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Lambert Mende, la geste et la parole
-Avec son singulier rapport aux faits, Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement congolais amuse et fascine autant qu’il irrite. Au point d’avoir été sanctionné par l’Union européenne.C’est un mercredi ordinaire au ministère de la Communication et des Médias, avenue Tabu-Ley (ex-Tombalbaye), à Kinshasa. Le maître des lieux, Lambert Mende Omalanga, tient son show hebdomadaire, le « point de presse », repris en direct sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC). Avec emphase, il livre son regard sur l’actualité. S’ensuit un jeu de questions-réponses avec les journalistes présents. Le ministre est rompu à l’exercice : cela va faire bientôt dix ans qu’il officie comme porte-parole du gouvernement.
Toujours avec le même panache et cette verve déconcertante, au service du régime. « Au service de l’image de la RD Congo », reprend-il lorsqu’il nous reçoit, après sa conférence, dans le hall d’un hôtel de La Gombe. Avec sa démarche lente et la tête légèrement inclinée, il a serré quelques mains et reçu son quota d’« Excellence », avant de prendre place.
Mende ne manque jamais une occasion de jouer sur la fibre patriotique. Quitte, parfois, à s’arranger avec la vérité. Sous prétexte de « combattre les fake news » – le ministre se réjouit que Donald Trump l’ait « suivi » dans cette démarche –, il lance des démentis en cascade. Parfois avant même d’avoir pris le temps de vérifier les faits rapportés.
En février, il a d’emblée qualifié de « montage grotesque » une vidéo, largement relayée sur les réseaux sociaux, montrant des soldats congolais en train de perpétrer un massacre au Kasaï, dans le centre du pays. Le film était pourtant authentique, comme les autorités l’ont confirmé plus tard. « J’ai des sentiments, je peux me tromper, reconnaît-il aujourd’hui du bout des lèvres. J’ai eu du mal à croire qu’un Congolais, fût-il militaire, puisse se permettre une telle cruauté. »
Un « bon client » pour les médias
Au sein même de la Majorité présidentielle, cette « méthode Mende » ne fait plus l’unanimité. « Une parole publique doit porter les valeurs de sécurité, de vérité. Lorsqu’elle cesse d’être crédible, elle conduit nos audiences vers des médias étrangers considérés comme fiables », tacle Tryphon Kin-Kiey Mulumba, dernier porte-parole du gouvernement de l’ère Mobutu, aujourd’hui kabiliste convaincu. Mais aux yeux de Mende, l’essentiel est ailleurs. « Chaque fois que l’image de la RD Congo est mise à mal, c’est mon devoir de chercher l’angle d’explication la plus valorisante pour le pays », estime-t-il.
Malgré ces travers, le ministre continue d’être invité par la presse internationale. « Bon client » pour les médias, il est l’un des rares membres de l’entourage du président à décrocher systématiquement son téléphone, quel que soit le sujet. « Quand il s’agit d’interviews, mon chef est toujours disponible », confirme l’un de ses collaborateurs. Cet homme affable est pourtant, aussi, le censeur des journalistes.
Aux yeux de l’Union européenne, son rôle est central : il fait d’ailleurs partie, depuis le 29 mai, des seize responsables du pays qu’elle a sanctionnés (gel des avoirs et interdiction de voyager). Bien que, contrairement aux autres, le porte-parole du gouvernement n’ait pas été accusé d’être lié à des violences contre les Congolais. « Ce type de sanction est prise à l’unanimité des pays membres. Donc, quand quelqu’un irrite tout le monde autour de la table, cela lui tombe plus facilement dessus », explique une source diplomatique européenne.
En public, il feint de ne pas être affecté par cette décision. Mais, au cours de notre entretien, le voici qui se défait, pour une fois, de sa posture. La voix enrouée, les traits tirés, il encaisse : « Ma mère souffre d’une maladie grave en Belgique. Mon seul regret aujourd’hui, c’est de ne pas pouvoir aller la voir. » Touché ? Il l’est.
Mais l’homme est surtout en colère contre cette « petite Belgique », épicentre, selon lui, de tous ces « milieux de puissants intérêts qui en veulent à la RD Congo ». « Certains néolibéraux tentent de reproduire le schéma du roi Léopold II. Très intelligent, il avait su vendre aux puissances de l’époque l’idée d’une colonie internationale dans laquelle tout le monde aurait accès à cet immense coffre-fort naturel qu’est le Congo. Aujourd’hui, nous ne l’acceptons pas ! » ressasse cet homme, qui se dit lumumbiste.
Premiers pas en politique
Le ministre est né dans la même région que ce héros de l’indépendance, en février 1953. Il ne quittera le Sankuru qu’après avoir obtenu son diplôme d’État (l’équivalent du baccalauréat). « Fils de paysan », troisième enfant d’une fratrie de onze, le jeune Tetela s’essaie alors au droit à Kinshasa. Ces années d’étudiant marquent aussi ses premiers pas en politique.
D’abord au sein de la Jeunesse du Mouvement populaire de la révolution (MPR), alors parti-État. « Ce n’était pas par conviction, se justifie-t-il. À l’époque, même un enfant à naître en était, constitutionnellement, membre. » Il n’est alors qu’« un petit animateur à la RTNC », jure-t-il. Il réfute, en tout cas, l’étiquette d’ancien mobutiste.
À la même période, il est approché et « recruté » par le Mouvement national congolais-Lumumba (MNC-L), qui œuvre alors dans la clandestinité. À 27 ans, il s’envole pour la Belgique, bourse d’études en poche. Celle-ci lui sera retirée deux ans plus tard, lors de son premier retour au pays, en 1982. Fiché et suivi par le Service national d’intelligence et de protection (SNIP), l’étudiant est arrêté. Mais il parvient à s’évader. « N’eût été la générosité de Koli Elombe, alors secrétaire d’État à l’Enseignement, je ne serais peut-être plus en vie. C’est lui qui m’a permis de quitter le territoire », confie Mende.
Sans viatique cette fois-ci. Désormais exilé politique, il se rapproche du Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11), une structure très engagée en faveur de l’instauration de la démocratie au Zaïre. Pris en charge, il peut terminer sa licence en criminologie et voyage beaucoup, notamment en Libye. Voilà qui renforce les suspicions de Kinshasa sur la nature de son militantisme.
Le retour au pays
En mars 1984, lorsque la capitale est secouée par l’explosion de deux bombes, Mende est soupçonné. Selon une source sécuritaire de l’ancien régime, son nom est même signalé à Interpol comme étant celui du « terroriste » à l’origine de ce double attentat. L’intéressé a toujours démenti tout rôle dans cette affaire. Mais son frère Laurent est traqué, arrêté, puis condamné. Il passera sept ans en prison.
Depuis la Belgique, Mende mène des « campagnes médiatiques » pour « affaiblir le régime de Mobutu ». Puis, au début des années 1990, ce dernier commence à lâcher du lest, ce qui permet à Mende de rentrer au pays. Sous pression, le président zaïrois instaure le multipartisme et organise une Conférence nationale souveraine (CNS). Mende lance alors le « MNC-Originel », nouvelle aile d’un mouvement lumumbiste plus que jamais morcelé. À l’issue des travaux de la CNS, Mende entre au nouveau gouvernement, alors dirigé par l’opposant Étienne Tshisekedi.
Tshisekedi n’en pouvait plus d’entendre Mende défendre l’indéfendable
De ce dernier, décédé le 1er février 2017, il garde le souvenir d’un « grand homme » dont il admirait « la force des convictions, qui, nuance-t-il aussitôt, confinaient parfois à l’entêtement ». À l’égard de son ancien ministre, Tshisekedi n’a pas toujours été tendre : les derniers temps, il le surnommait le « Tshaku national » (« perroquet », en lingala). « Le vieux n’en pouvait plus d’entendre Mende défendre l’indéfendable », traduit un proche de Tshisekedi.
Terrain glissant
Car entre-temps Mende a opéré un rapprochement avec la kabilie qui n’allait pas de soi. Un mois avant la chute de celui-ci, il était encore le vice-Premier ministre de Mobutu. Mais lorsque les troupes de Laurent-Désiré Kabila entrent à Kinshasa, il se tait, espérant déjà pactiser avec les nouveaux maîtres du pays. En vain. Les compagnons du Mzee ne lui font pas confiance. « Certains » tenteront même de l’éliminer, soutient-il.
Je ne me vois pas dans la peau d’un dauphin
Quinze mois plus tard, il rejoint le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), une rébellion anti-Kabila soutenue par le Rwanda et l’Ouganda. Un épisode en treillis militaire qu’il ne regrette pas. « Je n’avais pas d’autre choix que de gagner l’Est », assure-il. Une dissidence et un accord politique plus tard, il refait le chemin inverse et se rapproche enfin de la kabilie pendant la période de transition dite « 1 + 4 ».
Aujourd’hui, sa formation, rebaptisée Convention des Congolais unis (CCU), figure parmi les « 14 partis significatifs de la majorité », avec six députés nationaux, un sénateur et quatre élus provinciaux. De quoi faire de lui un possible successeur de Kabila ? « Non ! Non ! Non ! Je ne me vois pas dans la peau d’un dauphin », clame-t-il. Ce terrain-là est décidément trop glissant. Même pour Mende.
Le premier censeur
Parmi les journalistes, l’audace des saillies de Lambert Mende Omalanga prête souvent à sourire.
Mais le rôle répressif du porte-parole du gouvernement est loin de les amuser. C’est lui, en effet, qui signe les accréditations aux journalistes étrangers et délivre les autorisations d’émettre.
RFI en a notamment fait les frais : la radio française est coupée depuis novembre 2016 et, en juin 2017, l’accréditation de sa correspondante Sonia Rolley n’a pas été renouvelée.
Les chaînes de télévision proches des opposants Moïse Katumbi et Jean-Claude Muyambo sont, elles aussi, toujours fermées, contrairement à ce que prévoyaient les accords du 31 décembre 2016 entre pouvoir et opposition.
Enfin, le 12 juillet 2017, Mende a pris un « arrêté » durcissant les règles applicables aux correspondants étrangers à Kinshasa. Désormais, tous « leurs déplacements en dehors de la ville » seront soumis à une « autorisation préalable » du ministre.
Avec J.A
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jean Marc Kabund sceptique quant au rapatriement du corps de Tshisekedi
-Le secrétaire général du principal parti d’opposition congolais, l’UDPS, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, a affiché son scepticisme quant au rapatriement début septembre à Kinshasa de la dépouille du défunt président du parti, Etienne Tshisekedi wa Mulumba, décédé le 1er février dernier à Bruxelles.Document signé
Un accord a été signé le 6 juin en vue de l’organisation des obsèques de M. Tshisekedi par trois parties: le gouvernement congolais, en la personne du ministre de l’Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary, la famille du défunt, réprésentée par son frère, Mgr Gérard Mulumba Kalemba, et M. Kabund, au nom de l’UDPS.
“Le gouvernement, qui a signé en dernier (lieu), devait le (ce document) mettre à notre disposition dès sa signature. Malheureusement, il ne l’a pas fait“, a affirmé mardi le responsable de l’UDPS à l’agence Belga.
L’existence de ce document de deux pages n’a toutefois été révélée que le 11 août, date à laquelle il a été publié sur les réseaux sociaux.
Il prévoit notamment qu’un “avion spécial” soit dépêché à Bruxelles pour “ramener à Kinshasa la dépouille et les membres de la famille s’y trouvant“.
Comment cela va-t-il se passer?
Selon M. Kabund, arrivé lundi à Bruxelles notamment pour rencontrer la veuve de M. Tshisekedi, Marthe, ce document n’a jamais été remis à l’UDPS après signature.
“Quid de la suite? “, s’est-il interrogé en rappelant qu’une équipe conjointe de dix personnes (quatre pour le gouvernement, trois pour la “famille biologique” et autant pour le parti) devait être mise sur pied. Mais elle ne l’a pas encore été, a assuré le responsable de l’UDPS.
“Je me pose la question s’ils (le gouvernement) vont affréter l’avion pour rapatrier le corps et dans quel cadre. Comment cela va-t-il se passer concrètement? “, s’est-il encore demandé.
Avec RTBF
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Un «Manifeste du citoyen congolais» signé à Paris pour exiger le départ de Joseph Kabila

Le Président Joseph Kabila à l’aéroport international de N’djili à Kinshasa, le 26/07/2017. Radio Okapi/Ph. John Bompengo -Les organisations de la société civile de la RDC et certains mouvements citoyens ont signé vendredi 18 août à Paris (France) le «Manifeste du citoyen congolais.» Le document prône « des actions pacifiques et non violentes» visant à empêcher le «président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du 31 décembre 2017».
«Le président Joseph Kabila, dont le mandat a expiré le 19 décembre 2016, exerce le pouvoir en violation manifeste de la constitution de la République démocratique du Congo, et est passible de l’infraction de haute trahison», soutiennent les signataires du manifeste.
Ils appellent le peuple congolais à user des moyens pacifiques et non violents pour «faire échec à la tentative du président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du 31 décembre 2017.»
A cet effet, le document annonce une «grande campagne d’actions pacifiques et non violentes devant mener au retour l’ordre démocratique constitutionnel», sans autres précisions.
Les signataires du manifeste citoyen exigent «une transition citoyenne, dont les animateurs seront désignés à la suite d’une concertation nationale ayant pour mission principale d’organiser des élections crédibles, transparentes, ouvertes et libres et qui n’en seront candidats.»
Une autre exigence porte sur la libération immédiate et sans condition de prisonniers politiques et d’opinion et la réouverture des médias fermés en RDC.
radio okapi
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« Les Congolais debout », Sindika Dokolo lance un « mouvement citoyen » pour « l’alternance en 2017 »
-L’homme d’affaires congolais et gendre du président angolais José Eduardo dos Santos lance, ce jeudi, un « mouvement citoyen » pour « sauver la RDC en 2017 ».Il apparaît sur fond blanc, et avec une musique allant crescendo. Avec une vidéo de deux minutes taillée pour les réseaux sociaux, l’homme d’affaires congolais Sindika Dokolo a lancé ce jeudi 10 août un « mouvement citoyen » baptisé « Les Congolais debout », pour « l’alternance en 2017 ». « Si, comme nous, vous pensez que la RDC souffre d’avoir été trahie par ses dirigeants, devenez un Congolais debout », clame-t-il encore.
« L’objectif est de créer un mouvement non-violent capable de conscientiser les Congolais, explique Cédric Mala, un de ses coordonnateurs, qui apparaît dans la vidéo. À terme, nous organiserons des manifestations pacifiques et des sit-in à Kinshasa ». Le mouvement a mis en ligne une plateforme pour recueillir les adhésions. « Nous comptons nous appuyer sur notre maîtrise des nouvelles technologies et du marketing en ligne », ajoute Cédric Mala.
Ce mouvement se veut ouvert aux membres de tous les partis politiques et à toutes les organisations de la société civile. Sur la vidéo de lancement, on peut notamment reconnaître le député d’opposition André-Claudel Lubaya ou encore l’abbé Joseph Lukelu.
Sindika Dokolo est, depuis le début de l’année 2017, ouvertement critique envers le président Joseph Kabila, dont le dernier mandat constitutionnel a expiré en décembre 2016, sans que des élections n’aient été organisées pour lui désigner un successeur.
Initiatives citoyennes
Il est également l’époux d’Isabel dos Santos, considérée comme la femme la plus riche d’Afrique. Fille du président angolais José Eduardo dos Santos, elle dirige la société pétrolière d’Etat Sonangol. Mais Sindika Dokolo assure que son militantisme se fait indépendamment de sa famille. Il ne cache pas, en revanche, sa proximité avec l’homme d’affaire et opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle congolaise.
Ce n’est pas la première initiative du genre en RD Congo : les mouvements citoyens Lucha, fondée à Goma, et Filimbi, créé à Kinshasa, tentent déjà de mobiliser les Congolais dans une mouvance non-partisane pour mettre la pression sur le pouvoir. Confronté à la répression des autorités, ils ont pour l’instant eu un succès limité.
J.A
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Les élections des gouverneurs se préparent dans sept provinces
-En RDC, des nouvelles élections -indirectes- des gouverneurs sont programmées à la fin de ce mois, le 26 août, par la Ceni. Elles concernent sept des 26 provinces que compte le pays. La Ceni, la Commission électorale nationale indépendante, a publié la liste définitive des candidats à la Radio télévision nationale samedi, mais il y a quelques couacs notamment dans le Haut-Katanga.En clair, il faut remplacer les anciennes autorités par de nouvelles figures, et là se posent quelques problèmes… La procédure de déchéance de certains gouverneurs a été viciée, selon le constat établi par la Cour constitutionnelle.
Ainsi, le cas de Jean-Claude Kazembe, le gouverneur de la province du Haut-Katanga qui a été réhabilité après son recours devant cette haute juridiction. Mais cette démarche auprès de la plus haute instance judiciaire du pays ne semble pas avoir été prise en compte par la Céni puisque le Haut-Katanga figure malgré tout parmi les entités où doivent être organisées les élections du 26 août.
C’est pourquoi Jean Claude Kazembe est retourné à la Cour constitutionnelle pour empêcher le scrutin destiné à le remplacer. Son avocat, Me Richard Bondo, estime en tout cas qu’il n’y a pas vacance à la tête de cette province, le gouverneur ayant été réhabilité.
Aussi, pour ces élections des gouverneurs, les observateurs notent également l’absence quasi-totale de candidats de l’opposition radicale. La Majorité présidentielle est la seule force politique face à une multitude des candidats indépendants dans toutes les sept provinces concernées.
rfi
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Kinshasa au ralenti et des restrictions sur les réseaux sociaux
-L’opposition au président Joseph Kabila en République démocratique du Congo a testé mardi sa capacité de mobilisation avec une journée “ville morte” diversement suivie, première d’une série d’actions pour tenter d’obtenir le départ du chef de l’État.A la veille de ces deux journées mardi et mercredi, les autorités ont demandé aux opérateurs de téléphonie mobile de restreindre les échanges d’images sur les réseaux sociaux, alors que des violences meurtrières ont éclaté lundi à Kinshasa.
Sans être à l’arrêt total, l’activité tournait au ralenti en matinée dans la capitale où l’opposition avait invité les habitants à rester chez eux pour paralyser l’économie.
Les deux-tiers des commerces étaient fermés, de même que les banques, ont constaté des journalistes de l’AFP. La circulation dans la mégapole aux 10 millions d’habitants était plus fluide qu’un jour de semaine ordinaire, et les bus des transports publics moins bondés qu’à l’accoutumée, sous l’oeil d’une importante présence militaire et policière.
“Tout est fermé. La ville est paralysée. C’est pour que (le président de la Commission électorale) Corneille Nangaa sorte un calendrier global pour les élections”, a déclaré à l’AFP un Kinois, Kiki Kalombo.
A Lubumbashi (sud-est), capitale économique aux quatre millions d’habitants, le grand marché aux poissons était fermés après des incidents impliquant des jeunes manifestants dispersés par la police et l’armée. Dans les autres quartiers, le chef-lieu du Katanga présentait un aspect ordinaire.
“La politique des villes mortes n’a jamais donné les résultats escomptés. Mon commerce est fermé. J’ai perdu des clients. L’économie du pays est par terre”, affirme Alexandre, propriétaire d’un dépôt de poisson, qui préférerait un “homme fort” pour faire partir le président Kabila.
A Goma, capitale de la province du Nord-Kivu dans l’est du pays sous tension depuis 20 ans, un déploiement important de la police anti-émeute était visible aux grands carrefours, selon un correspondant de l’AFP. Quelques dizaines de jeunes ont tenté de barricader les rues avec des pierres.
A Kananga, principale ville du Kasaï, région qui subit des violences depuis un an et fief de l’opposition, les banques, stations-service et commerces fonctionnaient normalement, selon un autre correspondant de l’AFP. La vie était également normale à Bukavu (Sud-Kivu), Bunia et Kisangani, grande ville du nord-est.
A la veille de ces deux journées, et après les violences lundi dans la capitale, les cinq opérateurs de téléphonie mobile ont été priés de prendre des “mesures techniques préventives susceptibles de réduire au strict minimum la capacité de transmission des images” sur les réseaux sociaux.
Une lettre de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications du Congo (ARPTC) énumère 18 réseaux sociaux concernés dont Facebook, Whatsapp, Twitter, Google+, le réseau professionnel LinkedIn, le site de rencontres Badoo…”Vous recevrez, par la même voie, instruction de revenir à la normale dès que possible”, conclut le courrier.
‘Le cap est mis’
Lundi, des violences ont fait au moins douze morts par “balles perdues” dans plusieurs quartiers de Kinshasa, d’après la police qui a accusé un mouvement politico-religieux hostile au président Joseph Kabila.
Au pouvoir depuis 2001, le président Kabila doit selon l’actuelle Constitution quitter le pouvoir après son deuxième mandat qui pris fin le 20 décembre 2016.
Des élections devaient avoir lieu d’ici fin 2017, d’après un accord pouvoir-opposition du 31 décembre 2016. Le Premier ministre Bruno Tshibala a déclaré samedi que le “cap est mis” sur les élections, sans préciser de date. La Commission électorale (Céni) a indiqué que les violences au Kasaï retardent le recensement complet des quelque 45 millions d’électeurs potentiels.
Les deux journées “ville morte” ont été organisées par le Rassemblement de l’opposition, qui prévoit aussi des réunions publiques le 20 août et des appels à la désobéissance civile à partir du 1er octobre.
L’instabilité politique en RDC, géant au coeur de l’Afrique (70 millions d’habitants, 2,3 millions de km2, neuf frontières), inquiète la communauté internationale.
Un haut responsable de l’ONU a rencontré lundi à Kinshasa une délégation du gouvernement. Les Nations unies étudient avec Kinshasa les moyens d’aller rapidement vers des élections, selon ce haut responsable, le sous-secrétaire aux opérations de maintien de la paix, El Ghassim Wane, cité sur le site de la radio onusienne Okapi.
Des dizaines de personnes, dont des journalistes, avaient été interpellées le 31 juillet lors d’une journée de mobilisation à l’appel notamment du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha), qui s’était traduit par des rassemblements de quelques dizaines de personnes.
Avec AFP
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Douze morts dans les violences à Kinshasa
-Douze personnes ont été tuées lundi par des “balles perdues” dans une vague de violences à Kinshasa, a indiqué un porte-parole de la police nationale.“Au titre de bilan provisoire, il a malheureusement été déploré à ce stade quelques pertes en vies humaines, douze personnes fauchées par balles perdues”, a déclaré Pierrot Rombaut Mwanamputu dans un flash interrompant les émissions de la télévision publique.
Des tirs ont été entendus près de la prison de Makala, cible d’une attaque qui avait conduit à l’évasion de plus de 4.000 détenus en mai, ainsi que dans les communes de Matete et Ndjili vers l’aéroport de la mégapole de 10 millions d’habitants, selon ces témoignages.
Selon une source de VOA Afrique sur place, le calme est revenu dans certaines communes, mais à Selembao, des tirs sont encore entendus.
“Depuis environ une heure, ça tire autour de la prison de Makala, il n’y a plus de circulation, les avenues sont vides ici à Selembao”, le quartier de la prison, a déclaré en début de matinée Emmanuel Cole, un militant des droits des prisonniers.
Au moins sept policiers et deux assaillants morts
Une source de la société civile a fait état d’”au moins sept policiers” tués et de “deux assaillants tués à bout portant par les PM (police militaire). Leurs corps ont été emportés”. “J’ai vu un autre corps”, sur une autre avenue du quartier de Selembao, a indiqué cette source.
“Ça tire à l’arme légère (…), le marché est fermé”, a témoigné un habitant de Selembao, Philemon Mboko, selon lequel le commandant de la police aurait été tué.
“Il se passe quelque chose du côté de Selembao. Nous cherchons à comprendre ce qui se passe exactement”, a déclaré à l’AFP le colonel Pierrot-Rombaut Mwanamputu, porte-parole de la police vers 09h00 GMT, sans autre précision depuis malgré des relances téléphoniques.
Des coups de feu ont également été entendu dans les quartiers populaires de Matete (centre est) et de Ndjili vers l’aéroport, selon des témoignages qui évoquent au moins cinq morts dans cette dernière commune.
“J’ai vu la Croix-Rouge transporter un corps ensanglanté vers l’hôpital Biamba Marie-Mutombo alors que je me rendais vers l’aéroport de Ndjili”, a témoigné à l’AFP le caricaturiste Tembo Cash, qui a souligné qu’une importante présence militaire était visible sur la route de l’aéroport international.
Des violences auraient aussi éclaté du côté de l’Université pédagogique nationale (UPN) dans la commune de Ngaliema.
Personne n’a revendiqué ces attaques qui interviennent à la veille de deux journées “ville morte” à l’appel de l’opposition.
Outre la prison de Makala, les commissariats de police de Limete, Matete et Kalamu ainsi que le marché central de Kinshasa, ont été aussi attaqués ces dernières semaines.
Ces attaques ont lieu au moment où la RDC se trouve dans une impasse politique liée au maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le mandat a échu le 20 décembre. L’opposition demande son départ et des élections.
Avec VOA


