Publié le 28-10-2018 Modifié le 28-10-2018 à 10:16
Il y a cinq ans, la journaliste et le réalisateur de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient assassinés à Kidal, au Mali, alors qu’ils étaient en reportage. Un hommage leur a été rendu samedi 27 octobre à la Maison de la Poésie à Paris en présence d’artistes, mais aussi de leurs amis et confrères.
Poésie, musique africaine et française, mais aussi des souvenirs de leurs proches ont alterné 2 heures durant pour raviver la mémoire de nos reporters. Sur le mode de Je me souviens de Georges Perec, les proches et confrères de Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont égrené leurs souvenirs.
« Je me souviens qu’elle voulait m’emmener dans la région des Grands Lacs d’Afrique centrale et qu’elle me disait “tu verras, là-bas, le temps ne passe pas pareil” », se rappelle une proche de Ghislaine Dupont. « Je me souviens que personne n’aurait pu te retenir, Claude, ceux qui t’aimaient ne pouvaient le vouloir. Tu guettais l’actualité et la moindre place dans les avions militaires », relate un proche de Claude Verlon.
Opacité
Un baume pour la famille qui se bat depuis cinq ans contre l’opacité qui entoure ce crime. « Comme depuis 5 ans, comme depuis la première minute où j’ai appris leurs morts, j’attends la vérité, de mettre un visage sur les gens qui ont tenu les armes pour les abattre », s’impatiente Apolline Verlon, fille du réalisateur de RFI.
« Je voudrais savoir qui sont les commanditaires, pourquoi, et surtout pourquoi on nous a raconté tout et son contraire? Moi je me dis qu’on nous ment, ou qu’il y a vraiment quelque chose à cacher », s’interroge Marie-Solange Poinsot, mère de la journaliste.
L’association Ghislaine Dupont et Claude Verlon ne compte pas baisser les bras et entend poursuivre le travail de recherche de la vérité. « Les tueurs, certains ont été identifiés, d’autres sont dans la nature, a priori aucun mandat d’arrêt n’a été annoncé, alors y a-t-il des gens que l’on protège ? Y a-t-il des gens qui bénéficient d’une impunité alors qu’on pourrait les rattraper ? Est-ce que c’est parce qu’ils sont en Algérie ? Ou leur arrestation pourrait causer un certain nombre de problèmes ? Nous, nous voulons des procès, nous voulons que ces gens soient arrêtés et jugés, il nous semble que c’est possible. Quelle est la réalité des circonstances de l’enlèvement et de l’assassinat ? Il est évident que certains savent donc pour cela nous demandons la levée du secret défense », rappelle Pierre-Yves Schneider, porte-parole de l’association.
De plus en plus de femmes journalistes assassinées
En cet anniversaire, une soixantaine de femmes grands reporters à travers le monde ont signé une lettre dénonçant l’assassinat de femmes journalistes.
« Visiblement nous sommes entrés dans une nouvelle ère, auparavant, lorsqu’une femme journaliste reporter était tuée au combat, ça voulait dire qu’elle avait pris le risque d’aller sur un terrain de guerre et malheureusement elle pouvait tomber dans une embuscade sous les bombes ou autre, explique Laurence Lacour, vice-présidente de l’association Ghislaine Dupont et Claude Verlon et l’une des signataires de ce manifeste. Nous constatons que depuis la mort d’Anna Politkovskaïa en 2006, les femmes, les journalistes, sont assassinées. C’est-à-dire que leurs exécutants, les exécutants de cette hache macabre, obéissent à des ordres, qui sont souvent gouvernementaux, même si ce sont évidemment des responsabilités difficiles à cerner. Et en listant malheureusement les noms des dernières victimes –notre consœur maltaise, une consœur indienne qui a été tuée également l’année dernière de plusieurs balles dans la tête, Ghislaine bien sûr, Marie Colvin l’Américaine qui a été exécuté sur ordre du gouvernement syrien – il nous a semblé qu’il était important de souligner ces deux éléments. »
Robert Bowers, ainsi identifié par les autorités locales, a fait irruption dans la synagogue Tree of Life (« Arbre de vie ») autour de 10 heures, heure locale (16 heures à Paris) et a ouvert le feu lors d’une cérémonie célébrant la naissance d’un enfant en hurlant : « Tous les Juifs doivent mourir », rapportent les médias.
Le président américain, Donald Trump, a dénoncé « une action maléfique de meurtre de masse ». « Il ne doit y avoir aucune tolérance pour l’antisémitisme ou pour n’importe quelle forme de haine religieuse », a-t-il dit. « Nous devons nous tenir aux côtés de nos frères et sœurs juifs pour vaincre l’antisémitisme et les forces de la haine », a-t-il aussi déclaré lors d’un rassemblement électoral dans l’Illinois, en vue des élections de mi-mandat du 6 novembre.
De l’appel à l’unité aux attaques
Le New York Times reproche justement au président Trump de ne pas avoir su résister à « l’appel de la campagne électorale ». « Plutôt que de rester en retrait à la Maison Blanche, le président s’est rendu dans l’Illinois pour soutenir le représentant Mike Bost, un républicain dans une course serrée à la réélection. » Lors du meeting, « M. Trump est passé, en quelques minutes, d’un appel à l’unité aux injures adressées aux démocrates », relève le quotidien.
Howard Fineman, journaliste de la chaîne NBC, écrit dans une tribune dans le New York Times : « Si Pittsburgh n’est pas sûr pour les Juifs, si Squirrel Hill n’est pas sûr, si [la synagogue de] l’Arbre de vie n’est pas sûre, quel lieu l’est ? Sans diminuer la souffrance et la mort de qui que ce soit d’autre, il est triste de constater que face à l’effondrement des valeurs sociales et politiques, les Juifs jouent souvent le rôle des canaris dans la mine de charbon. » Il poursuit et n’épargne pas le dirigeant américain : « C’est un signe que la vision cynique et impitoyable du président Trump (…) déchire une société déjà soumise au stress du changement générationnel, démographique, technologique, économique et social. »
Le New Yorker voit dans cette tuerie « l’ancienne crainte juive de persécution mariée à la réalité américaine : un pays saturé d’armes et habitué aux massacres quotidiens, en proie à un racisme et à un sectarisme qui ont été enflammés par le titulaire de la plus haute fonction dans le pays ». Le magazine poursuit : « Depuis quelques années, les Juifs américains regardent avec méfiance l’Europe occidentale, où l’antisémitisme s’est réveillé. Le Parti travailliste britannique a été déchiré par les accusations d’antisémitisme portées contre ses dirigeants. Les Juifs français ont émigré en Israël en nombre. En Suède, des synagogues et des centres juifs ont été incendiés ». Le New Yorker ajoute : « On a longtemps supposé que l’antisémitisme américain n’existait pas et que Le Complot contre l’Amérique, le roman de Philip Roth, resterait l’uchronie voulue par son auteur. »
Et pourtant, les signes avant-coureurs sont devenus de plus en plus clairs, comme le relève Vox. « L’attaque de Pittsburgh représente une nouvelle manifestation de cette tendance qui n’a cessé de proliférer depuis la campagne et l’investiture de Donald Trump : la résurgence de l’antisémitisme en Amérique. » Mais l’attaque s’inscrit dans une autre tendance, plus large et non moins inquiétante : « Les lieux de culte sont devenus la cible d’actes qui pourraient être qualifiés de terrorisme intérieur. Au cours de la dernière décennie, les lieux de culte – des synagogues aux égliseschrétiennes en passant par les temples sikhs– sont devenus de plus en plus la cible de violences extrémistes. »
La démagogie du président et du Parti républicain
Dans le Washington Post, au-delà de Donald Trump, c’est le camp républicain qui est accusé « d’attiser les craintes de l’opinion publique ». Le quotidien rappelle les incidents récents liés à l’extrémisme de droite : « l’assassinat de deux Afro-Américains dans une épicerie à Louisville », les « bombes artisanales ciblant une douzaine de démocrates qui auraient été envoyées par un partisan de Trump » et « la fusillade de masse dans une synagogue de Pittsburgh ». A chaque fois, « le dénominateur commun semble être le ciblage de groupes spécifiques en fonction de la race, de la religion ou des convictions politiques ».
Les opposants du président ont répliqué samedi que « le président et son parti, cyniquement à la poursuite du pouvoir », sont allés « au-delà de la lutte politique pour verser dans une démagogie pure et simple contre les minorités raciales, les étrangers et les personnalités politiques juives, comme le donateur démocrate juif George Soros (…) devenu l’une des principales cibles des publicités d’attaque républicaines ».
On ne le retrouve guère, sur le Net, qu’en Monsieur Loyal dans l’émission de Canal+ « Nulle part ailleurs », submergé par des fous rires à l’écoute de la bande des Nuls ou de son délirant comparse Antoine de Caunes. Un complice qui n’aura eu de cesse de le moquer pour sa petite taille et ses supposées talonnettes, ses grandes oreilles ou ses brushings façon « moumoute ». Mais au regard des décennies pendant lesquelles il a officié tant à la radio qu’à la télévision, le parcours professionnel de Philippe Gildas illustre surtout la mutation qu’ont connue les médias au cours des cinquante dernières années ainsi que les relations étroites et mouvantes entre le politique et l’audiovisuel, tant public que privé. Philippe Gildas est mort à Paris dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 octobre à l’âge de 82 ans, a fait savoir Antoine de Caunes. Il souffrait d’un cancer.
Enorme bosseur, pointilleux jusqu’à l’obsession, malin tendance débrouillard, le verbe sobre mais capable de rognes telluriques aussitôt oubliées, l’allure décontractée – jamais de cravate –, Philippe Gildas, qui ne se prenait jamais au sérieux, se sera vu confier la rédaction des trois plus importantes stations de radio, RTL, Inter et Europe 1, aura présenté le journal télévisé au temps de l’ORTF d’après Mai-68, avant de devenir une figure emblématique de la première chaîne privée à péage du paysage audiovisuel français, Canal+. Et pourtant « je n’ai jamais eu de plan de carrière, assurait-il au Monde en 2008.Mon parcours est un condensé de contradictions mais je n’ai ni remords ni regrets. Le hasard m’a porté à chaque fois au bon croisement. » Une antienne reprise dans sa biographie, coécrite avec Gilles Verlant,Comment réussir à la télévision quand on est petit, breton, avec de grandes oreilles ? (Flammarion, 2010).
Débuts à la radio
Si ce jeune Breton, né le 12 novembre 1935 à Auray (Morbihan), choisit, sans le sou, de s’ancrer à Paris au sortir du Centre de formation des journalistes (CFJ), c’est qu’il est déjà marié et père du premier de ses trois fils, né en 1960 et prénommé Gildas. Il entre tout d’abord au journal Combat, où il devient rapidement chef des informations générales. Mais il est rattrapé par ses obligations militaires : de la classe 61, il risque de devoirpartir en Algérie, pour une guerre contre laquelle il a milité, à la Sorbonne, pendant ses études de lettres classiques. Il atterrit finalement au service d’information des armées à Paris.
Il n’en a pas encore fini avec ses vingt et un mois de service militaire qu’une rencontre avec son plus proche camarade au CFJ l’amène à être recruté pour une nouvelle tranche matinale qu’entend créer Radio Luxembourg, future RTL, alors en pleine mutation. Il entre pour la première fois dans une radio sous son vrai nom, Philippe Leprêtre, le 24 décembre 1962 à minuit, et, poussé vers le micro, lit son premier bulletin d’information le 1er janvier 1963, celui de 6 heures, sous le pseudonyme de Philippe Gildas : le titulaire avait trop bien fêté la Saint-Sylvestre et lui, toujours sous les drapeaux, a ajouté le prénom de son fils au sien pour échapper à toute sanction.
Le « cadeau » le plus durable qu’il estime avoir laissé à la télévision ? La météo !
Rapidement repéré pour sa rigueur et ses capacités à diriger des équipes – il est l’aîné de sept frères, a été un cadre scout et milité à l’UNEF à la Sorbonne –, il prend la direction de l’information de Radio Luxembourg deux ans seulement après son arrivée. « Je suis un bon OS, un ouvrier spécialisé dans l’information, estime-t-il dans sa biographie. (…) Je n’ai rien d’un génie de l’info. Je ne la conceptualise pas, je ne m’intéresse pas aux idées qui sont derrière, seule la façon de communiquer me préoccupe. Avec à la clé cette question essentielle : comment arriver à la justesse de l’info ? »
Présentation du JT
Après de belles années à RTL, les dissensions au sein de la rédaction, nées en Mai 68 et restées vives, amènent Gildas à présenter sa démission. Il intègre en 1969 l’ORTF, en pleine mutation post-événements, au sein de la nouvelle unité d’information que dirige Pierre Desgraupes. Il y présente notamment le JT, « Information première », en alternance avec Etienne Mougeotte. Sans prompteur, sans cravate et avec des cheveux longs pour cacher ses oreilles.
Le « cadeau » le plus durable qu’il estime avoir laissé à la télévision ? La météo ! De par son passage à RTL, Gildas a retenu une vérité première : à chaque heure, l’info météo est celle que le public attend en priorité. Aussi, son leitmotiv étant « Tout est info », il fera de la météo un rendez-vous incarné à l’intérieur même du JT. Il ne s’agit pas encore avec d’une « miss météo », mais ça viendra…
Le 5 juillet 1972, le premier ministre de Georges Pompidou, Jacques Chaban-Delmas, tenant d’une libéralisation de l’information, démissionne. Pierre Desgraupes est remercié ; solidaire, Philippe Gildas quitte l’ORTF. Il passe une saison à France Inter (1973-1974), mais c’est dans la station concurrente qu’il va rebondir. Sous la nouvelle présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’Etat, actionnaire d’Europe n° 1, remercie les deux patrons historiques de la station. Jean-Luc Lagardère, homme de confiance de Sylvain Floirat, le patron de Matra et propriétaire de la radio, prend la tête de la station. Gildas est appelé à la rédaction en chef de la matinale, qu’il intègre en décembre 1974. Il peut alors donner vie à sa marotte, une matinale en continu – au-delà des seules sessions d’information habituelles –, qu’il lance en 1976. Il est au micro de 6 h 30 à 9 heures, avec, à ses côtés, Maryse, l’animatrice vedette de la station, qu’il épousera en 1984.
Dans cette matinale d’Europe n° 1, Gildas mêle déjà information et animation. L’austère homme-tronc qu’il fut pour le JT de l’ORTF apprend la décontraction, le rire à l’antenne, les changements de rôle et de ton. Ce mélange des genres, Gildas le résume d’une formule à laquelle il tient : « Info + spectacle n’est pas de l’info-spectacle ». Il animera d’ailleurs pendant deux saisons le jeu télévisé La Tête et les jambes, puis La Chasse au trésor, tous deux pour l’A2. Tout en continuant d’assurer la matinale d’Europe, dont les audiences grimpent.
Le vaisseau Canal+
L’arrivée de la gauche au pouvoir, en mai 1981, rebat une fois de plus les cartes dans l’audiovisuel. Le directeur d’Europe n°1, Etienne Mougeotte, démissionne – sa tête a été demandée, place de la Bastille, le soir du 10 mai –, Gildas fait de même par solidarité ; mais Mougeotte et Lagardère le convainquent de rester et de prendre la direction de l’antenne pour sauvegarder la rédaction. Pour autant, « Directeur, ça n’est pas mon métier », le micro lui manque. Il tient néanmoins la maison pendant cinq ans, jusqu’en 1986, en y restant comme simple animateur jusqu’en 1988… alors qu’il a déjà embarqué sur un nouveau vaisseau baptisé Canal+, en quête de territoires inexplorés.
En 1987, « Nulle part ailleurs »arrive à l’antenne en soirée. Sous couvert d’improvisation apparente […], l’émission s’avère en réalité une mécanique de précision
Avant que la presse ne qualifie les dix premières années de Canal+ de « fabuleuse aventure audiovisuelle », avant que ses inventeurs ne s’acheminent vers la formule magique de son émission phare, en clair, que fut « Nulle part ailleurs », ses créateurs auront testé tout et n’importe quoi. A la conception, le patron Pierre Lescure – que Gildas avait recruté à sa sortie du CFJ du temps de Radio Luxembourg –, le directeur des programmes Alain de Greef, et Philippe Gildas. Tous trois partagent le même credo que « tout est news », et entendent lancer un talk-show à l’américaine : une émission basée sur l’actualité, qui marque les esprits moins pour ses invités que grâce à son animateur, et où se mêlent info et divertissement. Ce qui aboutit en 1985 à « Direct », une émission de 90 minutes, le midi, pour les ménagères et les lycéens en mal de curiosités, face aux très sérieux JT des concurrents.
Une horloge dans le ventre
Parrainée par Coluche, cette émission-laboratoire, qu’il présente en polo ou en chemise Lacoste, lui permet de défricher des sujets inédits voire incongrus et de lancer à la télévision nombre de jeunes qu’il a sous la main à Europe 1. En 1987, « Nulle part ailleurs »arrive à l’antenne en soirée. Sous couvert d’improvisation apparente, de rubriques farfelues et de délire parfois incontrôlé, l’émission s’avère en réalité une mécanique de précision : elle est séquencée en modules de quelques minutes, d’autant que Gildas a une horloge dans le ventre, tous en témoignent.
Au fil de ses dix ans d’animation, Philippe Gildas aura testé quelque 150 chroniqueurs , et l’équipe comptera, hors techniciens, pas moins de 50 à 80 personnes… « Ce qui est apparu comme un esprit était une cohérence. Tous les gens qui fabriquaient cette chaîne étaient au même endroit. (…) Tous appartenaient grosso modo à la même génération, possédaient les mêmes références. Une singularité par rapport aux autres chaînes, fabriquées par des producteurs extérieurs », résumait pour Le Monde en 2014 Arielle Saracco, arrivée à Canal en 1990.
Après une première année, en 1987, où l’aspect divertissement de « Nulle part ailleurs » est assuré par la bande des Nuls, Gildas recherche quelqu’un qui puisse les remplacer – le rythme quotidien ayant amené les Nuls à abandonner. « Ma grande découverte, c’est bien sûr Antoine de Caunes », note-t-il. Antoine de Caunes peut tout se permettre, tandis que Gildas contrebalance ce qui peut apparaître comme trash ou outrancier par sa bonhomie et sa sympathie pour les invités, incapable qu’il est d’apostropher quelqu’un à la façon d’un Ardisson, d’un Fogiel ou d’un Guillon. Grands complices – « son seul défaut est d’avoir des goûts de chiottes en musique : il adore Michel Sardou », commentait Antoine de Caunes au Monde en 2008 –, tous deux animeront d’ailleurs l’émission ensemble à partir de 1991.
Après le départ de De Caunes en 1995, Gildas continue mais la magie n’opère plus, faute d’un solide duo (« Je sais que j’ai vécu un miracle »). Après une dernière et piteuse saison 1996-1997 en compagnie de Baffie, Gildas cède son fauteuil à Guillaume Durand ; lequel commencera à accueillir des politiques, au contraire de Gildas qui l’interdisait – il ne votait jamais.
Opposé à la retraite – mais aussi à la mort, qu’il haïssait pour être « inhumaine » –, Philippe Gildas reste malgré tout dans le groupe jusqu’en janvier 2003. Il animera ou participera à des émissions sur Canal, Paris Première, Voyage, Europe 1, France 2, Comédie… Il « bricole », en « une semi-oisiveté ». Jusqu’à ce que l’idée de créer une chaîne pour les seniors le mobilise et le désespère à la fois : alors qu’il pensait la lancer dès 2003, Vivolta ne verra le jour qu’en 2007, seulement sur le câble et le satellite. Une chaîne d’art de vivre pour celles et ceux qui ont du temps et des moyens, qui s’éteindra en 2014 faute d’audience.
« Longtemps, je fus catholique et breton. (…) Je ne comprends pas pourquoi l’homme est mortel. J’ai du mal à me faire à l’idée qu’il n’y a rien après », note Philippe Gildas dans sa biographie, qu’il avait décidé de clore sur ces mots : « Maryse et moi avons décidé de nous faire incinérer. Et quand je passerai de l’autre côté des flammes, faites aussi l’économie de l’urne : répandez mes cendres au hasard, en vous amusant, comme je n’ai cessé de le faire ! »
“L’avant-garde de Hesse”, titre Die Tageszeitung. La région [de Francfort] a toujours été progressiste, et pas seulement depuis l’investiture de Joschka Fischer en baskets. Si elle formait une coalition de gauche avec les Verts, le Parti social-démocrate (SPD) et Die Linke (gauche radicale), elle renforcerait son rôle de pionnier”, écrit le journal en ce 28 octobre, jour de scrutin législatif régional.
Avec sa une, les temps glorieux des Grünen (Les Verts) où Joschka Fischer, avant d’être vice-chancelier et ministre fédéral des Affaires étrangères des deux gouvernements Schröder (coalition SPD et Verts de 1998 à 2005), avait inauguré l’entrée des Verts allemands dans la gestion des affaires en région, précisément en Hesse, au milieu des années 1980.
Avec l’écologie, les Grünen apportaient alors un vent nouveau dans la vie politique du pays, et un style plus décontracté. “Radicalité, goût de l’expérience nouvelle, mais aussi pragmatisme”, ainsi caractérise la Taz l’orientation des Verts. Aujourd’hui, leur succès annoncé dans les urnes est incarné par le quadra Tarek Al-Wazir, actuel vice-chef du gouvernement et ministre de l’Économie à Wiesbaden, le plus populaire de tous les hommes politiques de la région. Selon les sondages, les Verts sont la grande force montante. Ils pourraient arriver en deuxième position (avec 20 % des suffrages, au coude à coude avec le SPD), derrière l’Union chrétienne-démocrate (CDU, à 28 %) avec laquelle ils gouvernent depuis cinq ans. La gauche radicale et les libéraux (FDP) sont à égalité, à 8 % des intentions de vote.
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Politologue, Alexandra de Hoop Scheffer est directrice, en France, du think tank transatlantique German Marshall Fund of the United States. Etablie à Paris, elle travaille sur les liens entre l’Europe et l’Amérique, et considère que le « trumpisme » est bien plus ancré dans la société américaine qu’on le dit.
Les élections de mi-mandat du 6 novembre sont-elles de nature à contrarier le président Trump ? A quoi faut-il s’attendre ?
Le scénario qui se profile est celui d’un Congrès divisé, les démocrates remportant la majorité à la Chambre des représentants et les républicains conservant le contrôle du Sénat. Le président Trump se retrouverait ironiquement dans une situation similaire à celle de son prédécesseur, Barack Obama, en 2010. Incapable de gouverner, le président devrait recourir aux décrets, outils fragiles puisqu’ils peuvent être annulés par un autre décret présidentiel. La plupart des chantiers et projets de la présidence Trump se trouveraient compromis – mur avec le Mexique, destruction de l’Obamacare, coupes dans les programmes sociaux, baisses d’impôts. La Chambre des représentants se transformerait aussi en une ruche de commissions d’enquête.
La bataille qui oppose Trump et le procureur spécial, Robert Mueller, s’élargirait à un face-à-face entre Trump et 21 présidents de commissions – dont celles, puissantes, du renseignement, des affaires judiciaires, du budget, du contrôle et de la réforme de l’Etat –, qui pourraient (re)lancer des enquêtes sur les soupçons de collusion avec la Russie, la possible entrave à la justice lors du limogeage du patron du FBI, et sur toutes les affaires et les scandales dans lesquels Trump est empêtré. Le président conserverait cependant une grande marge de manœuvre en politique étrangère et militaire.
On a souvent décrit l’électeur de Trump comme étant un citoyen blanc et exclu de la mondialisation, ayant peur du déclassement social et de la perte d’influence…
Une histoire des civilisations. Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances,sous la direction de Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, La Découverte/Inrap, 606 p., 49 €.
Une somme, voilà le terme qui décrit le mieux Une histoire des civilisations, fruit d’une coédition entre l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) et La Découverte. Dirigé par les archéologues français Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, cet ouvrage de 600 pages rassemble les contributions de quelque 70 chercheurs et a pour ambition d’embrasser le parcours des sociétés humaines depuis l’émergence du genre Homo jusqu’à la globalisation actuelle.
On pourrait presque voir comme une provocation, alors que les archéologues ont longtemps été considérés comme de simples supplétifs des historiens, cette volonté de prendre à bras-le-corps rien de moins que le destin de l’humanité. Mais cette approche se justifie par les nombreuses évolutions que la discipline a connues au cours des dernières décennies.
La notion de « civilisation » revisitée
L’archéologie est notamment la seule discipline capable de retourner aux racines de l’humanité. A cet égard, la première partie du livre, présentée par le préhistorien Jean-Jacques Hublin et consacrée à l’hominisation de la Terre ainsi qu’aux premières sociétés de chasseurs-cueilleurs, se révèle profondément originale pour ce type d’ouvrage.
La notion usuelle de « civilisation » est ainsi révisée, revisitée, et ce n’est qu’au bout de 250 pages, après l’exploration des sociétés agricoles du néolithique, que l’on entre, avec l’apparition des Etats centralisés, dans l’histoire classique et l’ère de l’écriture. Les maîtres d’œuvre ont pris soin de ne pas tomber dans le piège de l’européocentrisme et, au fil des chapitres, le lecteur se promène dans l’Inde ancienne, fait connaissance avec la métallurgie…
Robert Guédiguian tourne et travaille avec une tribu de fidèles. Notamment trois acteurs, que l’on retrouve à l’affiche de quasiment tous ses films, vingt exactement, depuis Dernier Eté (1980). A savoir Ariane Ascaride, qui est également son épouse, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin. Ce trio illumine La Villa (2017), dernier film de Guédiguian, qui contient une scène tirée de Ki lo sa (1985), film tourné il y a donc plus de trente ans, où les mêmes acteurs surgissent à l’écran dans leur insolente jeunesse.
Samedi 6 octobre, au Théâtre des Bouffes du Nord, dans le cadre du Monde Festival, Robert Guédiguian a raconté ce qui le pousse à travailler en tribu et ce qu’il en attend. Un témoignage inédit sur la « méthode Guédiguian » et sur le plaisir de travailler en collectif.
Trois pierres, c’est un mur… Une histoire de l’archéologie (« Three Stones Make a Wall. The Story of Archaeology »), d’Eric H. Cline, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Dalarun, CNRS Editions, 462 p., 25 € (en librairie le 31 octobre).
Eric H. Cline se défend d’être un Indiana Jones de l’archéologie. Il a pourtant en commun avec Steven Spielberg d’avoir saisi ce qui fait le charme de la discipline : la découverte, moment de bonheur indescriptible pour l’inventeur, comme pour le spectateur de films d’aventures. Et de belles trouvailles, la vie de l’archéologue américain de 58 ans en regorge – la plus belle, dit-il, fut une patte de singe pétrifiée, lors de sa première fouille hors d’Amérique, sur le site gréco-romain de Tel-Anafa, dans le nord d’Israël.
Après plus de trente campagnes de fouilles en Israël, en Grèce, en Turquie, en Jordanie, à Chypre et aux Etats-Unis, il propose, dans Trois pierres, c’est un mur…, moins une histoire de l’archéologie qu’une histoire des découvertes archéologiques les plus importantes depuis les fouilles en 1709 d’Herculanum, ville romaine antique détruite par l’éruption du Vésuve en l’an 79. S’il attribue la naissance de l’archéologie moderne à Joachim Winckelmann (1717-1768), Cline ne prend pas ici en compte les différentes interprétations des origines de sa discipline, s’évitant de remonter jusqu’aux curiosités pour les vestiges anciens attestés dans l’entourage des souverains égyptiens dès le IIIe millénaire av. J.-C.
Ce parti pris lui permet d’entrer directement dans le vif du sujet. Sous forme de synthèses brillamment ficelées, à mi-chemin entre le polar et l’enquête journalistique, il retrace les premiers pas des grands archéologues, de l’Allemand Heinrich Schliemann (1822-1890), à Troie, au Français Auguste Mariette (1821-1881), en Egypte, et du Britannique Leonard Woolley (1880-1960), à Ur, en Mésopotamie, à l’Américain…