Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 18:09
A la suite du retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de 2019 au Cameroun par la CAF, le gouvernement camerounais s’est exprimé sur le sujet. Dans une déclaration lue ce samedi 1er décembre dans l’après-midi, Issa Tchiroma Bakary, le ministre de la Communication, dénonce « l’injustice » dont a été victime le Cameroun.
« Le gouvernement de la République du Cameroun a pris connaissance avec consternation de la décision du Comité exécutif de la CAF, réuni à Accra le 30 novembre 2018, de retirer au Cameroun l’organisation de la CAN 2019 », a déclaré le ministre camerounais de la Communication.
« Cette décision étonnante, à plus d’un titre, ne rend assurément justice ni aux investissements colossaux consentis par notre pays et qui se traduisent aujourd’hui par de belles infrastructures modernes, visibles de tous, ni à l’engagement déterminé du chef de l’Etat et du peuple camerounais à déployer les efforts nécessaires pour abriter en 2019 une fête éclatante du football africain. »
Issa Tchiroma Bakary a appelé le peuple camerounais au calme. « Force est de constater que notre pays a fait l’objet, dès le départ dans le cadre de ce dossier, d’un traitement qui ne peut que susciter des interrogations. Face à cette injustice flagrante, le gouvernement de la République demande au peuple camerounais de garder toute sa sérénité et de ne pas céder à la tentation des polémiques stériles. »
Poursuite des travaux
Le ministre camerounais de la Communication n’a pas indiqué si le Cameroun poursuivra la CAF devant le Tribunal arbitral du sport. Il n’a pas non plus annoncé si le Cameroun acceptait la proposition de la CAF d’abriter la CAN de 2021, mais a soutenu que le pays poursuivra la construction des infrastructures prévues pour abriter la Coupe d’Afrique des Nations de football de 2019 et sera prêt à date.
« Le Cameroun n’a pas démérité, et il le prouvera à la face du monde en poursuivant avec la même détermination la construction de ces belles infrastructures qui appartiennent au peuple camerounais. Et en les achevant à bonne date, ainsi que s’y est engagé le chef de l’Etat », a expliqué le ministre.
« Il y a néanmoins lieu de souligner que le football africain ne pourra se hisser au niveau des continents plus avancés sans le respect d’une certaine éthique. Notre pays, qui a écrit certaines des plus belles pages de l’histoire du football africain, continuera à œuvrer sans relâche, de concert avec les autres pays africains et les instances internationales du football, au développement du football de notre cher continent. »
Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 18:23
C’est une fuite sans précédent : des milliers de pages de documents confidentiels de l’ONU relatifs à l’assassinat de deux experts mandatés par le conseil de sécurité. Michael Sharp et Zaida Catalan avaient été chargés d’enquêter sur les violences en République démocratique du Congo. Les Congo Files documentent les démarches entreprises par le système des Nations Unies entre mars 2017 et septembre 2018. Leur exploitation a fait l’objet d’une collaboration entre plusieurs médias internationaux : RFI, Le Monde, Foreign Policy, Suddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait mis sur pied un comité d’enquête pour établir les faits mais aussi émettre des recommandations pour renforcer la sécurité des experts de l’ONU. Les conclusions de son rapport continuent de faire polémique.
A ses parents, l’Américain Michael Sharp l’avait assuré : « C’est ma mission la plus sûre depuis dix ans ». L’affirmation n’avait rien d’un euphémisme. Ce n’était pas seulement la parole rassurante d’un fils aimant à l’égard de sa famille inquiète devant l’histoire tumultueuse de la République démocratique du Congo (RDC). « Personne ne touche jamais aux experts, leur avait garanti ce spécialiste des groupes armés. Personne ».
Michael Sharp n’avait rien d’un débutant. Avant son entrée au groupe d’experts, le jeune Américain s’était déjà aventuré sur les plus mauvaises routes, avait négocié avec certains des groupes les plus dangereux du pays pour les convaincre de démobiliser. Cinq ou six chefs de milices auraient même transmis leurs condoléances, apprenant la mort de Michael Sharp et sa collègue Zaida Catalan le 12 mars 2017 dans la région autrefois paisible du Kasaï-Central, une province secouée à l’époque par une insurrection sans précédent contre l’autorité de l’Etat.
Depuis 2004, des générations d’enquêteurs de tout âge et de toute origine, sélectionnés par le comité de sanctions des Nations unies, se sont rendues à moto dans les régions les plus reculées et les plus instables du Congo. Comme Michael Sharp et sa collègue suédo-chilienne, Zaida Catalan, ils cherchaient à accumuler suffisamment de preuves contre les instigateurs des violences dans ce pays-continent aux richesses si convoitées. Ils ont fait face aux mêmes manœuvres d’Etats-membres, les ardents défenseurs de la primauté de la souveraineté, comme ceux qui, sous couvert d’exigences sans cesse rehaussées en termes de preuves, rechignent à sanctionner pour préserver leurs intérêts dans la région.
Pour la première fois dans l’histoire des groupes d’experts, le 12 mars 2017, quinze ans après l’instauration d’un embargo sur les armes en RDC, deux de ces enquêteurs indépendants mandatés par le Conseil de sécurité sont tués dans le cadre d’une de leurs missions. À l’approche des échéances électorales au Congo, avec les reports et le maintien au pouvoir de son président Joseph Kabila, les violences redoublent dans le pays, pas seulement dans les Kasaï.
Trois heures pour répondre à un appel à l’aide
L’ONU n’aurait jamais été informée de la disparition de Michael Sharp et Zaida Catalan le jour même, si la famille de l’experte suédo-chilienne n’avait pas donné l’alerte. La jeune femme avait suivi plusieurs formations relatives aux questions de sécurité. À 16h49, quelques minutes avant le meurtre, elle parvient à appeler sa sœur en Suède, sans être en mesure de lui parler. Elisabeth Morseby et sa mère n’ont pas besoin de mots pour comprendre que Zaida Catalan est en danger. Elles cherchent d’abord à joindre son collègue Michael Sharp, en vain.
Moins de dix minutes plus tard, à 17h08, Maria Morseby décide d’écrire à New York à une adresse e-mail que sa fille lui avait laissée, en cas de problème. « On a reçu un appel de son téléphone congolais, mais ce n’était pas elle », peut-on lire dans ce message. Maria Morseby supplie son interlocuteur de « vérifier qu’il ne lui soit rien arrivé ». Il est 12h08 à New York en ce dimanche 12 mars 2017 quand le Département des affaires politiques de l’ONU (DPA) reçoit l’alerte. C’est ce département qui, à travers le Service du secrétariat des organes subsidiaires du Conseil de sécurité (SCSOB), s’occupe de tout ce qui est relatif aux treize comités de sanctions de l’ONU et aux dix groupes d’experts qui leur sont affiliés.
Il aura fallu trois heures au quartier général de l’ONU pour informer sa mission au Congo (Monusco) de la disparition des experts. « Aux environs de 15h [heure de New York], le secrétariat dédié au comité de sanctions envoie un e-mail à la Monusco, lui transmettant le message qu’il a reçu de la mère de Zaida Catalan », mentionne un document confidentiel de l’ONU. Plus de célérité de la part du Secrétariat général n’aurait sans doute rien changé pour Michael Sharp et Zaida Catalan. Les « Congo files » prouvent qu’ils ont été tués quelques minutes après le coup de fil de l’experte suédoise à sa famille dans ce qui apparaît comme une attaque préméditée. Mais dans aucun document, même confidentiel, ce délai ne sera pointé par l’ONU comme anormalement long. « Il faut dire qu’il n’y a pas de point focal sécurité joignable 24h/24 par les experts et leurs familles », déplore un ancien membre du groupe.
Ce soir-là, le chef du SCSOB, Kelvin Ong, est lui aussi contacté. Il est le principal responsable de l’organisation du travail des experts et semble dépassé par les évènements, comme toute sa hiérarchie à New York : « Il l’a dit : il n’y a plus qu’à s’en remettre à Dieu », confie un officiel onusien, non sans amertume. C’est moins sur Dieu que sur la Mission des Nations Unies au Congo (Monusco) que le Secrétariat général va se reposer pour retrouver ses experts. « Le quartier général n’a envoyé personne pendant toute la phase de recherche », s’agacent plusieurs employés de la Monusco.
Le statut « déséquilibré » des experts
Aux enterrements des deux experts, en Suède comme aux Etats-Unis, New York ne sera représenté que par le docteur Moussa Ba, chef de l’Unité de gestion du stress sur les incidents critiques. C’est à lui que l’on demandera de gérer les familles éplorées. Personne du SCSOB, du SCAD ou de tout autre acronyme qui encadrait le travail des experts ne fait le déplacement. Seuls leurs collègues et d’anciens membres du groupe viennent rendre un dernier hommage à leurs collègues disparus. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, ne recevra les familles de victimes qu’en août, après avoir transmis au Conseil de sécurité les conclusions d’un rapport d’enquête qui vont à l’encontre de leur souhait. Les parents de Michael Sharp et Zaida Catalan réclament une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur la mort de leurs enfants. L’ONU décide, malgré la minutieuse enquête de sa police UNPOL, de se contenter de soutenir une procédure judiciaire congolaise défaillante.
Dans les couloirs du quartier général à New York, une source onusienne confie : « À demi-mot, on comprenait que ces familles représentaient un risque pour certains responsables du Département des affaires politiques. Ils craignaient un procès ou d’être blâmés publiquement pour ce qui s’était passé ». Dans les premières semaines, c’est notamment la famille de Zaida Catalan qui n’avait pas hésité à s’en prendre à l’ONU sur les réseaux sociaux. Un autre officiel se souvient que cela avait provoqué beaucoup d’émoi de Kinshasa à New York, en mettant directement en cause l’ONU sur les réseaux sociaux. Par la suite, les parents des experts auraient été mis en garde contre toute déclaration publique intempestive, « du moins si elles souhaitaient continuer d’être informées par l’ONU de l’avancée du dossier ».
Michael Sharp et Zaida Catalan n’étaient pas des employés de l’ONU. « La question de leur statut a été abordée en réunion dès le début et à plusieurs niveaux », explique une autre source onusienne. Comme tous les experts mandatés par le Conseil de sécurité, ils n’avaient qu’un contrat de consultance. Ils devaient contracter eux-mêmes leur propre assurance maladie et accident, ne pouvaient prétendre à aucun congé, ni formation payée par les Nations Unies. Leur statut prévoit toutefois que dans le cadre de leur mission, s’ils sont blessés ou tués, leurs familles recevront une compensation. « Il y a un déséquilibre entre la faiblesse du statut institutionnel et la perception générale du rôle et positionnement des experts », confie un ancien membre du groupe.
Dès la première nuit, le secrétariat général de l’ONU s’inquiète d’avoir uniquement pour Michael Sharp et Zaida Catalan « l’autorisation de sécurité soumise et approuvée pour le voyage entre Goma et Kananga mercredi », jour de leur arrivée dans la petite capitale du Kasaï-Central. Le 13 mars 2017, il exige l’impossible, toutes les autorisations dûment signées pour tous les membres du groupe depuis le début de leur mandat. « Là où le quartier général est cynique, c’est que des officiels comme Kelvin Ong étaient parfaitement conscients des risques que prenaient les experts et les conditions dans lesquels ils faisaient leur travail », s’emporte encore cet officiel onusien. Un ancien expert renchérit : « C’est de la pure hypocrisie. Les Etats-membres, le secrétariat général, tout le monde savait ». L’important, avant la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan, c’était le niveau de preuves, pas les méthodes employées.
« Il n’y a pas plus politique que les comités d’enquête »
Dans les jours qui suivent la disparition des deux experts, le gouvernement congolais, lui, occupe le terrain. Il prend l’initiative de la communication. Son porte-parole, Lambert Mende, a deux messages à faire passer. D’abord, Michael Sharp et Zaida Catalan seraient arrivés « incognito » à Kinshasa, la capitale congolaise, puis à Kananga, jusqu’au lieu où ils seront tués. Ensuite, ils ont osé s’aventurer à moto, « sans escorte de l’armée, sans prendre la température auprès des autorités », insiste à l’époque le ministre congolais de la Communication. « On aurait pu leur déconseiller », poursuit-il. Lambert Mende a beau jeu de s’emporter : « Et voilà que nous devenons responsables de leur sécurité ». Même si depuis, les différentes enquêtes de l’ONU ont démontré que, depuis les services de sécurité à Kananga jusqu’à la présidence à Kinshasa, les autorités congolaises étaient informées de leur présence.
Le comité d’enquête mis sur pied en mai 2017 par le secrétaire général des Nations Unies ne dira pas autre chose. Ce « Board of Inquiry » (BoI) est composé de quatre consultants chevronnés, tous des anciens du secrétariat général qui n’ignorent rien des procédures et des carcans politiques onusiens. M. Starr, qui dirige le comité, a été sous-secrétaire général de l’ONU en charge de la sûreté et de la sécurité (UNDSS). L’autre Américain du « Board », John Logan, a été employé pour le même département. Andrew Hughes a travaillé pendant trente ans pour la police fédérale australienne, cinq pour le département des opérations de maintien de la paix de l’ONU. La seule femme de l’équipe, Loraine Rickard-Martin, est l’une des consultantes régulières du département des affaires politiques, spécialisée sur la question des sanctions. Aucun ancien expert ne figure parmi ses membres.
C’est le choc des cultures. Dans son rapport, le « Board of Inquiry » s’en prend au « culte du secret » du groupe d’experts et à ses méthodes de travail. « L’indépendance accordée au groupe est mal comprise par les experts. Ils voient peu ou même aucune restriction dans la manière dont ils devraient appliquer leur mandat », met en garde le comité d’enquête. Les responsables du DPA, SCAD, SCSOB interrogés se défaussent. Ils assurent avoir expliqué à Michael Sharp et Zaida Catalan comme à tous leurs collègues que même en temps d’experts indépendants, ils « étaient dans l’obligation de respecter toutes les règles et régulations des Nations Unies ».
Les « cow-boys » versus UNDSS
« Le comité d’enquête n’a trouvé aucune preuve que les experts aient informé l’antenne des Nations unies à Kananga de son intention de travailler à l’extérieur de la ville », écrit le comité dans son rapport final daté du 2 août 2017. Comme le gouvernement congolais, il insiste sur l’absence d’escorte des Nations unies « alors que l’opportunité leur est offerte ». Les membres du « Board » se refusent à considérer que la présence des casques bleus pourrait constituer un obstacle à l’accomplissement de la mission des experts à la récolte d’informations. Ils semblent oublier qu’au Congo, la Monusco reste une partie au conflit, qu’elle est officiellement le partenaire du gouvernement congolais et intervient aux côtés de l’armée congolaise contre les groupes armés. « À Beni, si on circule en voiture de l’ONU, on nous jette des pierres, rétorque un ancien du groupe d’experts. Avec certains groupes armés, si on arrive avec les casques bleus, ils ne viennent jamais au lieu de rendez-vous ou fuient dans la forêt ».
A quatre reprises dans ce rapport confidentiel de 47 pages, le comité fait de l’utilisation des motos, « malgré des briefings préalables contre ce type de comportement », l’une des raisons qui ont permis aux assassins de Michael Sharp et Zaida Catalan d’accomplir leur sale besogne. La famille de l’expert américain ne décolère pas depuis leur premier entretien avec le patron du « Board of Inquiry », Greg Starr. « Il les a appelés des cow-boys, raconte le père de Michael, John Sharp. Ce qu’il voulait dire, c’est que c’étaient des gens irresponsables ». Les parents des victimes, écœurées par la manière dont leurs enfants sont dépeints, demandent depuis sa remise au Conseil de sécurité la révision de ce rapport. Mais le secrétariat général, comme Greg Starr, persiste et signe quant au bien-fondé des conclusions du comité et se refuse à changer ne serait-ce qu’une ligne du rapport honnis.
Depuis la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan, plusieurs experts et anciens membres du groupe ont dénoncé de l’absence d’un plan de gestion des risques récents et de l’inadéquation des recommandations, formations et briefings sécuritaires qui correspondent à ceux d’un employé lambda de la Monusco. En 2013, le groupe avait formellement demandé au secrétariat général d’acheter des « trackers » pour permettre d’alerter en cas de problème de sécurité ou même d’être géolocalisé. « Ça aurait sans doute éviter qu’on mette deux semaines à retrouver les corps de Michael et Zaida », estime un ancien expert, dépité. À l’époque, en pleine guerre entre l’armée congolaise et la rébellion du M23, alors que les membres du groupe sont souvent en première ligne, New York oppose à cette requête une fin de non-recevoir, faute d’argent.
L’inadéquation des mesures de sécurité
Les experts ne sont pas les seuls à enfreindre les règles fixées par UNDSS pour l’ensemble du personnel onusien. Au sein des missions de l’ONU, de la Centrafrique au Mali, en passant par le Congo, des employés témoignent de la difficulté à respecter ces règles qui manquent de « flexibilité », de « pragmatisme » ou d’« adaptabilité ». Il y a ceux qui se souviennent d’avoir été abandonnés sur un tarmac de nuit, par manque de coordination, d’autres qui expliquent n’avoir jamais reçu de briefing de sécurité, faute de personnel disponible. D’autres qui sont exaspérés par la lenteur des convois et « les casques bleus qui regardent leur montre ». Tous se retrouvent sur le manque de moyens et la complexité des mandats. En RDC, « un bon tiers de la mission ne respecte pas les règles de UNDSS », estime un ancien employé. « Mais il est acquis pour tout le monde que le mandat et le terrain les rendent difficiles à respecter. Chacun essaie de faire au mieux pour accomplir sa mission », estime cette source onusienne.
Si les membres du comité d’enquête de l’ONU émettent des jugements très sévères dans leur rapport vis-à-vis de certains comportements des experts, ils concluent que le réponse du système des Nations unies dans son ensemble, « à partir du moment où il est devenu évident que les deux experts avaient disparu », a été à la fois « compétente, opportune, bien coordonnée et attentionnée ». Ils ne font mention ni des faiblesses du système d’alerte mis en place par le secrétariat général, ni des quinze jours qu’il aura fallu à la Monusco pour retrouver les corps des deux experts.
Ce rapport ne dit rien ou presque des entraves quasi-quotidiennes rencontrées par les différentes équipes de la Monusco qui se sont succédé sur ce dossier. Nulle part, il n’est fait mention d’une quelconque préméditation et moins encore du rôle joué par des agents de l’Etat dans l’organisation de la mission qui a coûté leur vie à Michael Sharp et Zaida Catalan. Par calcul, toutes les preuves ou informations qui pouvaient indiquer une responsabilité du « partenaire congolais » ont été écartées, transmises aux autorités américaines et suédoises, mais pas aux membres du Conseil de sécurité.
Le patron du comité le confirme lui-même aux familles des deux victimes, avides de vérité. Il y a des lignes à ne pas franchir, leur explique sans ménagement Greg Starr, pour éviter la « rupture de la coopération » avec Kinshasa. Tout juste le « Board » concède-t-il que les autorités congolaises ne décolèrent pas depuis qu’une dizaine d’officiels congolais dont les principaux responsables des services de sécurité ont été sanctionnés et que cette « sensibilité aux sanctions » constitue un risque pour le personnel onusien dans son ensemble et les experts en particulier. La Monusco n’est plus la bienvenue au Congo. Lors de la dernière Assemblée générale des Nations Unies, le président Joseph Kabila a promis des élections pour décembre et un plan de retrait pour la mission de l’ONU d’ici au renouvellement de son mandat en mars prochain.
La colère derrière les «Congo Files»
Depuis les premières révélations des « Congo Files » diffusées par RFI, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer l’option levée par Antonio Guterres de favoriser la coopération avec Kinshasa au détriment, disent-ils, de la vérité. L’un des premiers à l’avoir exprimé sur les réseaux sociaux, c’est le prince Zeid Ra’ad Al Hussein. Il était le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme à la mort des deux experts. Quatre jours avant leur disparition, il a appelé à la création d’une commission d’enquête internationale et dénoncé un usage disproportionné de la force et l’existence de fosses communes.
« La mort de deux experts du conseil de sécurité est un événement sans précédent », rappelle le prince Zeid. Le diplomate jordanien évoque avec émotion « ces gens extraordinaires », les experts qu’il connait bien. Il a été le président du comité de sanctions sur la RDC en 2014. Cette année-là, il a rencontré régulièrement les prédécesseurs de Michael Sharp et Zaida Catalan, « des personnes qui prennent des risques considérables pour ramener au conseil les informations les plus précieuses » sur les violences commises en RDC et leurs auteurs. Le prince Zeid s’indigne contre beaucoup de choses dans cette affaire, qu’on qualifie les experts des « cow boys », que le secrétariat général de l’ONU se permette d’expurger le rapport de son comité d’enquête de toutes les informations relatives à des agents de l’Etat et aux militaires avant de le transmettre au Conseil de sécurité. « Les experts travaillent pour le Conseil, c’est au Conseil de décider de la pertinence de ces informations, pas au secrétariat », insiste le prince Zeid.
Pour le directeur du Groupe d’études sur le Congo, un centre de recherche rattaché à l’Université de New York, Jason Stearns, il est clair que la décision prise par Antonio Guterres ne fait pas l’unanimité au sein du système onusien : « Je pense qu’il y a de plus en plus d’officiels onusiens qui sont frustrés par leur propre organisation ». Jason Stearns y voit la raison même de l’existence des « Congo Files », cette fuite sans précédent de centaines de documents de différentes divisions ou départements de l’ONU, JMAC, UNPOL, SCAD, DPA, DPKO. Ce « leak » ne peut être le fait d’une source unique. « C’est pour ça qu’il y a autant de fuites de documents confidentiels, c’est parce qu’ [un nombre croissant d’officiels onusiens] n’ont plus confiance dans le système », explique cet ancien coordonnateur du groupe d’experts sur le RDC.
Le meurtre de Michael Sharp et Zaida Catalan a été filmé, à hauteur d’épaule. Un cache masque l’objectif. Les deux experts ne réalisent qu’à la dernière minute qu’ils vont être tués. Ils marchent librement, leurs meurtriers les rassurent. Les tuer ne fera pas débat. Ceux qui tirent sont du genre à répondre aux ordres sans hésiter, même si les victimes sont mandatées par le Conseil de sécurité de l’ONU. « Michael Sharp et Zaida Catalan n’ont pas été tués parce qu’ils étaient trop téméraires, rappelle encore le chercheur américain Jason Stearns. Ils ont été tués parce que quelqu’un a décidé de les assassiner ».
Cette volonté implacable explique sans doute l’acharnement de la police des Nations unies à mener pendant six mois une véritable enquête criminelle, malgré les entraves et le manque de moyens. S’en prendre aux experts de l’ONU, c’est s’en prendre au Conseil de sécurité et à travers lui à toute l’organisation. « Mais c’est aussi parce qu’au secrétariat, ils pensent protéger le personnel de l’ONU et son maintien au Congo que le secrétariat a certainement choisi d’écarter ces preuves et de laisser le soin à Washington et à Stockholm de régler leurs comptes avec Kinshasa », croit savoir un diplomate occidental. Pour un haut responsable de l’ONU, c’est la divulgation de tous ces documents confidentiels qui fragilisent les Nations unies au Congo. « Il va y avoir des représailles du gouvernement », redoute-t-il.
Une recrudescence d’attaques délibérées
Pour l’ancien numéro un des droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al Hussein, ce type de raisonnement ne tient pas. Après l’exécution de deux experts, les omissions du secrétariat général, le silence du conseil de sécurité et du comité de sanctions, l’absence d’outrage international à la Khashoggi, lui s’inquiète pour la sécurité de « ceux qui travaillent encore » au Congo, et en particulier les experts et tous les enquêteurs de la Monusco. « Chaque fois où l’ONU ne prend pas de positions très fortes dans ce genre d’affaires, cela crée une véritable incertitude pour tous les autres », ajoute le prince Zeid.
Les faits lui donnent peut-être raison. Depuis l’assassinat de Michael Sharp et Zaida Catalan, la Monusco a connu les plus graves incidents de sécurité de son histoire, des dizaines de casques bleus ont été tués, blessés ou kidnappés, des bases attaquées. Lors de manifestations, des véhicules du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme ont essuyé des tirs, des journalistes de radio Okapi, la radio onusienne, ont été arrêtés ou battus. En cette période préélectorale, alors que la RDC connaît une recrudescence de tensions et de conflits, la Monusco, amputée par des coupes budgétaires, vilipendée pour son inaction, vit sous la menace des groupes armés, comme du gouvernement congolais. « La mission est complètement désacralisée, plus personne ne redoute des représailles des Nations unies de quelque nature que ce soit », se lamente un cadre de la Monusco, avant d’ajouter dans un soupir : « On en est réduit au rôle de témoin gênant et à chasser ».
Mais le Congo n’est pas le seul pays où le personnel des Nations Unies devient une cible. En 2017, selon le Comité permanent sur la sécurité et l’indépendance du Syndicat du personnel des Nations Unies, au moins 71 membres du personnel des Nations Unies et du personnel associé – 53 casques bleus et 18 civils, dont deux policiers et 15 contractuels – ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions à travers le monde. Il s’agit du nombre de victimes le plus élevé jamais enregistré par ce Comité sur une année. Sur un peu plus de cinq ans, ils sont plus de 500 à avoir perdu la vie, le plus souvent dans des attaques délibérées. C’est aussi pour enrayer cette hémorragie que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a lancé l’initiative « Action for Peacekeeping ». « On espère vraiment que ce sera plus qu’une opération de communication », commente un employé de la Monusco déployé dans l’une de ces zones à risques.
DROIT DE REPONSE
Cette enquête collective a nécessité presque deux ans d’investigations pour tenter de comprendre les conditions dans lesquelles les deux experts onusiens, Michael Sharp et Zaida Catalan ont été assassinés.
Le procès ouvert le 5 juin 2017 à Kananga est toujours en cours. Il a été suspendu 10 mois sur demande du secrétariat général de l’ONU. Le procureur canadien Robert Petit a été nommé pour soutenir l’enquête judiciaire congolaise.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, appelle les Nations unies à transmettre toutes leurs informations, y compris relatives à des agents de l’Etat, à la justice militaire congolaise. «C’est parce que nous savons que des membres du personnel de l’Etat sont capables de poser des actes attentatoires aux lois que nous avons institué la justice militaire», ajoute-t-il. Il dément en revanche toute responsabilité de l’Etat congolais : «La responsabilité pénale est individuelle».
L’auditeur général de l’armée, Timothée Mukuntu, dit ne pas avoir eu connaissance du dossier d’enquête de la police des Nations unies. Il dément toute entrave de la justice militaire, mais reconnaît «une certaine lenteur mais pas de volonté d’entraver quoi que ce soit».
Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 17:39
Le concours « Mr et Miss Albinos Afrique de l’Est » s’est tenu à Nairobi vendredi 30 novembre. Organisé depuis 2016 par la Société kényane de l’albinisme, l’événement veut lutter contre la stigmatisation et booster l’estime de soi des personnes albinos.
De notre correspondante à Nairobi,
Un à un, ils défilent sur le podium en habits traditionnels ou en robe de soirée à paillettes. Sous les applaudissements, la démarche hésitante et les regards fuyants des premiers instants laissent vite place aux poses sexy et aux sourires ébahis.
Il faut dire que les trente candidats venus du Kenya, d’Ouganda et de Tanzanie se sont entrainés pendant des semaines. Il y a d’abord eu des auditions où les talents des participants ont été passés au crible. Puis la formation au maquillage, à la démarche de mannequin et à l’expression orale. « Ils nous ont aidées à renforcer notre estime de soi. Ce soir nous sommes pleines d’audace, nous sommes fortes et nous sommes prêtes à affronter le public », assure Glory, une jeune candidate ougandaise.
« Ma beauté, ma fierté »
Dans la tente plantée au KICC, le plus grand centre de conférence de Nairobi, on entonne les mots d’ordre de la soirée : « la beauté par-delà la couleur » ou encore « ma beauté, ma fierté ». Le public est composé d’artistes et de politiciens de tous bords, de jeunes étudiants kényans venus par curiosité et de familles, albinos ou non.
« Je veux juste exprimer mon soutien. C’est important de leur dire qu’ils ne sont pas différents de nous », explique Elizabeth Mwangi, venue avec sa nièce. « Moi, je me suis récemment rendu compte qu’il faut respecter les albinos. Avant, je pensais qu’ils étaient d’une autre race », explique de son côté David Ochieng, la vingtaine.
Car ici, chacun est bien conscient que le chemin vers l’acceptation des personnes albinos en Afrique de l’Est est encore long. « Ici les gens pensent que nos ongles et nos cheveux rendent riches, que coucher avec une personne albinos peut guérir du Sida, que nous disparaissons au lieu de mourir comme tout le monde », lâche Obo Sharik, un participant.
Lutter contre les préjugés
Selon la Société kényane pour l’albinisme, de nombreux albinos continuent d’être tués en Afrique de l’Est, par des personnes souhaitant revendre certaines parties de leur corps. C’est ce qui est arrivé au frère de Nixon Lugadiru. Lunettes de soleil et chapeau de cow-boy sur la tête, ce Kényan a fait près de dix heures de bus pour pouvoir assister à l’événement : « la naissance d’une personne albinos est toujours vue comme une malédiction par la communauté. Nous devons lutter contre ces préjugés. Je veux que le monde entier sache que nous, les albinos, sommes des trésors. »
Cette année, l’événement a pour la première fois pris une envergure régionale. En 2016, Mr et Miss Albinos Kenya était une première mondiale. Deux ans plus tard, le mouvement prend de l’ampleur et les mentalités évoluent. Les gagnants de la couronne deviendront ainsi des « ambassadeurs » de la sensibilisation à la cause des albinos dans toute la région.
Un appel
Un projet qui fait la fierté d’Isaac Mwaura. Il est le directeur de la Société kényane pour l’albinisme ainsi que le premier albinos à avoir été élu au Parlement kényan. « C’est un appel. Nous voulons que les gens agissent. Les albinos continuent d’être représentés très négativement dans la littérature et dans les films, partout dans le monde » explique-t-il.
Le sénateur se réjouit du succès de l’évènement qui a attiré plusieurs centaines de personnes. Le sénateur espère maintenant inclure le Rwanda, le Burundi et le Soudan du Sud l’année prochaine et rêve d’un concours de « Mr et Miss Albinos » pour tout le continent africain.
Lancée en 2015 comme plateforme de transfert d’argent, la jeune pousse sénégalaise Wizall a fait évoluer son modèle pour devenir un outil de mobile banking à part entière.
Sur le point de conclure une levée de plusieurs millions auprès de BCP, Wizall vient d’ouvrir sa filiale ivoirienne et se prépare à aborder les marchés malien et burkinabè. À l’origine de cette belle réussite, le Français Sébastien Vetter, ancien associé du cabinet de conseil digital Advise Consulting & Technology, et son associé congolais Ken Kakena, ex-consultant pour le même cabinet.
Tous deux ont accompagné plusieurs opérateurs télécoms dans le développement de leur activité de mobile money en Afrique de l’Ouest, avant de décider de se lancer à leur tour dans l’aventure. En 2015, ils mettent donc Wizall sur les rails, une application qui propose des bons d’achat digitalisés et des opérations de transfert d’argent au Sénégal.
Le coup de main de Total
Si les deux associés apportent plus de 200 000 euros pour ce lancement, ils reçoivent aussi un solide coup de main de Total, qui a investi dans l’affaire plusieurs millions d’euros.
« On voulait l’appui d’une grande chaîne, qu’il s’agisse d’un réseau pétrolier ou d’un opérateur. Mais Orange avait alors pris des parts dans Afrimarket, que l’on venait un peu concurrencer avec notre système de bons d’achat, on a donc choisi de s’approcher plutôt de Total. Ken Kakena les a rencontrés, et ils ont accepté d’entrer au capital de l’entreprise dès sa création, à hauteur de 30 % », relate Sébastien Vetter, directeur général de Wizall.
Né en France en 1975, ce dernier est passé par l’école de commerce parisienne ESCE avant de travailler dans les télécoms et l’informatique, puis de se lancer dans le conseil. C’est pour cette dernière activité qu’il a déménagé au Sénégal, il y a cinq ans.
Du B2C au B2B
En septembre 2017, la plateforme a évolué pour devenir « un véritable outil de paiement marchand, pour régler ses factures ou acheter du crédit », explique son cofondateur.
Mais le consommateur final n’est plus la cible principale de l’entreprise, qui vise avant tout les entreprises, les ONG et les administrations, à qui elle propose une interface dédiée pour procéder à de très nombreuses opérations : versement de salaires, de bourses d’étude, d’allocations…
Atout non négligeable de ce modèle économique pour l’utilisateur final : les opérations de transferts sont gratuites
Ainsi, Wizall a décroché en octobre un contrat auprès d’un consortium de BTP sénégalais, qui utilise depuis ses services pour verser les salaires de ses employés. « Dans un premier temps, l’entreprise utilise le programme sous forme de test auprès de 1 500 salariés. Mais à terme, ce sont 2 500 personnes qui sont concernées », précise Sébastien Vetter.
Atout non négligeable de ce modèle économique pour l’utilisateur final : les opérations de transferts sont gratuites. C’est au moment du dépôt de l’argent sur la plateforme, donc auprès des entreprises et organisations, que Wizall prélève sa commission.
Déploiement en Côte d’Ivoire
Cette réorganisation a permis une accélération importante de l’entreprise : alors que la plateforme gérait en septembre 2017 environ 200 000 euros en circulation et opérait 2 000 transactions par mois, elle gère aujourd’hui plus de 3 millions d’euros en circulation, pour 100 000 transferts par mois. Quant au chiffre d’affaires, il devrait passer de 150 000 euros en 2017 à 600 à 800 000 euros en 2018.
L’application a été installée 40 000 fois et l’entreprise compte une cinquantaine de clients business. Wizall a pu s’appuyer sur ces chiffres afin de rassurer les investisseurs et lancer une nouvelle levée de fonds de plusieurs millions d’euros auprès de BCP – qui devrait être officialisée le 4 décembre, a appris Jeune Afrique.
Si on avait campé sur notre idée de départ, on aurait fermé depuis longtemps !
Dans la perspective de cette levée de fonds, la start-up a pu lancer, le 28 novembre, les activités de sa filiale ivoirienne, dont Ken Kakena, jusque là en charge du marché B2B, a pris la direction générale. Actuellement hébergée dans les bureaux de Total, cette dernière s’installera bientôt dans ses propres locaux, au Plateau.
« Nous avons déjà une demi-douzaine d’employés et 1 200 points de vente – où il faut encore former les commerçants – et des contrats en perspective, notamment auprès d’une entreprise de 3 000 salariés », précise Sébastien Vetter, qui espère voir passer le nombre de ses collaborateurs – une trentaine actuellement – à 400 ou 500 d’ici deux ans.
Après la Côte d’Ivoire, viendront le Burkina Faso et le Mali, avant la fin du premier trimestre 2019. Et l’entreprise compte se déployer dans sept à huit pays avant la fin de l’année prochaine.
La régulation « pas si contraignante »
Interrogé sur la régulation sénégalaise, souvent pointée du doigt comme un blocage par les opérateurs de fintech actifs dans le pays, Sébastien Vetter est loin d’être aussi catégorique : « Même si elle pourrait encore évoluer ou être améliorée, la réglementation sénégalaise n’est pas préjudiciable à notre activité, et c’est même très bien qu’elle existe pour éviter les dérives. Mais il est vrai que c’était plus facile pour nous : notre expertise d’anciens consultants dans le secteur nous permet de maîtriser ce cadre juridique. »
L’entrepreneur reconnaît en revanche avoir dû affronter d’autres difficultés, qui ont mis à l’épreuve sa capacité d’adaptation : « Si l’on compare ce que l’on voulait faire, ce que l’on faisait au lancement de l’entreprise et ce que l’ont fait aujourd’hui, les différences sont criantes. Si on avait campé sur notre idée de départ, on aurait fermé depuis longtemps ! », s’amuse-t-il.
Outre le changement de modèle du B to C au B to B, l’entreprise a, par exemple, dû revoir sa communication pour l’adapter aux réalités du terrain. « Au début, nous étions beaucoup trop panafricains, alors que si on veut toucher les gens au Sénégal, c’est en wolof qu’il faut parler », cite par exemple Sébastien Vetter.
Le choix du smartphone
À la différence d’autres outils de mobile money qui mettent en avant leur capacité à fonctionner sur des téléphones de base, hors connexion, Wizall assume son orientation vers les smartphones. « Il s’agit d’un choix délibéré, car le taux d’équipement est en forte croissance et une application offre bien plus de convivialité et de facilité d’utilisation qu’un système compliqué de textos et de codes », explique Sébastien Vetter.
Cela n’empêche pas les destinataires d’un envoi Wizall non équipés de recevoir leur argent. « Ils peuvent recevoir un message avec un code leur permettant de retirer la totalité de la somme en liquide dans l’un de nos points de vente. Mais ceux qui disposent d’un wallet (portefeuille) peuvent quant à eux choisir de n’en retirer qu’une petite partie ou de l’utiliser en autant d’opérations qu’ils le souhaitent », précise le patron de la start-up.
Le président sortant, Macky Sall, doit être investi samedi 1er décembre par la coalition Benno Bokk Yakaar. Ce sera sa quatrième investiture officielle en tant que candidat à la présidentielle de février 2019, que la coalition au pouvoir clame être gagnée d’avance.
Quatre investitures en moins d’une semaine. Dont la dernière, ce samedi 1er décembre, se veut une cérémonie pour les englober toutes, organisée en grande pompe à la Dakar Arena, le stade flambant neuf inauguré en août dernier à Diamniadio, au cours de laquelle Macky Sall recevra son ultime sacre en tant que candidat à la présidentielle du 24 février prochain, sous l’étendard de la coalition majoritaire Benno Bokk Yakaar.
Macky Sall est rompu à l’exercice. Vendredi, déjà, il a été investi pour « aller chercher un second mandat », à l’occasion du congrès extraordinaire de son parti, l’Alliance pour la République (APR). Nombre de ses partisans étaient réunis pour l’occasion, en présence des cadres du partis, dans les jardins du très chic hôtel King Fahd de Dakar, à la veille de la célébration des dix ans d’existence de l’APR, dans les jardins du très chic hôtel King Fahd de Dakar. L’occasion pour les « apéristes » de renouveler le mandat de leur candidat à leur tête.
Et plus tôt dans la semaine, mardi 27 novembre, il a été investi par le Parti socialiste d’Ousmane Tanor Dieng et par l’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse.
Unité affichée
Un chapelet de cérémonies « nécessaires », selon Mor Ngom, président de la chambre des élus de l’APR. « Il s’agit de représenter le poids et la diversité politique de Benno Bokk Yaakar. Il était important que toutes ces investitures aient lieu. Tous ces partis politiques ont une idéologie différente, mais ils n’ont qu’un seul parti : le Sénégal », plaide celui qui est aussi ministre conseiller à la présidence.
Une unité affichée aussi par le nombre de poids lourds de la majorité présidentielle présents lors de l’investiture vendredi, à l’instar du président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse (AFP), et d’Ousmane Tanor Dieng (PS), qui ont rejoint sur l’estrade les caciques de l’APR et les membres du gouvernement.
« Seule, l’APR avait déjà enregistré 26% des suffrages lors de la présidentielle de 2012. Mais l’alliance avec ses partenaires lui a permis d’obtenir 65% des voix au second tour », a rappelé Andourahmane Ndiaye, secrétaire administratif national de l’APR.
À la tribune, Macky Sall a d’ailleurs pris soin de saluer les membres de sa coalition, remerciant « les leaders politiques d’obédiences diverses, libéraux, nationalistes, progressistes ou encore républicains qui ont accompagné la majorité présidentielle au service du pays ».
Transhumance politique
À dix jours du dépôt des candidatures devant le Conseil constitutionnel, la multiplication des investitures par les principaux partis de la coalition majoritaire entend renforcer le message affiché par le régime. Dans les rangs de « BBY », on se dit en effet serein quant à une réélection du président sortant, et l’on insiste par ailleurs sur la supposée absence de poids de l’opposition.
« Nous montons en puissance », clame El Hadj Hamidou Kassé, ministre conseiller en charge de la communication, qui souligne que de nombreuses autres coalitions, en plus de BBY, ont rejoint et continuent de rejoindre les rangs des soutiens à Macky Sall à l’approche du scrutin.
Dernier ralliement en date, celui d’Abdoulaye Baldé, maire de Ziguinchor, en Casamance, et ancien proche d’Abdoulaye Wade. Un ralliement qui fait couler beaucoup d’encre à Dakar, mais que ni l’intéressé ni le camp présidentiel n’ont pour l’instant officiellement confirmé.
Si la campagne du candidat Macky Sall ne commencera officiellement qu’à compter du 10 décembre, une fois les parrainages clôturés, le rassemblement des « apéristes » et de leurs alliés, vendredi, avait déjà des airs de meeting de campagne avec, en toile de fond, l’idée que la bataille serait déjà gagnée.
Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 14:32
Le Cameroun n’accueillera pas la CAN 2019. La décision n’est pas une surprise, le Cameroun accumulait les retards dans l’organisation que ce soit au niveau des infrastructures, des routes ou encore des hôtels. A quoi il faut ajouter une situation sécuritaire compliquée à cause de Boko Haram à l’extrême-nord et du conflit sécessionniste dans les deux régions de l’ouest. Jusqu’au bout, les autorités se sont montrées confiantes, mais le président de la Caf a éteint les derniers espoirs. La décision fait beaucoup réagir la presse en ligne et les réseaux sociaux.
« C’est comme si le ciel venait de tomber sur toute une nation. » Ces mots de l’ancien entraîneur des Lions indomptables, Jean-Paul Akono, résument bien le sentiment général. Il estime que des garanties avaient été données à la Caf, la Confédération africaine de football, et résume, très amer : « Nous sommes dans la honte, nous avons été traînés dans la boue. »
Sur les réseaux sociaux et dans certains articles en ligne, on retrouve ce samedi matin la photo d’une affiche du président. On y voit Paul Biya, le sourire confiant, à côté de l’inscription : « le Cameroun sera prêt le jour dit, j’en prends l’engagement. »
« Comment peut-on prendre cet engagement et ne jamais se donner la peine de visiter les chantiers ? », s’interroge ce matin le site ActuCameroun qui poursuit « le Cameroun est humilié et se défausser sur les collaborateurs ou une pseudo mafia à la CAF relève d’une pure diversion. »
Le site Camfoot, lui, s’inquiète des dettes contractées et des lourds investissements engagés en vue de cette CAN 2019 et qui ne seront pas renfloués, avant de se demander : « Pourquoi n’a-t-on pas commencé les travaux deux ans plus tôt ? »
Dans la presse en ligne, on attend maintenant une réaction officielle. Le porte-parole du gouvernement doit s’exprimer d’un instant à l’autre. Ce silence en a entraîné un autre hier soir, celui de la CRTV. La télévision et la radio nationales ont tout simplement ignoré la nouvelle.
Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 14:25
Le président sortant de la RDC s’exprime dans les colonnes du quotidien belge Le Soir alors que Joseph Kabila est plutôt avare en interview. Sur quatre pages, il dresse en quelque sorte le bilan de ses dix-sept années de règne et se montre confiant sur l’issue des élections présidentielle et législatives prévues pour le 23 décembre. Enfin, Joseph Kabila égratigne ce qu’il qualifie de « tendance à l’ingérence » de la Belgique à l’égard de son pays.
Avec notre correspondant à Bruxelles, Pierre Bénazet
Le président congolais estime que la République démocratique du Congo n’a pas de « comptes à rendre » au ministre belge des Affaires étrangères. La Belgique n’avait par exemple aucun droit de donner des conseils au Congo pour l’organisation des élections du 23 décembre, ou de soutenir une opposition qu’il estime en quelque sorte « organisée à l’étranger ». Pour Joseph Kabila, il n’appartient pas à la Belgique de faire le choix des dirigeants congolais, de les inviter, de leur « offrir des chocolats ».
Les élections présidentielle et législatives de la fin du mois vont d’ailleurs « bien se passer » selon Joseph Kabila. Il souligne qu’elles ont été organisées souverainement par la seule RDC, et que des observateurs internationaux seront présents, notamment de l’Union africaine, de la Communauté des États d’Afrique centrale ou encore d’Afrique australe.
Et même si l’UE ou les Etats-Unis regrettent que leurs observateurs ne soient pas conviés, leurs rapports n’auraient pas de valeur selon le président congolais car ces rapports sont déjà écrits à l’avance pour critiquer la RDC, explique-t-il.
Joseph Kabila estime aussi que ses 17 années au pouvoir ont apporté stabilisation, réformes et modernisation à la RDC. Il a d’ailleurs bien l’intention après les élections de rester au Congo, où il sera sénateur de droit, où il a ses exploitations agricoles et où il rappelle qu’il est toujours militaire de réserve.
Censées contribuer à faire baisser la tension dans la mise en œuvre des réformes, les élections programmées en décembre risquent au contraire de faire basculer le pays dans un nouveau cycle de violences.
L’opposition togolaise appelle à nouveau ses partisans à manifester dans tous le pays, ce samedi, pour dénoncer les « irrégularités » qui entachent l’organisation de ces scrutins. Jeudi, déjà, dans les rues de Lomé, plusieurs milliers de Togolais ont défilé à l’appel de la coalition de 14 partis de l’opposition (C14) pour exiger l’arrêt du processus électoral relatif à l’organisation des élections locales et du référendum le 16 décembre et des législatives le 20 décembre.
« Nous avons marché pour exprimer notre mécontentement à l’endroit du pouvoir en place. Nous voulons leur dire que le processus électoral, tel qu’il se déroule, doit s’arrêter afin de trouver au préalable un accord pour des élections démocratiques, libres et transparentes », a déclaré Jean-Pierre Fabre, l’un des responsables de la coalition, ajoutant que personne ne peut contraindre l’opposition à aller à de « fausses élections ».
La question de la rétroactivité
La coalition de l’opposition exige notamment la recomposition du bureau de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui fonctionne depuis le début du processus à treize membres, sans les quatre représentants de l’opposition parlementaire.
« À 13 sur 17, le quorum est atteint. L’opposition parlementaire peut nous rejoindre à tout moment sa place y est toujours », soutient pour sa part Kodjona Kadanga, président de la CENI.
Douze personnes soupçonnées d’appartenir au groupe jihadiste État islamique ont été arrêtées dans le cadre de l’enquête sur un attentat-suicide perpétré en octobre à Tunis, a annoncé vendredi 30 novembre le ministère de l’Intérieur.
L’attaque était la première à frapper la capitale tunisienne depuis novembre 2015. Elle n’avait pas été revendiquée mais selon les autorités, la kamikaze avait prêté allégeance à l’État islamique (EI).
Dans le cadre de l’enquête sur cet attentat, la police a arrêté 12 personnes soupçonnées d’appartenir à l’EI, a indiqué un porte-parole du ministère de l’Intérieur dans un communiqué, sans préciser où et quand les arrestations avaient eu lieu, ni les liens des suspects avec l’auteur de l’attentat.
Selon lui, la kamikaze avait eu des contacts avec des responsables de l’EI « à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et échangé avec eux via internet ». Ces derniers lui avaient montré comment fabriquer un engin explosif, et elle avait ensuite fabriqué seule celui utilisé dans l’attentat, a-t-il ajouté.
« Des cellules dormantes démantelées »
Les enquêteurs ont saisi « une grande quantité de produits explosifs et chimiques, ainsi qu’un drone », et ont « démantelé quatre cellules dormantes takfiristes (extrémistes NDLR) dans plusieurs régions », selon la même source. Un laboratoire produisant des explosifs et des composants électroniques a également été découvert à Raoued, dans la banlieue de Tunis.
Plusieurs groupes extrémistes armés sont retranchés dans des massifs montagneux de l’ouest tunisien, frontaliers de l’Algérie.
Dans un autre communiqué, le ministère a indiqué qu’une patrouille de police avait été prise pour cible jeudi soir par un groupe armé à Kasserine, ville marginalisée de l’ouest du pays, et qu’un passant avait été blessé par balles.
L’attaque a été revendiquée par l’EI sur l’agence Amaq, outil de propagande de l’organisation jihadiste.
Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 11:30
Le festival de musique « Africa Fête », qui existe depuis près de 18 ans, navigue entre la France et le continent africain, notamment au Sénégal. Cette année, Inna Modja présente pour deux concerts. La chanteuse malienne a joué jeudi soir à Dakar et elle sera ce samedi soir 1er décembre à Saint Louis en concert gratuit.
« La vie est belle… »
A 34 ans Inna Modja peut continuer à planer et à rêver car tout sur ce qu’elle touche, compose, créé, écrit, se diffuse partout dans le monde. Et sa musique métissée vient en partie de son père. « Il me faisait écouter ses vinyles. Donc ça allait de Miriam Makeba à Nina Simone, à Salif Keïta, à Edith Piaf… C’est un des souvenirs que je chéris le plus. »
Parfois complexe à comprendre tant les sons pourtant si différents se mêlent, cette ouverture sur le monde d’Inna Modja vient aussi de sa famille. « On n’est pas fermés d’esprit. Parce que ma mère est Guinéenne, et la Guinée c’est le bues mandingue. Mon père est du nord du Mali, c’est le blues du désert. »
Si elle vit en Europe, Inna Modja reste accrochée à son continent. Son prochain disque a d’ailleurs été enregistré en le traversant d’ouest en est, du Sénégal à l’Ethiopie. « Dans ce voyage-là, emmener le désert blues d’un endroit à l’autre, parce qu’on a beaucoup de similarités dans nos musiques et aussi beaucoup de différences… Je pense que je suis arrivée à quelque chose qui me plaît. »
La chanteuse malienne Inna Modja joue ce samedi soir place Faidherbe à Saint-Louis.