Author: Don Kayembe

  • Monusco : les doutes du Malawi et de la Namibie

    Monusco : les doutes du Malawi et de la Namibie

    Ban Ki Mun et MONUC-La dernière réunion de la Troika de la Défense des Etats membres de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe) organisée la semaine dernière à Windhoek, en territoire namibien, avec la participation du président congolais Joseph Kabila, a révélé certains dessous des cartes. L’on a appris, en marge de cette rencontre, que les présidents Hifikepunye Pohamba de Namibie et Joyce Banda du Malawi ont émis des doutes sur l’efficacité des troupes onusiennes dans le maintien de la paix et la stabilisation de la République Démocratique du Congo. Les deux personnalités se sont inquiétudes de l’enlisement de la situation sécuritaire dans la partie Est de notre pays où pourtant les Casques bleus sont omniprésents depuis 1999, soit 14 ans. Le SG de l’ONU interpellé. Avant de prendre congé de leur homologue, les présidents namibien et malawite ont pris l’engagement de se rendre à New York, au siège des Nations Unies, d’ici la fin du mois en cours, en vue d’échanger avec le Secrétaire général Ban ki-moon au sujet de l’inadéquation entre la longue présence des troupes onusiennes en territoire congolais et l’insécurité récurrente qui continue d’y prévaloir. Les présidents Hifikepunye Pohamba et Joyce Banda réclament, sans se voiler la face, un audit des opérations des Casques bleus, de la Monuc (Mission des Nations Unies au Congo) à la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo).
    Cette exigence pressante découle du fait qu’ils ont l’impression que la guerre de l’Est du Congo serait devenue un fond de commerce non seulement pour certains pays voisins mais aussi pour certains responsables civils et militaires onusiens. Une telle initiative fait penser aux observateurs que la crise politico-militaire-sécuritaire congolaise pourrait relever d’un agenda caché qui échappe au commun de Congolais.

    Les craintes du Malawi et de la Namibie

    Le Malawi et la Namibie craignent que la fragilité de la République Démocratique du Congo aux plans politique et sécuritaire n’ouvrent de larges boulevards aux forces négatives du genre des terroristes islamistes, capables de partir de ce ventre mou de l’Afrique Centrale et des Grands Lacs pour déstabiliser les Etats de la SADC. Le dossier politique et sécuritaire congolais intrigue sérieusement les présidents namibien et malawite car susceptible d’influer négativement sur le développement socio-économique et la prospérité des populations de la partie Est et Sud de l’Afrique.
    A leur avis, la SADC a besoin d’un Congo stable aux plans politique, sécuritaire et économique afin que ce pays serve de locomotive aux économies de cette partie du continent.

    Les Congolais appelés à se prendre en charge

    L’autre versant du message des présidents de Namibie et du Malawi est que les Congolais devaient cesser de rêver débout, en croyant que les troupes onusiennes devraient tout faire en leurs lieu et place, jusqu’au retour du Christ sur la terre. Il s’agit là d’un appel implicite fait aux gouvernants et citoyens congolais pour leur auto-prise en charge dans le secteur sécuritaire.
    Cela ne peut être possible que si, tout en dialoguant avec les « diables » à Kampala et s’appuyant sur la Monusco pour la traque du M23 ou d’autres forces négatives, un plan cohérent de refondation de l’armée nationale et des services de sécurité est en chantier. Le temps nous étant désormais compté, ce serait un péché mortel que de né pas cheminer dans la voie de la construction d’une armée républicaine, à la mesure des défis politiques, sécuritaires et économiques qui se présentent à nous.

    Parallèlement au travail de réforme et de redynamisation du système défensif national, le pays a besoin d’une décrispation réelle du climat politique, à travers le fonctionnement des mécanismes d’une démocratie normale, de nature à ne plus reproduire les frustrations électorales qui empoisonnent l’existence même de la Nation et empêchent ses filles et fils de se réconcilier. Il faut, plus que jamais, que les Congolais vivent la démocratie, dans le quotidien comme dans les rendez-vous des urnes, comme c’est déjà le cas dans plusieurs Etats du continent (Afrique du Sud, Sénégal, Ghana, Mali, Botswana, Namibie, Mozambique, Zambie) pour ne prendre que cet échantillon.

  • Faut-il gracier ou non les groupes armés ?

    Faut-il gracier ou non les groupes armés ?

    Betran-Les premiers couacs s’annoncent déjà dans les débats au sein des groupes thématiques. La question liée à l’amnistie à accorder aux dirigeants des groupes armés, dont le M23, suscitent frustrations et controverse non seulement au sein du groupe qui traite du « Désarmement, Démobilisation, Réintégration sociale et Rapatriement des groupes armés », mais aussi au sein de la classe politique. L’installation des groupes thématiques des concertations nationales a permis aux participants d’aborder des sujets de fond. Aussitôt des contradictions sont apparues entre différentes parties au forum national. Le constat a été fait, entre autres, au sein du groupe thématique qui traite du « Désarmement, Démobilisation, Réintégration sociale et Rapatriement des groupes armés ». Les discussions se sont estompées, la semaine dernière, suite au climat de vives tensions survenues entre la co-modération et l’Opposition. Faut-il gracier ou non tout de suite les dirigeants des groupes armés, particulièrement le M23, principal agent de l’insécurité qui prévaut dans l’Est du pays actuellement ? Les avis sont partagés, chaque tendance politique interprète à sa manière le discours inaugural du chef de l’Eta relativement à la grâce présidentielle et à l’amnistie. Le ton est tellement monté que l’Opposition a claqué la porte de la salle de l’hôtel Invest où se réunissent les participants de ce groupe thématique.

    Aux dernières nouvelles, l’on apprend que le présidium a dû se mobiliser le week-end pour désamorcer la crise. Une autre réunion est prévue aujourd’hui lundi pour finaliser le dossier et éventuellement clore le différend.
    LA POMME DE DISCORDE

    C’est à partir de l’accord de Lusaka, où a été décidé de la tenue du Dialogue inter congolais de Sun City, que la RDC est entrée dans un cycle interminable d’intégrations et d’amnisties. En 2002, fort de l’endossement à Sun City de l’Accord global et inclusif, la thérapie a été appliquée, amnistiant et intégrant dans l’armée nationale de principaux dirigeants des groupes. Depuis, la boîte de Pandore a été ouverte.

    A la faveur de la tenue des concertations nationales, l’intégration et l’amnistie sont à nouveau ramenées à la surface. Cette question a divisé les participants qui traitent du « Désarmement, Démobilisation, Réintégration sociale et Rapatriement des groupes armés ».

    La question fâche au point que même dans l’opinion publique, des Congolais sont de plus réfractaires au remix avec l’expérience tentée sans succès d’ailleurs, dans un premier temps en 2002 à Sun City, puis en 2009 avec l’accord de Goma.

    Est-il encore opportun d’appliquer la même thérapie à l’endroit des va-t-en guerre qui alimentent de manière cyclique des rébellions pour déstabiliser le pays ? Surtout lorsqu’il est établi que ces soi-disant rebelles sont des seigneurs de guerre créés par des puissances étrangères pour exécuter un agenda, à savoir la balkanisation de la RDC. Voilà des préoccupations auxquelles le groupe thématique 3 doit répondre sans faux-fuyants, ni autres cafouillages.

    Vouloir aujourd’hui amnistier et intégrer dans les forces armées et services de sécurité des dirigeants des groupes armés de la trempe de ceux du M23, internationalement reconnus comme criminels de guerre, c’est vouloir la paix et son contraire à la fois. Et, c’est curieux que deux ex-RCD se retrouvent aux commandes du groupe thématique qui traite de ce sujet – un à la modération et un autre comme troisième rapporteur. C’est tout aussi curieux que le Bureau de ce groupe propose sans coup férir l’amnistie et l’intégration des groupes armés comme seule issue sur la voie de démobilisation, la réintégration sociale et le rapatriement des groupes armés.

    De là à parler de la poursuite du noyautage des institutions congolaises, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Car aussi bien à Kinshasa qu’à Kampala, des infiltrés à la solde du régime de Kigali se comptent au nombre de participants. Des informations en provenance de la capitale ougandaise où les pourparlers ont repris sous la pression internationale, font état de la présence sur des listes du M23 des sujets rwandais en les faisant passer pour des ex-RCD et ex-CNDP.

    Aux yeux de l’opinion, cette pilule amère ne peut plus passer. Depuis 2002, lesdits raccourcis – amnistie et intégration- empruntés soi-disant pour sauvegarder la paix, ont produit plutôt les effets contraires. Ils ont fait des émules qui continuent de tuer, violer et exploiter illégalement des ressources de la RDC.
    REJOINDRE LA DYNAMIQUE INTERNATIONALE

    Les limites de cette thérapie sont telles que même la communauté internationale s’est vite ravisée. Lors de sa dernière tournée dans la région des Grands Lacs, l’envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies dans la région des Grands Lacs, Mary Robinson, a exclu une amnistie et une intégration dans l’armée congolaise pour le M23 et autres groupes armés considérés comme forces négatives.

    « Nous sommes convaincus qu’il ne faut pas d’amnistie pour les personnes accusées d’avoir commis des crimes graves et que ces gens-là ne doivent pas être intégrés dans les forces armées » de la RDC, a déclarée Mme Robinson citée dans un communiqué de l’ONU. « Nous ne répéterons pas les erreurs du passé », a ajouté l’envoyée spéciale de Ban Ki-moon.

    La RDC devrait éviter à son tour de retomber dans la même erreur. Intégrer des personnes reconnues comme criminels et poursuivis par des instances judiciaires nationales et internationales, c’est consacrer l’impunité et couvrir d’un sceau officiel des crimes odieux commis dans l’Est du pays.
    LE PARLEMENT A LA RESCOUSSE

    Puisque les violons n’arrivent pas à s’accorder au niveau des concertations nationales, il appartient désormais au Parlement, dont l’ouverture est annoncée ce lundi de saisir de la question et d’y réserver une suite dans le sens des attentes du peuple congolais. Les parlementaires sont mis devant leur responsabilité ; ils doivent, au-delà de l’objectif de réconciliation nationale, ne pas donner un blanc seing à l’impunité au nom d’une paix durable. Celle-ci n’est possible que si les criminels peuvent répondre de leurs forfaits et les expier.

    Par ailleurs, il serait malvenu pour les concertateurs de pousser à l’obtention tout de suite de l’amnistie des dirigeants du M23 alors que celui-ci est en discussion avec le gouvernement à Kampala. Somme toute, les concertations nationales ne devaient pas ignorer la volonté clairement exprimée par le peuple congolais qui n’entend plus donner un chèque en blanc à tous ceux qui tuent et pillent dans l’Est du pays. Il ne peut y avoir ni amnistie ni intégration pour les auteurs de crimes graves en RDC.

    Le Potentiel

  • Les “lignes rouges” infranchissables de Kampala

    Les “lignes rouges” infranchissables de Kampala

    Reunion a Kampala
    Reunion a Kampala

    -Après plusieurs semaines de combats au Nord-Kivu, le gouvernement congolais et les rebelles du M23 sont revenus à la table des négociations à Kampala. Mais la route est encore longue avant un possible accord. Les conditions posées par la rébellion et Kinshasa sont difficilement conciliables et font craindre une reprise des hostilités. A chacun ses conditions. Le M23 et les autorités congolaises, de retour la semaine dernière aux pourparlers de paix de Kampala, ont fixé leurs exigences à la possible signature d’un accord. Le M23 conditionne son désarmement à la “neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda(FDLR) et le rapatriement des réfugiés congolais”. Le gouvernement congolais fixe, lui, deux lignes rouges : pas d’amnistie pour les rebelles et surtout pas de réintégration dans l’armée nationale. Une semaine après la reprise des pourparlers, le 9 septembre, “aucune avancée n’a été enregistrée” à Kampala a fait remarquer François Muamba, négociateur du gouvernement congolais et coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord d’Addis-Abeba sur Radio Okapi.

    Les FDLR sur la table des négociations

    Principal blocage de ce énième round de négociations : les “lignes rouges” fixées par les deux belligérants. Côté rébellion, le M23 fait désormais tourner la problématique autour des FDLR, un groupe armé composé d’anciens génocidaires hutus rwandais, en lutte contre le régime de Kigali. Le président du M23, Bertrand Bisimwa explique que la rébellion veut bien “déposer les armes”, mais pose ses conditions : “neutraliser les FDLR et rapatrier les réfugiés congolais tutsis”. La présence des rebelles rwandais en RDC représente en effet l’un des principaux facteurs de violence à l’Est du pays et ce, depuis… 1996 ! Le M23 s’est toujours affiché en défenseur de la communauté tutsie et leur revendication est bien évidemment légitime. Une question se pose pourtant : pourquoi faire cette revendication maintenant ? Depuis la création du M23 en mai 2012, la neutralisation des FDLR n’a jamais fait partie des exigences de la rébellion. Dans un premier temps, les revendications du M23 tournaient autour des accords du 23 mars, de leur réintégration dans l’armée et de la reconnaissance des grades militaires. Des revendications “catégorielles”, bien éloignées de la présence des rebelles FDLR à l’Est du Congo. Dans un deuxième temps, les succès militaires s’enchaînant, le M23 a élargi ses revendications en réclamant la remise en cause des élections contestées de novembre 2011 et le départ du président Joseph Kabila. Aujourd’hui, les revendications changent de nature : plus de réintégration dans l’armée, plus de départ de Joseph Kabila… l’objectif du M23 se concentre désormais sur les FDLR. Voici quelques explications.

    FDLR : Menace ou prétexte ?

    Les FDLR sont-ils toujours une menace en RDC ? Oui ! répond Jean-Paul Epenge, un cadre du M23. “Les FDLR constituent le principal facteur d’insécurité au Nord et au Sud-Kivu”, estime-t-il. “Ce sont les FDLR qui ont apporté la violence chez nous après le génocide de 1994. Il faut les désarmer, les cantonner et alors les réfugiés congolais pourront revenir vivre tranquillement à l’Est”. Pourtant, selon Christoph Vogel, un chercheur (1) spécialiste de la région, “les effectifs des FDLR ont considérablement diminué” au Nord et Sud-Kivu. De 10.000 hommes, il y a une dizaine d’année, “les FDLR ne seraient plus que 2.500 dans la région” précise-t-il. Mais pour Christoph Vogel, “si la rébellion rwandaise ne constitue pas un danger sérieux pour le régime de Kigali, ce sont avant surtout les populations congolaises qui souffrent de ses exactions”. Alors pourquoi le M23 conditionne-t-il son désarmement à la neutralisations des FDLR ? Selon Christoph Vogel, cette demande est logique, les FDLR étant “l’ennemi naturel du M23”. Mais le chercheur pointe une autre raison à cette condition posée par le M23. Depuis le milieu de l’été, le M23 a subi une forte pression militaire de Kinshasa au Nord de Goma. L’armée congolaise, souvent décrite comme une “armée fantôme”, n’a pas combattu seule le M23. Les FARDC ont reçu l’aide providentielle (et décisive) de la Brigade d’intervention de l’ONU (FIB), venue “désarmer les groupes rebelles à l’Est de la RDC”. Après les attaques répétées des FARDC et de la Brigade, le M23 a dû se replier à 30 km de la capitale provinciale du Nord-Kivu… un revers diplomatique pour la rébellion, qui a dû reprendre le chemin des négociations en position de faiblesse. En demandant la “neutralisation” des FDLR, le M23 demande à la Brigade de s’attaquer maintenant aux rebelles rwandais et implicitement d’arrêter de se focaliser uniquement sur leur propre groupe. La technique est habile, puisque l’ONU avait clairement indiqué qu’elle était là pour s’attaquer à tous les groupes armés et pas seulement au M23.

    En demandant à l’ONU et à Kinshasa de désarmer les FDLR, le M23 n’opère pas qu’une tentative de diversion, il repousse également tout règlement rapide du conflit. Neutraliser les FDLR ne se fera pas en quelques semaines ou quelques mois, mais cela prendra sans doute plusieurs années. De nombreuses opérations militaires conjointes avait d’ailleurs été montées, notamment avec le Rwanda et la RDC, du temps où les deux pays collaboraient, rappelle le chercheur Christoph Vogel. Mais les opérations Kimia II ou Umoja Wetu n’ont pas permis d’aboutir “à la l’éradication de la milice”. Pour ce spécialiste, seul un règlement politique entre les deux Etats, RDC et Rwanda, permettrait de mettre fin au problème de la milice hutue.

    Négociations en trompe l’oeil

    A lire ces lignes, on pourrait croire que seul le M23 fait blocage à Kampala. Mais côté gouvernemental, les “lignes de rouges” posées par Kinshasa mènent également dans l’impasse. Les autorités congolaises ont déclaré vouloir refuser toute amnistie aux membres de la rébellion et toute réintégration dans l’armée nationale. Autant dire que Kinshasa ne propose d’autre porte de sortie au M23 que sa propre disparition… difficilement acceptable pour des rebelles qui continuent de tenir et d’administrer une partie du Nord-Kivu. Mais Kinshasa n’a pas envie de négocier et cherche le K.O. Les dernières offensives militaires de la fin de l’été, présentées comme des victoires par le gouvernement, ne sont en fait que des succès de la Brigade de l’ONU. La communauté internationale a ainsi pu forcer Kinshasa à revenir à la table des négociations. Sommées de retourner à Kampala, les autorités congolaises auraient bien continué l’offensive sur le M23, pour mettre à genou la rébellion et stopper ainsi des négociations humiliantes pour Joseph Kabila. Mais comme l’armée congolaise est toujours aussi faible et a besoin de l’appui militaire de l’ONU, Kinshasa n’a pu que s’en remettre au bon vouloir de la communauté internationale, qui “ne souhaitait pas faire la guerre à la place des Congolais”, comme nous l’a expliqué un expert militaire. Sans aide de la Brigade de l’ONU, les FARDC ont donc été obligés d’arrêter l’offensive. La situation militaire se retrouve alors gelée : le M23 campe au Nord de Goma, de Kibumba à Rutshuru, alors que les FARDC et l’ONU protège Goma de toute offensive rebelle.

    Mécontent d’être à Kampala, le gouvernement congolais, qui a par ailleurs lancé des concertations politiques avec une partie de son opposition et de la société civile, se retrouve coincé. Conséquence : à la table des négociations, les autorités congolaises ferment toutes les portes de sortie à la rébellion. Devant un tel blocage, on peut se demander ce que l’on peut attendre de Kampala. “Pas grand chose”, note un expert militaire, qui pense qu’à part une rencontre au sommet entre les 3 chefs d’Etats de la région (RDC, Rwanda, Ouganda) pour trouver une solution, seule une reprise des hostilités est à attendre au Nord-Kivu. Seule interrogation : la Brigade de l’ONU continuera-t-elle à appuyer l’armée congolaise dans une guerre totale contre le M23 ? Pas si sûr.

    Afrikarabia
  • Kinshasa affamée doute de l’effet des concertations nationales

    Kinshasa affamée doute de l’effet des concertations nationales

    Concertations- photos 1– “Je n’ai pas envie de parler de ça!” lâche une femme assise à une buvette. A Kinshasa, on a souvent d’autres préoccupations que les “concertations nationales” qui se tiennent depuis quelques jours dans la capitale de la République démocratique du Congo.

    A cette buvette proche de la gare centrale de la deuxième plus grande ville d’Afrique, non loin du fleuve Congo, d’autres tempêtent qu’ils ne s’intéressent pas à “la politique” quand on évoque les assises ouvertes le 7 septembre par le président Joseph Kabila, dont la réélection, en 2011, est contestée.

    Antoine, auditeur financier “au chômage depuis dix ans”, explique pour sa part que ces concertations censées mettre un terme à la crise politique, sociale et sécuritaire que traverse la RDC “ne vont pas donner ce que la majorité de la population attend”.

    La RDC, ex-colonie belge, est riche en ressources naturelles (minerais, pétrole, gaz, bois) mais près de 90% de ses 68 millions d’habitants vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. Le pays est dernier au classement de l’indice du développement humain de l’ONU.

    Alors, ce que “la majorité de la population attend”, c’est de “remplir son ventre, envoyer ses enfants à l’école, de bonnes infrastructures – écoles, hôpitaux… -, de l’eau, de l’électricité”, tranche Antoine, qui boit un verre avec deux amis.

    Quelque 800 délégués représentant la majorité, une petite frange de l’opposition, et une partie de la société civile et de la diaspora participent aux concertations autour de cinq grands thèmes: gouvernance et réforme des institutions, économie, désarmement et démobilisation des groupes armés, conflits communautaires, paix et réconciliation, et décentralisation et renforcement de l’autorité de Etat.

    “Des gens de pouvoir déguisés en opposants”

    L’Est de la RDC est en proie depuis deux décennies à des groupes armés locaux et étrangers. “Concertations nationales, l’Union fait le Congo”, “Stop à l’agression, aux viols, au pillage des ressources”, “Tous debout unis pour la paix et l’intégrité du Congo”, annoncent des affiches, banderoles ou autocollants.

    “J’ai espoir pour un règlement de la crise”, estime Jean-Robert, un changeur de monnaie qui vend également du crédit téléphonique et des mouchoirs.

    Les assises pourraient “être une bonne solution car ça avait marché avec le système 1+4”, se souvient Blanche, employée d’une société de construction. Ce système – une transition (2003-2006) avec un chef d’Etat et quatre ex-chefs rebelles nommés vice-présidents – avait aidé le pays à sortir de la guerre.

    Mais cette fois-ci, les principaux groupes armés n’ont pas été invités aux concertations. Et l’opposant Etienne Tshisekedi, rival malheureux de M. Kabila aux élections de 2011, qui s’est proclamé “président élu”, boycotte les assises.

    Certains le lui reprochent. “Si Tshisekedi a refusé d’aller là-bas, c’est qu’il ne veut pas le bonheur du Congo”, lance Jean-Robert. “C’est l’intérêt des Congolais qui compte, pas celui d’un individu. Il cause du tort aux Congolais”, renchérit Danny, gérant d’une boutique de quincaillerie.

    Pour Jean-Marie Lokoto, le gros problème est que “l’Etat n’existe pas”.

    “C’est la énième fois qu’on organise ce genre de conférence. A chaque fois, des gens trouvent des postes de ministres mais le peuple ne trouve pas son compte”, dit ce syndicaliste, en faisant allusion à la formation d’un gouvernement d’union nationale, évoquée par le président du Sénat, Léon Kengo wa Dondo.

    Pour lui, les opposants présents aux concertations sont “des gens de pouvoir déguisés en opposants”, et “les délégués qui sont là le sont pour leur intérêt”.

    AFP

  • Incident entre armées de RDC et du Rwanda à la frontière

    Incident entre armées de RDC et du Rwanda à la frontière

    GISENI– Un incident impliquant un sous-officier de République démocratique du Congo (RDC) et des forces rwandaises s’est déroulé dimanche à la frontière des deux pays, l’armée de RDC parlant de “kidnapping”, celle du Rwanda d’arrestation d’un soldat “lourdement armé” en territoire rwandais.

    “Le sergent Mulanga Kusakala revenait d’une visite de famille et, pendant qu’il se baladait dans la zone neutre, trois policiers rwandais lui ont sauté dessus et l’ont tiré du côté rwandais”, a déclaré à l’AFP le lieutenant-colonel Olivier Hamuli, porte-parole de l’armée de RDC dans la province du Nord-Kivu, dont Goma est la capitale.

    “C’est un kidnapping (…) Il était dans la zone neutre, pas au Rwanda. C’est la population qui a alerté les autorités. (…) La tension est vive au niveau de la population, on essaie de la calmer car pour elle, il s’agit d’une provocation”, a-t-il ajouté.

    Il a précisé que la zone neutre est une “rue de 5 à 7 mètres de longueur qui marque la frontière entre la RDC et le Rwanda” et que le Mécanisme de vérification conjoint (JVM, Joint Verification Mechanism) “va s’occuper” du dossier. Ce mécanisme sous-régional est chargé de surveiller la frontière entre la RDC et le Rwanda.

    De son côté, l’armée rwandaise a affirmé dimanche soir dans un communiqué que le sous-officier congolais en question avait été arrêté (…) par les forces de sécurité dans la ville (rwandaise) de Rubavu (…) menant des activités éminemment suspectes”.

    Rubavu (nouveau nom de Gisenyi) est jumelle de Goma, dont elle n’est séparée que par la frontière entre la RDC et le Rwanda.

    “Il était lourdement armé, habillé en tenue de combat complète et transportait toutes sortes d’équipements militaires”, a précisé l’armée rwandaise, ajoutant avoir saisi elle aussi le JVM.

    Un habitant de Goma a raconté à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, que “vers 14h00 (12h00 GMT), au moment de l’incident” plusieurs centaines manifestants “en colère mais pas violents” s’étaient massés aux “petite” et “grande” barrières, provoquant la fermeture de ces deux postes-frontières entre Goma et Gisenyi.

    “En fin d’après-midi, les deux barrières ont été rouvertes pour permettre aux gens de rentrer (chez eux) de part et d’autre. Mais comme à la petite barrière l’attroupement était important, la plupart des gens sont passés par la grande barrière”, a précisé ce témoin.

    En fin de journée, “un déploiement particulièrement impressionnant des FARDC (armée de RDC) et de la police” était visible dans la zone, a-t-il ajouté.

    Les autorités de RDC étaient injoignables en fin de journée pour confirmer ou infirmer l’information.

    Selon le lieutenant-colonel Olivier Hamuli, le sergent Mulanga Kusakala est originaire de la province du Bandundu (Ouest) et il est détaché dans la 10e région militaire, à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu (Est).

    Les relations entre la RDC et le Rwanda se sont à nouveau tendues avec la création en mai 2012 du Mouvement du 23 mars (M23). Des experts de l’ONU accusent le Rwanda et l’Ouganda, voisins de la RDC, de soutenir cette rébellion, ce qu’ils ont toujours démenti.

    Fin août, lors d’une reprise des combats entre l’armée congolaise, appuyée par les Casques bleus de l’ONU, et le M23, Kigali a accusé Kinshasa d’avoir lancé chez elle plusieurs dizaines d’obus, essentiellement dans la zone de Gisenyi.

    Le Rwanda avait alors discrètement renforcé son dispositif militaire à la frontière et menacé la RDC de représailles. Mais, selon l’ONU, les obus avaient été tirés par le M23.

    “Il y a environ trois semaines, des militaires rwandais se sont postés sur la colline qui se trouvait du côté du cimetière Gabiro (à Goma) en disant qu’ils craignaient une menace des FDLR, qui pourraient passer par là pour les attaquer. Tout s’était réglé à l’amiable: les Rwandais sont repartis et les FARDC se sont déployés”, a indiqué le lieutenant-colonel Hamuli.

    Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont une rébellion hutu rwandaise, active en RDC, dont certains membres sont accusés de participation au génocide de 1994 au Rwanda. Elle est régulièrement accusée de commettre des exactions contre les populations civiles dans l’Est congolais.

    AFP

  • L’Afrique australe espère que le Rwanda ne compte pas envahir la RDCongo

    L’Afrique australe espère que le Rwanda ne compte pas envahir la RDCongo

    ban– La communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a fait part vendredi soir de son inquiétude face au déploiement de troupes rwandaises à la frontière avec la République démocratique du Congo, et a émis l’espoir qu’aucune invasion de la RDC n’était à l’ordre du jour. La SADC “s’inquiète du déploiement des troupes rwandaises à la frontière et exprime son espoir que le Rwanda n’envisage pas d’envahir la RDC ce qui compliquerait une situation déjà délicate”, a indiqué l’organisation diplomatique régionale, à l’issue d’un sommet en Namibie auquel assistait le président congolais Joseph Kabila.

    La SADC a aussi “appelé les voisins de la RDC et toutes les nations à contribuer à la paix, à la sécurité et à la stabilité de la RDC”, selon le communiqué.

    La SADC s’est aussi félicité de “la pression militaire continue exercée sur les rebelles du M23 et les autres forces négatives dans l’Est de la RDC pour assurer une cessation des hostilités”.

    Du 21 août au 30 août, les FARDC (armée congolaise régulière) et la Monusco ont attaqué les positions du M23 au nord de Goma (nord-est de la RDC), obligeant les rebelles à reculer.

    Mardi dernier, Kinshasa et les rebelles sont officiellement revenus à la table des négociations.

    Plusieurs autres chefs d’Etat participaient au sommet, le Namibien Hifikepunye Pohama hôte de la réunion, ainsi que ceux du Malawi Mme Joyce Banda et de Tanzanie M. Jakaya Kikwete. L’Afrique du Sud était représentée par sa ministre des Affaires étrangères Maite Nkoana-Mashabane.

    Tanzanie, Malawi et Afrique du Sud participent à la brigade d’intervention (FIB) d’environ 3.000 hommes appuyant l’ONU en RDC.

    Pour la première fois, les Casques bleus ont un mandat offensif et peuvent engager les combats avec les rebelles, tandis que des drones de surveillance devraient entrer en action en décembre, notamment pour surveiller la frontière.

    L’ONU tente de mettre fin au conflit qui oppose depuis mai 2012 les rebelles du M23 à l’armée congolaise dans cette riche province minière de l’est de la RDC.

    Le M23, ou Mouvement du 23-mars, est essentiellement composé d’ex-rebelles tutsi congolais intégrés à l’armée de RDC en 2009 à la signature d’un accord de paix mais qui dénoncent un manque de respect des accords passés.

    L’Ouganda a été accusé, comme le Rwanda, de soutenir les rebelles, ce que Kampala et Kigali démentent.

    AFP