série

    Une partie de la presse ­télévisuelle s’est émue de découvrir, dans le ­dernier épisode du feuilleton Capitaine Marleau, Double jeu, diffusé mardi 23 sur France 3, une ­Corinne Masiero méconnaissable, ou presque.

    Pour les besoins d’une intrigue dont les grosses ficelles sont décidément trop visibles pour être convaincantes, la capitaine de gendarmerie s’y fait passer pour sa sœur jumelle dont elle vient de découvrir l’existence dans une morgue où son corps a été déposé.

    Grande gueule à l’accent ch’ti

    La grande duduche nordiste au verbe haut et cru, en chapka fourrée (« un souvenir de ma dernière épilation du maillot », dit-elle), habillée comme une souillon, se métamorphose en bourgeoise maquillée sur talons aiguilles, à l’expression presque châtiée.

    Mais c’est méconnaître cette actrice qui a pourtant joué des emplois très différents, notamment dans le film Louise Wimmer (2012), de Cyril Mennegun, et dans la série d’Arte Ainsi soient-ils (2012-2015), dans lesquels elle était taiseuse et bouleversante.

    Puis sont venus les rôles de grande gueule à l’accent ch’ti, au cinéma et à la télévision, dont Capitaine Marleau, qui l’a véritablement fait connaître d’un très vaste public : chaque épisode fait un carton, et le dernier a rassemblé 6,63 millions de téléspectateurs, soit 28,3 % de part d’audience, son meilleur score.

    Formules tordantes

    Cette version féminine déjantée de l’inspecteur Columbo se fiche de la bienséance et accumule les formules tordantes (dont des pots-pourris peuvent être facilement trouvés sur YouTube) : « Les seuls concours que j’ai gagnés, c’est des concours de circonstances », « laxiste léniniste », « Economique Jagger », etc.

    Mais entre la pluie de (pas toujours) bons mots de la capitaine, le surjeu permanent de son interprète, la trame parfois ténue de certains épisodes – celui-ci, comme le précédent, n’est déci­dément pas l’un des meilleurs de la série – et une réalisation dont la subtilité n’est pas la caractéristique permanente, il ne reste pas toujours grand-chose à sauver. Le grand public est certes au rendez-vous, mais ce feuilleton populaire gagnerait à faire une pause, la formidable Corinne ­Masiero à jouer autre chose que les grandes gueules ch’tis pour y revenir un jour avec une fraîcheur renouvelée.

    Capitaine Marleau : Les Roseaux noirs. Série télévisée réalisée par Josée Dayan. Avec Corinne Masiero, Nicole Garcia, Hippolyte Girardot (FR, 2018, 1 h 34). www.france.tv/france-3

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  • Tanzanie : le gouverneur de Dar es Salaam lance une campagne de dénonciation des homosexuels

    Tanzanie : le gouverneur de Dar es Salaam lance une campagne de dénonciation des homosexuels

    Afrique

    Tanzanie : le gouverneur de Dar es Salaam lance une campagne de dénonciation des homosexuels

    Texte par FRANCE 24

    Dernière modification : 30/10/2018

    En phase avec la rhétorique ciblant les homosexuels depuis l’arrivée au pouvoir en Tanzanie de John Magufuli, le gouverneur de la province de Dar es Salaam a demandé lundi soir aux citoyens de dénoncer les homosexuels, promettant des arrestations.

    Le gouverneur de la province de Dar es Salaam, en Tanzanie, a lancé une campagne contre l’homosexualité, appelant ses administrés, lundi 29 octobre, à dénoncer des homosexuels et promettant des arrestations dès la semaine prochaine.

    “J’ai des informations faisant état de la présence de nombreux homosexuels dans notre province”, qui comprend la ville de Dar es Salaam, capitale économique du pays, a déclaré lundi soir le gouverneur Paul Makonda en conférence de presse. “Ces homosexuels s’en vantent sur les réseaux sociaux. À partir d’aujourd’hui [lundi] jusqu’à dimanche, donnez-moi leurs noms”, a-t-il demandé à ses administrés.

    “Mon équipe ad hoc commencera à mettre la main sur eux lundi prochain”, a promis le gouverneur, membre du parti au pouvoir, le Chama cha Mapinduzi (CCM), et proche du président John Magufuli, également connu pour son hostilité envers les homosexuels. “Je sais que lorsque je dénonce l’homosexualité, il y a des pays qui sont fâchés contre moi. Mais je préfère courroucer ces pays que courroucer Dieu”, a poursuivi Paul Makonda.

    Le gouverneur, de foi chrétienne, a exhorté ses concitoyens à soutenir sa campagne contre l’homosexualité qui, selon lui, “foule au pied les valeurs morales des Tanzaniens et de nos deux religions chrétienne et musulmane”.

    Rhétorique officielle anti-gay instaurée en 2015

    L’homosexualité constitue un crime en Tanzanie, puni d’une peine minimale de 30 ans et pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité. La société tanzanienne ne tolère pas l’homosexualité, qui est ainsi pratiquée en cachette.

    Mais ce n’est que depuis l’élection du président Magufuli en octobre 2015 qu’une véritable rhétorique officielle dénonçant l’homosexualité, aussi bien masculine que féminine, s’est développée.

    En juin 2017, le chef de l’État avait affirmé que “même les vaches” réprouvent les pratiques homosexuelles. Quelques jours plus tard, le gouvernement avait menacé d’arrêter tous les défenseurs des homosexuels et promis d’expulser les étrangers qui militeraient pour leurs droits. Il avait mis cette menace à exécution en octobre 2017 en expulsant vers leur pays d’origine trois Sud-Africains accusés de “promouvoir” le mariage homosexuel.

    Avant cela, en février 2017, le gouvernement avait annoncé son intention de “publier une liste de gays qui vendent leur corps sur Internet”, avant de faire volte-face peu après, officiellement pour “des raisons techniques” et par souci de préserver les preuves à charge. Quelques jours plus tôt, il avait ordonné la fermeture de centres de santé spécialisés dans la lutte contre le sida, accusés de promouvoir l’homosexualité, une décision critiquée notamment par les États-Unis.

    Avec AFP

    Première publication : 30/10/2018

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  • Italie. La colère monte au sein du Mouvement 5 étoiles

    Italie. La colère monte au sein du Mouvement 5 étoiles

    Publié le

    Le Mouvement 5 étoiles est le maillon faible de la coalition gouvernementale, sous le joug de la Ligue d’extrême droite. Dans les rangs du parti, ça gronde : combien de temps acceptera-t-on encore d’avaler des couleuvres ?

    Le conseil municipal de Turin a pris le 29 octobre une décision de poids, sur un dossier très symbolique, rapporte La Stampa. Il a décidé de “suspendre les travaux de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin (TAV), en attendant l’analyse coûts-bénéfices promise par le gouvernement, pour déterminer ensuite s’il vaut mieux renforcer la ligne existante ou en construire une nouvelle”.

    Comme le souligne le journal de Turin, Luigi Di Maio, chef du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème) et vice-Premier ministre, s’en est immédiatement félicité. C’est que l’opposition aux “grands travaux”, et particulièrement à la ligne ferroviaire Lyon-Turin, est l’un des combats sur lesquels le M5S a fondé son ascension. Parvenu au gouvernement en juin, le mouvement a depuis dû composer avec la réalité de

    […]

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  • Sénégal: les opérations de déminage bientôt relancées en Casamance

    Sénégal: les opérations de déminage bientôt relancées en Casamance


    Par
    RFI

    Publié le 30-10-2018
    Modifié le 30-10-2018 à 12:16

    Une réunion sur le sujet se tient ce mardi à Dakar. Les mines antipersonnel ont été posées par l’armée sénégalaise comme par le Front pour l’indépendance de la Casamance, le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) jusqu’en 1999, date de la signature de la convention anti-mines. Le conflit n’est pas terminé et les bombes ont fait plus d’un millier de victimes. Aujourd’hui, un tiers de la région n’est toujours pas déminé.

    L’Etat du Sénégal s’est engagé : il devra débarrasser les terres de toutes les mines d’ici 2021. Pour atteindre cet objectif, sans cesse repoussé depuis 1999, il faut des moyens et une volonté politique. « Notre objectif, c’est de dépolluer, c’est surtout de remettre à ces populations ces terres pour leur permettre de reprendre une activité économique qui est essentielle pour eux et pour le développement de la Casamance », explique Catherine Gillet, directrice régionale d’Handicap International.

    D’après plusieurs participants, le déminage n’a pas eu lieu car il est impossible dans certaines régions. Les restes du MFDC, les rebelles indépendantistes de Casamance, entravent les opérations.

    Le manque de sécurité serait donc la raison de l’arrêt du déminage. C’est l’avis d’Isidor Marcel Sene, conseiller au gouvernement sénégalais, spécialiste du désarmement : « On est dans une période de ni guerre, ni paix. Pour avoir accès à certaines zones, il faut rétablir la sécurité. Et cela passe par l’implication de tout un chacun. Je pense qu’il y va de l’intérêt de tout le monde, des populations locales car c’est les populations qui en souffrent davantage quoi qu’on dise. »

    Relancer le programme nécessite près de quatre milliards de francs CFA. Seuls 200 millions ont été trouvés.

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  • Kamel Daoud : « Paradoxalement, l’Algérie est le lieu qui me permet de défendre ma liberté »

    Kamel Daoud : « Paradoxalement, l’Algérie est le lieu qui me permet de défendre ma liberté »

    Dans un entretien accordé au « Monde des Religions », l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud revient sur le concept de liberté et du plaisir qu’il prend à la défendre.

    Il y a deux Kamel Daoud. Le journaliste, incisif et sans concession, qui ne craint pas de défendre ses convictions et sa liberté de conscience – quitte à mettre en péril sa sécurité et à s’attirer les foudres de ceux qui l’accusent de caricaturer l’islam. Et l’écrivain, prix Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête, qui fait vibrer la langue française avec amour et virtuosité, même s’il a choisi de demeurer en Algérie, envers et contre tout. Envers et contre tous ?

    C’est peu dire que chacune de ses chroniques au Point, au Quotidien d’Oran ou au Monde est guettée, commentée, discutée, qu’elle déchaîne les passions. Mais le journaliste et l’écrivain se rencontrent souvent. C’est le cas dans son dernier essai, Le Peintre dévorant la femme (Stock, 2018) où Daoud confronte deux visions antinomiques de la femme : le regard de Picasso et celui d’un combattant de Daech.

    Dans un entretien accordé au Monde des Religions, cet homme intransigeant et entier –excessif, parfois– revient sur sa croisade contre les idéologies et les dogmes. Une croisade où le verbe est sa seule arme.

    Ce qui frappe, en lisant vos écrits, c’est qu’au-delà de la vision désenchantée que vous portez sur le monde, il transparaît une inaltérable pulsion de vie, un amour du moment présent. D’où cela vous vient-il ?

    Kamel Daoud Cette pulsion vient d’un manque. J’appartiens à une génération qui a été dépossédée de la vie ici-bas par deux choses : un discours religieux qui met par la vie en sursis, qui la promet pour après la mort ; et surtout, par le récit national, le poids de l’histoire de la colonisation et de la guerre d’indépendance. Le présent apparaît comme quelque chose qui n’est pas à la hauteur du passé. Ceux qui sont considérés comme vivants sont les héros de la guerre de libération. Nous sommes venus après, et en quelque sorte endettés.

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    Je me suis toujours senti enfermé entre ces deux mises en sursis de la vie. Quand j’étais gamin, une lecture m’a beaucoup marqué : Les Nourritures terrestres d’André Gide. Cela peut sembler un peu naïf, mais cette expression d’un désir de vivre, de « sentir le sable sous ses pieds », m’a bouleversé. J’ai toujours voulu défendre comme un droit de propriété le fait de posséder sa propre vie.

    Vous avez érigé la liberté en valeur cardinale de votre existence. Comment composez-vous avec le sentiment d’angoisse qui découle de la liberté ?

    Je convertis cela en valeur morale. Je veux croire qu’il y a plus de dignité à assumer la liberté, la responsabilité d’être libre, qu’à vivre dans le confort de la soumission aux groupes, aux idéologies dominantes, ou dans la soumission politique.

    Une autre raison, qui peut paraître simpliste, m’aide à vivre : puisque personne ne peut mourir à ma place, personne n’a le droit de vivre à ma place. Cette certitude de la solitude devant la mort me donne tous les droits. J’ai le droit de vivre ma vie comme je l’entends, sans avoir à composer outre mesure avec les idéologies, les idées ou les religions dominantes.

    Précisément, vous incarnez dans les médias occidentaux la figure du résistant face aux pouvoirs établis. N’y a-t-il pas un risque de surjouer ce rôle, de tomber dans la caricature outrancière – ce qui vous est parfois reproché ?

    C’est possible, mais c’est un choix qui se pose à certaines époques. Faut-il dénoncer le goulag, au risque d’être récupéré par les propagandes dites impérialistes de l’époque ? Ou faut-il le taire pour sauver le prestige du communisme ? D’autres avant moi ont vécu ce dilemme, qui m’a longtemps travaillé. Dois-je encore parler comme je l’ai toujours fait, exercer un droit et un devoir de lucidité sur mon réel, quitte à ce que mes dires soient récupérés par les extrêmes droites ? Ou dois-je me taire, fermer les yeux sur les injustices que je vois autour de moi ou que je vis personnellement ? Je ne suis pas coupable du détournement de mes propos. Je suis responsable de ma vie, de ce je dis et de mon devoir de dire les choses telles qu’elles sont. Ce n’est pas parce qu’un discours anti-islamiste peut servir un discours islamophobe que je dois me taire. Ce serait être complice.

    « S’il existe, d’un côté, la fabrique du dissident à partir de figures comme la mienne, ici, au sud, il y a aussi la fabrique du traître. Entre la figure du traître et celle du dissident, il faut essayer d’exercer sa liberté. »

    Que l’Occident ait besoin de figures opposantes n’est ni un vice, ni une vertu, ni une faute : on ne se représente l’autre qu’à travers soi-même. L’Occident interprète selon ses besoins, ses problématiques, ce qui est tout à fait normal. Dans ce contexte, je ne me sens pas victime. Je me sens moi-même. Et c’est en outre un jeu à double sens, puisque ce qui est dit par les intellectuels appréciés en Occident est aussi récupéré par le discours religieux dominant, ou qui essaie d’être dominant, au Maghreb. Les médias islamiques y trouvent des arguments pour leur discours sur l’effondrement moral et l’hypocrisie de l’Occident. S’il existe, d’un côté, la fabrique du dissident à partir de figures comme la mienne, ici, au sud, il y a aussi la fabrique du traître. Entre la figure du traître et celle du dissident, il faut essayer d’exercer sa liberté, et surtout de garder du plaisir à le faire.

    Justement, n’êtes-vous pas un peu las de ces combats ? En d’autres termes – et je m’adresse ici davantage au chroniqueur qu’à l’écrivain – ressentez-vous encore un bonheur à faire ce métier ?

    Je suis chroniqueur depuis vingt ans, mais j’ai toujours mal au ventre quand je dois écrire une chronique : est-ce que je vais être bon, le sujet va-t-il être pertinent ? Il y a un peu d’épuisement dans le sens où nous sommes dans un monde où la surmédiatisation tue l’information.

    Ce que vous dites est systématiquement surinterprété, que ce soit de ce côté de la Méditerranée ou de l’autre. Vous n’avez plus droit au plaisir gratuit. Mais, croyez-moi, j’essaie de préserver ce rapport d’innocence et de jeu qu’on doit avoir avec l’écrit. Je lis ce que j’ai envie de lire, et j’écris parfois sur des sujets à ma manière, c’est-à-dire en essayant de conserver un rapport ludique et original au thème.

    Qu’est-ce qui fait que vous restez en Algérie, malgré le regard sévère que vous portez sur votre pays, sans compter les menaces qui pèsent sur votre sécurité ?

    C’est une question qu’on me pose souvent. Je vais peut-être tenter, un jour, d’y répondre par un livre (rires) ! On reste dans un endroit pour trois ou quatre raisons affectives et intimes. J’y reste aussi parce que l’adversité me nourrit et que le paradis, chez vous, est tout à fait ennuyeux, peut-être. J’y reste également parce que je redoute la figure de l’intellectuel exilé.

    Un exilé écrit souvent sur son exil, ce qui est une manière de se suicider lentement. J’ai peur de l’exil. Il faut beaucoup de courage pour partir. J’espère ne pas être forcé à le faire. En ce moment, je relis des ouvrages d’Orhan Pamuk, tellement nourri de ce lien qu’il a avec Istanbul…

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    C’est la terreur de l’écrivain de quitter ce lieu qui est à la fois celui de l’adversité, mais aussi celui de la passion. On y perd beaucoup. Et puis, ici, j’ai l’impression que ma vie a du sens. Cela m’a pris beaucoup de temps d’y bâtir une maison, une vie. Je n’ai pas envie de repartir de zéro. Paradoxalement, c’est le lieu qui me permet – parce que j’en suis dépossédé quotidiennement – de défendre ma liberté. Elle me serait offerte totalement en Occident, que j’y perdrais peut-être le goût de la défendre.

    Votre goût du combat ne vous donne-t-il pas envie de vous lancer en politique ?

    Ce serait suicidaire. Quand le jeu est ouvert, quand on ne connaît pas la fin du film, pourquoi pas… Mais quand vous savez d’avance qui sera le seul survivant… Ce serait idiot de jouer le second rôle.

    Retrouvez l’intégralité de cet entretien sur le site du Le Monde des Religions.

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  • « Le Parfum d’Irak » : le journaliste qui a vu sombrer le pays de sa famille

    « Le Parfum d’Irak » : le journaliste qui a vu sombrer le pays de sa famille

    Arte.tv, mardi 30 octobre à la demande, websérie d’animation

    Il s’appelle Feurat Alani. Il est français et irakien ou irakien et français. Peu importe l’ordre, il est les deux à la fois. Comme souvent, c’est enfant, lors des longues vacances d’été, qu’il découvre le pays natal de ses parents. Son « bled » à lui, c’est l’Irak, qu’il visite pour la première fois en 1989. Il a 9 ans lorsqu’il atterrit à Bagdad, il se rappelle porter une cravate bleue. L’un de ses premiers souvenirs ? Une glace à l’abricot au goût exquis ; il n’en léchera plus jamais une autre aussi bonne de toute sa vie.

    Feurat – prénom en hommage à l’Euphrate, du nom de ce fleuve aimé par son père qui borde ­Fallouja – fait connaissance avec ses oncles, tantes et autres cousins. La guerre contre l’ennemi iranien a pris fin après huit années de combats (1980-1988). La vie est enfin belle, les jeunes flirtent dans les rues, les cafés sont bondés… Bref, Bagdad rayonne, même si le pays est sous le ­contrôle absolu de Saddam Hussein. Tout le monde le craint au point que les proches de Feurat lui implorent de ne jamais prononcer le nom du dictateur en public. Comment ne pas transgresser cet interdit ? Trop tentant pour lui et sa petite sœur, même s’il ne comprend pas encore pourquoi.

    L’invasion du Koweït (1990-1991), l’occupation américaine (2003-2011) et une décennie d’embargo ont fini par asphyxier sa seconde patrie

    Son père n’est pas du voyage, il a préféré rester en France. Opposant politique dans sa jeunesse, il avait été torturé par les « chiens de garde » de l’autocrate dans une prison d’où on ne sortait pas vivant. Son père, lui, allait pourtant être libéré, puis reçu avec d’autres adversaires par… Saddam Hussein en personne : il souhaitait leur montrer à quel point il pouvait être d’une immense clémence…

    Au fil des étés, Feurat tombe amoureux de l’Irak ; mais le pays de ses parents va sombrer et se perdre dans des guerres sans fin. L’invasion du Koweït (1990-1991), l’occupation américaine (2003-2011) et une décennie d’embargo ont fini par asphyxier sa seconde patrie. Le sucre, onéreux et rare, devient un produit de contrebande telle une vulgaire drogue. Les hôpitaux manquent de tout, et, lorsque Feurat Alani se fera recoudre une plaie à la tête, son oncle devra soudoyer chèrement le docteur pour obtenir une anesthésie.

    Guerres sans fin

    Feurat voit la misère et le désespoir s’installer dans le pays. Il constate qu’une partie de sa famille, autrefois laïque, a trouvé du réconfort auprès d’Allah comme beaucoup de compatriotes. Plus grand, devenu journaliste, il décide de s’installer à Bagdad, chez sa tante. Agé de 24 ans, il couvre pour la presse française l’invasion américaine et le chaos qui arrive avec les djihadistes d’Al-Qaida et de l’organisation Etat islamique (EI). Le reporter reconnaît désormais chaque bruit de balle ou d’obus. Il explique comment ses « frères » irakiens sont humiliés par les GI et se dit qu’il aurait pu être l’un d’eux ; mais il a eu la chance de naître en France.

    L’animation puissante et poétique est réalisée par le dessinateur Léonard ­Cohen

    Feurat Alani a choisi de se livrer dans une sublime websérie qu’il a affectueusement appelée Le Parfum d’Irak. En vingt épisodes (de deux à trois minutes), il décrit ses vacances où, été après été, il se rend compte – impuissant – que, dans le pays de ses parents, se succèdent les tragédies.

    Mélancolique, poétique, chacun des volets raconte un souvenir précis illustré par une animation puissante et poétique, réalisée par le dessinateur Léonard ­Cohen. Le Parfum d’Irak dépeint majestueusement une vision oubliée du monde arabe, généreuse et riche, joyeuse et libre. « J’ai vu disparaître l’Irak que j’ai rencontré en 1989 », confie-t-il. C’est un conte qui finit mal…

    Le Parfum d’Irak, de Feurat Alani et Léonard Cohen (France, 2018, 20 × 2 à 3 min). Disponible en livre (Arte Editions/Editions Nova, 176 p., 19 €). www.arte.tv

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  • Allemagne. Le choc du départ annoncé d’Angela Merkel

    Allemagne. Le choc du départ annoncé d’Angela Merkel

    Publié le

    Le retrait par étapes de la chancelière Angela Merkel de la vie politique, annoncé officiellement le 29 octobre, au lendemain de la débâcle électorale de son parti (CDU) en Hesse, s’affiche à la une de toute la presse allemande ce mardi.

    Coup de tonnerre politique à Berlin. Merkel au terme de son pouvoir”, titre Bild. Le tabloïd invite parallèlement les électeurs qui s’étaient éloignés de la CDU au profit de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne, extrême droite) à revenir plus au centre. C’est, explique-t-il, “une part de l’héritage d’Angela Merkel que d’avoir fait grimper l’AfD, un parti où s’affirment la banalisation de l’Holocauste et le racisme”.

    Merkel décroche”, titre plus sobrement Der Tagesspiegel, avec une photo qui remonte au tout début de la carrière politique de celle qui aura eu pour “postulat : le pragmatisme”, résume le quotidien berlinois.

    La CDU à la croisée des chemins

    Où vas-tu CDU ?”, se demande Die Welt. Après avoir été présidé pendant 18 ans par Angela Merkel, estime le quotidien conservateur, il faut désormais se demander “de quelle CDU le pays a besoin. C’en est fini de l’ère sans alternative possible. Le parti devra décider de sa future orientation politique.”

    À la veille du congrès, qui se tiendra les 7 et 8 décembre à Hambourg, les candidats à la présidence du parti se pressent et vont se livrer une “lutte de pouvoir pour la succession de Merkel”, met en avant le quotidien régional Neue Ruhr Zeitung.

    Horizon 2021 à la chancellerie

    Bien qu’elle ne se présente pas à sa propre succession à la tête du parti en décembre, Angela Merkel entend bien terminer son mandat de chancelière à la date prévue, en 2021. “Elle ne briguera plus la chancellerie [à cette date]. Mais pourra-t-elle rester si longtemps au pouvoir ?”, s’interroge la Berliner Zeitung. Les turbulences au sein de la GroKo [grande coalition] à Berlin font planer le doute sur la longévité de la coalition CDUCSU et SPD.

    Une dirigeante historique

    Pour die tageszeitung (taz), c’est un vent de nostalgie qui souffle à la une. Mais même dans ce “moment fort [qui fait] entrer Angela Merkel dans l’histoire”, la taz ne se prive pas de son humour coutumier : “Elle y est arrivée. Elle décroche”, , dans une allusion transparente au tournant de la politique migratoire pris en 2015 (“Nous y arriverons !”). Et de prédire, après avoir salué cette “très grande finale” qui inspire le respect : “De manière inattendue et avec une grande dignité, la chancelière Merkel a annoncé son retrait de la vie politique. Nous aurons de quoi la regretter.

    Angela Merkel a déclaré qu’elle ne briguerait plus aucun mandat politique.

    Danièle Renon

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  • RDC: l’armée en renfort pour assurer la logistique pré-électorale

    RDC: l’armée en renfort pour assurer la logistique pré-électorale


    Par
    RFI

    Publié le 30-10-2018
    Modifié le 30-10-2018 à 11:54

    L’armée a mis à la disposition de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) 18 aéronefs et 150 camions pour accélérer le déploiement des matériels électoraux dans le pays pour les élections prévues le 23 décembre. Cent cinquante autres sont annoncés dans une dizaine des jours. Pour la Céni, tout est presque prêt pour que les élections soient organisées en décembre.

    13 heures sur le boulevard du 30 juin. La circulation est impossible sur le tronçon compris entre la gare centrale de Kinshasa et le siège de la Céni. Les 150 camions de l’armée exposés depuis la matinée bloquent la circulation, créent un embouteillage monstre et attirent l’attention des Kinois.

    Devant quelques membres du gouvernement et représentants d’autres institutions, les clés de ces matériels roulants sont remises symboliquement à Céni. « Nous sommes tellement heureux de voir, au-delà de la symbolique, la nation dans ce qu’elle a de plus chère, c’est-à-dire sa dimension de défense [pour] appuyer le processus électoral. Vous voyez les camions de l’armée à la rescousse pour exprimer la souveraineté électorale de la République démocratique du Congo », remarque Henri Mova, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur.

    Après cette brève cérémonie, la délégation se rend à l’aéroport de Ndjili pour la remise officielle, notamment des sept hélicoptères, cinq Boeing, quatre Antonov et d’un DC6. Ces images passent en direct à la télévision nationale. Pour Corneille Nangaa, président de la Céni, c’est la preuve que les élections seront bien organisées le 23 décembre. La Céni attend encore deux Iliouchine et un Boeing. Pour compléter la flotte, la centrale électorale n’exclut pas la possibilité d’affréter les avions des compagnies aériennes privées.

     → RELIRE : Les preuves, des faits : Organisation des élections en RDC: les incohérences de la Céni

    Pour certains membres de la société civile et quelques opposants, les doutent ne sont pas dissipés. Beaucoup s’interrogent sur le temps que prendra le déploiement de ces engins en pleine période de pluie et dans les zones caractérisées par l’insécurité.

    La Synergie des missions d’observation citoyenne des élections (Symocel) salue un premier pas vers la tenue des élections à la date échue : « On peut considérer que, en ce qui concerne l’acquisition des machines et puis le déploiement, que cette étape-là est franchie avec ce qui a été avancé, se satisfait Bishop Abraham Djamba. Il est vrai que toutes les parties prenantes déclarent pouvoir aller aux élections le 23 décembre, ce qui est une bonne chose. »

    Mais son président persiste et signe : il faut un consensus général notamment sur la question de la machine à voter pour qu’il y ait des élections rassurantes pour tous. « Il y a des questions essentielles sur lesquelles quand même il faut que les partis harmonisent leurs vues : c’est la machine à voter, c’est le fichier électoral. Entre autres, il y a ces deux points qui semblent encore poser problème. Je crois qu’il faut qu’il y ait une évolution sur les positions des uns et des autres. Nous pensons que si cela peut arriver, on pourrait aller de manière plus sereine aux élections le 23 décembre. »

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