-Ni l’un ni l’autre n’ont encore dĂ©voilĂ© leurs intentions pour l’Ă©lection prĂ©vue en novembre, mais nul doute que leur affrontement rythmera l’annĂ©e 2016. NaguĂšre proches, Joseph Kabila et MoĂŻse Katumbi sont Ă couteaux tirĂ©s. Quelles sont leurs forces, leurs faiblesses, leurs rĂ©seaux ?
Pour lâĂ©lection prĂ©sidentielle de tous les dangers, prĂ©vue en principe dans dix mois (le 27 novembre 2016), aucun des deux nâa encore dĂ©voilĂ© ses intentions. Certes, la question ne devrait pas se poser en ce qui concerne le chef de lâĂtat, Joseph Kabila, puisque la Constitution congolaise â tout au moins en son Ă©tat actuel â lui interdit de briguer un nouveau mandat. Reste que le fils du Mzee est, quâon le veuille ou non, lâacteur numĂ©ro un dâun scĂ©nario imprĂ©visible sur lequel il conserve plus de prise quâon ne le croit gĂ©nĂ©ralement.
Que son souhait soit de prolonger son bail au pouvoir ou de se retirer dans sa ferme de Kingakati, de modifier la loi fondamentale, de jouer la carte du « glissement » du calendrier Ă©lectoral ou de cĂ©der aux pressions de ceux pour qui la RD Congo doit impĂ©rativement se conformer Ă la loi dâairain de lâalternance au sommet, une chose est sĂ»re : il ne sera pas un acteur passif de son destin, quitte Ă placer le dĂ©bat sur le terrain du rapport de force.
Un affrontement programmé
La question se pose-t-elle pour MoĂŻse Katumbi ? En thĂ©orie oui, puisque lâex-gouverneur du Katanga nâa pas annoncĂ© sa candidature. En pratique non : nul ne doute que cet entrepreneur hors normes nâa pas franchi le Rubicon, un certain 29 septembre 2015, en quittant avec fracas le camp prĂ©sidentiel, pour aller pĂȘcher Ă la ligne. Katumbi se veut le fĂ©dĂ©rateur de lâopposition congolaise face Ă toute volontĂ© supposĂ©e de Joseph Kabila dâaller au-delĂ du terme de novembre. Et nombreux sont ceux qui voient en lui le principal candidat Ă la succession : il en a lâambition, les moyens, et sa popularitĂ© surpasse celle de ses principaux concurrents.
Entre le prĂ©sident de 44 ans et lâopposant de 51 ans, les ponts semblent dĂ©finitivement coupĂ©s. Ils ont pourtant Ă©tĂ© proches pendant plus dâune dĂ©cennie, le second soutenant le premier aux Ă©lections de 2006 et de 2011 et le premier assurant en retour au second une protection politique propice Ă lâĂ©panouissement de ses affaires. Depuis six mois, toutes les tentatives de rĂ©conciliation ayant Ă©chouĂ©, MoĂŻse Katumbi, Ă qui revient lâinitiative dâun divorce perçu par Joseph Kabila comme une trahison, a multipliĂ© les signes de dĂ©fiance, laissant apparaĂźtre les profondes diffĂ©rences de tempĂ©rament entre les deux hommes. Autant Kabila est silencieux, impavide et introverti, autant Katumbi peut ĂȘtre disert, sentimental et communicatif.
Ă lâĂ©vidence, lâissue de leur affrontement programmĂ© sera lâune des clĂ©s majeures de 2016. Avec, dans le rĂŽle dâarbitre courtisĂ©, un Ătienne Tshisekedi plus sphinx que jamais, hĂ©sitant Ă 83 ans entre dialogue et monologue et qui se considĂšre toujours, depuis son exil mĂ©dical belge, comme le prĂ©sident lĂ©gitime. K contre K : le feuilleton ne fait que commencer, sans que nul ne sache quand aura lieu le dernier Ă©pisode de ce Game of Thrones sur les rives du fleuve CongoâŠ

















