Author: Don Kayembe

  • « Le trumpisme continuera aprĂšs Trump »

    « Le trumpisme continuera aprÚs Trump »

    Politologue, Alexandra de Hoop Scheffer est directrice, en France, du think tank transatlantique German Marshall Fund of the United States. Etablie Ă  Paris, elle travaille sur les liens entre l’Europe et l’AmĂ©rique, et considĂšre que le « trumpisme » est bien plus ancrĂ© dans la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine qu’on le dit.

    Les Ă©lections de mi-mandat du 6 novembre sont-elles de nature Ă  contrarier le pré­sident Trump ? A quoi faut-il s’attendre ?

    Le scĂ©nario qui se profile est celui d’un CongrĂšs divisĂ©, les dĂ©mocrates remportant la majoritĂ© Ă  la Chambre des reprĂ©sentants et les rĂ©publicains conservant le contrĂŽle du SĂ©nat. Le prĂ©sident Trump se retrouverait ironiquement dans une situation similaire Ă  celle de son prĂ©dĂ©cesseur, Barack Obama, en 2010. Incapable de gouverner, le prĂ©sident devrait recourir aux dĂ©crets, outils fragiles puisqu’ils peuvent ĂȘtre annulĂ©s par un autre dĂ©cret prĂ©sidentiel. La plupart des chantiers et projets de la prĂ©sidence Trump se trouveraient compromis – mur avec le Mexique, destruction de l’Obamacare, coupes dans les programmes sociaux, baisses d’impĂŽts. La Chambre des reprĂ©sentants se transformerait aussi en une ruche de commissions d’enquĂȘte.

    La bataille qui oppose Trump et le procureur spĂ©cial, Robert Mueller, s’élargirait Ă  un face-Ă -face entre Trump et 21 prĂ©sidents de commissions – dont celles, puissantes, du renseignement, des affaires judiciaires, du budget, du contrĂŽle et de la rĂ©forme de l’Etat –, qui pourraient (re)lancer des enquĂȘtes sur les soupçons de collusion avec la Russie, la possible entrave Ă  la justice lors du limogeage du patron du FBI, et sur toutes les affaires et les scandales dans lesquels Trump est empĂȘtrĂ©. Le prĂ©sident conserverait cependant une grande marge de manƓuvre en politique Ă©trangĂšre et militaire.

    On a souvent dĂ©crit l’électeur de Trump comme Ă©tant un citoyen blanc et exclu de la mondialisation, ayant peur du dĂ©classement social et de la perte ­d’influence…

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  • Livre. L’archĂ©ologie bouscule l’histoire

    Livre. L’archĂ©ologie bouscule l’histoire

    Une histoire des civilisations. Comment l’archĂ©ologie bouleverse nos connaissances, sous la direction de Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, La DĂ©couverte/Inrap, 606 p., 49 €.

    Une somme, voilĂ  le terme qui dĂ©crit le mieux Une histoire des civilisations, fruit d’une coĂ©dition entre l’Institut national de recherches archĂ©ologiques prĂ©ventives (Inrap) et La DĂ©couverte. DirigĂ© par les archĂ©ologues français Jean-Paul Demoule, Dominique Garcia et Alain Schnapp, cet ouvrage de 600 pages rassemble les contributions de quelque 70 chercheurs et a pour ambition d’embrasser le parcours des sociĂ©tĂ©s humaines depuis l’émergence du genre Homo jusqu’à la globalisation actuelle.

    On pourrait presque voir comme une provocation, alors que les archĂ©ologues ont longtemps Ă©tĂ© considĂ©rĂ©s comme de simples supplĂ©tifs des historiens, cette volontĂ© de prendre Ă  bras-le-corps rien de moins que le destin de l’humanitĂ©. Mais cette approche se justifie par les nombreuses Ă©volutions que la discipline a connues au cours des derniĂšres dĂ©cennies.

    La notion de « civilisation » revisitée

    L’archĂ©ologie est notamment la seule discipline capable de retourner aux racines de l’humanitĂ©. A cet Ă©gard, la premiĂšre partie du livre, prĂ©sentĂ©e par le prĂ©historien Jean-Jacques Hublin et consacrĂ©e Ă  l’hominisation de la Terre ainsi qu’aux premiĂšres sociĂ©tĂ©s de chasseurs-cueilleurs, se rĂ©vĂšle profondĂ©ment originale pour ce type d’ouvrage.

    La notion usuelle de « civilisation » est ainsi rĂ©visĂ©e, revisitĂ©e, et ce n’est qu’au bout de 250 pages, aprĂšs l’exploration des sociĂ©tĂ©s agricoles du nĂ©olithique, que l’on entre, avec l’apparition des Etats centralisĂ©s, dans l’histoire classique et l’ùre de l’écriture. Les maĂźtres d’Ɠuvre ont pris soin de ne pas tomber dans le piĂšge de l’europĂ©ocentrisme et, au fil des chapitres, le lecteur se promĂšne dans l’Inde ancienne, fait connaissance avec la mĂ©tallurgie…

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  • Robert GuĂ©diguian et sa tribu. Une rencontre du Monde Festival

    Robert Guédiguian et sa tribu. Une rencontre du Monde Festival

    Décryptage

    Robert GuĂ©diguian tourne et travaille avec une tribu de fidĂšles. Notamment trois acteurs, que l’on retrouve Ă  l’affiche de quasiment tous ses films, vingt exactement, depuis Dernier EtĂ© (1980). A savoir Ariane Ascaride, qui est Ă©galement son Ă©pouse, GĂ©rard Meylan et Jean-Pierre Darroussin. Ce trio illumine La Villa (2017), dernier film de GuĂ©diguian, qui contient une scĂšne tirĂ©e de Ki lo sa (1985), film tournĂ© il y a donc plus de trente ans, oĂč les mĂȘmes acteurs surgissent Ă  l’écran dans leur insolente jeunesse.

    Samedi 6 octobre, au Théùtre des Bouffes du Nord, dans le cadre du Monde Festival, Robert GuĂ©diguian a racontĂ© ce qui le pousse Ă  travailler en tribu et ce qu’il en attend. Un tĂ©moignage inĂ©dit sur la « mĂ©thode GuĂ©diguian » et sur le plaisir de travailler en collectif.

    Revivez les meilleurs moments du Monde Festival en vidéo.

    LE MONDE

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  • Histoire. Quatre siĂšcles de fouilles et de dĂ©couvertes

    Histoire. Quatre siÚcles de fouilles et de découvertes

    Trois pierres, c’est un mur
 Une histoire de l’archĂ©ologie (« Three Stones Make a Wall. The Story of Archaeology »), d’Eric H. Cline, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Dalarun, CNRS Editions, 462 p., 25 € (en librairie le 31 octobre).

    Eric H. Cline se dĂ©fend d’ĂȘtre un Indiana Jones de l’archĂ©ologie. Il a pourtant en commun avec Steven Spielberg d’avoir saisi ce qui fait le charme de la discipline : la dĂ©couverte, moment de bonheur indescriptible pour l’inventeur, comme pour le spectateur de films d’aventures. Et de belles trouvailles, la vie de l’archĂ©ologue amĂ©ricain de 58 ans en regorge – la plus belle, dit-il, fut une patte de singe pĂ©trifiĂ©e, lors de sa premiĂšre fouille hors d’AmĂ©rique, sur le site grĂ©co-romain de Tel-Anafa, dans le nord d’IsraĂ«l.

    AprĂšs plus de trente campagnes de fouilles en IsraĂ«l, en GrĂšce, en Turquie, en Jordanie, Ă  Chypre et aux Etats-Unis, il propose, dans Trois pierres, c’est un mur
, moins une histoire de l’archĂ©ologie qu’une histoire des dĂ©couvertes archĂ©ologiques les plus importantes depuis les fouilles en 1709 d’Herculanum, ville romaine antique dĂ©truite par l’éruption du VĂ©suve en l’an 79. S’il attribue la naissance de l’archĂ©ologie moderne Ă  Joachim Winckelmann (1717-1768), Cline ne prend pas ici en compte les diffĂ©rentes interprĂ©tations des origines de sa discipline, s’évitant de remonter jusqu’aux curiositĂ©s pour les vestiges anciens attestĂ©s dans l’entourage des souverains Ă©gyptiens dĂšs le IIIe millĂ©naire av. J.-C.

    Ce parti pris lui permet d’entrer directement dans le vif du sujet. Sous forme de synthĂšses brillamment ficelĂ©es, Ă  mi-chemin entre le polar et l’enquĂȘte journalistique, il retrace les premiers pas des grands archĂ©ologues, de ­l’Allemand Heinrich Schliemann (1822-1890), Ă  Troie, au Français Auguste Mariette (1821-1881), en Egypte, et du Britannique ­Leonard Woolley (1880-1960), Ă  Ur, en MĂ©sopotamie, Ă  l’AmĂ©ricain…

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  • Mali: deux casques bleus tuĂ©s dans une attaque dans le Nord

    Mali: deux casques bleus tués dans une attaque dans le Nord


    Par
    RFI

    Publié le 28-10-2018
    Modifié le 28-10-2018 à 08:44

    Deux casques bleus burkinabÚ ont perdu la vie dans une attaque perpétrée samedi 27 octobre, dans le nord du Mali, par des assaillants non encore identifiés. Une autre attaque a fait trois blessés chez les soldats de la paix dans le centre du pays.

    L’attaque la plus meurtriĂšre s’est dĂ©roulĂ©e dans la localitĂ© malienne de Ber, situĂ©e prĂšs de Tombouctou. Les assaillants ont menĂ© une double opĂ©ration communĂ©ment appelĂ©e dans le jargon « une attaque complexe ». D’abord contre les positions de la mission de l’ONU avec des tirs Ă  l’arme lourde venant de plusieurs pickups armĂ©s de lance-roquette. Ensuite les mĂȘmes assaillants, cette fois Ă  pied, ont poursuivi l’attaque contre les casques bleus.

    Les soldats de la paix les ont finalement repoussĂ©s, mĂȘme s’ils semblent avoir Ă©tĂ© un peu surpris dans un premier temps. Bilan de l’attaque et de la riposte : deux casques bleus originaires du Burkina Faso tuĂ©s et cinq autres blessĂ©s. CĂŽtĂ© assaillants, on dĂ©nombre Ă©galement des victimes.

    Enfin, selon une source médicale à Ber, des enfants ont été blessés par balles.

    Quelques heures aprĂšs les Ă©vĂšnements de Ber, Ă  environ 300 kilomĂštres au sud de Tombouctou, d’autres casques bleus ont Ă©tĂ© l’objet d’une attaque Ă  l’engin explosif improvisé : trois d’entre eux, de nationalitĂ© togolaise, ont Ă©tĂ© blessĂ©s. Les deux attaques n’ont pas encore Ă©tĂ© revendiquĂ©es, mais les observateurs les qualifient dĂ©jĂ  d’attaques terroristes.

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  • Les gagnants et les perdants de l’affaire Khashoggi

    Les gagnants et les perdants de l’affaire Khashoggi

    Le prince hĂ©ritier saoudien et l’administration Trump traĂźneront longtemps le boulet de l’affaire Khashoggi, qui sape aussi le rĂȘve israĂ©lien d’une alliance avec les pĂ©tromonarchies contre l’Iran.

    Tawakkol Karman, prix Nobel de la Paix en 2011, avec un portrait de Khashoggi devant le consulat saoudien Ă  Istanbul

    L’assassinat de Jamal Khashoggi, le 2 octobre dans le consulat saoudien d’Istanbul, n’en finit pas de provoquer troubles et remous. C’est peu de dire que la version officielle saoudienne d’un crime « accidentel », perpĂ©trĂ© par des Ă©lĂ©ments « incontrĂŽlĂ©s », peine Ă  convaincre. Le moment est pourtant venu de tirer les premiĂšres leçons d’un tel scandale international, notamment Ă  la lumiĂšre de l’affaire Hariri de novembre 2017. La brutalitĂ© de Mohammed Ben Salmane/MBS, le prince hĂ©ritier et vĂ©ritable « homme fort » de l’Arabie saoudite, avait alors conduit Ă  une crise dĂ©jĂ  sans prĂ©cĂ©dent. Seule l’habiletĂ© de la diplomatie française avait pu tirer MBS de ce piĂšge oĂč il s’était lui-mĂȘme jetĂ©. L’administration Trump n’a pas fait preuve d’un professionnalisme comparable dans l’affaire Khashoggi, dont la Turquie, l’Iran et le Canada sortent Ă  des degrĂ©s divers renforcĂ©s.

    LES TROIS PERDANTS: ARABIE, ETATS-UNIS ET ISRAËL

    MBS avait dĂ©pensĂ© sans compter pour asseoir son image de « rĂ©formateur », consacrant deux longues semaines en mars-avril 2018 Ă  une tournĂ©e d’auto-promotion aux Etats-Unis. Le voilĂ  ravalĂ© par l’affaire Khashoggi Ă  une caricature d’autocrate qui aurait droit de vie et de mort sur ses sujets. Le rĂ©gime saoudien, loin de se « rĂ©former », s’aligne sur les standards des dictatures militarisĂ©es du monde arabe, dont les polices politiques, dĂ©signĂ©es sous le terme gĂ©nĂ©rique de moukhabarates (renseignements), sont les institutions-clefs. MBS a dĂ» dĂ©mettre un de ses fidĂšles, le chef adjoint des services saoudiens, du fait de son rĂŽle central dans la liquidation de Khashoggi. Mais le roi Salman, souverain en titre de l’Arabie, a compensĂ© son fils et prince hĂ©ritier en le chargeant de « coordonner » l’ensemble des services de sĂ©curitĂ©. En guise de « modernité », le royaume saoudien cumule dĂ©sormais intolĂ©rance wahhabite et rĂšgne des moukhabarates.

    Quant aux Etats-Unis, ils n’ont cessĂ© d’osciller, au fil des dĂ©clarations de Trump, entre l’indignation face Ă  ce meurtre et la volontĂ© d’en disculper MBS. Le chef de la diplomatie amĂ©ricaine, Mike Pompeo, dĂ©pĂȘchĂ© Ă  Riyad pour contenir la crise, aurait eu bien du mal Ă  incriminer ses interlocuteurs saoudiens: cet ancien chef de la CIA est un partisan dĂ©clarĂ© des « trous noirs » oĂč faire disparaĂźtre en toute illĂ©galitĂ© les « terroristes » supposĂ©s; et l’administration Trump n’a cessĂ© de justifier au nom de « lutte antiterroriste » l’écrasement par ses alliĂ©s arabes, notamment en Egypte, de toute forme d’opposition.

    C’est cependant IsraĂ«l qui pourrait payer le prix fort de l’affaire Khashoggi, tant le Premier ministre Netanyahou a misĂ© sur MBS pour officialiser un rapprochement avec les pĂ©tromonarchies contre l’Iran et enterrer une fois pour toutes la question palestinienne. Une telle recomposition est dĂ©sormais exclue, un proche de MBS ayant mĂȘme menacĂ© de riposter Ă  d’éventuelles sanctions amĂ©ricaines
 en se rĂ©conciliant avec l’Iran. Netanyahou a tentĂ© d’amortir ce choc en rendant une visite-surprise au sultan d’Oman, mais celui-ci est justement, de tous les dirigeants du Golfe, le mieux disposĂ© envers TĂ©hĂ©ran.

    LES TROIS GAGNANTS: TURQUIE, IRAN ET CANADA

    La Turquie du prĂ©sident Erdogan sort la tĂȘte haute d’une Ă©preuve oĂč elle Ă©tait trĂšs exposĂ©e. Le statut extra-territorial du consulat saoudien aboutit en effet Ă  ce que l’assassinat de Khashoggi ne se soit pas techniquement dĂ©roulĂ© sur le sol turc. Mais la justice turque a pu enquĂȘter Ă  l’intĂ©rieur mĂȘme du consulat, tandis que les rĂ©vĂ©lations distillĂ©es dans les mĂ©dias par les dirigeants turcs contribuaient, du fait de leur caractĂšre Ă  la fois sordide et continu, Ă  maintenir la pression sur MBS et sur l’administration Trump. Erdogan, intervenant solennellement devant les dĂ©putĂ©s turcs, le 23 octobre, a insistĂ© sur la « sincĂ©ritĂ© du roi Salman » pour mieux semer le doute sur celle de son fils. Il a exigĂ© que les 18 suspects saoudiens soient remis Ă  la justice turque, une posture nationaliste trĂšs populaire dans le pays.

    L’Iran a Ă©galement tirĂ© parti de l’affaire Khashoggi, qui a suscitĂ© des tensions inĂ©dites entre Washington et Riyad, et ce Ă  Ă  la veille de l’entrĂ©e en vigueur de sanctions draconiennes des Etats-Unis contre la RĂ©publique islamique. En outre, le tumulte suscitĂ© par l’assassinat du journaliste saoudien a permis Ă  TĂ©hĂ©ran de faire oublier ses propres turpitudes en matiĂšre d’immunitĂ© diplomatique: un diplomate iranien en poste Ă  Vienne vient ainsi d’ĂȘtre arrĂȘtĂ© en Allemagne et livrĂ© Ă  la justice belge, dans le cadre d’une enquĂȘte sur un projet d’attentat contre une rĂ©union d’opposants iraniens en France.

    C’est pourtant le Canada qui Ă©merge comme le grand vainqueur moral de l’affaire Khashoggi. En aoĂ»t dernier, un simple tweet de la ministre canadienne des Affaires Ă©trangĂšres, s’inquiĂ©tant du sort de fĂ©ministes et de « pacifistes » incarcĂ©rĂ©s en Arabie, avait dĂ©clenchĂ© la fureur de Riyad et des rĂ©torsions foudroyantes: expulsion de l’ambassadeur canadien; suspensions des vols entre les deux pays; retour des milliers d’étudiants boursiers et de Saoudiens hospitalisĂ©s au Canada; gel, voire retrait des investissements saoudiens. MBS voulait clairement, en s’acharnant ainsi contre le gouvernement Trudeau, envoyer un avertissement Ă  toutes les dĂ©mocraties occidentales tentĂ©es de critiquer, mĂȘme Ă  la marge, le rĂ©gime saoudien. Aucune capitale europĂ©enne ne s’était d’ailleurs solidarisĂ©e avec un Justin Trudeau ainsi ostracisĂ© par MBS aprĂšs l’avoir Ă©tĂ© par Trump, lors du sommet du G7. Quelques semaines plus tard, la mise en garde d’Ottawa sur les errements de MBS apparaĂźt prĂ©monitoire.

    Telle n’est pas la moindre des leçons de l’affaire Khashoggi.

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  • Eric Cantona : « Quand on a reçu de l’amour, on peut renverser des montagnes »

    Eric Cantona : « Quand on a reçu de l’amour, on peut renverser des montagnes »

    VINCENT DESAILLY

    Par Sandrine Blanchard

    EntretienRéservé à nos abonnés

    PubliĂ© aujourd’hui Ă  06h17, mis Ă  jour Ă  06h17

    Je ne serais pas arrivĂ© lĂ  si
 « Le Monde » interroge une personnalitĂ© en partant d’un moment dĂ©cisif de son existence. Cette semaine, l’ancien footballeur aurait rĂȘvĂ© «  d’ĂȘtre immortel ».

    Ancien footballeur international, surnommĂ© « The King » par les supporteurs de Manchester United, Eric Cantona s’est reconverti dans le milieu artistique depuis plus de vingt ans. Il sera, Ă  partir du 22 novembre, sur la scĂšne du Théùtre Antoine, Ă  Paris, dans Lettres Ă  Nour, de Rachid Benzine.

    Je ne serais pas arrivé là si


    Si j’étais immortel ! J’ai le sentiment qu’il faut tout donner dans ce qui nous inspire, dans ce que nous avons Ă  crĂ©er, dans nos amours, tout livrer sur nos points de vue, justement parce qu’on est mortel. Ma petite fille de 4 ans a eu cette rĂ©flexion l’autre soir : elle a dit Ă  sa mĂšre, « Maman tu vas vivre mille ans. » Sa mĂšre lui a expliquĂ© que ce n’était pas possible. Ma petite a demandé : « Mais qui a inventĂ© ça, la mort ? C’est ridicule. C’est bien fait pour eux s’ils sont morts. » Je trouve cela trĂšs beau. Immortel, j’aurais aimĂ© l’ĂȘtre, car j’aurais Ă©tĂ© moins pressé !

    Quels souvenirs avez-vous de votre enfance dans le quartier des Caillols, à Marseille ? Quel minot étiez-vous ?

    J’étais vivant. On Ă©tait tout le temps dehors. On allait Ă  l’école Ă  pied, on jouait au foot dans la cour de rĂ©crĂ© et Ă  cĂŽtĂ© de la maison, on faisait du vĂ©lo, on attrapait les lĂ©zards, on voyait les films de Bruce Lee dans le cinĂ©ma de quartier
 J’ai eu une belle enfance dans une famille modeste oĂč, avec mes frĂšres, on a reçu l’essentiel : l’amour. Avec ça on n’a plus qu’à vivre, on peut renverser des montagnes.

    Vous dites souvent que votre pĂšre vous a transmis votre « capacitĂ© d’émerveillement ». C’est-Ă -dire ?

    J’ai aussi reçu cela. Mon pĂšre, mais aussi ma mĂšre, se sont toujours Ă©merveillĂ©s de tout. Ils ont aujourd’hui presque 80 ans et continuent Ă  s’émerveiller des paysages, de la lumiĂšre, Ă  ĂȘtre curieux de toutes les discussions. Comme eux, j’aime observer le monde. Tout est lĂ  pour nous inspirer. On voit aujourd’hui des gamins de 15 ans qui ne sont plus Ă©merveillĂ©s de rien. Je les plains.

    Quelles sont les personnes qui vous ont inspiré ?

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  • L’exil dorĂ© et douteux de Diego Maradona au Mexique

    L’exil dorĂ© et douteux de Diego Maradona au Mexique

    OĂč Diego Maradona a-t-il mis les pieds ? La sulfureuse icĂŽne du foot, aprĂšs s’ĂȘtre fait remarquer lors du dernier Mondial russe par ses excentricitĂ©s en tribune (il a dansĂ©, fait la sieste, un malaise et s’est permis un doigt d’honneur…) lors des matchs de l’Argentine, a dĂ©cidĂ© de renouer en septembre avec sa carriĂšre d’entraĂźneur, Ă  57 ans. L’ex-numĂ©ro 10 de l’Albiceleste a dĂ©barquĂ© dans l’Etat de Sinaloa, dans le nord-ouest du Mexique, pour entraĂźner Los Dorados (« les dorĂ©s »), un club de seconde division.

    Et l’arrivĂ©e du fantasque Argentin, connu pour ses excĂšs, dans le berceau du narcotrafic mexicain n’est pas passĂ©e inaperçue. Elle a rĂ©veillĂ© la lĂ©gende noire de son nouvel employeur, le milliardaire Jorge Hank Rhon, soupçonnĂ© de liens avec le crime organisĂ©.

    « Diego veut juste ĂȘtre sur le terrain »

    « Je suis guĂ©ri depuis quinze ans », martĂšle aujourd’hui Maradona, qui a longtemps luttĂ© contre sa dĂ©pendance Ă  la cocaĂŻne. Cette prĂ©cision s’impose Ă  Culiacan, capitale de l’Etat de Sinaloa, territoire du puissant cartel du mĂȘme nom. Cette rĂ©gion stratĂ©gique de la production et du trafic de drogue est devenue le théùtre d’une guerre de succession sanguinaire depuis que l’ancien chef du cartel de Sinaloa, Joaquin « El Chapo » Guzman, a Ă©tĂ© extradĂ© aux Etats-Unis.

    Celui que les Argentins ont surnommĂ© jadis « El Pibe de oro » (le gosse en or) fait le dĂ©lice des rĂ©seaux sociaux. Certains internautes n’ont pas hĂ©sitĂ© Ă  rebaptiser le club « Los Drogados » (les droguĂ©s). Son recruteur, Jorge Alberto Hank Inzunza, un des fils de Jorge Hank Rhon, a pris sa dĂ©fense dans la presse : « Diego veut juste ĂȘtre sur le terrain. » Mais ce rejeton trentenaire peine Ă  se dĂ©marquer du passĂ© sulfureux de son pĂšre, fondateur du conglomĂ©rat Grupo Caliente, propriĂ©taire de Los Dorados et du club de premiĂšre division Los Xolos de Tijuana.

    Paris sportifs, casinos, hĂŽtels 5-Ă©toiles
 Jorge Hank Rhon est Ă  la tĂȘte d’une trĂšs grosse…

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  • La « Madonna japonaise » prend sa retraite

    La « Madonna japonaise » prend sa retraite

    Et les larmes coulĂšrent. Des millions de fans de la chanteuse japonaise Namie Amuro ont vĂ©cu, samedi 15 septembre, comme un petit deuil. 3 500 d’entre eux Ă©taient prĂ©sents Ă  Okinawa, dans le Palais des congrĂšs de Ginowan, coiffĂ©s d’une corolle d’hibiscus, fleur symbole du petit archipel du sud du Japon oĂč a vu le jour la « Madonna japonaise », la « reine de la J-pop » ou encore « l’hĂ©roĂŻne d’Heisei » (l’ùre actuelle du Japon) et oĂč elle a donnĂ© son ultime concert. Pour ce show, elle a interprĂ©tĂ© douze titres, seule ou en duo, avec des invitĂ©s. Au final, un feu d’artifice a Ă©tĂ© donnĂ© sur la mer en son honneur.

    Cet adieu Ă  la scĂšne Ă©tait attendu. La chanteuse l’avait annoncĂ© le jour de ses 40 ans, le 20 septembre 2017, sans donner d’explications, suggĂ©rant simplement que vingt-cinq annĂ©es de carriĂšre suffisaient bien. Le rideau est donc tombĂ© sur ces annĂ©es hors norme qui ont fait de la belle d’Okinawa l’une des plus grandes stars de la musique et de la mode du Japon et d’Asie.

    Drames familiaux

    Trente-six millions d’albums vendus, un single, Can You Celebrate, qui dĂ©tient toujours le record de ventes au Japon. Le tout au travers d’explorations de rythmiques R&B, hip-hop et, plus rĂ©cemment, Ă©lectroniques, l’ayant amenĂ©e Ă  collaborer avec des stars comme David Guetta, SOPHIE and Zedd et Jolin Tsai, la reine de la pop taĂŻwanaise.

    Un succĂšs comme une antithĂšse Ă  une enfance compliquĂ©e, marquĂ©e par des drames familiaux, et que le pays entier connaĂźt. Namie Amuro est nĂ©e Ă  Naha, la capitale d’Okinawa. TrĂšs vite, son pĂšre quitte la maison et sa mĂšre, Emiko Taira, doit Ă©lever ses trois enfants en travaillant dans une crĂšche le jour et comme hĂŽtesse de bar la nuit. A la fin des annĂ©es 1990, elle meurt assassinĂ©e sous les coups du frĂšre de son deuxiĂšme mari.

    Les fans de Namie Amuro lors d’une exposition consacrĂ©e Ă  la chanteuse Ă  Okinawa, en septembre 2018

    Est-ce de ces Ă©preuves extrĂȘmes que vient la rĂ©serve affichĂ©e de l’artiste, la raretĂ© de ses sourires, l’affirmation d’une libertĂ© si difficile Ă  assumer dans l’univers ultraverrouillĂ© du showbiz nippon ?

    Lire aussi :   Au Japon, une carriÚre de popstar se décide à chifoumi

    Namie Amuro a Ă©tĂ© repĂ©rĂ©e Ă  12 ans. Elle fait ses dĂ©buts avec le girls band The Super Monkey’s, en devient la leader puis s’en extirpe. A l’époque, expliquait-elle en 2010 Ă  la tĂ©lĂ©vision japonaise, « j’admirais Janet Jackson. Je voulais que les gens me regardent comme moi je la regardais ». Une inspiration amĂ©ricaine mĂątinĂ©e d’une influence japonaise, celle du groupe Dreams Come True. Travaillant avec le producteur Tetsuya Komuro, vĂ©ritable faiseur de stars, elle enchaĂźne les succĂšs. En 1996, l’album Sweet 19 Blues, Ă©coulĂ© Ă  3,4 millions d’exemplaires, lui attire un immense public fĂ©minin. C’est le temps du single Can You Celebrate.

    L’idole des jeunes

    Tout va vite, en public comme en privĂ©. En 1997, Namie annonce Ă  la surprise gĂ©nĂ©rale son mariage avec le membre du groupe TRF Masaharu « Sam » Maruyama. Au cours de la confĂ©rence de presse, elle rĂ©vĂšle Ă©galement une grossesse de trois mois, qui aurait prĂ©cipitĂ© l’officialisation de leur union. A l’époque, le showbiz japonais n’a jamais connu une telle pratique.

    IdĂ©al de beautĂ© pour les Japonaises, elle impose dans les venelles dĂ©lurĂ©es du quartier tokyoĂŻte de Shibuya le look « amura » – longs cheveux lissĂ©s, peau bronzĂ©e, minijupe et bottes remontant au-dessus du genou. Son succĂšs dĂ©passe vite les limites de l’Archipel.

    Star en Chine, en CorĂ©e du Sud ou encore en Asie du Sud-Est, elle enchaĂźne les tournĂ©es, menant sa carriĂšre Ă  la baguette, toujours plus loin d’une pop nippone en dĂ©clin face Ă  la montĂ©e en puissance de la K-pop, sa rivale sud-corĂ©enne.

    Lire aussi :   J-pop : des boys bands au métal symphonique, petit panorama de la musique japonaise

    Jusqu’à ce mois de septembre 2018. Dans les rues de Naha aprĂšs son ultime concert, le vent chaud et humide s’amusait des affiches la montrant dans une robe blanche et vaporeuse, angĂ©lique, souriant lĂ©gĂšrement, comme une Ă©toile brillant Ă  jamais au firmament de la notoriĂ©tĂ©, inaccessible.

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  • « Picasso, Braque & Cie, la rĂ©volution cubiste » : aux racines du cubisme

    « Picasso, Braque & Cie, la révolution cubiste » : aux racines du cubisme

    Arte, dimanche 28 octobre à 17 h 35, documentaire

    Comme souvent Ă  20 ans, on souhaite changer le monde, le remettre en cause, le dĂ©molir pour en crĂ©er un autre Ă©videmment meilleur. Eux ont rĂ©ussi Ă  rĂ©aliser ce rĂȘve de jeunesse et Ă  transformer en profondeur leur univers, celui de l’art, Ă  tout jamais.

    En 1906, Georges Braque et ­Pablo Picasso ont 24 et 25 ans. La butte Montmartre est leur sanctuaire parisien oĂč se croisent les artistes en manque de reconnaissance. Braque et Picasso se lient d’amitiĂ© au point de ne plus se quitter. Pour le moment, leurs ­toiles n’intĂ©ressent pas grand-monde ; seuls Apollinaire, alors ĂągĂ© de 26 ans, et le jeune galeriste Daniel-Henry Kahnweiler, 22 ans, dĂ©cĂšlent en eux un immense potentiel. Et outre leur passion pour la peinture, ces quatre garçons insĂ©parables partagent la mĂȘme ­appĂ©tence pour la modernitĂ©.

    A cette Ă©poque, Claude Monet rĂšgne en maĂźtre sur l’art, et l’impressionnisme s’impose comme la rĂ©fĂ©rence absolue pour la critique

    A cette Ă©poque, Claude Monet rĂšgne en maĂźtre sur l’art, et l’impressionnisme s’impose comme la rĂ©fĂ©rence absolue pour la critique. Cette derniĂšre est allergique Ă  toute nouveautĂ© et Ă  toute audace. Picasso n’y prĂȘtera pas attention : il est du genre radical. Pour parfaire son style, il s’inspire, notamment, du tableau Le Bain turc, de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1862). Le jeune Espagnol est attirĂ© par les courbes dĂ©formĂ©es des femmes de cette toile. Dans son atelier du « Bateau-lavoir », il s’attaque Ă  ces corps fĂ©minins jusqu’à les dĂ©structurer. C’est ainsi qu’il propose Les Demoiselles d’Avignon, qui va effrayer ses contemporains et mĂȘme, au dĂ©part, son ami Braque.

    Ce dernier va lui aussi remettre en cause les fondamentaux de l’art. Ainsi, quand Henri Matisse prĂ©sente La Femme au chapeau (1905), certains journalistes s’offusquent des couleurs vives et des formes perçues comme simplistes de l’Ɠuvre allant jusqu’à qualifier le peintre de « fauve ». Braque voit, au contraire, en cette toile un espace de libertĂ© et un nouvel horizon. Il se rend comme Paul ­CĂ©zanne – qu’il admire – Ă  L’Estaque, hameau de pĂȘcheurs proche de Marseille, pour peindre des paysages : c’est lĂ -bas qu’il va peu Ă  peu s’affranchir de toutes les ­conventions artistiques en malmenant les perspectives et les lignes jusqu’à rĂ©duire les maisons Ă  leur forme la plus sommaire. Matisse, lui, se moquera des « petits cubes » de Braque et le « cubisme » – avant de devenir un courant ­artistique – sera un terme pĂ©joratif incarnant ce que l’on ne comprend pas dans cet art nouveau.

    Choquer et innover

    Apollinaire vient en aide Ă  ses deux amis peintres dans diffĂ©rentes publications oĂč il vante leur gĂ©nie. Comme Braque et Picasso ne veulent plus exposer leurs nouvelles crĂ©ations Ă  cause des critiques acerbes, Kahnweiler dĂ©cide, lui, de tourner le dos au marchĂ© français et de vendre leurs tableaux Ă  des collectionneurs Ă©trangers. Pari gagnant.

    Braque et Picasso continuent de choquer et d’innover : collage, ajout de matĂ©riaux comme du ­sable, utilisation de peinture industrielle comme le Ripolin
 C’est ce que raconte Picasso, Braque & Cie, la rĂ©volution cubiste. Ce documentaire s’intĂ©resse particuliĂšrement aux premiĂšres annĂ©es des deux artistes qui ont rĂ©volutionnĂ© la peinture. Surtout, ce film dĂ©crit la complicitĂ© fusionnelle de Braque et Picasso, qui a poussĂ© les deux compĂšres Ă  se surpasser et Ă  faire abstraction des scandales. Un monde Ă  (re)dĂ©couvrir Ă  travers l’exposition « Le cubisme », jusqu’au 25 fĂ©vrier 2019, au Centre Pompidou, Ă  Paris.

    Lire la critique de l’exposition :   Le cubisme, mouvement pluriel

    Picasso, Braque & Cie, la révolution cubiste, de Frédéric Ramade (France, 2018, 52 min). www.arte.tv

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