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  • Raphaël Katebe demi frere de Katumbi dit « Le pouvoir congolais cherche à fragiliser Katumbi »

    Raphaël Katebe demi frere de Katumbi dit « Le pouvoir congolais cherche à fragiliser Katumbi »

    katebe-Raphaël Katebe Katoto, proche de l’opposant historique congolais Étienne Tshisekedi, s’est confié lundi à Jeune Afrique. Membre du “conseil des sages de l’opposition”, l’homme d’affaires revient sur les ennuis judiciaires de Moïse Katumbi, son demi-frère et candidat déclaré à la présidentielle en RD Congo.

    « Les ennuis judiciaires de Moïse Katumbi ne font que commencer. » L’opposant et homme d’affaires congolais Raphaël Katebe Katoto, demi-frère du dernier gouverneur de l’ex-Katanga, en est convaincu.

    Joint au téléphone le 26 juin par Jeune Afrique, ce proche d’Étienne Tshisekedi (il a été l’un des artisans du rassemblement de l’opposition congolaise début juin autour de l’opposant historique à Genval, dans la banlieue bruxelloise), soutient mordicus être le propriétaire de l’immeuble qui a conduit, le 22 juin, à la condamnation de Moïse Katumbi à 36 mois de prison et à une amende d’un million de dollars américains. C’est un citoyen grec, Alexandre Stuupis qui l’accusait d’avoir fait usage de faux en écriture pour s’approprier une parcelle dans la commune de Kampemba, à Lubumbashi.

    Jeune Afrique : Pourquoi avez-vous décidé de porter plainte contre le Grec Alexandre Stuupis, qui accuse Moïse Katumbi de spoliation ?

    Katete Katoto : J’ai porté plainte parce que c’est un immeuble qui m’appartient. Stuupis n’est qu’un imposteur. C’est un propriétaire fabriqué de toutes pièces par les services de sécurité. Il prétend que c’est un bien qui appartenait à sa tante ou àsa mère alors que j’étais locataire dans l’immeuble auprès de la Sonas [Société nationale des assurances] en 1970. À cette époque, Moïse [Katumbi] vivait dans cette maison. Il n’avait que six ans.

    Moïse Katumbi fait peur au camp Kabila.

    C’est l’ancien propriétaire du bâtiment qui avait en effet donné mandat à la Sonas de le louer ou de le vendre. En 1976, la Sonas a décidé de vendre l’immeuble, donnant priorité au locataire pour l’achat. C’est ainsi que j’en suis devenu propriétaire. Moïse [Katumbi] n’avait que 12 ans. J’en détiens le titre de propriété depuis 40 ans. Et en RD Congo, la loi stipule qu’un titre de propriété n’est plus attaquable après trois ans.

    Extrait du certificat d’enregistrement (titre de propriété) détenu par Raphaël Katebe Katoto.

    D.R

    Vous soutenez être le propriétaire de l’immeuble disputé, mais c’est Moïse Katumbi, votre demi-frère, qui est cité dans l’affaire…

    C’est une affaire montée de toutes pièces. Et mal montée. Après l’affaire de recrutement présumé de mercenaires qui a échoué, le régime a fabriqué cette histoire de spoliation d’immeuble mais le but reste le même : fragiliser un concurrent politique, un candidat à la présidence de la République. Avec son leadership et sa popularité, Moïse Katumbi fait peur au camp Kabila.

    Je connais les méthodes du régime en place à Kinshasa. En 2002, j’en ai été également victime lorsque je m’étais déclaré candidat pour la présidence de la transition. La justice m’a condamné à perpétuité dans une affaire de meurtre d’un Grec, là encore montée de toutes pièces. La Cour suprême m’avait finalement blanchi, reconnaissant ainsi qu’il s’agissait d’une condamnation politique.

    Ce n’est pas fini. Le pouvoir va continuer à utiliser ces méthodes pour diaboliser Moïse Katumbi. Comme moi il y a quelques années, il sera bientôt accusé d’entretenir une rébellion pour déstabiliser le pays.

    En attendant, Moïse Katumbi a été condamné à trois ans de prison. Que vous inspire ce verdict ?

    C’est un faux jugement.  Il ne vaut rien. La procédure a été bafouée tout au long de l’instruction. Récusée par une instance judiciaire supérieure, la juge du tribunal de paix de Kamalando est passée outre et continuer à siéger. Elle a ignoré les attestations médicales et le document du parquet général de la République autorisant Moïse Katumbi à aller se soigner à l’étranger.

    Pis, cette juge a rendu sa décision au lendemain de la prise de l’affaire en délibéré, sans donner la parole à la défense. L’un de ses collègues a même refusé de signer le verdict et a fait l’objet d’intimidation de la part de services de renseignement.

    Que répondez-vous à ceux qui, au sein de la Majorité présidentielle (MP), soutiennent que les ennuis judiciaires de l’opposant Katumbi ne sont que la conséquence d’infractions de droit commun qu’il aurait commises régulièrement ?

    Comment expliquent-ils le fait que Moïse Katumbi soit poursuivi dans cette affaire de spoliation alors qu’il n’est pas propriétaire de l’immeuble ? Il a été condamné parce qu’il s’est déclaré candidat à la présidentielle à venir.

    Cette condamnation de Katumbi aura-t-elle une incidence sur les tractations en cours entre l’opposition, la majorité au pouvoir et le facilitateur Edem Kodjo en vue de la tenue d’un dialogue politique inclusif en RD Congo ?

    Kabila a tout mis en oeuvre pour s’accrocher au pouvoir.

    Nous n’acceptons pas de dialogue convoqué par le président Joseph Kabila. D’autant que c’est lui le problème : il veut s’accrocher au pouvoir et a tout mis en oeuvre pour que la présidentielle ne se tienne pas dans les délais constitutionnels.

    Qu’à cela ne tienne, l’opposition va continuer à dénoncer cette fausse condamnation de Katumbi de toutes ses forces. Nous allons l’attaquer sur la forme et sur le fond pour obtenir son annulation.

    Regroupée autour d’Étienne Tshisekedi, l’opposition exige également la libération des prisonniers politiques. Est-ce un préalable à la participation de ce dernier au dialogue politique ?

    Nous avons récemment rencontré le facilitateur Edem Kodjo et nous lui avons rappelé que nos conditions demeurent incontournables. Nous exigeons en effet la libération de tous les prisonniers politiques, l’arrêt de tous les procès politiques et la présence des États-Unis dans le panel de la facilitation. Si les Américains sont impliqués dans le dialogue, ils veilleront à l’exécution des résolutions qui seront adoptées lors du dialogue.

    Comment le « comité des sages » de l’opposition, dont vous faites partie, a-t-il reçu la décision du département du Trésor américain de geler des avoirs du général Célestin Kanyama, chef de la police à Kinshasa ?

    C’est une décision qui nous réconforte et nous la saluons. Nous ne cessons de dénoncer les agissements de ce régime qui dérive vers la dictature.

  • Kikaya Bin Karubi : « La sanction des États-Unis contre le général Kanyama n’a pas d’impact sur la RD Congo »

    Kikaya Bin Karubi : « La sanction des États-Unis contre le général Kanyama n’a pas d’impact sur la RD Congo »

    kikaya-En séjour à Washington où il conduit une mission de plaidoyer, Bernabé Kikaya Bin Karubi revient pour Jeune Afrique sur le gel des avoirs du général Célestin Kanyama, chef de la police à Kinshasa, décidé par les États-Unis. Entretien exclusif avec l’un des principaux conseillers du chef de l’État congolais.

    Décidément, la pression internationale sur les autorités congolaises fuse de toutes parts. Alors qu’il se trouvait depuis le 21 juin à Washington pour tenter de dissuader le parlement américain – Sénat et Chambre des représentants – à adopter des sanctions contre les proches du président Joseph Kabila, Bernabé Kikaya Bin Karubi, principal conseiller diplomatique du chef de l’État congolais, n’a rien pu faire pour empêcher la décision prise jeudi par le département du Trésor américain de geler les avoirs du général Célestin Kanyama, chef de la police à Kinshasa, accusé de « violences contre les civils ».

    Nous l’avons joint par téléphone ce 24 juin.

    Jeune Afrique : Le gel des avoirs du général Kanyama, commissaire provincial de la police à Kinshasa, signe en quelque sorte l’échec de votre plaidoyer auprès des États-Unis…

    Kikaya Bin Karubi : Dès mon arrivée à Washington, le 21 juin, les autorités américaines m’avaient déjà fait savoir qu’il s’agissait d’une décision du président Barack Obama lui-même. Un executive order qui n’était pas soumis à l’appréciation de la Chambre des représentants ni du Sénat.

    Sanctionner un officier congolais est une décision malheureuse de la part des États-Unis.

    En vérité, pour les États-Unis, sanctionner le général Kanyama n’est qu’une décision symbolique. D’autant que ce commandant de la police dans la ville de Kinshasa – d’après lui-même – ne dispose pas d’avoirs aux États-Unis, ni d’ailleurs en Europe. Il ne lui y est par ailleurs pas demandé de voyager aux États-Unis ou en Europe dans l’exercice de ses fonctions.

    Ne pouvant plus traiter avec les partenaires internationaux, ne craignez-vous pas que le chef de police dans la capitale congolaise ne soit considéré comme un paria de la communauté internationale ?

    Le rôle d’un commandant de la police de Kinshasa est de veiller à la sécurité des habitants de la capitale. La RD Congo ne voit pas l’impact qu’auront ces mesures et regrette toutefois cette ingérence des États-unis dans le domaine de maintien de l’ordre public à Kinshasa.

    Comment le président Joseph Kabila a-t-il reçu cette sanction ?

    La présidence de la RD Congo considère que c’est une décision malheureuse de la part des États-Unis qui sont pourtant un de nos importants partenaires. Comme la réciprocité constitue le principe premier en relations internationales, nous étudions déjà comment nous allons réagir…

    Une rupture de relations diplomatiques avec les États-Unis est-elle envisageable ?

    Nous n’en sommes pas encore là. Nos relations avec les États-Unis sont évidemment très importantes. Nous ne pouvons pas les suspendre complètement à cause de cet incident. Toujours est-il que nous devons réfléchir afin qu’une pareille situation ne se reproduise plus dans nos rapports bilatéraux.

    L’Union européenne et le Conseil de sécurité menacent par ailleurs de sanctionner les personnalités congolaises qui entravent le processus démocratique. Que va faire Kinshasa pour rassurer ses partenaires internationaux ?

    Nous sommes surpris en effet de voir que le Parlement européen et le Conseil de sécurité ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre la situation telle qu’elle se présente en RD Congo. Prenons la problématique du respect du délai constitutionnel [la Constitution congolaise voudrait que le corps électoral soit convoqué 90 jours avant le 19 décembre, date de la fin du second mandat de Joseph Kabila, ndrl]. La Cour constitutionnelle, seule institution habilitée à interpréter notre Constitution, a déjà réglé la question. Idem pour la question de l’organisation des élections dans les délais. Des experts des Nations unies se sont rendus en RD Congo pour examiner la situation et ont conclu qu’il était impossible d’organiser la présidentielle d’ici le 27 novembre 2016 [échéance prévue dans le calendrier global des scrutins].

    Par ailleurs, des experts de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) ont audité l’actuel fichier électoral congolais et ont estimé qu’il était impossible d’organiser des élections crédibles sur base dudit fichier.

    Après toutes ces conclusions d’experts onusiens et de l’OIF, l’UE et le Conseil de sécurité font la sourde oreille. Ce qui nous pousse à conclure qu’il y a un acharnement contre le président Kabila et la population congolaise. C’est inacceptable !

    En attendant, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté, le 23 juin, la résolution 2293 qui insiste de nouveau sur le dialogue politique inclusif et la tenue de la présidentielle et des législatives en novembre 2016. Cette résolution s’inquiète aussi du « rétrécissement de l’espace politique dans le pays » et de l’arrestation d’opposants…

    Depuis bientôt un an, le président Kabila appelle au dialogue, mais des opposants n’en veulent pas. Entre-temps, la RD Congo doit continuer de fonctionner et quiconque a des problèmes avec la justice doit répondre de ses actes.

    Que répondez-vous par exemple à ceux qui voient la main du pouvoir dans les deux affaires judiciaires enclenchées contre l’opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle ?

    Il n’y a aucun acharnement du pouvoir à l’encontre de Katumbi.

    Moïse Katumbi a des problèmes avec la justice. Un Américain qui travaillait illégalement dans le pays a été arrêté et entendu par la justice. C’est lui qui a dit que Moïse Katumbi l’avait invité en RD Congo. C’est dans ce sens que l’ancien gouverneur de l’ex-Katanga a été à son tour entendu. Il y a plusieurs dossiers judiciaires dans lesquels M. Katumbi est cité. Il n’y a aucun acharnement du pouvoir à son encontre.

    Que dire de ces jeunes militants de Filimbi et de la Lucha contraints à l’exil ou détenus dans les prisons congolaises ?

    La justice détient des enregistrements sur lesquels on entend certains dire : « Allez chercher les gens de Kabila et tuez-les ! Brûlez leurs voitures. Vous savez aussi où leurs enfants vont à l’école. » Il faut savoir distinguer un prisonnier politique d’un politique en prison.

    Dans ces conditions, comment décrisper le climat politique pour amener le pays vers des élections apaisées ?

    Pour nous, il n’existe qu’une seule voie : le consensus. C’est ce que le président Kabila recherche dans le dialogue qu’il a convoqué. Les Congolais doivent se mettre ensemble et s’entendre sur le système électoral et sur l’avenir de notre pays. D’autant que les élections de 2006 et de 2011 avaient conduit à des violences.

    Tout Congolais qui a une fibre nationaliste doit donc venir au dialogue et arrêter d’appeler à des manifestations à des fins politiques. Car soulever la rue à Kinshasa, on sait quand ça commence mais on ne sait pas quand ça se termine.

    JA

  • Raphaël Katebe Katoto a un compte personnel à régler avec Joseph Kabila

    Raphaël Katebe Katoto a un compte personnel à régler avec Joseph Kabila

    Tshisekedi-Kyungu-Artisan du grand rassemblement de l’opposition, organisé début juin en Belgique, Raphaël Katebe Katoto est l’aîné de Moïse Katumbi. Homme d’affaires prospère et influent, il a un compte personnel à régler avec le chef de l’État, Joseph Kabila.

    Sur la photo, Raphaël Katebe Katoto arbore un sourire malicieux. Ce 6 juin, le demi-frère de Moïse Katumbi vient de réaliser un joli coup. Il est parvenu à rassembler deux adversaires irréductibles pour une poignée de main symbolique : Étienne Tshisekedi, l’opposant historique, originaire du Kasaï, et Gabriel Kyungu, affectueusement surnommé Baba (« papa », en swahili), à Lubumbashi. Kyungu est un ancien gouverneur du Katanga, très régionaliste ; il a dirigé de violentes campagnes d’expulsion contre les Kasaïens dans les années 1990.

    Entre les deux hommes, le contentieux était lourd. « Ils ne se parlaient plus depuis plus de vingt ans, et le pouvoir faisait tout pour garder Kyungu de son côté », rappelle Katebe Katoto, pas peu fier de les avoir réunis.

    À Kinshasa, l’image a fait le tour des réseaux sociaux, suscitant l’incrédulité, voire, chez les jeunes supporters de Tshisekedi, l’hostilité. Mais elle a aussi inquiété le Palais. Elle laisse entrevoir un rapprochement, encore inenvisageable il y a quelques mois, entre l’ouest et l’est de ce pays très divisé. Un rapprochement pour barrer la route à Joseph Kabila, qui n’a visiblement pas l’intention de quitter le pouvoir en décembre, comme le prévoit la Constitution.

    Vers une fin des dissensions au sein de l’opposition congolaise

    Pour Katebe Katoto, cette rencontre n’était que le hors-d’œuvre. Le plat de résistance, ce fut le « conclave de l’opposition », organisé dans la banlieue de Bruxelles les 8 et 9 juin. Pendant deux jours, le Château du lac, avec ses pelouses impeccables et ses hommes politiques tirés à quatre épingles, dégageait une atmosphère de mariage. Costume et lunettes teintées, Katebe Katoto serrait des mains en pagaille. Moïse, son frère, n’était pas là (lire encadré), mais il le représentait, avec ce sourire et ces intonations qu’ils partagent.

    A-t-il contribué au financement de la réunion ? « L’important, c’est de réunir tout le monde autour de Tshisekedi pour défendre la démocratie », élude-t-il. Vital Kamerhe n’est finalement pas venu, et Jean-Pierre Bemba n’a pas envoyé de représentants. En revanche, les soutiens de Moïse Katumbi étaient présents en grand nombre. Katebe Katoto, lui, a été nommé au « conseil des sages », qui chapeaute ce « Rassemblement de l’opposition ». Kinshasa a immédiatement dénoncé une tentative de coup d’État institutionnel.

    Katebe Katoto fut un intermédiaire clé entre son frère et « Le Vieux ». Exilé à Bruges, en Belgique, depuis deux décennies, Katebe Katoto est resté très proche de Moïse, de vingt ans son cadet (une source diplomatique décrit les deux hommes comme très « attachés » l’un à l’autre). Il jouit également de la confiance d’Étienne Tshisekedi, pour qui il organise même certaines rencontres.

    Katebe et Tshisekedi, respectivement 71 et 83 ans, se connaissaient déjà du temps du Zaïre de Mobutu. Tshisekedi était l’un des bras droits du maréchal, avant de devenir son principal opposant dans les années 1980. Katebe Katoto était un puissant homme d’affaires du Shaba, comme on appelait alors le Katanga, avec un intérêt marqué pour la politique.

    Comme Moïse Katumbi, il est le fils de Nissim Soriano, un Juif originaire de l’île de Rhodes. Enseignant de formation, il a fait fructifier la fortune familiale en devenant sous-traitant de l’entreprise minière d’État, la Gécamines, qu’il approvisionnait en produits frais et dont il transportait le minerai.

    Allié de longue date avec Étienne Tshisekedi

    Mais c’est en 2002 que Katebe Katoto se rapproche véritablement de Tshisekedi. Les belligérants de la deuxième guerre du Congo négocient alors la fin du conflit dans la ville sud-africaine de Sun City. Le président Joseph Kabila et le rebelle Jean-Pierre Bemba sont en train de trouver un accord pour gouverner ensemble, marginalisant de fait le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma, soutenu par le Rwanda) et l’opposition non armée, incarnée par Tshisekedi. Katebe Katoto parvient à les rassembler au sein de l’Alliance pour la sauvegarde du dialogue (ASD). Et c’est l’ASD qui, avec le soutien de la communauté internationale, obtiendra que l’on revienne à des négociations inclusives.

    À cette période, Tshisekedi se rend à Kisangani, contrôlé par le RCD-Goma, ainsi qu’à Kigali. Aux yeux de nombreux Congolais, allergiques à tout ce qui touche, de près ou de loin, au Rwanda, cet épisode est une tache dans le parcours de « l’opposant historique », mais Raphaël Katebe Katoto assume : « Cette alliance était vitale. Sinon, le RCD allait déclencher la troisième guerre du Congo ! » En 2003, Katebe Katoto deviendra le vice-président du parti.

    Très convoité pour sa fortune et ses réseaux, Raphaël Katebe Katoto s’imagine alors à la tête de la transition, à la place d’un Joseph Kabila pour lequel il n’a que peu de considération. « Il était anormal qu’il dirige une transition alors qu’il était candidat à la présidentielle, estime-t-il encore aujourd’hui. Je l’ai rencontré plusieurs fois à cette période. J’ai très vite compris que rien de bon ne viendrait de lui. »

    Raphaël Katebe Katoto en est convaincu : cette rivalité est la cause de ses ennuis judiciaires. Ils furent nombreux – et souvent nébuleux. Dans les années 1990, son associé grec est retrouvé mort à Lubumbashi.

    Il s’est, semble-t-il, suicidé, mais, quelques années plus tard, les autorités congolaises accuseront un Katebe Katoto devenu encombrant de l’y avoir aidé. Dans les années 2000, la Zambie lui reproche d’avoir détourné 20 millions de dollars lorsque Frederick Chiluba, dont il était très proche, était au pouvoir. En 2008, le groupe d’experts des Nations unies pointe des transferts d’argent vers des proches de Laurent Nkunda, alors à la tête d’une rébellion kinyarwandophone dans l’est du Congo.

    Cent cinq mille dollars, qui vont coûter cher à son clan, et pas seulement en matière de réputation : en Belgique, ses comptes et ceux de sa famille sont un temps bloqués. Mais dans chacune de ces affaires, insiste-t-il, il a fini par être blanchi.

    À la différence de son aîné, Moïse Katumbi n’a jamais été accusé de frayer avec des rébellions. Pour le reste, en revanche, il marche sur ses pas. C’est Raphaël qui lui a mis le pied à l’étrier dans les affaires familiales. « Il a fait ses preuves et, maintenant, il vole de ses propres ailes, explique Katebe Katoto. Mais je continue de le soutenir à 100 %. »

    Comme Moïse après lui, Katebe Katoto a dirigé le grand club de foot de Lubumbashi, à l’époque nommé Tout-Puissant Englebert. Ensemble, ils ont remporté plusieurs titres continentaux. Reste un trophée, jusqu’à présent inaccessible : la présidence de la République. Il y verrait bien son jeune frère et fera tout pour l’y aider. Et, pour cela, il faut d’abord obtenir le départ de Joseph Kabila.


    ENCORE UNE AFFAIRE DE POISON ?

    L’histoire est rocambolesque. Mais plusieurs sources diplomatiques la relatent, de même que le demi-frère de Moïse Katumbi. Selon Raphaël Katebe Katoto, un policier cagoulé a injecté une substance inconnue à l’ancien gouverneur du Katanga à l’aide d’une seringue en profitant de la confusion lors d’une manifestation. Les faits se seraient produits en mai dernier, devant le palais de justice de Lubumbashi. Accusé, sans preuves pour l’instant, d’avoir recruté des mercenaires après avoir annoncé qu’il se portait candidat à la présidence, Katumbi devait y comparaître pour atteinte à la sûreté de l’État. C’est cette fameuse piqûre qui l’aurait inquiété au point qu’il demande un exil médical, le temps de faire des tests. Et c’est, selon Katebe Katoto, l’état de santé de Moïse Katumbi qui l’a empêché de se rendre au conclave de l’opposition, à Bruxelles, les 8 et 9 juin.

    Reste qu’il avait aussi de bonnes raisons de se faire discret : d’abord parce que certains opposants le soupçonnaient de vouloir « récupérer » la réunion et menaçaient de claquer la porte. Ensuite parce qu’il s’est engagé, auprès de Kinshasa, à ne pas faire de commentaires sur l’affaire en cours afin qu’on le laisse quitter le pays. Quant à savoir s’il sera apte, physiquement notamment, à revenir au pays pour livrer bataille, lui qui a déjà été affaibli par un empoisonnement en 2011, c’est une autre histoire.

    JA

  • Les États-Unis gèlent les avoirs de Célestin Kanyama, chef de la police de Kinshasa

    Les États-Unis gèlent les avoirs de Célestin Kanyama, chef de la police de Kinshasa

    C. Kanyama-Le général Célestin Kanyama, commissaire provincial de la police nationale congolaise à Kinshasa, voit ses avoirs aux États-Unis gelés pour « violences contre des civils ».

    Cela faisait plusieurs semaines que la menace de sanctions américaines ciblées contre des responsables congolais se précisaient. Ce jeudi 23 juin, Washington a franchi le pas, pour accroître la pression sur l’entourage du président Joseph Kabila pour qu’il organise l’élection présidentielle avant la fin de son ultime mandat constitutionnel, le 19 décembre prochain.

    Le Trésor américain a ainsi ajouté le chef de la police de Kinshasa, le général Célestin Kanyama, à la liste des individus sanctionnés, pour « violences envers des civils ».

    Tous ses avoirs « basés aux États-Unis ou en possession de citoyens américains sont gelés » et « tous les citoyens américains ont interdiction d’effectuer des transactions avec lui », indique le communiqué du Trésor.

    Une vive critique du régime

    « Alors que le dernier mandat constitutionnel du président Kabila approche de sa fin, en décembre, le régime est engagé dans un schéma répressif, avec des arrestations d’opposants et la répression violente de manifestations politiques afin de d’éviter la programmation des élections nationales », explique John Smith, le directeur du Bureau de contrôle des avoirs étrangers au département du Trésor.

    Chef de la police de Kinshasa, Célestin Kanyama, parfois surnommé « esprit de mort », a été épinglé à plusieurs reprises par les organisations de défense des droits de l’Homme ces dernières années, notamment pour la répression violente contre des manifestations de janvier 2015. « Plus de 40 personnes ont été tuées […] dont au moins 20 par arme à feu et par les forces de sécurité, écrit le Trésor américain. Les manifestants protestaient contre des modifications de la loi électorale dont de nombreux Congolais pensaient qu’elle allaient permettre au président Kabila de rester au-delà de la limite de deux mandats constitutionnels. »

    Ce premier gel d’avoirs pourrait être suivi d’autres. Les États-Unis cherchent en effet à accroître la pression contre l’entourage du président Joseph Kabila afin que la prochaine élection présidentielle soit organisée dans les délais constitutionnels.

    Le porte-parole du gouvernement congolais n’était pas immédiatement disponible pour commenter cette décision.

    JA

  • Voici ce que l’accusation reproche à Katumbi

    Voici ce que l’accusation reproche à Katumbi

    Moise-K-Le journal kinois L’Avenir, proche de la Majorité présidentielle, a publié vendredi le “dossier” d’accusation du candidat à la présidentielle Moïse Katumbi, inculpé jeudi d’atteinte à la sûreté de l’Etat, mais sans en indiquer la provenance.

    Voici l’essentiel de ses 66 points, publiés sur trois pages.

    1. Dix “anciens militaires américains”, avec nom et n° de passeport, ont été identifiés dans l’entourage de M. Katumbi. Leurs demandes de visa les présentent comme “touriste, agriculteur, fermier, logisticien, Médecin MSF, professeur, homme d’affaires, missionnaire, membres d’ONG”. Ils ne se sont présentés ni “à l’ambassade” américaine à Kinshasa, “ni au consulat américain à Lubumbashi”.

    2. Ils sont entrés au Congo à des dates différentes et avec des visas de voyage d’un mois, prolongés ensuite pour trois mois – visas qui ne leur donnent pas l’autorisation de travailler. Ils ont travaillé pour M. Katumbi comme “agents de sécurité” et ont été logés dans différentes propriétés de celui-ci.

    3. Trois d’entre eux sont entrés au Congo sous couvert de la société de sécurité Jones Group International, dirigée par le général en retraite James Logan Jones, en contact avec la société congolaise de gardiennage Pomba One Security, dirigée par Corneille Franck Mwashila, ancien policier congolais. Selon le dossier, “la loi interdit l’utilisation d’éléments issus des forces armées, de la police (…)” dans une société de gardiennage, ainsi que d’”étrangers n’ayant pas séjourné au pays 5 ans durant sans interruption”. En outre, Pomba One Security fonctionnait “sans permis d’exploitation” et “sans paiement des frais requis”. Enfin, les Américains n’ont pas été accueillis, à leur arrivée à Lubumbashi, par Pomba “censée les avoir invités mais plutôt par les proches de M. Moïse Katumbi, dont son préposé au protocole”.

    4. M. Mwashila serait “un des gardes du corps les plus proches de M. Moïse Katumbi” et “a déclaré sur PV n’avoir jamais eu, dans sa vie, ni contrat ni contacts avec la société Jones Group International”. Il a néanmoins travaillé “de janvier au 24 avril 2016” dans une résidence de M. Katumbi avec six des Américains “comme garde du corps”.

    5. Trois des Américains ont été invités au Congo “par M. Moïse Katumbi à travers l’ONG Oeuvre sociale pour les Amis chrétiens”.

    6. Enfin, le principal des Américains cités, Darryl Lewis, a été US Marine de 1985 à 89, quand il a quitté l’armée américaine. Il a ensuite travaillé pour la société de sécurité Blackwater, pour laquelle il a effectué des “missions (…) notamment en Afghanistan, au Kosovo, en Irak, au Burundi et aux Emirats arabes unis”.

  • Malu Malu en état de mort cérébrale

    Malu Malu en état de mort cérébrale

    Malumalu-Polémique, jeudi, dans la presse de Kinshasa, entre ceux qui titraient sur l’agonie et ceux qui, comme l’ambassadeur du Congo aux Etats-Unis, annonçaient le décès de l’abbé Appolinaire Malu Malu à Atlanta, où il était soigné. Il semblerait que l’abbé de 54 ans soit en état de mort cérébrale.

    Les premières élections

    L’abbé Malu Malu s’était fait connaître en 2003 en devenant président de la Commission électorale indépendante (CEI), chargée de préparer et surveiller les scrutins de 2005-06. Ce travail lui vaudra un doctorat honoris causa de l’Université de Liège en 2008.

    On avait cependant découvert que l’abbé avait précédemment travaillé pour la “Cellule stratégique” de la présidence de la République, sous Joseph Kabila, ce qu’il n’avait pas précisé lorsque son nom avait été retenu pour diriger la CEI. Il n’en faudra pas plus pour qu’une grande partie de l’opposition congolaise juge “frauduleuse” (contrairement aux observateurs et à la communauté internationale) la présidentielle de 2006 qu’elle avait perdue. Le cardinal Etsou se fit l’écho de ces accusations, ce qui suscita un émoi certain au sein de l’Eglise.

    Sanctionné par l’Eglise

    Les élections de 2011 furent confiées à un pasteur appartenant à une petite église protestante, Daniel Ngoy Mulunda, parent lointain de M. Kabila et soutien de son parti PPRD. Notoirement frauduleux, ce scrutin présidentiel et législatif a été considéré “non crédible” par les observateurs nationaux et internationaux – ce qui n’a pas empêché les “élus” de siéger.

    L’abbé Malu Malu était revenu sur le devant de la scène en 2013, comme président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), en vue des scrutins prévus pour la fin 2016. Pour cela, il avait passé outre à l’opposition de l’Eglise catholique.

    La maladie le rattrape

    L’abbé Malu Malu avait persisté dans ses ambitions malgré les sanctions prises à son encontre par son évêque, à la demande de la Conférence épiscopale. Soit, rappelle “Le Phare”, l’interdiction de dire la messe, de donner les sacrements et de porter les habits liturgiques. Il avait également été déchu de fonctions de prestige.

    En 2015, toutefois, l’abbé avait dû renoncer à présider la CENI pour cause de maladie.

    Le camp kabiliste a profité de ce départ pour bouleverser le bureau de la CENI et y renforcer son camp, aujourd’hui jugé majoritairement favorable au chef de l’Etat. Cela a suscité une méfiance accrue envers la CENI, dont les positions confortent le désir de M. Kabila de retarder les élections le plus possible afin de se maintenir au pouvoir au-delà des délais constitutionnels.

    (La Libre)

  • Déjà des candidats pour succéder à Kabila

    Déjà des candidats pour succéder à Kabila

    ELECTIONS-La semaine dernière, à Genval, l’opposition congolaise a reconnu que “seule l’unité des forces politiques et sociales acquises au changement peut permettre d’atteindre (ses) objectifs”. Devant la nécessité de lutter pour obtenir des élections telles que prévues par la Constitution, elle fait front aux projets du président Kabila de se maintenir au pouvoir, en se réunissant dans un “Rassemblement“. N’y ont pas (encore ?) adhéré le MLC de Jean-Pierre Bemba, ni l’ex-candidat malheureux à la présidence Vital Kamerhe, dont le secrétaire général de son parti UNC, Jean-Bertrand Ewanga, était cependant présent au conclave.

    Aucune mention n’a cependant été faite du besoin de s’entendre sur une candidature unique de l’opposition pour l’emporter, dans un scrutin à un seul tour. Et plusieurs ténors de l’opposition se sont déjà déclarés candidats à la magistrature suprême. Soit officiellement, comme Moïse Katumbi et Martin Fayulu, soit lors d’interviews. Des outsiders sont également notoirement sur les rangs, comme Freddy Matungulu ou Noël Tshiani.

    (LaLibre)

  • Katumbi condamné: Son frère le défend

    Katumbi condamné: Son frère le défend

    katebe-Raphaël Katabe Katoto, frère aîné de Moïse Katumbi, ex-candidat à la présidence de la RDC et “propriétaire” du bien visé dans ce dossier.

    Que reproche-t-on exactement à votre frère ?

    “C’est tellement surréaliste. Il aurait donc spolié un bien réclamé par un citoyen grec dans le cadre d’une succession plus de quarante ans après la vente de ce fameux bien.”

    Vous démentez cette accusation ?

    “Mon frère n’a aucun lien avec ce bien. C’est moi qui en suis le propriétaire depuis 1976. J’ai tous les documents qui l’attestent. La propriétaire de ce bien et d’autres sur Lubumbashi a quitté le pays au tout début des années 70. Elle a confié la gestion de ses biens à la Sonas (Société nationale d’assurances) qui devait les mettre en location. J’ai loué ce bien dans lequel toute la famille, y compris Moïse qui devait avoir 6 ou 7 ans, a vécu. En 1976, elle a demandé à ce que la Sonas vende ses biens. En tant que locataire, j’avais un droit de préemption que j’ai utilisé pour l’acheter. Cela fait donc quarante ans et il n’y a jamais eu la moindre contestation.”

    Craignez-vous pour la carrière politique de votre frère ?

    “Cette condamnation ne vaut rien. Je le dis haut et fort et je m’explique. Primo : dans ce dossier, la juge qui a mené les débats et refusé d’entendre la défense avait été récusée. Secundo : l’un des droits juges qui devaient signer la condamnation a refusé de le faire parce qu’il la jugeait complètement infondée. Il a été emmené dans les locaux de l’ANR, nos services de sécurité, jusqu’à ce qu’il obtempère. Tertio : nos avocats vont demander la révocation de ce jugement devant la cour suprême de Kinshasa. Une procédure et un parcours que je connais bien puisque j’ai subi la même ignominie. J’étais candidat à la présidence quand j’ai été accusé du meurtre d’un ressortissant grec. J’ai été jugé coupable à Lubumbashi à la suite d’un procès aussi surréaliste que celui que vient de vivre mon frère, qui est toujours en Europe pour se soigner. Mes avocats ont donc plaidé la révocation de cette condamnation à Kinshasa. Ils ont obtenu gain de cause. L’affaire a été rejugée au Kasaï et j’en suis sorti blanchi et les juges ont osé parler de dossier politique construit de toutes pièces. Je suis donc confiant pour Moïse, ce n’est pas cette farce qui peut l’arrêter.”

    (La Libre)

  • Jean-Pierre Bemba condamné à 18 années d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité

    Jean-Pierre Bemba condamné à 18 années d’emprisonnement pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité

    JP Bemba-La Cour pénale internationale a condamné à 18 ans d’emprisonnement Jean-Pierre Bemba, ancien vice-président congolais reconnu coupable de crimes de guerre et crimes contre l’humanité et personnalité la plus haut placée à être condamnée par la CPI jusqu’à présent.

    “En Centrafrique, une victime a été violée par deux soldats, sous le regard d’autres soldats qui, je cite, “criaient de joie’, et a ensuite été violée par quatre soldats, puis la victime s’est évanouie, avant d’être violée ensuite par d’autres soldats à son réveil, douze au total”, rappelle Sylvia Steiner, juge de la Cour pénale internationale lors de la dernière audience de l’ancien président congolais Jean-Pierre Bemba.

    Mardi, la Chambre de la Cour pénale internationale a déclaré Jean-Pierre Bemba coupable et condamné à 18 ans d’emprisonnement, moins les années de détention déjà effectuée.

    La juge a insisté sur le fait que l’ancien chef militaire a échoué a exercer un contrôle effectif sur son armée privée envoyée en République centrafricaine en octobre 2002, où ses hommes ont violé, tué et pillé avec une “cruauté particulière”.

    Sylvia Steiner a souligné que le chef militaire avait fait “davantage que de tolérer les crimes en tant que commandant”. “L’échec de M. Bemba à prendre des mesures avait délibérément pour objectif d’encourager ces attaques menées contre la population civile”, a-t-elle estimé.

    Arrêté en 2008, le condamné a déjà passé 8 années en prison. Il aura donc 10 ans à purger. Pour rappel, l’accusation avait demandé 25 années d’emprisonnement.

    La majorité des juges ont reconnu tous les viols perpétrés par les soldats de la MLC (Mouvement de libération du Congo) en Centrafrique, utilisés comme armes de guerre d’une “grande cruauté”, ce qui a constitué “une circonstance aggravante”.

    Les pillages ont également été reconnus et condamnés tout aussi sévèrement car ces actes étaient très souvent accompagnés par “des meurtres et des viols” de familles entières.

     Jean-Pierre Bemba, le chef militaire

    Riche homme d’affaires devenu chef de guerre, Jean-Pierre Bemba a été déclaré coupable le 21 mars de la vague de meurtres et de viols commis par sa milice en Centrafrique entre octobre 2002 et mars 2003.

    Quelques jours avant que la peine ne soit prononcé, l’équipe de défense de M. Bemba avait annoncé son intention de faire appel de ce verdict et a demandé la cassation du procès.

    D’après l’avocat Peter Haynes, M. Bemba, dont les droits en tant qu’accusé “n’ont été à aucun moment respectés”, a été reconnu coupable “sur base de spéculations” dans une “affaire qui était profondément incohérente, invraisemblable dans les faits, et basée sur une évaluation sélective et souvent imparfaite des preuves”.

    À noter, “aucune circonstance atténuante” n’a été retenue par la Cour.

    Son parti dénonce une “justice sélective”

    La condamnation de l’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba à 18 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale est le résultat d’une “justice sélective”, a dénoncé mardi à Kinshasa le parti de M. Bemba.

    Le Mouvement de libération du Congo (MLC) “ne cessera jamais de dénoncer la justice sélective de la Cour pénale internationale (…) et la politisation à outrance” de cette institution, a réagi sa secrétaire générale, Ève Bazaiba, après l’annonce de la peine infligée à M. Bemba.

    Mme Bazaiba s’exprimait devant la presse au siège du MLC, où près de deux cents militants ont suivi dans un grand silence la retransmission du jugement de la cour de La Haye sur écran géant.

    “Nous ne cesserons jamais de rappeler que les victimes des exactions en République centrafricaine ont droit de connaître les véritables auteurs de ces crimes. On ne peut pas laisser les véritables auteurs et s’acharner sur la personne de Jean-Pierre Bemba. Ça c’est une justice discriminatoire”, a-t-elle ajouté.

    “J’ai un sentiment d’amertume envers la CPI”, a déclaré à l’AFP Daddy Kondo, militant du MLC, accusant la cour d’agir par “néocolonialisme”.

    “Moi, je ne crois plus à cette Cour”, a dit un autre, Jean Faustin Isenge, pour qui toute cette affaire s’apparente à “un procès de la honte” car, selon lui, “les auteurs du conflit [les anciens présidents centrafricains Patassé et François Bozizé] ne sont pas inquiétés”.

    Amnesty international satisfait de la condamnation

    “L’arrestation, la condamnation et le verdict visant Jean-Pierre Bemba adressent un signal fort : ceux qui commettent des crimes relevant du droit international seront au bout du compte tenus pour responsables de leurs actes”, a déclaré Stephen Cockburn, directeur régional adjoint pour l’Afrique centrale et de l’Ouest à Amnesty International.

    “Cela fait aussi clairement savoir que l’impunité pour les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre ne sera pas tolérée et que les commandants militaires doivent prendre toutes les mesures nécessaires afin d’empêcher leurs subordonnés de commettre de tels crimes. S’ils s’en abstiennent, ils auront des comptes à rendre.”

    N.P.