Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 03:18
La Cour suprême a rendu ce vendredi 30 novembre son verdict sur les derniers contentieux relatifs aux élections locales du 13 octobre dernier. La chambre administrative de la haute instance a décidé de l’annulation de quatre autres communes. Les électeurs devront reprendre le chemin des urnes dans les trois prochains mois.
Ce vendredi, la chambre administrative de la haute instance a annoncé la reprise des élections dans les villes de Bingerville, Rubino, Boko et surtout la cité balnéaire Grand-Bassam. Pour cette dernière, ce sont les électeurs de la 36e circonscription qui doivent retourner aux urnes.
L’ancienne capitale ivoirienne avait fait l’objet de fortes tensions durant plusieurs jours à l’annonce des résultats, qui donnait vainqueur le candidat du RHDP, la coalition au pouvoir, au détriment de son challenger du PDCI.
Pour ce qui est de la cinquantaine de recours restants étudiés, la Cour suprême les a soit rejetés, soit jugés irrecevables. Dans la région du Moronou, qui avait élu Pascal Affi N’Guessan, le président de la branche officielle du FPI, la requête de son adversaire a été jugée recevable mais partiellement fondée. L’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo reste donc à la tête de la région.
En comptant les décisions de la Cour de la semaine dernière, ce sont donc six communes et deux régions au total qui sont rappelées aux urnes dans un délai de trois mois.
Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 01:53
Arrivé en troisième position au premier tour de l’élection présidentielle avec moins de 9% des voix, la réaction du candidat HVM éliminé de la course à sa succession était fortement attendue. Hier soir, à 19h30, dans une allocution pré-enregistrée de huit minutes, il s’est exprimé sur deux chaînes privées de télévision. Il a annoncé ne soutenir personne au second tour, faisant ainsi taire les rumeurs qui courraient depuis deux semaines sur un possible ralliement au candidat Ravalomanana.
C’est de son salon, en costume gris sans cravate, regard face caméra, que Hery Rajaonarimampianina s’est exprimé pour la première fois depuis l’annonce officielle des résultats mercredi. « Nombreux sont les défis que j’ai lancés pour sauver Madagascar. Certains ont été relevés, d’autres sont en cours de réalisation. Pour d’autres encore, il y a eu des défaillances, pour diverses raisons. Personne n’est pas parfait, j’ai commis des erreurs. Et je m’excuse sincèrement si je vous ai blessés », a-t-il déclarés.
Un bilan qu’il estime positif, donc, et un mea culpa. Puis vient le moment que tous attendaient. Celui des consignes de vote. Et comme un énième pied de nez lancé à ses adversaires, Hery Rajaonarimampianina n’en donnera pas : « Mes chers compatriotes, je me suis considéré comme le père du peuple malgache durant mon mandat. Et je continuerai d’agir de la sorte. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de ne soutenir aucun des deux candidats pour le second tour. […] J’exhorte tous les citoyens à protéger leurs choix. Que Dieu vous bénisse ! »
Côté Ravalomanana, « on s’attendait à cette réaction », assure-t-on. Serge Zafimahova, conseiller du candidat numéro 25, affirme qu’il s’agit de la voix d’un seul homme. « Mais sur le terrain, poursuit-il, toute sa base est en train de rallier Ravalomanana. 80% des maires, sénateurs ou conseillers municipaux HVM nous ont déjà assuré de leur soutien. »
A trois jours du début de la campagne du second tour, les tractations pour les reports de votes sont plus que jamais au coeur des stratégies des deux prétendants au poste de la magistrature suprême.
Publié le 01-12-2018 Modifié le 01-12-2018 à 01:42
Ce samedi 1er décembre marque la 30e édition de la journée mondiale de lutte contre le Sida. Si des progrès considérables ont été faits en trente ans, la situation n’est pas maîtrisée pour autant. Selon l’Onusida, sur les près de 37 millions de personnes infectées, un quart ne le sait pas.
« Savoir c’est pouvoir, connais ton statut ! » Tel est le mot d’ordre martelé par l’Onusida qui présentait il y a quelques jours son rapport annuel à Abidjan.
En 2018 dans le monde, l’agence onusienne estime à 9,4 millions le nombre de personnes qui ne savent pas qu’elles sont infectées, qui ne se font donc pas soigner, et sont par définition de potentiels vecteurs de transmission. « Savoir son statut sérologique est le départ de tout parce qu’aujourd’hui, on sait que lorsqu’on est séropositif et que l’on arrive à vous mettre sous traitement tout de suite, on peut contrôler l’activité de virus dans le sang. C’est pour cette raison-là qu’on insiste sur le dépistage comme un droit, et il faut aller vers des formes d’optimisation de ce dépistage en allant vers les communautés, en faisant en sorte que l’auto-test devienne une réalité. Et puis surtout se battre contre la stigmatisation, la discrimination », argue Michel Sidibé directeur exécutif de l’Onusida.
Si 22 millions de personnes bénéficient aujourd’hui d’un traitement antirétroviral, Michel Sidibé déplore une baisse d’engagement financier dans beaucoup de pays dans la lutte contre le Sida. « On est un peu victimes de nos succès. On n’a plus les ressources. Nous avons cinq milliards de déficit annuel. Si les investissements ne continuent pas, on risque d’avoir un rebond de l’épidémie. Ou bien l’on paye aujourd’hui, on bien on paiera pour toujours. »
« On baisse la garde, le danger c’est la complaisance », dénonce le patron de l’Onusida.
Au Tchad, 110 000 personnes vivent avec le virus et 5 800 autres sont infectées chaque année selon les dernières données de l’Onusida. Le Tchad est classé parmi les cinq pays d’Afrique de l’ouest et centrale les plus touchés par le Sida. La première dame Hinda Déby Itno a même été nommée ambassadrice spéciale de l’Onusida.
Des ONG et associations ont donc lancé un mois de lutte contre cette maladie. Au programme des ateliers d’informations, des pièces de théâtre pour sensibiliser aux comportements à risque. Mais aussi des dépistages faits en pleine rue par des équipes mobiles. Elles sont déployées dans 25 sites sensibles de la capitale tchadienne. Objectif dépister 15 000 adolescents durant toute la campagne qui se terminera le 31 décembre.
En plein coeur du quartier Chagoua, deux infirmières sont installées simplement sur des bancs. Elles effectuent des tests de dépistage du VIH. Mode d’emploi avec Judith Lasangue. « Je prélève le sang avec cette aiguille, je mets l’échantillon là-dedans et après je donne les résultats. C’est très rapide, ça ne fait pas mal », explique-t-elle.
Autour d’elles, c’est l’effervescence. Une trentaine d’adolescents qui attendent leur tour. Comme Sadi Ahmat Abdelkerim, 16 ans. « J’ai décidé de faire le test pour ma santé, pour savoir si j’ai le Sida ou non, explique-t-il. Je n’ai pas eu de comportements à risque mais je pense que c’est mieux de savoir. »
Au Tchad, le taux de prévalence du VIH a été divisé par deux depuis 2005. Des résultats encourageants, sauf chez les adolescents. Explications Désiré Ngarti Ngarhingar, président de l’ONG Solidarité des jeunes pour la formation et le développement : « Il y a la question de l’éducation, il y a un manque de dialogue familial qui fait que les jeunes apprennent certaines attitudes des comportements aux risques. Dans certains milieux, on estime que c’est inadmissible de montrer aux jeunes l’utilisation du préservatif. »
Les traitements contre le VIH sont gratuits au Tchad. Et disponibles dans une soixantaine de centres de santé du pays.
En Afrique du Sud, le Sida persiste à la faveur des inégalités économiques
En Afrique du Sud, d’immenses progrès ont été fait pour limiter la transmission du VIH de la mère à l’enfant, en dépistant systématiquement les femmes enceintes et en plaçant les mères séropositives sous traitement.
En revanche, comme au Tchad, les adolescents restent extrêmement vulnérables, particulièrement les jeunes filles. Neuf femmes entre 15 et 24 ans sont infectées par le VIH toutes les 60 minutes en Afrique du Sud, soit 1500 chaque année. Une étude juste publiée, l’Unicef estime qu’au rythme actuel, 80 adolescents mourront chaque jour du Sida en 2030 si rien n’est fait pour mieux cibler cette population dans les programmes de prévention.
A 18 ans, Saidy Brown a écrit une lettre au VIH, le virus qui a bouleversé sa vie d’adolescente. La jeune fille avait découvert quatre ans plus tôt qu’elle était séropositive depuis la naissance. Elle a depuis décidé de prendre la parole, pour combattre les préjugés, encore très forts : « Une fois que nous serons débarrassés de la stigmatisation de la société, il sera plus facile de s’accepter comme séropositif et aussi d’entrer dans une clinique pour se faire dépister. »
Saidy Brown estime que le Sida est encore trop souvent associé à l’idée d’une sexualité débridée ou libertine, alors que la pauvreté est un important facteur de risque selon elle : « Il y a des scénarios où une jeune fille est dans une relation avec un homme plus âgé, ou juste avec une personne qui peut payer pour elle. Et il n’est pas facile de négocier du sexe protégé avec quelqu’un qui a le pouvoir dans la relation. »
Un programme de prévention appelé argent et soin a été mis en place dans plusieurs pays africains. Il s’agit de verser une somme allant de 1 à 10 dollars par mois aux adolescentes qui poursuivent leurs études. « Il y a cette idée qu’en donnant de l’argent aux jeunes filles, en particulier, on peut briser le cercle vicieux de la pauvreté, explique le docteur Chafik Essajee. Et s’assurer qu’elles vont se soigner, ou qu’elles vont adhérer plus facilement aux programmes de prévention. Et cela a un vrai impact. Pas seulement sur la prévention du VIH, mais sur tous les objectifs de développement. »
Mais pour protéger les femmes, il faut aussi éduquer les hommes, rappelle le docteur.
La Confédération africaine de football a finalement retiré l’organisation de la prochaine Coupe d’Afrique des nations au Cameroun. Une aubaine pour le Maroc…
C’est une importante délégation marocaine conduite par Fouzi Lakjaâ, le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), qui s’est envolée, jeudi 29 novembre, en direction de la capitale ghanéenne, Accra, pour assister au comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF).
Plus de doute dès jeudi
À peine le pied posé sur le tarmac, on se réjouissait déjà, au sein de la délégation, des chances du royaume d’accueillir la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en juin prochain. Car pour les Marocains, le retrait de l’organisation de la compétition footballistique la plus prestigieuse du continent au Cameroun ne faisait déjà plus de doute.
Et pour cause : les retards accusés par le pays dans la réalisation des infrastructures nécessaires à l’accueil de la CAN sont connus depuis plusieurs mois, et ont même été explicitement pointés du doigt lors du dernier comité exécutif de la CAF, fin septembre, à Charm el-Cheikh.
Vendredi, à Accra, l’affaire a été tranchée définitivement : le Cameroun est officiellement hors-jeu et un nouvel appel à candidatures a été lancé. Dans un tel contexte, le Maroc fait figure de favori. Le royaume a en effet plusieurs atouts à faire valoir. Un dossier quasiment ficelé, puisque le pays s’était porté candidat à l’organisation du Mondial 2026 – attribué in fine au trio nord américain Canada, États-Unis et Mexique -, et des infrastructures déjà opérationnelles répondant aux normes exigées par la CAF.
Faire oublier le désistement de 2015
L’organisation de la CAN 2019 par le Maroc serait en outre une belle revanche pour le royaume, qui n’a plus abrité cette compétition depuis 1988. Lors de la CAN 2015, le Maroc s’était désisté, évoquant alors le risque sanitaire de propagation du virus Ebola, qui faisait des ravages sur le continent.
Un faux bond qui avait valu au royaume des sanctions de la part de la Confédération africaine. Mais depuis, la direction de la CAF a changé. L’arrivée du Malgache Ahmad Ahmad, réputé proche du royaume, s’est accompagnée d’un renforcement de la représentativité marocaine au sein des organes de l’instance continentale.
La phase finale de la Coupe d’Afrique des nations 2019 (15 juin-13 juillet) n’aura pas lieu au Cameroun, a décidé la Confédération africaine de football (CAF), ce 30 novembre 2018 à Accra. Le Comité exécutif (ComEx) de la CAF estime que les Camerounais ne seront pas prêts à temps pour organiser la CAN 2019. Le ComEx va lancer un appel à candidature pour trouver un nouveau pays-hôte.
Cette fois, c’est officiel : après 20 mois de polémiques, la Confédération africaine de football (CAF) a bel et bien retiré au Cameroun l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations 2019. La phase finale de la CAN 2019 (15 juin-13 juillet) aura par ailleurs lieu dans un autre pays, suite à un rapide appel à candidatures. Ainsi en a décidé le Comité exécutif (ComEx) de la CAF, réuni ce 30 novembre 2018 à Accra, en marge de la Coupe d’Afrique des nations féminine.
Une source proche du président de la CAF a indiqué à RFI que la Confédération étudiait un éventuel report de la compétition au Cameroun à 2021. Dans cette hypothèse, la Côte d’Ivoire organiserait la CAN en 2023… Le cas de la Guinée, censée être la terre d’accueil de la CAN 2023, n’a en revanche pas été abordé.
Trop d’incertitudes aux yeux de la CAF
Ce vendredi, le ComEx a étudié un rapport dressé par sa Commission d’organisation de la CAN. Il s’agit d’une synthèse des deux dernières inspection faites au Cameroun en octobre/novembre. Les conclusions ne sont pas bonnes pour le Cameroun, qui a pourtant mis les bouchées doubles ces derniers mois, dépensant des dizaines de milliards de francs CFA pour être prêt dans les temps.
Peu après son élection en mars 2017, Ahmad, le président de la CAF, avait pointé du doigt les nombreux retards constatés du côté camerounais. Le fait que le format de la CAN ait changé, avec davantage d’équipes présentes et de matches à disputer, avait accentué l’inquiétude du Malgache. Mais son discours s’était adouci, notamment après une entrevue avec le président camerounais, Paul Biya. Le patron du football africain était ainsi passé de menaces de retrait pur et simple à peine voilées, à une invitation à accepter un report du tournoi.
L’Afrique du Sud, l’Egypte et le Maroc à la lutte ?
Le Comité exécutif a demandé aux pays intéressés par la CAN 2019 de se signaler rapidement. Un cabinet d’audit sera chargé de désigner le remplaçant du Cameroun, avant la fin du mois de décembre.
D’après nos informations, les Egyptiens auraient, comme les Sud-Africains, déjà manifesté leur intérêt, contrairement aux Marocains, plus prudents mais souvent cités en recours depuis 2017. L’Egypte a déjà accueilli quatre fois la CAN (en 1959 avec la Syrie, en 1974, en 1986 et en 2006). Oussama Ismaïl, porte-parole de la Fédération égyptienne de football, a confié à RFI : « Nous sommes intéressés par l’opportunité d’organiser la Coupe d’Afrique des nations. Nous n’allons pas dire non. L’Egypte est toujours prête à accueillir ce genre d’événements. Nos stades militaires et civils pourront accueillir de fortes affluences de supporters en toute sécurité. »
Deux candidats semblent toutefois se dégager : l’Afrique du Sud et le Maroc. Les Sud-Africains et les Marocains disposent a priori de la stabilité et des infrastructures pour accueillir cette première Coupe d’Afrique des nations élargie, avec 24 équipes et 52 matches au lieu de 16 équipes et 32 rencontres. Le pays de Nelson Mandela peut évidemment compter sur les dix stades de la Coupe du monde 2010.
La quatrième CAN de suite à être déplacée
La CAN 2019 est donc la quatrième phase finale de suite à changer de pays hôte. La CAN 2013 devait avoir lieu en Libye mais avait été confiée à une Afrique du Sud censée abriter l’édition 2017. La CAN 2015 avait été retirée au Maroc et la Guinée équatoriale avait été appelée à la rescousse. Et la CAN 2017 d’abord attribuée à l’Afrique du Sud, puis à la Libye, avait finalement eu lieu au Gabon…
« Le football en Afrique dépend de nos gouvernements. Mais notre priorité est de préserver l’intérêt de nos acteurs et surtout nos joueurs. Je ne sais pas s’il existe des statistiques, mais beaucoup ont été blessés lors des CAN pour des raisons de conditions d’organisation », a déclaré le président Ahmad.
C’est une trouvaille qui pourrait remettre en cause le titre de « berceau de l’humanité » de l’Afrique de l’Est. Une équipe de chercheurs publie dans la revue Science les résultats de fouilles archéologiques menées en Algérie, au cours desquelles ils ont trouvé des outils façonnés par une main humaine il y a 2,4 millions d’années. C’est presque aussi vieux que les plus anciens jamais découverts, en Ethiopie.
Ils n’ont pas l’air de grand-chose ces galets en calcaire et ces silex. Et pourtant, ils ont quatre particularités qui les rendent très intéressants aux yeux des paléontologues. Tout d’abord, ils sont vieux : 2,4 millions d’années. Ce sont également des outils, car il apparaît qu’ils ont été façonnés, biseautés, par des mains humaines, ce qui en fait parmi les plus vieux jamais découverts. Ils ont par ailleurs été utilisés, puisque des cadavres d’animaux dépecés et frappés ont été dénichés non loin. Enfin, et plus surprenant encore, ils se trouvent là où on ne s’attendait pas du tout à les voir, non loin de Sétif, à 300 kilomètres à l’est d’Alger.
Pourquoi est-ce surprenant ? Parce qu’on avait déjà découvert des outils, plus vieux encore et les plus anciens jamais trouvés : 2,6 millions d’années. Mais c’est à 5 000 kilomètres de là, sur le site de Gona, en Ethiopie. « Il y a deux explications possibles », avance Mohammed Sahnouni, qui a dirigé ces fouilles. « Soit il y a eu une migration très rapide des premiers humains depuis l’Afrique de l’Est en direction de l’Algérie. Soit ce sont les populations qui vivaient en Algérie à l’époque qui ont développé par elles-mêmes la technologie pour façonner des outils. On aurait alors une origine multiple de l’émergence de la technologie lithique et l’adoption d’un régime alimentaire basé sur la consommation de viande ».
Une courte différence d’âge de 200 000 ans
En l’état actuel des recherches, il est impossible de trancher entre ces deux hypothèses. Ceci dit, le cœur de Mohammed Sahnouni et de son équipe a sa préférence : « La différence d’âge entre les outils éthiopiens et algériens est très courte, 200 000 ans. Ce n’est pas suffisant pour une migration depuis l’Afrique de l’Est vers le Nord en parcourant plus de 5 000 kilomètres, avec toutes les entraves. Si on considère également la démographie de ces premiers humains, c’est compliqué : il s’agissait de groupes très restreints ne dépassant pas 15 individus. C’est pour ces raisons que nous favorisons la deuxième hypothèse. » Le chercheur reste cependant prudent : « La première n’est pas à exclure non plus ! ».
Si Mohammed Sanhouni et son équipe ne se trompent pas, le scénario plaçant l’Afrique de l’Est comme « berceau de l’humanité » s’en trouverait chahuté. Reste cependant à savoir à partir de quand l’humanité est devenue humanité.
L’émergence du genre Homo, dont Homo sapiens est le dernier représentant, est considérée comme point de départ. C’est l’apparition d’Homo habilis, nommé ainsi pour sa capacité à faire des outils, il y a justement 2,5 millions d’années environ qui marquerait le début. Si cette capacité est apparue à plusieurs endroits au même moment comme le pense Mohammed Sanhouni, l’Afrique de l’Est perdrait alors son titre. Si on remonte plus loin dans le temps en revanche, il n’y a alors plus lieu de discuter : les australopithèques, qui ne sont pas des hommes, mais dont l’homme est descendu, sont, en effet, en l’état actuel des connaissances, originaire de l’Afrique de l’Est. Cette fois, pas de doute possible, les plus vieux fossiles découverts ont environ 4 millions d’années.
Vous devez vérifier votre adresse email pour finaliser votre inscription. Consultez votre boite mail pour valider votre adresse en cliquant sur le lien figurant dans le mail de confirmation ou entrez à nouveau votre adresse email pour recevoir une nouvelle fois le mail de confirmation.
Nous vous avons envoyé un email de confirmation à l’adresse suivante {* emailAddressData *}. Merci de consulter votre boîte de réception et de cliquer sur le lien pour activer votre compte..
Nous vous enverrons un lien pour créer un nouveau mot de passe
Publié le 30-11-2018 Modifié le 30-11-2018 à 18:42
C’est une fuite sans précédent. Des milliers de pages de documents confidentiels des Nations unies relatifs à l’assassinat de deux experts mandatés par le Conseil de sécurité. Michael Sharp et Zaida Catalan avaient été chargés d’enquêter sur les violences en République démocratique du Congo. Les « Congo Files » documentent les pistes et options levées par les enquêteurs ainsi que les multiples entraves qu’ils ont rencontrées entre mars 2017 et septembre 2018. Leur exploitation a fait l’objet d’une collaboration entre plusieurs médias internationaux : RFI, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT. Ces documents révèlent notamment le rôle trouble joué par certains officiers de l’armée.
Kananga, capitale du Kasaï Central, province tourmentée de la République démocratique du Congo (RDC). Le 25 mars 2017 à 16h20, l’un des enquêteurs de l’ONU chargé de retrouver les experts disparus quinze jours plus tôt reçoit un SMS. Son auteur, Jean Bosco Mukanda. Rien d’inhabituel là-dedans : l’enseignant du village-paroisse de Bunkonde, ancien chef de milice et proche de l’armée congolaise, s’est imposé comme la principale source d’information des Nations unies sur le tragique destin de l’Américain Michael Sharp et de la Suédo-Chilienne Zaida Catalan, il « serait un témoin oculaire » de leur meurtre, précise-t-on sobrement dans le rapport transmis ce jour-là par l’équipe de recherche.
Cette équipe de deux enquêteurs est déployée depuis neuf jours par la Mission des Nations unies au Congo (Monusco) pour aider le bureau de Kananga, aux ressources limitées, à trouver des pistes censées guider les casques bleus et les policiers onusiens. En cette fin du mois de mars, le binôme a perdu espoir de retrouver les experts en vie et soupçonne déjà son meilleur informateur d’avoir été plus qu’un témoin passif de l’assassinat. Jusqu’ici, Jean Bosco Mukanda ne leur a jamais révélé le lieu où Michael Sharp et Zaida Catalan étaient enterrés. Mais ce jour-là, le message qui arrive sur leur téléphone leur offre une nouvelle piste : l’arrestation d’un « garçon milicien », Marcel Tshibue Bibomba, qui pourrait, selon Jean Bosco Mukanda, les conduire jusqu’aux corps de leurs deux collègues.
Treize minutes après le SMS de M. Mukanda, l’équipe reçoit un appel du capitaine « Jobe Bayiranga(en phonétique), commandant en second du 53ème bataillon FARDC basé à Bunkonde [qui] dépend de la 5ème Brigade ». Le capitaine Jove Balianga, de son vrai nom, est avec l’empressé Jean Bosco Mukanda. L’officier congolais lui passe son téléphone. M. Mukanda raconte alors aux enquêteurs onusiens avoir enfin obtenu des précisions sur le lieu où les experts sont enterrés. Cet appel est consigné dans les « Congo Files » auxquels RFI, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise SVT ont eu accès. Ces milliers de pages de documents confidentiels de l’ONU révèlent les démarches entreprises et les entraves subies dans les enquêtes de l’ONU entourant la mort de l’Américain Michael Sharp et de la Suédo-Chilienne Zaida Catalan.
EXCLUSIVE: After two U.N. experts were murdered in Congo last year, a U.N. panel concluded they had stumbled into a random ambush. But evidence now suggests they may have walked into a government trap. https://t.co/J1e8KRQYsZ
Les enquêteurs dépêchés par la Monusco mettront plus de quinze jours à retrouver les corps de leurs deux collègues, faute d’une carte à jour, noyés sous un flot incessant d’informations contradictoires. Pourtant l’ONU a très vite su que les deux enquêteurs du Conseil de sécurité avaient disparu en ce 12 mars 2017 sur la route de Bunkonde.
Quelques heures après le premier message d’alerte, le lundi 13 à 8h56, le chef du bureau de l’ONU à Kananga envoie un « flash report » donnant pour mort Michael Sharp et Zaida Catalan : « Ils auraient été tués par des présumés miliciens dans la région de Bunkonde, territoire de Dibaya ». Il mentionne même Moyo Musuila, la petite localité près de laquelle les corps seront finalement retrouvés.
Si le 13 mars au matin, à Kananga, le sort des experts semble certain, dans les jours qui suivent, plusieurs sources démentent à l’ONU la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan. Parmi elles, il y a un certain Pascal Mutombo, qui se présente comme le frère d’un prêtre de Bunkonde. C’est grâce à lui que la Monusco mettra la main sur « Patrick Alpha » et la vidéo du meurtre de Michael Sharp et Zaida Catalan.
Parmi ces sources également, les capitaines Balianga et Mbwara, les deux officiers basés à Bunkonde qui sont en contact quasi quotidien avec Jean Bosco Mukanda et ne font pas mystère de leur collaboration avec lui. Le capitaine Jove Balianga est même l’une des premières personnes que l’ancien chef de milice, aujourd’hui inculpé pour dans ce dossier, a prévenu dans les minutes qui ont suivi la mort des deux enquêteurs du Conseil de sécurité de l’ONU.
Le 16 mars 2017, la Monusco est bien décidée à dépêcher, en plus de casques bleus uruguayens trop peu nombreux pour mener les opérations de recherche, un détachement de forces spéciales tanzaniennes, spécialement venues de l’est. Mais les deux officiers congolais en poste à Bunkonde mettent l’ONU en garde : les deux experts « ont été kidnappés, mais ils sont toujours en vie ». Les deux comparses proposent même de mener une mission de reconnaissance pour chercher des « preuves de vie ». « Considérant la mention répétée que les deux experts seraient en vie, tout accroissement de la présence de la Monusco au sol, notamment par le biais de patrouilles dans le secteur où ces derniers seraient potentiellement détenus, pourrait présenter un risque pour leur sécurité », conclut le rapport quotidien de l’équipe de recherche daté du 16 mars.
Vingt-quatre heures plus tard, c’est un complet revirement. Les mêmes officiers confirment que Michael Sharp et Zaida Catalan sont morts, prenant de court leurs interlocuteurs. Ils n’expliquent rien, ils confirment, c’est tout. Et quand le soir même, une patrouille des casques bleus uruguayens arrive enfin dans les environs de Bunkonde, c’est encore sur l’incontournable Jean Bosco Mukanda qu’elle tombe, les villages environnants semblent avoir été désertés.
Les deux officiers de Bunkonde
Les informations livrées par Jean Bosco Mukanda s’avèrent exactes. Les deux corps mal enfouis sont finalement retrouvés. La police des Nations unies (UNPOL) décide de son propre chef d’ouvrir une enquête. Rompue aux procédures, elle se met directement en rapport avec l’officier de police de judiciaire de Bunkonde. Cet entretien, les policiers onusiens le racontent dans leur rapport du 7 avril 2017 : « Ce dernier nous a confirmé (après avoir reçu un coup de fil du capitaine Mbwara) qu’il a auditionné deux éléments [des milices Kamuina Nsapu] qui ont été arrêtés par le dénommé Jean Bosco Mukanda, enseignant à l’école catholique de Bunkonde, en collaboration avec le capitaine Mbwara ». Dans cette note confidentielle, les policiers onusiens expliquent que l’un des deux, le seul qui semblait véritablement lié au dossier, s’est évadé le 2 avril avant que la Monusco n’ait l’autorisation de procéder à son transfert.
Plus étrange encore, selon l’UNPOL, le président de la société civile locale avait été « invité par le capitaine Jove Balianga » à écouter les confessions du dénommé Marcel Tshibue Bibomba. L’entrevue a eu lieu au quartier général des FARDC à Bunkonde. Devant les militaires, des policiers et Jean Bosco Mukanda, le détenu débite une histoire qui accrédite la version des autorités congolaises, à savoir que des miliciens sont responsables de cet assassinat.
L’information restera de deuxième main. Le « garçon milicien » ne sera jamais retrouvé. Dans un rapport daté de la mi-mai, après plusieurs entretiens croisés, la police des Nations unies s’agace de l’absence d’enquête sérieuse de la justice militaire congolaise sur les conditions de l’évasion de Marcel Tshibue Bibomba. Le capitaine Mbwara « qui a joué un rôle important dans la supposé évasion » et Jean Bosco Mukanda « qui a participé à sa libération » n’ont jamais été auditionnés. L’ONU devra se contenter de l’arrestation de quatre policiers, seuls blâmés pour l’opportune évasion d’un acteur peut-être clef mais sans contradicteur.
Le capitaine Jove Balianga, chef de poste à Bunkonde, dit faire partie de l’ancienne 5e brigade des FARDC, celle qui était autrefois dirigée par le colonel Kasikila, un officier rendu célèbre pour avoir dénoncé en 2005 l’existence de fosses communes dans l’est du Congo et qui, pour cela, a immédiatement perdu son commandement. Au Kasai, dix ans plus tard, les militaires de la « 5e brigade » ne sont plus considérés comme les héros d’un combat perdu d’avance contre l’impunité.
Après des années de brassage, cette unité – composée d’un mélange hétéroclite d’anciens de l’armée de Mobutu et de rebelles de l’est qui l’ont renversé – est à son tour soupçonnée d’être responsable de l’apparition des fosses communes dans la zone coutumière du chef insurgé Kamuina Nsapu. Ce sont ces mêmes militaires qui le 12 août 2016 partent à l’assaut de sa maison. Ce chef coutumier, Jean Prince Mpandi, sera tué, son corps mutilé, un crime à l’origine du soulèvement populaire qui dépassera les frontières de son royaume et du Kasaï Central.
Depuis, les anciens de la 5e brigade sont soupçonnés de plusieurs massacres, notamment à Mwanza Lomba en décembre 2017 et à Tshimbulu en janvier et février 2017. RFI a pu obtenir six vidéos d’exactions qui leur sont attribuées, toutes tournées par des militaires. Quand le 8 mars 2016, quatre jours avant le meurtre des experts, le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, le prince jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein, réclame une commission d’enquête indépendante, c’est avant tout pour enquêter sur les crimes qui se sont déroulés dans la zone de déploiement de cette unité. Depuis janvier 2017, ces militaires sont soupçonnés d’avoir tiré à coups de lance-roquettes sur de présumés miliciens Kamuina Nsapu, des femmes et des enfants pour la plupart, armés pour la plupart de bâtons, de couteaux et de quelques fusils de chasse traditionnels.
L’unité de Nkonko Tshiela
Les policiers onusiens se placent dans les pas des deux experts, ils retracent notamment le trajet qu’ils ont parcouru le jour de l’assassinat. Sur différentes cartes, ils signalent les positions de l’armée par lesquelles Michael Sharp et Zaida Catalan ont nécessairement dû passer. Car le jour du meurtre, les deux experts de l’ONU auraient forcé l’un des barrages de l’armée dans cette même localité de Nkonko Tshiela. Les militaires n’auraient pas engagé de poursuite et n’auraient appris que bien plus tard l’assassinat des enquêteurs du Conseil de sécurité de l’ONU, c’est la version officielle de l’armée congolaise.
Le capitaine Hamuli Baguma, « chef de la position du 2101 régime d’infanterie basé à Nkonko Tshiela » est interrogé par les enquêteurs onusiens. Presque un mois après le meurtre, il leur dit se souvenir du passage des trois motos le matin du 12 mars 2017, sans être en mesure d’en préciser l’heure, deux « Boxer bajaj et une Yamaha, couleurs rouge et bleue » qui transportaient « deux Blancs et un homme noir ». Le capitaine Hamuli Baguma décrit l’équipage à grands renforts de détails, se souvenant même de leurs « petits sacs à dos » qui ne seront jamais retrouvés. Le chef de poste de Nkonko Tshiela dit se rappeler même de quatre motards qui seraient passés quelques temps après les experts. Mais il dément toute velléité de poursuites. Le capitaine Hamuli assure que lui et ses quinze soldats n’avaient pas de moyens de déplacement. « C’est une position statique », insiste l’officier congolais. Ce dernier jure que jusqu’à Bunkonde, la route est entièrement contrôlé par les miliciens Kamuina Nsapu.
Cette version est d’autant plus surprenante pour l’UNPOL que trois jours après le meurtre, une mission, composée de policiers onusiens et de membres de la section des droits de l’homme, avait tenté d’emprunter la même route que celle des experts. Les enquêteurs de l’ONU qui cherchaient à confirmer l’existence de fosses communes ont tous, ou presque, rapporté des entraves, actes d’intimidation, menaces ou même mises en joue de la part des militaires déployés à proximité. La mission de Nkonko n’avait pas fait exception. Les policiers onusiens rapportent dans leur note confidentielle du 17 avril 2016 que le convoi de l’ONU a été « bloqué dans ses enquêtes sur les fosses communes par du personnel militaire près de l’école des officiers FARDC » de Nkonko qui serait « le site d’enfouissement des victimes des affrontements à Tshikaji de novembre 2016 ».
L’UNPOL remet le sujet sur la table dans sa note confidentielle du 3 mai 2017. Les policiers onusiens s’étonnent ouvertement de l’attitude que l’armée congolaise prétend avoir adoptée : « Pourquoi les militaires ont-ils essayé d’arrêter les trois motos le 12 mars (…) ? Mais elles continuent ensuite dans une zone Kamuina Nsapu, les experts sont tués et rien n’est fait ? » Entre mars et septembre 2017, les équipes d’enquête de la Monusco qui se sont succédé notent plusieurs faits troublants dans les agissements d’un groupe d’officiers autour de la date fatidique du 12 mars.
Avant même que l’ONU n’ait eu la certitude que ces experts avaient été tués, un haut gradé de l’armée congolaise avait partagé mi-mars ses doutes, il avait « suggéré de regarder du côté des FARDC et de l’ANR comme de possibles causes de la disparition de nos collègues ». Mais ce jour-là, les enquêteurs des Nations unies prennent leur distance avec les informations fournies. Ils précisent que « tout n’est peut-être pas juste, qu’il s’agit d’une seule source ». « Sans avoir présenté des preuves de ce qu’il avançait », cette gorge profonde signale des mouvements suspects parmi certains responsables des forces et services de sécurité, le week-end du meurtre, comme la disparition du « Colonel Safari et de ses escortes » alors en poste à Kananga.
Pour étayer son propos, cette source haut placée va rappeler quelques faits à ses interlocuteurs onusiens : l’unité sous commandement du colonel Safari n’est pas inconnue du système onusien. Ce sont les hommes du 812e régiment des FARDC, accusé de complicité avec la rébellion du M23. En février 2013, dans l’est du Congo, ces mêmes militaires avaient orchestré le massacre de plusieurs centaines de civils à Kitchanga.
L’ONU avait appuyé les enquêtes de la justice militaire congolaise, mais les principaux responsables de la tuerie n’ont jamais été arrêtés. Ils avaient juste été déplacés loin de la frontière dans les Kasaï pour éviter toute trahison au profit des rebelles et de leur parrain rwandais. A l’époque, le groupe d’experts de l’ONU avait été le seul à nommer publiquement les officiers impliqués, sans parvenir à obtenir des sanctions à leur encontre. Ce sont ces mêmes officiers et leurs frères d’armes du 812e qui étaient déployés sur la route entre Kananga et le lieu où Michael Sharp et Zaida Catalan seront finalement tués.
Un black-out le jour du meurtre
Le dimanche 12 mars 2017, entre 12h06 et 16h49, Michael Sharp, Zaida Catalan et leurs trois accompagnateurs congolais connus ne passent aucun appel, ils sont tués peu après. Pour la justice militaire congolaise, ces cinq heures incommunicado représentent le temps que les experts ont passé entre les mains de miliciens insurgés Kamuina Nsapu qui les auraient dépouillés, privés de leurs moyens de communications. Pourtant, l’experte suédoise lance un appel à l’aide à 16h49, elle a bel et bien toujours l’un de ses portables en main.
Les experts de l’ONU ne sont pas les seuls à disparaître des réseaux de communication. Fait inhabituel révélé par les « Congo Files », plusieurs officiers FARDC ne communiquent plus sur leurs numéros officiels, certains pour quelques heures, d’autres pour quelques jours. Quarante-huit heures avant l’assassinat, le colonel Safari, dont l’absence de Kananga avait été signalée par la gorge profonde de l’ONU, a éteint son portable, il ne le rallume qu’une semaine plus tard dans une autre province.
Si le capitaine Hamuli Baguma, chef de la position FARDC de Nkonko n’est pas en mesure de préciser l’heure à laquelle Michael Sharp et Zaida Catalan ont forcé son barrage, il cesse toute communication après un dernier SMS à 11h53. Son collègue, le capitaine Mbwara de la position voisine de Bunkonde disparaît des « fadettes » toute la matinée, il n’échange qu’à l’heure où les experts sont kidnappés et est à nouveau injoignable à partir de 13h41. Les deux officiers retrouvent une activité téléphonique quelques minutes après le meurtre, respectivement à 17h10 et 17h19. C’est également le cas pour Jean Bosco Mukanda. L’ancien chef de milice, reconverti en informateur de l’armée, plutôt volubile, disparaît pendant plusieurs heures des réseaux en ce dimanche 12 mars 2017. Il ne rallume ses différents portables que pour diffuser largement la macabre nouvelle de l’assassinat de deux Blancs par les sanguinaires milices Kamuina Nsapu.
Dans les « fadettes » obtenues par l’ONU, il y a d’autres détails plus troublants encore. Le lendemain du meurtre, le 13 mars, la carte SIM du présumé interprète des experts, Betu Tshintela, est réactivée, insérée dans un nouveau portable. Son numéro échange avec un certain Cris Tambwe. A ce moment-là, les policiers onusiens ont un lièvre bien plus gros à lever et ne réalisent pas immédiatement qu’il s’agit d’un colonel de l’armée. Grâce à l’analyse des « fadettes », un autre haut-gradé est entré dans leur collimateur. Jean de Dieu Mambweni est identifié comme « l’intermédiaire entre les experts et leur interprète » qui, apprend-on quelques jours plus tard, est « un ancien agent de renseignements ».
Le colonel Mambweni est en contact avec l’incontournable Jean Bosco Mukanda, ils se parlent le jour de l’arrivée des experts à Kananga, ils auront des contacts plus régulièrement encore après leur mort. Dans sa note confidentielle du 3 juin 2017, l’UNPOL raconte une anecdote insolite sur la relation qu’entretiennent l’officier et l’ancien milicien : « Le magistrat militaire a décidé de relâcher Jean Bosco Mukanda, il dit avoir appelé le colonel Mambweni de la 21e région militaire pour qu’il envoie une Jeep pour aider Jean Bosco à retourner à Bunkonde ». Le magistrat instructeur justifie sa décision par l’insécurité qui prévaut sur la route. La veille, il avait assuré aux mêmes enquêteurs de l’ONU qu’il avait « reçu des instructions de sa hiérarchie pour arrêter Jean Bosco sans qu’aucune charge ne soit retenue ». En avril 2017, Jean Bosco Mukanda avait déjà été arrêté et libéré. La Monusco n’avait pas reçu plus d’explications la première fois.
Devant le tribunal militaire de Kananga, le 18 octobre 2018, le colonel Mambweni a assuré ne rien savoir du projet des experts de se rendre dans la région de Bunkonde. En décembre 2017, lors d’un entretien exclusif accordé à RFI et l’agence de presse Reuters, le même colonel avait pourtant expliqué par le menu qu’il avait mis les experts en relation avec un policier qui avait parlé de « caches d’armes » dans la région de Bunkonde. Ils étaient « obsédés » par l’idée de se rendre dans cette zone, avait même confié ce colonel, avant d’assurer ne rien savoir des évènements de mars 2017.
A la barre, Jean de Dieu Mambweni a également juré être sur la route de Tshikapa, sans réseau et sans batterie, le jour du meurtre. A en croire ses « fadettes », ce colonel était pourtant bel et bien à Kananga en ce dimanche 12 mars 2017, plutôt bavard sur ses deux numéros connus. Au moment où le vice-Premier ministre en charge de l’intérieur atterrit à Kananga et que tous les cadres civils et militaires sont réunis à l’aéroport pour l’accueillir, l’un des téléphones du colonel Mambweni accroche le signal de l’antenne-relais de Nkonko 1. Il est 17h25 précisément. Une demi-heure plus tôt, à 16h49, c’est l’antenne-relais voisine, Nkonko 2, que Zaida Catalan tente d’alerter sa soeur Elisabeth Morseby. En vain, quelques minutes plus tard, l’experte suédoise et son collègue américain sont assassinés.
►Retrouvez le cinquième et dernier volet de cette enquête le 1er décembre 2018 à 17h TU sur RFI.fr
DROIT DE REPONSE
Cette enquête a nécessité presque deux ans d’investigations pour tenter de comprendre les conditions dans lesquelles les deux experts onusiens, Michael Sharp et Zaida Catalan ont été assassinés.
Le procès ouvert le 5 juin 2017 à Kananga est toujours en cours. Il a été suspendu 10 mois sur demande du secrétariat général de l’ONU. Le procureur canadien Robert Petit a été nommé pour soutenir l’enquête judiciaire congolaise.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, appelle les Nations unies à transmettre toutes leurs informations, y compris relatives à des agents de l’Etat, à la justice militaire congolaise. “C’est parce que nous savons que des membres du personnel de l’Etat sont capables de poser des actes attentatoires aux lois que nous avons institué la justice militaire”, ajoute-t-il. Il dément en revanche toute responsabilité de l’Etat congolais : “La responsabilité pénale est individuelle”
L’auditeur général de l’armée, Timothée Mukuntu, dit ne pas avoir eu connaissance du dossier d’enquête de la police des Nations Unies. Il dément toute entrave de la justice militaire, mais reconnaît “une certaine lenteur mais pas de volonté d’entraver quoi que ce soit”.
L’un des porte-paroles du secrétaire général de l’ONU assure qu’Antonio Guterres a fait “tout ce qui était en son pouvoir” pour que justice soit rendue. Selon Stéphane Dujarric, “l’ONU ne peut qu’offrir son assistance ou, en cas de réticence d’un Etat membre, user de tous les outils diplomatiques et politiques pour persuader les autorités de faire le bon choix”.
L’ancien numéro 1 du comité d’enquête de l’ONU, Gregory Starr, assure “n’avoir voulu protéger personne”, il rappelle que ce comité n’était qu’une enquête administrative et pas une enquête criminelle.
Le présumé interprète des experts et ancien agent de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR), Betu Tshintela, est donné pour mort par les autorités congolaises. La Monusco dit toujours rechercher son corps.
Le principal témoin, l’ancien chef de milice et enseignant, Jean Bosco Mukanda, a finalement été inculpé en septembre 2018, un an après les premières révélations de RFI.
Les deux inspecteurs de la Direction générale des Migrations et anciens collaborateurs de l’Agence Nationale des Renseignements, José Tshibuabua et Thomas Nkashama, ont été arrêtés depuis novembre 2017. Ils ne sont inculpés jusqu’à présent que pour le meurtre des quatre accompagnateurs congolais de Michael Sharp et Zaida Catalan. Ils ont comparu pour la première fois quelques jours avant la publication de cette enquête.
Le colonel Jean de Dieu Mambweni était indisponible pour répondre aux questions de RFI, mais lors d’une précédent entretien le 1er décembre 2017, il avait assuré n’avoir eu aucun contact avec les experts de l’ONU lors de leur dernier séjour à Kananga. Le colonel Mambweni avait également juré ne rien savoir du meurtre.
Le colonel François Muhire, les capitaines Balianga, Mbwara, Hamuli sont restés indisponibles pour répondre aux questions de RFI.
Sollicité par RFI, le colonel Isaac Safari a expliqué qu’il avait reçu le 9 mars 2017 l’ordre de se rendre à Lusambo dans la province du Sankuru. Il assure ne jamais avoir rencontré Michael Sharp et Zaida Catalan. Ce colonel dit avoir dû marcher à pied “dans une épaisse forêt” pendant six jours pour se rendre dans sa zone de déploiement, ce qui explique, selon lui, qu’il ait été injoignable.
Deux hommes se sont succédé au pupitre mercredi 28 novembre : le secrétaire général de la présidence, Habba El Okbi, s’exprimant au nom du président Abdelaziz Bouteflika, et le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Deux discours adressés aux walis, mais parfois éloignés dans le contenu. Décryptage.
Lors de la rencontre entre le gouvernement et les walis (préfets), qui s’est tenue mercredi 28 novembre, le président Abdelaziz Bouteflika a adressé un message, prononcé par le secrétaire général de la présidence, Habba El Okbi. Son Premier ministre (PM), Ahmed Ouyahia, s’est lui aussi exprimé à cette occasion.
Le premier discours emploie un ton presque « guerrier ». Le président commence son texte par une allusion aux événements de la Toussaint rouge, en novembre 1954, période marquant le début de la lutte contre le colonisateur français, pour se terminer par un hommage aux « martyrs ». Entre les deux, il dresse un bilan positif de son passage au pouvoir, tout en appelant à plusieurs reprises son auditoire – mais aussi l’ensemble des Algériens – à lutter contre des ennemis communs qu’il appelle « les aventuristes » ou encore « les cellules dormantes ». Le mot « peuple » revient à onze occurrences dans le texte.
Quant à Ahmed Ouyahia, il a opté pour l’injonction. S’adressant directement aux walis, le Premier ministre leur a donné quatre recommandations : la prise en considération de la situation économique du pays dans la prise de décision, l’accélération du développement hors hydrocarbures, la gestion du défi de la croissance démographique et l’amélioration du service public.
Une réponse à Crisis Group ?
Dans son dernier rapport sur l’Algérie, le think tank américain n’y est pas allé de main morte. Intitulé « Surmonter la paralysie économique de l’Algérie », le compte-rendu estime que les difficultés de l’économie sont profondément liées à l’immobilisme politique. Pour « libérer le pays de sa dépendance aux hydrocarbures », « le gouvernement devrait faire un effort de transparence sur l’état des finances publiques et améliorer les perspectives pour les jeunes », estime Crisis Group.
Le mot « développement » a été prononcé 14 fois par le président et 16 fois par le Premier ministre
Une critique que le gouvernement algérien semble avoir pris à cœur. Preuve en est, le mot « développement », prononcé 14 fois par le président et 16 fois par le Premier ministre. « Ce que nous avons accompli […], frères et amis y voient un exemple de développement social intégré ayant réhabilité l’homme en le plaçant au cœur de l’approche de développement », affirme de son côté Abdelaziz Bouteflika. Une rhétorique à l’opposé du constat établi par Crisis Group.
« Si certains réduisent les enjeux du présent et de l’avenir au changement et à la succession des responsables et des personnes, et entreprennent pour des raisons obscures de propager cette idée […], vous savez que l’enjeu est beaucoup plus grand », affirme le président. Ce dernier répond ainsi à la « paralysie politique » mise avancée dans le rapport, mais aussi évoquée par bon nombre de ses opposants, qui appellent à son départ à la fin de son mandat.
Un PM moins optimiste que son président
« Les deux dernières décennies de la vie de notre pays n’ont pas été faciles, et nombreux sont ceux parmi vous à avoir eu l’honneur de m’accompagner dans ce processus à différents niveaux de responsabilité. Vous avez été à la hauteur. Vous avez consenti des sacrifices et réussi de grandes réalisations », écrit le président dans son discours, dressant un bilan positif de ses vingt ans de présidence.
L’expression « deux dernières décennies » est employée à trois reprises. Elle est suivie à chaque fois de l’énumération des réalisations positives accomplies par le régime, notamment « l’amélioration de l’ensemble des indicateurs fondamentaux de développement ».
Le Premier ministre, qui n’emploie pas une seule fois le terme « stabilité », semble plus frileux que le président
Sur cette question, le Premier ministre, qui n’emploie pas une seule fois le terme « stabilité », semble plus frileux que le président. La complexité de la situation économique est rappelée à plusieurs reprises. S’appuyant sur des chiffres et des données empiriques, absents du discours du président, tels que la volatilité du prix du pétrole, le taux de l’emprunt algérien, le taux d’inflation, il rappelle la fragilité de l’économie algérienne, tout en affirmant que celle-ci « n’est pas une catastrophe, comme le prétendent certains ».
Concernant les perspectives, le président Bouteflika veut rassurer en donnant de la cohérence. « Ce que nous avons accompli jusqu’à présent n’est qu’une étape dans un long processus », écrit-il. « L’Algérie a de grandes potentialités à mettre en valeur, avec un peu de patience et beaucoup plus de travail », relativise de son côté Ouyahia. Si le ton de la recommandation est claire chez Ouyahia, il est moins prononcé chez Bouteflika. Les deux fixent pourtant les mêmes objectifs pour l’avenir : l’affranchissement de la rente pétrolière, suivie du développement humain et de la généralisation de ses bénéfices, ainsi que la modernisation de l’administration.
Le général à la retraite Gaston Ouassénan Koné, 79 ans, vice-président du PDCI et proche d’Henri Konan Bédié, affirme avoir été victime d’un empoisonnement. Si les circonstances restent encore floues, l’affaire provoque la psychose dans les rangs des opposants.
« Les gens ne veulent pas qu’on le dise, mais j’ai été empoisonné ». Jusque-là, Gaston Ouassénan Koné, et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), dont il est vice-président, entretenait le flou sur le mal dont il a été frappé, qui a nécessité une évacuation sanitaire en France, début octobre.
Obsèques à Korhogo
Mercredi 28 novembre, quelques jours après son retour au pays, l’ex-ministre de la Sécurité de Bédié a affirmé à un groupe de cadres du PDCI qu’il recevait chez lui avoir été victime d’un empoisonnement, sans toutefois donner de précisions quant à la nature du poison. Et moins encore sur les circonstances de l’empoisonnement présumé.
Les faits remonteraient au samedi 22 septembre. Ce jour-là, le général représente son vieil ami Bédié aux obsèques de Ténéna Victor Yéo, ancien maire de Korhogo (Nord), ville natale du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Tout le gotha natif du Nord, du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, mouvance présidentielle) est présent.
Après la levée du corps, qui avait eu lieu la veille sur le parvis de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste-de-Korhogo, une veillée funèbre suivie de l’inhumation et d’une collation ont lieu à Lavononkaha, le village du défunt, situé à 31 km de Korhogo. Ce serait à l’une de ces étapes que Gaston Ouassénan Koné aurait été empoisonné. L’affaire n’a été ébruitée dans la presse qu’en octobre, après des rumeurs persistantes.
Rumeurs et psychoses
Et « l’affaire Ouassénan » n’est pas la seule à avoir alimenté ces rumeurs. Une autre continue de circuler, portant cette fois sur une supposée tentative d’empoisonnement d’Henri Konan Bédié, alors qu’il se trouvait à son domicile de Daoukro (centre). Le coupable désigné serait, en fonction des versions, une familière ou un cuisinier… « Faux ! », dément fermement une proche de l’ancien chef d’État.
Autre leader politique, autre rumeur. Mais confirmée, cette fois : Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, en rupture de ban avec son parti, le Rassemblement des républicains (RDR d’Alassane Ouattara), se montre de plus en plus prudent en public. « Il ne mange presque plus en dehors de son cadre familial », confie même l’un de ses proches.
Cette psychose est telle que certains proches d’opposants récemment disparus se mettent à douter. Moïse Lida Kouassi, baron du Front populaire ivoirien (FPI, de Laurent Gbagbo) avait ainsi réclamé une autopsie, après la mort brutale, le 21 octobre 2018, de Marcel Gossio, ex-directeur général du Port autonome d’Abidjan. Un ponte du FPI également proche de Pascal Affi N’Guessan, président du FPI.
Mais il semble que la psychose n’est pas que dans le seul camp de l’opposition. Certains barons du pouvoir ont, eux aussi, limité leurs déjeuners en public. Le vice-président Daniel Kablan Duncan, par exemple, a pris l’habitude lors des assemblées publiques de ne boire que de l’eau stockée dans son véhicule, que lui sert son aide de camp dans son propre verre…
Tandis que la psychose enfle sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes demandent qu’une enquête soit menée pour élucider le présumé empoisonnement de Ouassénan. Le concerné, quant à lui, n’a pas encore dévoilé ses intentions quant-à un éventuel dépôt de plainte.