Dans un communiqué daté du 19 novembre mais publié une semaine plus tard, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine demande la levée des sanctions internationales, celles de l’UE en particulier, qui frappent Emmanuel Ramazani Shadary, candidat de la coalition au pouvoir à la présidentielle en RDC.
« C’est moi qui ai mené ce plaidoyer auprès de l’Union africaine et j’ai été entendu ! » se félicite, lundi 26 novembre, Barnabé Kikaya Bin Karubi. Il y a une semaine c’est ce principal conseiller diplomatique du président congolais, Joseph Kabila, qui a été dépêché à Addis Abeba pour « donner la lecture officielle sur quelques sujets de l’heure qui intéressent la vie de la RDC » devant le Conseil de paix et de sécurité de l’UA.
Dans sa déclaration, reprise dans un document de cinq pages que Jeune Afrique a pu consulter, le diplomate congolais s’est employé à peindre un tableau plutôt satisfaisant, à ses yeux, de la situation politique en RDC, à quelques jours des élections présidentielle, législatives et provinciales prévues le 23 décembre. « Ce cap demeure irréversible », a-t-il notamment souligné.
Sanctions injustes et arbitraires ?
Barnabé Kikaya Bin Karubi a surtout profité de cette réunion pour « rappeler que plusieurs personnalités civiles et militaires [congolaises] sont sous le coup de sanctions de l’Union européenne ». Parmi elles, Emmanuel Ramazani Shadary, candidat porté par le Front commun pour le Congo (FCC), plateforme électorale de la majorité au pouvoir.
Si l’UE maintient ces sanctions, ce serait une interférence au processus électoral en cours en RDC », selon Kikaya Bin Karubi
En mai 2017, l’UE a en effet sanctionné le dauphin de Kabila, alors vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, pour avoir été « responsable de l’arrestation d’activistes et de membres de l’opposition, ainsi que de l’usage disproportionné de la force depuis sa nomination, tel que les mesures de répression violentes prises contre des membres du mouvement Bundu Dia Kongo (BDK) au Kongo central, la répression à Kinshasa en janvier et février 2017 et le recours disproportionné à la force et la répression dans les provinces du Kasaï ».
« Ces sanctions sont injustes et arbitraires », affirme à Jeune Afrique Barnabé Kikaya, satisfait par « la demande du Conseil de paix et de sécurité à son partenaire de l’UE de lever toutes ces sanctions individuelles imposées à l’encontre de Ramazani Shadary et des autres proches du président Kabila ». À l’en croire, « si l’UE persiste à maintenir ces sanctions, ce serait une interférence au processus électoral en cours en RDC ».
Au plus tard le 12 décembre, le Conseil de l’UE devait se prononcer sur le prolongement, ou pas, de ces mesures restrictives.
L’annonce de la visite du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman, prévue le 27 novembre à Tunis, a provoqué une levée de boucliers au sein de la société civile.
Tunis, au siège du Syndicat national des journalistes professionnels (SNJT), lundi 26 novembre. Une affiche montrant Mohamed Ben Salman (MBS) couvre une partie de la façade de l’établissement. On y voit le prince héritier saoudien, de dos, une tronçonneuse à la main. « Non à la profanation de la Tunisie, terre révolutionnaire », peut-on lire au dessus de l’illustration. Quelques centaines de mètres plus loin, la devanture du siège de l’Association des femmes démocrates (ATFD), une autre affiche montre un homme vêtu d’un habit traditionnel saoudien maniant un fouet. En lettres rouges : « Nous ne souhaitons pas la bienvenue au fouetteur de femmes ».
Depuis l’annonce de la visite diplomatique du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salman, prévue mardi 27 novembre dans le cadre d’une tournée dans six pays arabes (Émirats arabes unis, Bahreïn, Égypte, Tunisie, Mauritanie et Algérie), une partie de la société civile et de l’opposition tunisienne s’organise pour exprimer leur mécontentement. Un collectif de blogueurs, de journalistes et d’activistes ont chargé un collectif de cinquante avocats de porter plainte devant les tribunaux tunisiens pour s’opposer à cette visite.
Après l’affaire Khashoggi
Sur les réseaux sociaux, les internautes tunisiens ont réagi à la visite avec le hashtag « #LaAhlaWaLaSahlaBikaFiTounès » (« Tu n’es pas le bienvenu en Tunisie »). Des organisations, dont le SNJT, la Ligue des droits de l’homme ou encore l’ATFD ont appelé à manifester contre sa venue, lundi après-midi dans le centre de Tunis. D’autres, comme l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET) de Sfax, ont appelé à manifester à Tunis et à Sfax mardi matin.
Le timing de la tournée diplomatique n’est toutefois pas surprenant, selon Didier Billion, chercheur spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) : « Le dirigeant saoudien a obtenu mardi dernier [le 20 novembre, ndlr] le soutien de Donald Trump. L’Union européenne n’a pas non plus mis des sanctions à exécution. De plus, des sources proches du palais rapportent que son père [le roi Salman, ndlr] aurait réaffirmé son appui à la succession de MBS au trône », explique le spécialiste. « C’est donc désormais au niveau local que la reprise de la course au leadership doit se jouer. »
Le chef de l’État et président du Front de libération nationale (FLN), Abdelaziz Bouteflika, a nommé dimanche 25 novembre le président de l’Assemblée nationale coordinateur de l’instance dirigeante du parti. Une marque de confiance importante, à moins de cinq mois de l’élection présidentielle.
C’est la première fois que le président de la République intervient ouvertement et publiquement dans la gestion du vieux parti. « Cette restructuration ne peut qu’obéir à un objectif et une échéance précis », commente un ex-membre du bureau politique du FLN.
« À quelques mois de la présidentielle, cela répond à une volonté de neutraliser quelques membres du comité central et de ressouder les rangs. Au FLN, les membres des instances dirigeantes dissoutes n’arrivaient pas à dépasser les clivages et les ambitions. Une formule a été trouvée pour les faire taire : mettre en veilleuse les structures qui posent problème », renchérit un cadre du Rassemblement national démocratique (RND), le parti du Premier ministre Ahmed Ouyahia.
Toutes les structures du parti ont également été dissoutes. Une manière de contourner son règlement intérieur, puisque l’article 36 de la loi organique du FLN stipule qu’en cas de vacance du poste de secrétaire général, l’intérim doit être assuré par le membre le plus âgé du bureau politique. Une session extraordinaire du comité central doit ensuite se tenir dans un délai de 30 jours, afin d’élire parmi ses membres un nouveau secrétaire général. Suivant ces critères, Mouad Bouchareb, 47 ans, n’était donc pas éligible pour diriger le FLN. D’abord du fait de son âge, et ensuite parce qu’il n’est membre ni du comité central, ni du bureau politique.
L’instance transitoire dont il vient de prendre la tête – également composée des parlementaires et anciens membres du bureau politique Dalila Taieb, Mohamed Goumama, Saida Bounab, Mustapha Karim Rahiel, Samira Kerkouche et Said Lakhdari – aura pour mission de gérer les affaires courantes du parti et de préparer la tenue d’un congrès extraordinaire, qui se tiendra avant ou après le scrutin présidentiel de 2019. Aucune date n’a été avancée pour l’instant.
Député de Sétif depuis trois législatures, Bouchareb a occupé les fonctions de vice-président de l’Assemblée nationale populaire et président du groupe parlementaire de son parti, avant d’accéder au statut de troisième personnage de l’État à la faveur d’un concours de circonstances qui n’a pas livré tous ses secrets. « C’est à ce moment-là qu’on a décidé de lui confectionner un CV lui donnant la stature d’un homme d’État », pense un cadre du Rassemblement de l’espoir de l’Algérie (TAJ), le parti de l’ex-ministre des Travaux publics Amar Ghoul. « Tout a changé pour lui durant cette période. Il était sollicité tout le temps par téléphone par les hautes sphères de l’État », témoigne un député FLN.
Le FLN n’est pas un parti aisé à diriger, donc il faut être à l’écoute et ne léser personne. Tout est une question d’équilibre
Le nouveau président de l’instance dirigeante du FLN prône un discours conciliant. « Je peux être un réconciliateur et un unificateur des rangs du FLN. J’ai déjà mené à bien cette mission lorsque j’étais chef du groupe parlementaire du parti », confie Mouad Bouchareb. « Le FLN n’est pas un parti aisé à diriger, donc il faut être à l’écoute et ne léser personne. Tout est une question d’équilibre. Je suis capable de fédérer les dissidents et opposants de l’ancienne direction », certifie-t-il à ses proches.
L’ascension de Bouchareb a été si fulgurante que certains n’hésitent pas à le présenter comme une personnalité présidentiable, en cas de défection de Bouteflika à cause d’une aggravation de son état de santé. Une possibilité rejetée par nos sources appartenant à l’alliance présidentielle. « Mouad Bouchareb est un homme qui sert une conjoncture et un agenda déterminés. Rien de plus », concluent-ils.
En première position, Sadio Mané, l’attaquant de Liverpool et du Sénégal.
Après avoir marqué le premier but lors de la victoire 2-1 de Liverpool à Leicester City au début du mois de septembre, Sadio Mané aurait pu se contenter de célébrer.
Mais le modeste attaquant sénégalais de 26 ans a préféré aider au nettoyage des toilettes d’une mosquée de Liverpool.
L’image, largement partagée sur les réseaux sociaux, contrastait de manière frappante avec l’image stéréotypée du footballeur “choyé” de la Premier League.
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Mané est heureux d’être à l’écart des projecteurs, selon l’imam de la mosquée Al Rahma, dans le quartier de Toxteth à Liverpool.
“Sadio a demandé qu’aucune vidéo ne soit envoyée. Il voulait rester discret et ne le faisait pas pour la publicité”, a déclaré Abu Usamah Al-Tahabi.
“Il vient souvent à la mosquée. Chez lui, il a une Bentley, mais il vient à nous dans une voiture banale, alors il est incognito.”
“Ce n’est pas quelqu’un qui recherche la lumière. Il n’y a pas d’arrogance.”
Cette humilité est évidente chez Mané.
Avant la finale de la Ligue des champions en mai, il a offert des maillots de Liverpool aux habitants de sa ville natale de Bambali au Sénégal.
“Il y en a 2 000 dans le village. J’ai acheté 300 maillots de Liverpool à envoyer aux habitants du village, afin que les supporteurs puissent s’habiller pour regarder la finale”, a déclaré Mané.
C’est à Bambali que Mané a assisté au retour célèbre de Liverpool contre le Milan AC pour remporter la finale de la Ligue des champions 2005, à l’âge de 13 ans.
Son domicile n’est jamais loin de son esprit.
“Sadio vient d’une communauté pauvre. C’est le genre de gars qui va aider. Il a beaucoup d’initiatives et a contribué à la construction d’une mosquée dans son village d’origine”, a ajouté Al-Thabi.
“Il est très abordable et un peu timide”
La personnalité de Mané l’a également aidé à devenir un favori des supporters de Liverpool.
“Les fans l’aiment parce qu’il est humble. À Liverpool, la pire chose à faire est d’être sûr de soi. Il n’est pas du tout comme ça”, déclare John Gibbons du podcast The Anfield Wrap.
Gibbons explique que “tout le monde à Liverpool trouve Mané vraiment abordable” et explique comment une rencontre fortuite avec un fan dans un supermarché met en valeur son caractère discret.
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“Il faisait des emplettes dans un supermarché en costume traditionnel lorsqu’un fan tenant un bébé a demandé une photo.
“Mané est alors là, tenant le bébé et souriant. C’est le fait qu’il est dans un supermarché normal. Beaucoup de personnes qui l’ont rencontré ont dit qu’il était très abordable et un peu timide.”
Sur le terrain, Mané est également heureux de se mettre en retrait pour le bénéfice de l’équipe.
“Quand Liverpool l’a signé, il était à droite et était probablement le joueur de la saison. Ensuite, nous signons [Mohamed] Salah et Sadio passe à gauche”, a déclaré Gibbons.
“Il n’a fait aucune réclamation et a poursuivi […] pendant que Salah était la star.”
Mané n’est pas un homme qui réclame des comptes. Dans un match récent contre Arsenal, il avait un but incorrectement exclu pour hors-jeu.
Lors de son entretien après le match, il a refusé de critiquer les officiels et a même évoqué la journée d’ouverture de la saison.
Ce désintéressement n’est pas une surprise pour Mike Hughes de BBC Radio Merseyside Sport.
“Après un match, j’essaie de le faire décrire le rôle important qu’il a joué, mais il a toujours hâte de minimiser son rôle et de bousculer tous les autres membres de l’équipe.
“Cela montre juste le caractère de l’homme.”
“L’un de mes meilleurs jours à ce jour dans le football”
Dans une équipe de Liverpool qui continue à progresser sous la direction de Jurgen Klopp, Mané reste un artiste hors pair.
Il était un membre essentiel de l’équipe qui a atteint la finale de la Ligue des champions, inscrivant 10 buts dans la compétition.
Il a également terminé la saison de Premier League avec 10 buts, jouant un rôle clé dans le redoutable avant-match des Reds, aux côtés de Roberto Firmino et Salah.
Mané, qui est arrivé à Anfield via Metz, le Red Bull Salzburg et Southampton, est ensuite devenu le premier joueur sénégalais à marquer un but en finale de la Ligue des champions.
En dépit de ses efforts, le Real Madrid s’est imposé 3: 1, procurant à Mané un souvenir aigre-doux de l’occasion.
“J’ai marqué en finale de la Ligue des champions. J’étais très heureux, mais après, le résultat est plus important”, a-t-il déclaré.
Mané n’a pas mis longtemps à surmonter le résultat décevant en Ukraine, alors qu’il se dirigeait vers la Coupe du monde en Russie avec le Sénégal.
Lors du deuxième match de groupe de son équipe contre le Japon à Ekaterinbourg, Mané a inscrit son premier but en phase finale de la Coupe du monde.
“L’un de mes meilleurs jours à ce jour dans le football”, a été la description donnée par Mané. Ce fut aussi un moment de rachat sur la scène internationale.
En janvier 2017, Mané avait raté le but lors d’une séance de tirs au but contre le Cameroun en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN).
Le Cameroun l’emportait avec le prochain coup de pied et Mané, inconsolable, était aidé par ses coéquipiers.
Mané, qui vient de signer un nouveau contrat à long terme avec Liverpool, a également prospéré en Premier League cette saison, avec six buts dans les 13 matchs d’ouverture des Reds.
Le ministère marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a reçu l’ambassadeur d’Algérie, lundi 26 novembre à Rabat. Il demande une réponse officielle de l’Algérie à la « main tendue » par Mohammed VI sur le dossier du Sahara occidental.
Le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Nasser Bourita, s’est entretenu lundi 26 novembre avec l’ambassadeur d’Algérie à Rabat afin d’exiger une réponse à la main tendue du roi Mohammed VI. « Cette rencontre intervient après plusieurs démarches, formelles et informelles, entreprises vainement, dix jours durant, afin d’établir un contact avec les autorités algériennes à un niveau ministériel », explique le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
Rabat prône une initiative bilatérale
Cette rencontre intervient suite à la lettre adressée par l’Algérie au Secrétariat général de l’Union du Maghreb arabe (UMA), le 23 novembre, appelant à la tenue du Conseil des ministres des affaires étrangères de l’UMA. Une réponse qui ne satisfait pas Rabat, qui estime qu’elle « est sans rapport avec l’initiative royale » car « celle-ci est bilatérale, alors que la démarche algérienne s’inscrit dans le cadre de la relance de la construction régionale ».
En effet, dans son traditionnel discours de la Marche verte, mardi 6 novembre, Mohammed VI avait proposé « la création d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation ». Et le souverain d’affirmer : « Nous réitérons notre engagement à œuvrer main dans la main avec nos frères en Algérie ».
Si le ministère marocain indique qu’il « n’a pas d’objection de principe quant à la tenue d’une réunion du Conseil des Ministres des Affaires étrangères de l’UMA », il insiste sur le fait qu’il « ne peut que douter que cette 35e réunion ministérielle puisse parvenir à des résultats tangibles, différents des 34 précédentes, en l’absence d’une bonne préparation et d’un dialogue direct responsable entre deux Etats membres de l’UMA ». Le dialogue voulu par le Royaume doit donc être « bilatéral, direct et sans intermédiaires » précise le communiqué.
Alger tarde à répondre sur le fond
Lors de cette entrevue avec l’ambassadeur d’Algérie à Rabat, le ministre a réitéré le souhait du Maroc d’obtenir une réponse officielle des autorités algériennes à la volonté de voir se mettre en place un mécanisme politique de dialogue et de concertation avec l’Algérie, tel que défendu par Mohammed VI. Le Maroc « demeure ouvert et attentif à toutes propositions de l’Algérie concernant le niveau, les déclinaisons, l’ordre du jour, les modalités et le rythme de ce dialogue bilatéral », précise le communiqué.
Depuis cette annonce, le président algérien s’est contenté, lors de son traditionnel message à l’occasion de l’indépendance du pays, sa « détermination » à « consolider les relations de fraternité et de solidarité qui unissent » les deux voisins et à des « relations bilatérales basées sur le respect mutuel ». Des termes qui sont, peu ou prou, ceux utilisés dans les messages qu’adresse le chef d’État algérien au roi du Maroc à l’occasion des fêtes nationales ou religieuses. Le ministère marocain des Affaires étrangères se dit cependant « ouvert et optimiste quant au futur des relations entre les deux pays frères ».
L’audition du général Gilbert Diendéré, l’un des principaux accusés de la tentative de coup d’État de 2015, s’est ouverte lundi 26 novembre devant la justice militaire burkinabè. L’ancien bras droit de Blaise Compaoré réfute avoir « commandité » le putsch et pointe la responsabilité de l’ancien Premier ministre de la Transition, Yacouba Isaac Zida.
C’était l’affluence des grands jours à l’ouverture de l’audience, lundi matin, à la salle des banquets de Ouaga 2000 où le procès des auteurs présumés du putsh manqué de septembre 2015 se tient depuis plus de dix mois. Les bancs du public et de la presse ont été pris d’assaut pour entendre la version des faits du général Gilbert Diendéré. Avec une question, sur toutes les lèvres : l’audition de celui qui avait pris les rênes du Conseil national pour la démocratie va-t-elle, enfin, permettre de situer les responsabilités dans la tentative de putsch et d’éclairer les ramifications politiques de ce qui fut qualifié de « coup d’État le plus bête du monde » ?
Poursuivi notamment pour attentat à la sûreté de l’État, meurtres et coups et blessures, « Golf » – comme le surnomme les burkinabè – a quitté son habituelle réserve pour se montrer particulièrement prolixe, et même offensif, à la barre du tribunal militaire présidé par le magistrat Seydou Ouedraogo.
Une allégation en contradiction avec le témoignage du chef des opérations du coup d’État, l’adjudant-chef Eloi Badiel, qui avait directement mis en cause le général Diendéré. « Le 16 septembre 2015, vers 10h00, le sergent-chef [Roger] Koussoubé m’a informé que le général [Diendéré] a instruit de procéder à l’arrestation des autorités de la Transition », avait affirmé l’adjudant-chef lors de son audition, en juillet. Un ordre « indirect », précisait alors ce témoin, qui affirmait dans le même temps n’avoir pas eu de contact direct avec Diendéré pour recevoir cet ordre.
Commanditaire ou médiateur ?
Theo Renaut/AP/SIPA
L’instruction du dossier n’a pas pu établir que mon client était le commanditaire du coup d’État
L’issue du débat sur ce point précis sera cruciale, et la défense en a particulièrement conscience. Me Mathieu Somé, avocat du général Diendéré, l’affirme : « L’instruction du dossier n’a pas pu établir que mon client était le commanditaire du coup d’État. »
Son client s’est employé à suivre cette ligne, affirmant vouloir « exposer la situation qui a favorisé les événements du 16 septembre ». À en croire le témoignage de Gilbert Diendéré, face à l’intransigeance des soldats du RSP, les personnalités de la société civiles – en l’occurrence Mgr Paul Ouédraogo et l’ancien président Jean-Baptiste Ouédraogo – qui ont tenté une médiation aux côtés de la hiérarchie militaire pour ramener l’ex-garde présidentielle à renoncer au coup de force ont constaté la vacance du pouvoir, et demandé à l’armée d’assumer.
Diendéré a également voulu démontrer ce qu’il qualifie de « comportement machiavélique » des responsables de la Transition. Égrenant un chapelet de « frustrations » au sein de l’armée, provoquées selon lui par les agissements du lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida, l’accusé a expliqué avoir voulu jouer rôle de médiation entre l’ancien Premier ministre de la Transition et les soldats mécontents du RSP.
« Après s’être fait chef de l’État, puis chef du gouvernement suite au coup d’État du 30 octobre, Zida a cherché à prolonger la Transition en violation de la Charte adoptée illégalement pour réaliser son agenda. Pour cela, il avait besoin de prendre le contrôle des finances publiques de l’État, de l’administration, ainsi que de l’armée « , martèle le général à la barre.
La charge contre Zida
Theo Renaut/AP/SIPA
Entre février et juin 2015, Zida a mené une campagne de désinformation contre le RSP et moi-même
La thèse de Gilbert Diendéré ? En s’appropriant le ministère de la Défense, Zida manœuvrait en fait pour mettre l’armée au pas, notamment en mettant à la retraite anticipée les officiers plus gradés que lui. L’accusé s’est également longuement attardé sur la volonté affichée par Zida de dissoudre le RSP, en dépit des recommandations d’un rapport commandé par le président Michel Kafando qui préconisait plutôt une réforme du corps.
« Entre février et juin 2015, Zida a mené une campagne de désinformation contre le RSP et moi-même qui m’évertuais à aplanir les divergences entre lui et les soldats. J’avais toujours dit que ce corps est un maillon important de la chaîne de lutte contre le terrorisme. Si vous brisez ce maillon, vous affaiblissez notre système de sécurité. C’est la situation que nous vivons aujourd’hui », a lancé l’officier.
Interrogé par le président du tribunal sur l’existence de clans au sein du RSP, le général Diendéré a botté en touche. « Je ne suis pas très bien informé sur ce problème. Zida contrôlait des éléments comme ceux qui sont venus me chercher le 30 décembre 2014. En tant que responsable militaire, je n’ai pas à favoriser des clans dans une unité militaire », a-t-il simplement répondu.
L’audience, qui doit se terminer à 17h ce lundi, reprendra mardi.
Installé dans la ville nouvelle de Diamniadio, le campus franco-sénégalais sera bien plus un espace de conception de nouveaux programmes qu’un centre d’enseignement en soi.
Il est bien appelé « campus », pourtant, il n’accueillera pas forcément des milliers d’étudiants en amphithéâtre. Le projet de campus franco-sénégalais, soutenu depuis 2017 par le président français, Emmanuel Macron et son homologue sénégalais, Macky Sall, devrait être opérationnel à la rentrée 2019 à Diamniadio, ont réaffirmé vendredi 16 novembre, Frédérique Vidal, ministre française de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et son homologue sénégalais, Mary Teuw Niane, lors d’un point presse tenu à l’issue du second comité de pilotage organisé sur le sujet. Le projet s’inscrit dans la droite ligne de la nouvelle stratégie française en termes d’enseignement supérieur à l’international.
Dix-sept licences et masters ont été validés par le comité technique et adoptés par le comité de pilotage. »
Incubateur à formation
Parallèlement aux enseignements, le campus est conçu pour être un incubateur dédié au développement de nouveaux formats d’enseignement, grâce à la coopération entre chercheurs français et sénégalais. « Il ne s’agit pas de regrouper en un même endroit ce qui existe déjà mais de construire de nouvelles choses qui ne pourraient pas se faire sans une coopération entre nos deux pays », confirme Frédérique Vidal.
Dix-sept nouvelles formations
À l’issue de cette deuxième rencontre ministérielle, dix-sept licences et masters ont été validés par le comité technique et adoptés par le comité de pilotage. Ils concernent des secteurs de formation retenus comme prioritaires par le Plan Sénégal émergent : l’agronomie, l’agroalimentaire, le numérique, le renforcement des capacités et la formation des formateurs. Dix-neuf autres projets pédagogiques sont en cours d’adoption. Certains d’entre-eux se feront sur les campus d’écoles déjà implantées à Diamniadio ou ailleurs au Sénégal.
D’autres travaux de coopération sont consacrés au développement de programmes de reconnaissance des savoirs et savoirs-faire sous la forme de validation des acquis d’expérience (VAE) et de formation tout au long de la vie. Le but pour Mary Teuw Niane : « répondre aux attentes du monde socio-économique ». Dans ce cadre, le groupe Eiffage a marqué son intérêt de confier l’ensemble de ses formations en VAE au campus franco-sénégalais, « notamment pour la formation des formateurs et la formations des jurys », explique le ministre sénégalais.
Pour insister sur l’aspect collaboratif du projet, une charte des valeurs a été signé par Olivier Faron, l’administrateur du Cnam et Oumar Niang, directeur de l’Institut supérieur d’enseignement professionnel de Diamniadio.
Le campus, installé sur un terrain de sept hectares dans la ville nouvelle de Diamniadio réunira côté français, le Conservatoire nationale des arts et métiers (Cnam), l’Institut Mines Télécom (IMT), l’université de Bretagne Sud (UBS), l’université technologique de Troyes (UTT), Agreenium, SupAgro, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad).
Côté sénégalais, le projet fédère l’université Cheikh Anta Diop (Ucad), l’université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB), l’université du Sine Saloum Elhaj Ibrahim Niass (Ussein), l’université de Thiès, l’université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ), l’université virtuelle du Sénégal (UVS), Bordeaux école de management (BEM), l’École supérieure de commerce de Dakar (Sup de co Dakar), l’Institut technique de commerce (Itecom), l’Institut supérieur d’enseignement professionnel de Thiès (Istec).
Face à la question de l’identité nationale en Côte d’Ivoire, relancée par les élections locales d’octobre dernier et la résurgence de concepts identitaires, le peuple doit exiger des hommes politiques des débats nobles devant rythmer la vie de toute une nation.
De fait, ces élections ont fait resurgir les vieux démons d’un concept identitaire, « l’ivoirité », qui a contribué au cours des dernières années à fragiliser l’unité nationale et précipiter le pays dans une crise sans précédent.
À l’occasion de ces élections locales, certains candidats ont été régulièrement renvoyés à leurs origines, comme pour leur signifier qu’ils n’auraient pas cocher toutes les cases pour mériter d’être ivoiriens. Fraîchement élu maire d’Azaguié (sud de la Côte d’Ivoire), l’ancien président de l’Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly, dénonçait dans une vidéo publiée sur YouTube l’attitude de ses adversaires l’ayant traité d’étranger durant les joutes électorales.
Mi-août 2018, en prélude des élections, l’ancien ministre Lida Kouassi affirmait ne pas comprendre que des personnes soient « parachutées » dans des localités dont ils ne sont pas originaires pour y être élues. Dès l’annonce de ses ambitions politiques en 2016, le candidat Fabrice Sawegnon, qui concourait dans la commune du Plateau (Abidjan), s’est vu rappeler ses origines béninoises, conduisant ce dernier à se justifier en ces termes : « Je suis d’origine béninoise, j’assume. Je suis Ivoirien, j’assume. »
Le déroulement de ces élections aura clairement démontré que la cohésion sociale reste fragile
À l’ère des réseaux sociaux, cette tendance est devenue virale, aboutissant à un nouveau concept, « Ivoirien d’abord », qui rappelle étrangement son ancêtre mentionné plus haut. Si ce concept reste louable dans son esprit, le contexte dans lequel il apparaît suscite des interrogations. C’est pourquoi je m’aligne à la position de ceux qui, à ce concept, en opposent un autre, « la Côte d’Ivoire d’abord », qui privilégie la nation au-delà des individus. Le déroulement de ces élections aura clairement démontré que la cohésion sociale reste fragile.
Que le peuple impose leur agenda aux politiciens
Bien qu’étant un sujet crucial et omniprésent dans les débats publics partout dans le monde, la question de l’identité nationale peut produire un effet de massue si elle est maladroitement posée. C’est pourquoi, dans un pays où le principe d’État-nation reste à construire, ce débat doit être conduit avec maturité pour éviter d’entraver l’élan de réconciliation nationale.
Ces politiciens bâtissent leur crédibilité autour du discours de la division qu’ils entretiennent à souhait
En Côte d’Ivoire, le débat sur l’identité nationale a toujours été un fonds de commerce au service des ambitions des politiciens. D’un côté, les uns, s’arrogeant le rôle de porte-parole d’une frange de la population, se considèrent comme étant les « vrais » Ivoiriens, brandissant la menace de pseudos envahisseurs pour fédérer autour d’eux. En face, leurs challengers, agitant les fibres de la victimisation, parviennent à mobiliser aisément tous ceux qui sont potentiellement visés par l’autre camp.
Ainsi, ces politiciens bâtissent leur crédibilité autour du discours de la division qu’ils entretiennent à souhait. Disons que la tâche leur a également été facilitée par les citoyens qui renoncent à exiger une offre politique sérieuse adressant les problématiques réelles.
Le peuple doit exiger de ces derniers des débats nobles devant rythmer la vie de toute nation aspirant au développement
Il appartient donc au peuple d’en finir avec cette spirale négative en réfutant l’agenda électoral imposé par les techniciens de la politique, et exiger de ces derniers des débats nobles devant rythmer la vie de toute nation aspirant au développement.
La cohésion sociale est possible
L’année 2020 est celle de la prochaine élection présidentielle. 2020, c’est l’horizon que scrutent tous les Ivoiriens avec inquiétude et espoir. 2020, c’est aussi l’occasion de renouveler le personnel politique en fin de cycle. Le peuple de Côte d’Ivoire devrait saisir cette opportunité de recomposition de l’écosystème politique pour couper l’herbe sous le pied des futurs aspirants à la magistrature suprême et les pousser à proposer des projets de développement en phase avec les grands défis du moment.
La construction de la cohésion sociale est possible et indispensable
De plus, le Rwanda, régulièrement cité en exemple pour avoir surmonté ses divisions internes pour bâtir un pays prospère après une profonde crise identitaire, envoie un message clair à la Côte d’Ivoire. À savoir que non seulement la réalisation de la cohésion sociale n’est pas impossible, mais surtout, qu’elle est un préalable incontournable pour bâtir une nation stable et prospère.
Houssein Saloum, l’entraîneur de l’équipe de football féminin du Mali, espère venir à bout des Sud-Africaines en demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) féminine de football 2018.
Une victoire contre l’Afrique du Sud ce soir à 18h30, à Cape Coast, donnerait aux Maliennes la chance de représenter l’Afrique à la Coupe du monde Femmes qui aura lieu en France en 2019.
En effet, la compétition sert aussi de tournoi qualificatif pour la Coupe du monde féminine de football 2019, les trois premiers se qualifiant pour le Mondial.
Le Mali s’est qualifié pour les demi-finales de la CAN féminine du groupe A vendredi, tandis que son hôte, le Ghana, a été éliminé avec l’Algérie.
La treizième édition de la CAN féminine de football Total 2018 met aux prises les meilleures sélections africaines féminines de football affiliées à la Confédération africaine de football (CAF).
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La compétition prendra fin le 1er décembre 2018.
Les matchs ont lieu entre Accra et Cape Coast au Ghana.
Publié le 26-11-2018 Modifié le 26-11-2018 à 16:14
Couronné par le prestigieux prix Amadou Kourouma pour son troisième roman Le Tambour des larmes (2015), l’écrivain mauritanien Beyrouk s’est imposé comme l’une des grandes plumes des lettres africaines. Empreint de lyrisme et convoquant des personnages de femmes à la fois lumineux et puissants, les romans de Beyrouk mettent en scène des sociétés patriarcales sahariennes se frayant difficilement leur chemin vers la modernité. Son nouveau roman Je suis seul raconte le triste destin d’une cité du désert tombée aux mains des fanatiques religieux.
« Je n’ai jamais arrêté de lire », aime répéter le romancier Beyrouk, natif d’Atar, ville du nord de la Mauritanie, et fils d’un père instituteur à l’école coloniale. Si c’est à son père qu’il doit avoir connu Victor Hugo et les grands classiques de la littérature française, le romancier doit à sa propre curiosité sa découverte des gestes et des légendes des sociétés sahariennes.
Proche de la tradition des conteurs mauritaniens qui sont très poétiques dans leurs déclamations, le Mauritanien a écrit un recueil de nouvelles et quatre romans, situés au carrefour des traditions européenne et africaine. Racontés dans une langue puissamment poétique, la fiction de Beyrouk met en scène la réalité encore féodale des sociétés maures du désert, avec des figures de femmes saisissantes d’irrévérence et de courage. Je suis seul, le nouveau roman sous la plume de cet auteur mauritanien francophone, s’inscrit dans cette lignée.
En attendant Nezha
A mi-chemin entre En attendant Godot et Les Mille et une nuits, ce nouveau roman raconte un récit haletant de trahison et de survie de l’amour au temps de haine et de violence jihadistes. Il faut lire ce livre bref et intense d’une centaine de pages comme un conte des temps modernes, avec ses sultans misogynes et ses Schéhérazades qui s’activent dans les coulisses contre l’obscurantisme.
Au cœur de l’intrigue, l’attente becketienne jamais comblée d’un sauveur (d’une sauveuse, en l’occurrence), sur fond de déréliction et de néant qui menacent de toutes parts. Construit comme un monologue intérieur ou une soliloque, Je suis seul donne à entendre la parole d’un narrateur sans nom pris au piège de ses propres défaillances et de l’Histoire avec un grand « H ».
L’homme est un bon vivant, un intellectuel opportuniste, recherché par les fondamentalistes à cause de ses articles dans la presse se moquant de la religion. Il n’a pas vu venir la chute du régime qu’il soutenait. Sa ville a été prise d’assaut par les jihadistes qui font régner la terreur et la haine au nom de la pureté religieuse. L’homme a dû trouver refuge dans la maison de son ancienne compagne, Nezha. Elle le cache dans une chambre étroite, les volets tirés : elle lui a interdit d’allumer la lumière de peur d’attirer l’attention des fanatiques qui paradent dans les rues. Dans la pénombre et le silence, l’homme traqué attend le retour de la belle Nezha, pour qu’elle l’aide à quitter la ville. Mais celle-ci, sortie vaquer à ses occupations, tarde à revenir. « Combien de temps durera encore cet enfermement ? », s’interroge le prisonnier. « Combien de temps supporterais-je de rester claquemuré dans un caveau sombre où la lumière est interdite ? » Cet huis clos est le décor oppressant où se déroule l’action du roman.
L’attente du protagoniste est ponctuée de flashbacks sur son passé. Ascension, amour, trahison. L’homme se souvient de la jeune Nezha qu’il avait autrefois aimée, avant de l’abandonner pour les beaux yeux de Selma. Fille du maire tout-puissant de la cité, celle-ci l’avait séduit pour mieux asservir ses talents d’écriture à la cause des siens. « C’est vrai, se souvient le narrateur, c’était plutôt flatteur, la fille du maire qui courait après moi, «tu es fou me disaient mes amis, c’est une chance, ne la laisse pas passer » et elle était belle aussi, Selma, et elle avait les seins orgueilleux des filles de parvenus, et le sourire insolent des beautés qui se savent, moi, je n’ai fait que tendre les mains pour recueillir les raisins de ma lâcheté, j’ai tout acheté à la fois, le mépris de moi-même, la voiture, le boulot, l’argent, et une femme que je n’aimais pas. »
La revanche de l’Histoire
L’histoire de cet homme sans nom ressemble à celle de beaucoup d’auxiliaires du pouvoir dans des pays musulmans. Complices des régimes corrompus et des « buveurs de sang » des populations vivotant dans la misère, ces affidés ambitieux des puissants du moment n’imaginent pas que les oubliés et les humiliés de l’Histoire peuvent se venger en s’appuyant sur les forces obscures de la société.
Journaliste de profession, le narrateur-protagoniste de Je suis seul avait fait autrefois la Une de son journal avec son article intitulé « No pasaran », qui faisait l’éloge du régime véreux en place et exaltait l’héroïsme de ses soldats. Or ces armées héroïques n’ont pas su résister aux soldats ennemis qui « sont rentrés dans la ville sans même combattre ou très peu », alors que les puissants ont pris la fuite, « emportant avec eux les fruits de leur ultime pillage ».
Son aveuglement intéressé de jadis n’empêche pas le héros ou plutôt l’anti-héros de Beyrouk de faire preuve de perspicacité dans son analyse de la nature du régime islamiste qui a pris le pouvoir dans sa ville. Il les qualifie de « barbares », qui « ne connaissent pas de luminosités, qui ont le corps rêche et l’esprit retors ». « Tout s’est éteint ici, même l’esprit ».
Et d’ajouter : « Quand on n’aime pas le soleil qui se lève ou se couche, quand on n’aime pas le sourire d’un enfant, quand on n’aime pas le corps et les cheveux des femmes, quand des petites choses ne vous ravissent pas, par exemple un enfant nu qui échappe à sa mère et qui court, court, de ses petites jambes, ou des jeunes gens qui se regardent, l’amour dans les yeux , ou je ne sais quoi encore d’ordinaire et de beau ; quand vous avez l’esprit sec et que le corps vous brûle de vouloir tout brûler, on devrait bien vous aider, vous pousser à quitter un monde que vous haïssez et qui bien sûr ne peut pas vous aimer… » Pour lui, ces fanatiques sont plus proches de la mort que des vivants, des ténèbres que du soleil.
Poésie du désespoir
Il y a une grande lucidité et surtout beaucoup de poésies dans ces lignes. Une poésie du désespoir, qui est devenue la marque de fabrique des récits de Beyrouk. Ce lyrisme constitue l’originalité de ce livre inspiré des violences terroristes devenues le quotidien de notre monde. Il va bien avec la tragédie que raconte ce roman, une tragédie qui dépasse la première personne du titre pour englober l’ensemble de la société humaine, menacée par la haine destructrice et la terreur sans fin des lésés, des marginaux et des croyants.
Plusieurs fois primé pour son univers proche du théâtre antique, le Mauritanien livre avec ce quatrième opus une nouvelle version du désespoir et de la révolte d’Antigone. Ici, Antigone s’appelle Nezha, gardienne loyale, mais « gardienne de quoi, elle ne sait pas elle-même, gardienne peut-être de ses souvenirs, des promesses de bonheur qui sont devenues fumée », comme l’écrit Beyrouk avec ce sens du tragique qui caractérise son oeuvre..
Je suis seul, par Beyrouk. Editions Elyzad (Tunis), 106 pages, 14 euros.