-Business, politique, famille⊠Discret et objet de tous les fantasmes, Zoé, le frÚre cadet du président, a ouvert ses portes à Jeune Afrique. Portrait.
Dâun Kabila, lâautre⊠Il y a eu Laurent-DĂ©sirĂ©, le pĂšre, maquisard, chef rebelle qui a conquis la RĂ©publique avant dâĂȘtre assassinĂ© dans son palais. Il y a Joseph, le fils aĂźnĂ©, qui a succĂ©dĂ© au Mzee (le « vieux », en swahili, surnom donnĂ© au pĂšre). Dans le sillage de Joseph, il y a Jaynet, la sĆur jumelle, et ZoĂ©, lâun des cadets de cette famille nombreuse dont le point commun est un goĂ»t prononcĂ© pour la discrĂ©tion. De longs mois ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires, par lâentremise de certains de ses proches et via les rĂ©seaux sociaux, pour convaincre ZoĂ© Kabila Mwanza Mbala, 37 ans, dâouvrir ses portes Ă Jeune Afrique.
« Pour un Ă©change, pas une interview », sâest-il empressĂ© de prĂ©ciser en message privĂ© sur Twitter, car il « dĂ©teste » lâexercice. Il se mĂ©fie de la presse, qui « ne rapporte que des mensonges sur lui », tente de justifier lâun des collaborateurs de celui qui traĂźne une rĂ©putation dâenfant terrible. Peu bavard mais soucieux que personne nâoublie de qui il est le fils, et de qui il est le frĂšreâŠ
Préparation du dialogue national
DĂ©putĂ© du Parti du peuple pour la reconstruction et la dĂ©mocratie (PPRD, principale formation politique de la coalition au pouvoir), lâĂ©lu de Manono, dans lâex-Katanga, province natale du Mzee, nâa jamais pris la parole lors des dĂ©bats au sein de lâhĂ©micycle, en cinq ans de lĂ©gislature.
Sous le ciel brumeux de Kinshasa, lâimposant portail de lâavenue Likasi sâouvre sur le bĂątiment qui abrite ses bureaux. Deux agents de sĂ©curitĂ© en civil escortent les visiteurs jusquâau premier Ă©tage. ApparaĂźt alors le maĂźtre des lieux dans un cadre minimaliste. TirĂ© Ă quatre Ă©pingles mais dĂ©contractĂ©, le regard braquĂ© sur son iPad, celui qui se dĂ©finit dâabord comme un businessman a des airs de CEO tout droit sorti de la Silicon Valley.
Le 23 juillet, lâun de ses grands projets a Ă©tĂ© inaugurĂ© Ă Muanda, dans le Kongo-Central (Ouest). Le prĂ©sident est venu personnellement couper le ruban de La Beviour, un luxueux complexe hĂŽtelier construit sur 7 ha, le long de la riviĂšre Tonde. Un site pressenti pour accueillir le « dialogue national inclusif » prĂ©conisĂ© par le chef de lâĂtat. « Dans lâhistoire, plusieurs accords de paix ont Ă©tĂ© conclus dans des stations balnĂ©aires, pourquoi La Beviour ne serait-elle pas le lieu de la rĂ©conciliation des Congolaisâ? » interroge Hippolyte Nyembo, un collaborateur de ZoĂ©.
Patriote
ProblĂšmeâ: lâopposition boude toujours ces pourparlers, multipliant les conditions de son Ă©ventuelle participation au scrutin prĂ©sidentiel qui aurait dĂ» se tenir en novembre (une nouvelle date doit ĂȘtre dĂ©finie prochainement).
Les Kabila ne sont pas prĂȘts Ă abandonner le pouvoir Ă nâimporte qui
Elle craint surtout que ces assises ne soient quâun stratagĂšme de la majoritĂ© prĂ©sidentielle pour maintenir Joseph Kabila au-delĂ de son second mandat, le dernier, thĂ©oriquement, en lâĂ©tat actuel dâune Constitution qui lui interdit dâen briguer un nouveau. Quâen pense le frĂšre du prĂ©sident sortantâ? Celui qui participe « quelquefois » Ă des rĂ©unions informelles au sommet de lâĂtat soutient, dans un parfait swahili teintĂ© dâun accent anglophone, que son aĂźnĂ© nâa nullement lâintention de sâĂ©terniser Ă son poste, mais aussi que les Kabila ne sont « pas prĂȘts Ă abandonner le pouvoir Ă nâimporte qui ».
« Notre pĂšre a versĂ© son sang pour ce pays, renchĂ©rit-il. Lorsque nous Ă©tions enfants, il nous rĂ©pĂ©tait que câĂ©tait nous qui allions reconstruire la RD Congo. » Si au 19 dĂ©cembre, date officielle de la fin du mandat de Joseph Kabila, le scrutin prĂ©sidentiel nâa pas eu lieu, « le prĂ©sident restera en fonction, comme lâa rappelĂ© la Cour constitutionnelle », souligne-t-il dâun ton dĂ©terminĂ©.
NĂ© en exil, ZoĂ© ne cesse de rappeler son « attachement infaillible Ă [sa] patrie ». « Enfant, je ne savais mĂȘme pas que jâĂ©tais congolais. Câest mon pĂšre qui nous parlait souvent de la RD Congo, de lâamour que nous devions porter chaque jour Ă lâĂ©gard de ce grand pays », poursuit, un brin nostalgique, lâenfant du Mzee. « Avec ses frĂšres et sĆurs, il a Ă©tĂ© Ă©levĂ© dans le respect de la Bible, mais aussi des pĂšres de lâindĂ©pendance », raconte lâambassadeur honoraire ThĂ©odore Mugalu, chef de la Maison civile du chef de lâĂtat.
ZoĂ© est ensuite envoyĂ© en Afrique du Sud pour y poursuivre ses Ă©tudes. « Câest aussi parce que, comme tous les enfants de Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila, il Ă©tait recherchĂ© par les services secrets zaĂŻrois », croit savoir Mugalu.
Cette parenthĂšse scolaire, loin du ZaĂŻre (nom de la RD Congo sous Mobutu, de 1971 Ă 1997) couronnĂ©e par un bachelor en gestion, affirme ZoĂ©, ne lui permet pas dâaccompagner son pĂšre et son grand frĂšre dans la lutte armĂ©e contre le rĂ©gime de Mobutu. Une fois ce dernier vaincu, en 1997, ZoĂ© rejoint sa famille de temps en temps pendant les vacances. Il ne sâinstalle dĂ©finitivement quâen 2001, au lendemain de lâassassinat de son pĂšre.
Homme dâaffaires aux multiples facettes
Ă ceux qui menacent la fratrie de « sanctions ciblĂ©es » (gel des avoirs, interdiction de quitter le territoire), le cadet rĂ©plique sans ambagesâ: « OĂč croient-ils quâon iraitâ? Nous nâavons ni comptes ni rĂ©sidences Ă lâĂ©tranger. LâEuropeâ? Je nây vais quâune fois par an, et encore », dit-il. Avant de balayer du revers de la main les « Panama Papers », ces montages offshore rĂ©vĂ©lĂ©s en avril par des mĂ©dias occidentaux, qui avaient citĂ© « Dada », la grande sĆur.
Dans lâombre de son frĂšre prĂ©sident, ZoĂ© sâintĂ©resse dâabord au business et fait prospĂ©rer ses affaires. « Il a acquis rapidement des actions dans des entreprises miniĂšres, de transport, et dans des sociĂ©tĂ©s financiĂšres », rapporte une source diplomatique occidentale Ă Kinshasa.
« Il Ă©tait dĂ©jĂ dans le commerce depuis des annĂ©es, notamment dans lâimmobilier, quand il pose ses valises Ă Kinshasa », prĂ©cise Mugalu Ă ceux qui sâinterrogent sur lâorigine de sa fortune. Et de poursuivreâ: « Contrairement aux fils de Mobutu et Ă ceux des autres dignitaires de lâancien rĂ©gime qui ont dilapidĂ© leur argent, les enfants de Kabila ont suivi Ă la lettre ce que leur pĂšre leur recommandaitâ: âPrenez-vous en charge.â »
MariĂ© et pĂšre de deux enfants, un garçon et une fille, ZoĂ© Kabila est Ă©galement Ă la tĂȘte du complexe sportif Shark Club et du club Shark XI FC. « Mon Ă©quipe de football a rĂ©cemment dĂ©bauchĂ© deux joueurs du TP Mazembe », se fĂ©licite-t-il, amusĂ©, tandis que les rapports sont Ă couteaux tirĂ©s entre son frĂšre et MoĂŻse Katumbi, le propriĂ©taire du cĂ©lĂšbre club lushois. Ce dernier, ancien gouverneur de lâex-Katanga, passĂ© dans lâopposition en septembre 2015 aprĂšs avoir claquĂ© la porte du PPRD, est mĂȘme perçu aujourdâhui comme le rival le plus sĂ©rieux du camp Kabila. « CâĂ©tait un frĂšre », reconnaĂźt ZoĂ© Kabila avant de se lancer dans une diatribe contre la classe politique congolaise.
La plupart de ses acteurs ne seraient animĂ©s, selon lui, que par un « esprit opportuniste » et des « intĂ©rĂȘts Ă©goĂŻstes ». Des pics adressĂ©s surtout Ă des politiciens de la partie ouest du pays. Lui affirme quâil ne « partage pas les mĂȘmes valeurs » quâeux et quâil nâest « pas Ă©vident de leur faire confiance. » Mais « on fait du feu avec le bois quâon a », tranche finalement le cadet, qui dit sâappuyer sur la jeunesse.
Des associations des « amis de ZoĂ© Kabila » (Azoka) fleurissent ces derniers mois un peu partout Ă Kinshasa et dans lâex-Katanga. Surtout dans le Tanganyika, sa province dâorigine, quâil aimerait un jour diriger. « Il voulait se prĂ©senter lors de la derniĂšre Ă©lection des gouverneurs dans les nouvelles provinces, mais il nâa pas eu le soutien de son frĂšre », explique un cadre de la MP. Tapi dans lâombre, ZoĂ© « nâa pas abandonnĂ© cette ambition », conclut-il. TrĂ©sor Kibangula, envoyĂ© spĂ©cial Ă Kinshasa.
JA