Author: Don Kayembe

  • L’absence d’un leadership politique à Kinshasa menace la RD-Congo….

    L’absence d’un leadership politique à Kinshasa menace la RD-Congo….

    Carte géographique du Congo-(rdc)
    Carte géographique du Congo-(rdc)

    On me dira, par ses partisans,  que la question de leadership ne se pose dès lors que  le Vieux est là, c’est-à-dire Tshisekedi. Pour moi, Tshisekedi  avec son combat et sa nature,  la nature de sa lutte, est plus un symbole national, je dirais un « Mythe national » au lieu qu’un leader qui lui doit conquérir le pouvoir et le gérer. Comme Mythe, le Vieux a cessé d’appartenir i à sa famille biologique, à ses enfants et à maman Marthe. Non plus, il n’appartient à son parti politique d’origine l’UDPS.  Et chercher à  s’approprier un mythe, comme tout le monde le fait, est à mes yeux une faute out une erreur de goût.

     

    Le 13 avril 1992, Mandela annonce sa séparation avec Winnie en ces termes : « je suis persuadé que la vie de ma femme a été plus difficile que la mienne. [….] Elle avait épousé un homme qui devait la quitter, […] cet homme était devenu un mythe ; puis ce mythe revenu chez lui et s’était révélé n’être qu’un homme. […] mes enfants m’ont dit : “Nous pensions que nous avions un père  et qu’un jour il reviendrait. Mais à notre grande consternation notre père est revenu et il nous a laissés parce qu’il était devenu le père de la Nation » (Mandela, 1995 :619-620).

     

    Dès lors, on ne peut rien attendre de lui sauf que le mythe on s’en sert par des volontés individuelles qui sont acteurs d’histoire, en vue de mobiliser des masses, de bâtir des nations et de construire des identités nationales. Chaque peuple se fabrique ses mythes pour des objectifs bien précis. Attendre du  mythe  qu’il agisse ou fasse quelque chose,  et dans le type de combat, de libération que mène le peuple  du Congo, relève d’une naïveté grave en politique. Le Mythe, il n’est question ni de l’aimer, ni de ne pas l’aimer. Pour ce qui est du sentiment et du zèle, il faudra l’abandonner à  la masse qui veut et cherche à être séduite mais des volontés individuelles  écrivent, elles, et contribuent à l’écriture de l’histoire. On recourt au mythe comme une arme parce qu’il doit désengager,  provoquer et déstabiliser les positions des adversaires pour qui un peuple qui  entretient son mythe devient dangereux comme il nourrit la mémoire collective.

     

    Les partisans de « Joseph Kabila » affirmeront en toute innocence également que « Joseph Kabila » incarne le leadership du côté de ceux qui s’imaginent appartenir au camp de pouvoir.  « Joseph Kabila »  avec des années passées à la tête de ce qui parait être le pouvoir est plus un « parrain » qui lui-même est parrainé, Avec la fortune amassée et le possibilité de nommer ses thuriféraires à des postes de commandement , une clientèle politique et économique s’est créée autour de lui et non pour ses idées , il n’en a pas,  non pour sa stature, c’est un homme effacé. Il ne fait un pas un leader. Et il ne saura l’être. D’où, je persiste et signe, et ce après moult observations, qu’il manque un leadership au Congo à même de s’émanciper des prisons environnantes et qui nait d’un combat sans merci entre plusieurs forces internes, conscientes de leur existence et agissant comme acteurs  et non comme c’est le cas aujourd’hui des personnages de fiction  pour  incarner des rôles dessinés par autrui.et pour eux.

     

    Je me demande, si réellement ces forces politiques internes existaient, pourquoi elles ont peur de s’affronter pour que de leur affrontement  naisse un leadership qui s’impose et imposable à tous. Ailleurs, des forces politiques s’affrontent et des fois avec des couteaux. Ce n’est pas le cas avec des Congolais et au Congo où tout le monde se terre derrière la masse et le peuple.   .   .

     

    Quelques jours ou mois avant 1997, à la fin des années 1993-1994,  la « classe politique » congolaise de l’époque s’amusait dans des concertations politiques pour trouver qui sera ou ne sera pas premier ministre. C’était en toute innocence et sans s’interroger du lendemain, par exemple des forces extérieures qui elles restent aux aguets depuis 1960 et contrôlent la RD-Congo. Avertie de la maladie de Mobutu et de sa mort prévue, la classe politique congolaise s’est montrée incapable d’anticiper l’histoire et voire de surprendre les acteurs externes. Ces derniers ont fini dans leur combat contre le Congo d’imposer la « tutsisation » du pouvoir à Kinshasa. Tout le monde était surpris et les mobutistes qui étaient chassés du pouvoir et l’opposition contre les Mobutistes,  pour qui seul Mobutu était considéré comme le principal et l’unique adversaire, était également chassé du pouvoir. L’Occident a préféré faire gérer le Congo par Paul Kagamé et son cheval de Troie.

     

    L’histoire a horreur du vide. Et elle risque de se répéter mais encore une fois au détriment de la nation congolaise.  Le peuple du Congo a eu à regarder, à écouter ici et là. Les marchands ue mirage lui ont vendu une certaine idée de la démocratie alors qu’il s’offrait pour le sacrifice. Et d’autres, au nom de la même démocratie,  ont conduit le peuple du Congo aux élections et ce avec promesse d’en finir avec le cas de “Joseph kabila”. Ils l’ont fait en 2006 comme en 2011.  De nouveau, les mêmes  refont surface et ré-entonnent la  même mélodie Malu Malu ici, referendum, constitution, élections. Mais c’est quoi toute cette histoire? Personne ne se rend compte que le peuple en a marre et assez. Que chacun fasse alors ce qu’il comprend. Quant à nous, nous affirmons haut et fort qu’un sentier ne se forme qu’à force d’y marcher dessus”

    Mufoncol Tshiyoyo  

    Président National du Rassemblement pour l’Alternative Politique en RDC. R.A.P-en sigle
    Mouvement Politico-militaire,
    mufoncol_tshiyoyo@yahoo.com,
    004745007236004745007236, Facebook : Mufoncol Tshiyoyo

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  • Étienne Tshisekedi : La trajectoire vers la présidence

    Étienne Tshisekedi : La trajectoire vers la présidence

    Quand le destin d’un homme public coïncide avec la condition et le statut  de son peuple…

    Tshisekedi-De nos jours, s’il existe un acteur politique de la République démocratique du Congo, qui se passe de toute présentation, c’est bel et bien le Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba. Cela est d’autant plus vrai que son nom évoque, à n’en pas douter, la lutte pour le changement politique et démocratique. En d’autres termes, celui-ci incarne, à vrai dire, la résistance pacifique contre la dictature, quelle qu’elle soit, fût-elle militaire ou révolutionnaire. Donc, ce nom dont le magnétisme ou l’aura attire, sur le terrain, l’immense majorité de ses Concitoyens, inspire aussi ‘‘respect’’ et ‘‘considération’’ sur l’ensemble du Continent.

    À cet effet, le Grand Malien Alpha Oumar Konaré qui a eu à diriger les destinées aussi bien de son pays, la République du Mali, que de l’organisation continentale, l’Union africaine (UA), déclare sans atermoiement, sans retenue, à propos de ce grand combattant de la liberté et de la démocratie, de la justice et de la dignité : ‘‘Étienne Tshisekedi est non seulement un Grand Congolais mais surtout un Grand Africain’’. Comprenez par là, pour avoir sans nul conteste mené l’ensemble de ses Compatriotes victimes d’un régime des plus verrouillé et des plus corrompu, à imprimer patiemment le nom de la République démocratique du Congo sur le chemin étroit et périlleux de la démocratie. Tel est, en vérité, le legs de cet homme d’État à l’ensemble de ses pairs. Tel est, en réalité, l’héritage de cet homme public qui, de toute évidence, n’a absolument pas, à l’heure actuelle, réussi à conquérir les plus hautes marches du podium politique dans la mesure où moult embûches se dressent lourdement devant lui. Ceci en dépit de sa véritable stratégie qui s’appuie coûte que coûte, indéniablement, sur les revendications sociopolitiques et socioéconomiques de la population afin d’investir les rouages de l’État.

    Par ailleurs, Étienne Tshisekedi wa Mulumba n’incarne pas simplement la figure emblématique de l’opposition contre la tyrannie. Il ne symbolise pas uniquement la figure de proue d’une lutte prodémocratique au profit de ses Compatriotes. Aussi est-il, en réalité, une méthodologie de combat politique. Aussi représente-t-il une démarche tant philosophique que spirituelle. Celle-ci met, certes, en avant l’intelligence supérieure ou la créativité mentale en vue de garantir les destinées de son pays et, par voie de conséquence, de servir les intérêts primordiaux et vitaux de toute sa population. C’est à ce seul niveau que gît effectivement la pertinence de l’ouvrage paru aux Éditions l’Harmattan et intitulé ‘‘Étienne Tshisekedi, La Trajectoire vers la présidence’ [de la République démocratique du Congo NDLR].

    Ce livre est, en réalité, un essai coécrit par deux Congolais fort avertis et non moins experts des questions nationales. Il s’agit de Mwamba Tshibangu et d’Alexis Kabambi. Ces deux auteurs présentent, à vrai dire, cette particularité et cette singularité d’avoir embrassé la discipline sociologique dans leurs cursus universitaires respectifs. Dans cet ouvrage commun, ces deux observateurs du landerneau politique tentent d’expliquer, tout comme de reconstituer, ce qu’est pratiquement l’itinéraire suivi par le Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba pour finalement briguer le mandat présidentiel.

    Toute la question est de savoir en quoi consiste réellement cet itinéraire, d’une part. Quel en est en fait le fondement ? Cette trajectoire est-elle linéaire ou sinueuse ? Eu égard à la liberté et la dignité du peuple congolais, au combat de libération nationale du despotisme, cette trajectoire est-elle viable ? Est-elle recommandable ? Et, d’autre part, qui a vraiment tracé cette voie menant à la présidence de la République démocratique du Congo pour cet illustre personnage ? Est-ce le Dr Étienne Tshisekedi wa Mulumba lui-même ? Est-ce le Peuple congolais dont il se présente comme l’ardent défenseur ou le fidèle avocat ? Sont-ce les circonstances du combat démocratique qui a pris son envol avec la création irréversible de l’UDPS ? Sont-ce la classe politique, l’élite nationale et les autres intérêts gravitant autour du destin de la République démocratique du Congo ?

    Par ailleurs, cette trajectoire s’est-elle imposée au père de la démocratie congolaise, et ce malgré lui ? Comment et pourquoi ? En d’autres termes, Étienne Tshisekedi wa Mulumba avait-il d’autres choix ? Si oui, lesquels ? Pour connaître les réponses à ces questionnements pertinents, il convient sans tarder de lire cet ouvrage unique qui explique surtout à travers l’histoire et le cheminement politique, y compris le mûrissement idéologique, d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba, en plein combat partisan et en pleine action politique, les grands enjeux fondamentaux de la République démocratique du Congo.

    Ce qui est sûr et certain, un homme d’État est par essence celui qui bâtit tout son destin en fonction des aspirations légitimes de ses Concitoyens. Un véritable leader est celui qui construit sa légitimité en fonction des revendications fondamentales exprimées par les membres de son groupe ou de sa communauté. Il assoit leur liberté conformément à leurs attentes sociopolitiques et socioéconomiques. Il exprime mieux que quiconque leurs préoccupations légitimes.

    Ce qui est clair, Étienne Tshisekedi a réussi à s’imposer dans la vie publique comme un vrai et grand leader national. Il l’est indubitablement dans la mesure où il est à la tête d’une frange importante et non négligeable de l’opinion nationale. Celle-ci aspire en fait à la dignité et à la justice, à la liberté et à la démocratie. La lutte quotidienne de Tshisekedi et le combat permanent de ses compatriotes se rejoignent sur ce point focal.

    Le président national de l’UDPS est, à vrai dire, un leader charismatique dans la mesure où il canalise les demandes politiques de celles et ceux qui respirent et transpirent les flétrissures sociales engendrées par le despotisme en tant que refus permanent de l’émancipation d’un peuple martyr qui a, sans nul doute, droit à la sécurité et à la prospérité. En réalité, il est un leader écouté. C’est-à-dire : un véritable poids lourd de la vie politique congolaise dans la mesure où ses déclarations et son silence, ses moindres faits et gestes intriguent. Ceux-ci sont décortiqués avec minutie par ses aficionados, tout comme par ses adversaires et les experts de la vie politique nationale.

    Pour arriver à cette conclusion de ‘‘leadership national’’ propre à Étienne Tshisekedi que d’aucuns qualifieraient sans la moindre retenue de naturel, quelle méthodologie ont-ils effectivement utilisée les deux auteurs? Est-ce la démarche purement fonctionnaliste en décryptant savamment le discours de ce dirigeant politique et l’idéologie de son parti, l’UDPS ? Est-ce la méthode analogique fondée sur la comparaison avec d’autres leaders aussi bien locaux qu’étrangers qui ont émergé de l’espace national ? Sont-ce la démarche fondamentalement perspectiviste qui requiert la variété des paramètres ou facteurs déterminants pour expliquer la réalité objective ou la méthodologie prospectiviste qui anticipe le futur irréversible de la République démocratique du Congo ?

    Pour s’assurer de la démarche méthodologique utilisée par les deux auteurs pour expliquer Étienne Tshisekedi en tant que réalité politique et idéologique, style et méthode, il vous est recommandé de lire ‘‘Étienne Tshisekedi, La Trajectoire vers la présidence’’. Quoi que enrichi de moult anecdotes qui ne laissent nullement indifférent le lecteur, le plus grand intérêt de cet ouvrage coécrit par Mwamba Tshibangu et Alexis Kabambi réside sans l’ombre de doute dans la véracité de cet aphorisme ‘‘À chaque crise un grand homme’’.

    Joël Asher Lévy-Cohen

    Journaliste indépendant

     

     

    Joël Asher Lévy Cohen est journaliste indépendant. En qualité d’analyste politique et social, il est auteur et signataire de nombreux articles, dossiers et reportages portant sur différents thèmes. Il a également rencontré et surtout interviewé, dans le cadre de sa fonction médiatique, plusieurs personnalités internationales relevant du monde politique, économique, culturel, social et humanitaire. Aussi a-t-il couvert plusieurs sommets internationaux et conventions des partis politiques. Parmi les sujets qui lui tiennent particulièrement et singulièrement à cœur, il convient de mentionner les questions de société, la démocratie, les droits humains fondamentaux, la santé et le développement, l’environnement et l’habitat, la religion, la diplomatie et la politique, les communications, la science et la technologie, la culture et les arts, la littérature et les activités sportives.

  • Rwanda : un génocide en questions

    Rwanda : un génocide en questions

    RWANDA –Assassinat du président Habyarimana, jeu trouble de Washington, enquête du juge Trévidic : clés de compréhension et d’explication.
     
    Cette analyse peut être reproduite à la condition expresse d’en citer la source.
     
    Le 6 avril 1994, l’avion transportant deux présidents africains en exercice, MM. Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi était abattu par un missile<!–[if !supportFootnotes]–>[1]<!–[endif]–>. Aucune enquête internationale ne fut ouverte afin d’identifier les auteurs de cet attentat qui fut le déclencheur du génocide du Rwanda<!–[if !supportFootnotes]–>[2]<!–[endif]–>.
     
    Les Etats-Unis à la manoeuvre
     
    Mis en place au mois de mai 1995 après sa création au mois de novembre 1994 par le Conseil de sécurité de l’ONU avec compétence pour la période allant du 1er janvier au 31 décembre 1994, le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda) fut installé à Arusha, en Tanzanie.
    Dès le début, les Etats-Unis d’Amérique firent pression afin que l’attentat du 6 avril 1994, pourtant totalement inclus dans les limites chronologiques imparties au TPIR, soit écarté de son champ d’investigation. Avec une grande constance, tous les Procureurs qui se succédèrent à la tête de ce tribunal respectèrent cette étrange exclusion. Le TPIR spécialement créé pour juger les responsables du génocide, refusa donc de rechercher les auteurs de l’acte terroriste qui en fut la cause (!!!).
     
    L’insolite attitude des Etats-Unis pose d’autant plus problème qu’en 1995, il ne faisait alors de doute pour personne que les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994 étaient ces « Hutu extrémistes » tant de fois dénoncés par les ONG américaines. Pourquoi les Etats-Unis étaient-ils donc opposés à ce que la responsabilité de ces derniers dans l’attentat qui déclencha le génocide du Rwanda soit officiellement mise en évidence par une enquête du TPIR? La réponse à cette question est peut-être que les services de Washington savaient déjà que l’attentat n’avait pas été commis par les « Hutu extrémistes »… En interdisant au TPIR de mener l’enquête sur l’assassinat du président Habyarimana, les Etats-Unis protégèrent donc de fait ceux qui, en détruisant en vol son avion, permirent au FPR (Front patriotique rwandais), mouvement essentiellement tutsi totalisant de 10% à 15% de la population, de s’emparer militairement d’un pouvoir que l’ethno-mathématique électorale lui interdisait de conquérir par les urnes. Un retour en arrière est ici nécessaire.
     
    Washington qui avait décidé de créer un fort pôle d’influence en Afrique centre-orientale, fit de l’Ouganda le pivot de sa stratégie dans cette partie du continent. A partir de ce pays, les Etats-Unis armèrent et conseillèrent le FPR qui, depuis octobre 1990, menait la guerre contre le Rwanda. Ils lui fournirent une aide diplomatique et, par le biais d’ONG liées à leurs services, ils montèrent des campagnes internationales de diabolisation du régime Habyarimana tout en présentant au contraire les hommes du général Kagamé comme des combattants de la démocratie.
     
    Tant que François Mitterrand fut au pouvoir en France, ce plan de conquête du Rwanda fut mis en échec. Il réussit  en 1994 quand, à la faveur de la seconde cohabitation, une droite en partie atlantiste occupa l’Hôtel de Matignon.
    Le 7 avril, une fois le président Habyarimana assassiné, le FPR reprit unilatéralement les hostilités violant ainsi les accords de paix d’Arusha. Le président Mitterrand fut alors partisan d’une intervention militaire française destinée à ramener le FPR sur ses lignes de départ et cela afin de sauver le processus de paix d’Arusha<!–[if !supportFootnotes]–>[3]<!–[endif]–>. Comme le gouvernement de Monsieur Edouard Balladur y était opposé, le général Kagamé eut le champ libre pour conquérir le pays et au mois de juillet 1994 il fut le maître à Kigali.
     
    A partir du Rwanda, les Etats-Unis préparèrent ensuite la seconde phase de leur plan qui était le renversement du maréchal Mobutu du Zaïre. En 1997, paralysée par les fausses accusations de complicité avec les « génocidaires » montées de toutes pièces par les services américains et qui avaient été relayées par la presse hexagonale, la France n’osa pas intervenir pour soutenir son allié zaïrois attaqué par une coalition ougando-rwandaise. Le Zaïre redevenu RDC (République démocratique du Congo) fut démembré et l’exploitation-pillage des richesses du Kivu par les sociétés-écran rwandaises débuta. La connaissance de cet arrière-plan est indispensable à la compréhension du dossier rwandais<!–[if !supportFootnotes]–>[4]<!–[endif]–>.
     
    Les preuves contre le FPR s’accumulent
     
    Revenons à l’attentat du 6 avril 1994. En 1998, saisi des plaintes déposées par les familles de l’équipage français de l’avion et par la veuve du président Habyarimana, le juge anti-terroriste Bruguière mena son enquête. Au mois de novembre 2006, il rendit  une ordonnance de soit-communiqué et mit en examen neuf personnalités très proches du général Kagamé, accusées d’avoir organisé ou perpétré l’attentat du 6 avril 1994. Ne pouvant poursuivre le chef de l’Etat rwandais car il était protégé par son immunité, le juge français demanda au TPIR de l’inculper. En vain.
     
    La contre-attaque du général Kagamé se fit à travers ses puissants réseaux d’influence français et par le biais d’une presse qui ne cessa jamais de lui servir de porte-voix, notamment Libération et Le Figaro quand Patrick de Saint-Exupéry collaborait à ce dernier titre. Appuyé sur les uns et sur les autres, il tenta une manœuvre dilatoire destinée à discréditer le travail du juge Bruguière en prétendant que ce dernier aurait été influencé par des témoins dont les propos lui auraient été mal traduits ou qu’il aurait mal interprétés.
    Cette argumentation qui fut reprise sans vérification par les médias ne correspond pas à la vérité car les témoins entendus par le juge Bruguière furent également auditionnés par le TPIR devant lequel la traduction simultanée (kinyarwanda-français-anglais) était faite par des traducteurs assermentés. Or, les procès-verbaux des audiences montrent que ces témoins firent aux juges internationaux les mêmes déclarations qu’au juge français. Avec une différence toutefois : ils déposèrent sous serment et en pleine connaissance des graves sanctions –dont l’incarcération à l’audience-,  qu’entraînait le parjure devant ce tribunal international.
     
    Le juge Trévidic ayant succédé au juge Bruguière en 2007, de nouveaux éléments accablants pour les responsables de l’actuel régime de Kigali s’ajoutèrent peu à peu au dossier. Entre autres :
     
    – Le jeudi 21 juin 2012, à Johannesburg, le général Faustin Kayumba Nyamwasa, ancien chef d’état-major de l’APR (Armée patriotique rwandaise), qui était en 1994 responsable du renseignement militaire du général Kagamé, affirma sous serment devant un tribunal, que ce dernier « a ordonné le meurtre du président Habyarimana»<!–[if !supportFootnotes]–>[5]<!–[endif]–>, confirmant ainsi les termes de l’ordonnance du juge Bruguière.
     
    – Le 9 juillet 2013, la correspondante de RFI en Afrique du Sud, Madame Sonia Rolley, publia deux entretiens exclusifs, l’un avec le général Faustin Kayumba Nyamwaza, l’autre avec le colonel Patrick Karegeya, ancien chef des renseignements du général Kagamé, dans lesquels les deux hommes accusaient de la façon la plus claire ce dernier d’être l’ordonnateur de l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie au président Habyarimana.
    Patrick Karegeya qui avait affirmé au micro de RFI qu’il était en mesure de prouver d’où les missiles avaient été tirés, fut étranglé dans sa chambre d’hôtel de Johannesburg le 1er janvier 2014.
    Le général Kayumba et le colonel Karegeya demandaient depuis des mois à être entendus par le juge Trévidic. Ce dernier ne pourra donc plus interroger le second…Quant au premier, le juge doit se hâter de le rencontrer car il a échappé de justesse à une seconde tentative de meurtre le 4 mars 2014…
     
    – En juillet 2013 puis en janvier 2014, Jean-Marie Micombero, ancien secrétaire général au ministère rwandais de la Défense et qui, le 6 avril 1994, était affecté à une section chargée du renseignement dépendant directement de Paul Kagamé, témoigna devant le juge Trévidic. Réfugié en Belgique depuis 2010 où il est placé sous protection policière, il a donné les noms des deux hommes qui, le 6 avril 1994, tirèrent deux missiles sur l’avion présidentiel. Il a également livré nombre de détails sur les préparatifs et sur le déroulement de l’attentat<!–[if !supportFootnotes]–>[6]<!–[endif]–>. Ces déclarations recoupaient en les confirmant celles recueilles en leur temps par le juge Bruguière auprès d’autres témoins.
     
    Pour le régime de Kigali, ces avancées du dossier sont terriblement destructrices et c’est pourquoi ses affidés ont reçu l’ordre d’allumer des contre-feux. La presse française est donc actuellement et une nouvelle fois à la manœuvre, n’hésitant pas à travestir les faits tout en continuant à réciter une histoire aujourd’hui obsolète.
    La thèse fondant la « légitimité » du régime du général Kagamé, à savoir celle du génocide « programmé »  et « planifié » par les « extrémistes » hutu, a en effet volé en éclats devant le TPIR. Dans tous ses jugements concernant les « principaux responsables du génocide », tant en première instance qu’en appel, ce tribunal international a en effet clairement établi qu’il n’y avait pas eu « entente » pour le commettre<!–[if !supportFootnotes]–>[7]<!–[endif]–>.
    Conclusion : si ce génocide n’était pas « programmé », c’est donc qu’il fut « spontané ». Et s’il fut « spontané », c’est qu’un évènement d’une exceptionnelle gravité poussa certains à le commettre. Nous en revenons ainsi à l’assassinat du président Habyarimana.
     
    Que contient le dossier du juge Trévidic ?
     
    La question de savoir qui ordonna l’attentat du 6 avril 1994 est donc primordiale. Voilà pourquoi, depuis des années, les services rwandais tentent d’enfumer la justice française, précisément parce qu’elle est la seule à enquêter sur cette affaire depuis qu’en janvier 1997, Madame Louise Arbour ordonna à Michael Hourigan de cesser ses investigations.
    Quelques mois auparavant, cet avocat australien devenu fonctionnaire de l’ONU avait été personnellement chargé par Madame Arbour, Procureur du TPIR de septembre 1996 à septembre 1999, d’identifier les commanditaires et les auteurs de l’attentat du 6 avril 1994. Madame  Arbour voulait alors étayer l’acte d’accusation jusque là rachitique qu’elle était occupée à dresser contre les anciens dirigeants du régime Habyarimana afin de montrer que cet attentat avait été commis par des « extrémistes hutu » et qu’en le commettant, ces derniers avaient donné le signal du génocide qu’ils avaient programmé.
    Or, sur place, à Kigali, menant son enquête, Michael Hourigan découvrit tout au contraire que les auteurs de l’attentat n’étaient pas des « Hutu extrémistes », mais des Tutsi du FPR… et il obtint même les noms de ceux qui auraient abattu l’avion du président Habyarimana sur ordre du général Kagamé. Il rédigea ensuite un rapport qu’il remit personnellement à Madame Arbour. A partir du moment où il lui fit ces révélations, cette dernière changea totalement d’attitude à son égard, devenant cassante, le sommant de mettre un terme à ses recherches et exigeant la confidentialité absolue sur ses découvertes. Le contrat de Michael Hourigan avec l’ONU ne fut pas renouvelé.
     
    Bien que le TPIR ait refusé de le lui communiquer au  prétexte qu’il n’existait pas (!!!), le juge Bruguière obtint malgré tout une copie du « Rapport Hourigan ». Devant le juge, Michael Hourigan authentifia son texte et il en confirma la teneur.
    Le capitaine sénégalais Amadou Deme, adjoint de Michael Hourigan et ancien numéro 2 du renseignement de l’ONU au Rwanda a confirmé à la fois les résultats de l’enquête à laquelle il avait personnellement participé et l’insolite changement d’attitude de madame Arbour à partir du moment où le FPR fut suspecté d’avoir assassiné le président Habyarimana.
     
    Tous ces éléments ainsi que de multiples autres témoignages figurent dans le dossier d’instruction et ils pèsent naturellement plus lourd que les tentatives d’enfumage médiatique périodiquement faites par les services de Kigali à travers les journaux français. C’est pourquoi, au mois de novembre 2013, le juge Trévidic refusa le non lieu demandé par les avocats des personnalités rwandaises mises en examen par le juge Bruguière en 2006. Cette décision était parfaitement justifiée car :
     
    1) Comment le juge Trévidic aurait-il pu faire autrement que de refuser le non lieu avec un dossier donnant, entre autres, le lieu du tir des missiles, les noms des deux tireurs et des membres de leur escorte, la marque et la couleur des véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au casernement de l’APR situé au centre de Kigali et de là jusqu’au lieu de tir à travers les lignes de l’armée rwandaise ainsi que le déroulé de l’action ?
     
    2) Comment le magistrat instructeur aurait-il pu rendre un non lieu quand son dossier contient la preuve que l’avion présidentiel rwandais a été engagé par deux missiles dont la traçabilité a été établie ? Grâce à la coopération judiciaire de la Russie il sait en effet que ces deux missiles dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et 04-87-04835 faisaient  partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLA livrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Or, Paul Kagamé et ses principaux adjoints furent officiers supérieurs dans l’armée ougandaise avant la guerre civile rwandaise et, de 1990 à 1994, l’Ouganda fut la base arrière, mais aussi l’arsenal du FPR.
     
    3) Comment un non lieu aurait-il pu être envisagé quand, devant le TPIR, il fut amplement démontré que l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles et que l’arme du crime était en revanche entre les mains du FPR ?
     
    4) Comment le juge Trévidic aurait-il pu satisfaire à la demande exorbitante de non lieu alors qu’il sait que cette même armée rwandaise, paralysée par l’embargo sur les armes et la mise sous séquestre par l’ONU de son armement lourd et de ses hélicoptères, n’était pas en état de combattre et que ce fut le FPR qui reprit unilatéralement les hostilités car il savait qu’il allait gagner la guerre ?
     
    5) Comment un tel non lieu aurait-il pu être justifié alors que, comme cela fut  largement démontré devant le TPIR, les forces du FPR qui n’attendaient qu’un signal pour lancer leur offensive préparée de longue date, reçurent l’ordre de marche depuis leurs bases de la frontière ougandaise dans la nuit du 6 au 7 avril, juste après l’annonce de la mort du président Habyarimana ?
     
    Le général Kagamé va-t-il néanmoins réussir à faire enterrer le dossier ?
     
    En dépit de toutes les pressions qu’il subit, il faudra bien que, tôt ou tard, le juge Trévidic face la balance entre les éléments que contient le dossier de l’assassinat du président Habyarimana.
    Or, si le magistrat instructeur a bien entre les mains suffisamment d’éléments pour renvoyer les mis en examen devant la Cour d’Assises, tout va in fine dépendre du Parquet chargé de porter l’accusation à l’audience.
     
    Nous voilà donc revenus aux réseaux d’influence que Kigali entretient en France et dont la mission est de tenter d’influencer le juge Trévidic pour que soit étouffé le dossier. En effet, et comme l’a dit Madame Carla Del Ponte qui succéda à Louise Arbour au poste de Procureur du TPIR : « S’il était avéré que c’est le FPR qui a abattu l’avion du président Habyarimana, c’est toute l’histoire du génocide du Rwanda qu’il faudrait re-écrire ».
    Et de cela, les alliés, les soutiens et les obligés du général Kagamé ne veulent évidemment pas entendre parler.
     
    Les éléments contenus dans cette analyse seront naturellement occultés par la presse française à l’occasion du vingtième anniversaire du début du génocide du Rwanda. Les journalistes paresseux continueront à réciter une histoire obsolète ; quant aux journalistes militants ils recopieront ou liront les fiches qui leur ont été remises par les agents de Kigali.
     
    Bernard Lugan
    03/04/2014
     

    <!–[endif]–>

    <!–[if !supportFootnotes]–>[1] Un premier missile rata sa cible.
    <!–[if !supportFootnotes]–>[2] La « communauté internationale » se montra plus empressée quand il s’agit d’identifier les assassins de M. Rafik Hariri (2005), ancien Premier ministre libanais, et de Mme Bénazir Bhutto (2007), Premier ministre du Pakistan.
    <!–[if !supportFootnotes]–>[3]<!–[endif]–> Si une telle opération avait été décidée, il n’y aurait pas eu de génocide.
    <!–[if !supportFootnotes]–>[4]<!–[endif]–> Aujourd’hui,  à Washington, le général Kagamé voit son étoile pâlir en raison des accusations portées contre son régime par les défenseurs des droits de l’Homme.
    <!–[if !supportFootnotes]–>[5]<!–[endif]–> Après avoir rompu avec Paul Kagamé, le général Nyamwaza se réfugia en Afrique du Sud où au mois de juin 2010, il survécut par miracle à une tentative d’assassinat.  C’est à l’occasion du procès des six Rwandais qui tentèrent de le réduire au silence qu’il  fit cette déclaration.
    <!–[if !supportFootnotes]–>[6]<!–[endif]–> Voir à ce sujet l’interview donnée à Pierre Péan intitulée « J’ai assisté à la préparation de l’attentat qui a déclenché le génocide » (Marianne numéro du 28 mars au 3 avril 2014).
    <!–[if !supportFootnotes]–>[7]<!–[endif]–> A l’exception du jugement de Jean Kambanda, ancien Premier ministre condamné en 1998, après qu’il eut plaidé coupable contre la promesse d’une peine réduite, procédure qui de facto lui avait fait accepter l’acte d’accusation du procureur. Depuis, il est fermement revenu sur cette reconnaissance.
  • UNILU:Pour l’année 2013-2014 on compte plus de 25 000 “Kasapards”.

    UNILU:Pour l’année 2013-2014 on compte plus de 25 000 “Kasapards”.

    lubumbashi-unilu--Pour l’année 2013-2014 on compte plus de 25 000 “Kasapards”.

    Coupures d’eau et d’électricité, bourses quasi inexistantes : pour les étudiants de l’Unilu à Lubumbashi, c’est le parcours du combattant. Malgré tout, la réputation de l’université dépasse les frontières de la RDC.

    Un samedi matin ordinaire sur le campus de l’université de Lubumbashi (Unilu). Le vaste domaine s’étend sur 600 ha dans la commune de Lubumbashi, sur la route de Kasapa (du nom de la prison centrale de la ville). Il n’est entouré d’aucune enceinte, reste ouvert à tous les vents et accessible à tous, simples badauds, commerçants ou Kasapards (nom dérivé de celui de la route et donné aux étudiants de l’Unilu).

    Entre les arbres disciplinés et les herbes folles se dressent dix petits bâtiments, appelés “blocs”, ainsi que dix immeubles plus grands, les “homes” (“maisons” en anglais), visiblement fatigués, dont seuls trois ont été réhabilités. C’est là que vivent les 6 000 internes de l’Unilu, les garçons d’un côté et les filles de l’autre, auxquelles deux homes ont été attribués.

    Un peu plus loin, on trouve deux agences bancaires, dont l’une destinée à l’envoi et à la réception d’argent, et des enfants du voisinage qui jouent au football pendant que les étudiants suivent les cours dans les “auditoires” (amphithéâtres). Rien d’étonnant jusque-là. Puis, plus insolite sur un campus, des lopins de terre cultivés, où poussent du manioc, du maïs et des légumes ; des étals, où sont vendus des produits de première nécessité ; des salons de coiffure en plein air… “Tout cela appartient aux étudiants, ils se débrouillent pour gagner un peu d’argent, faire leurs courses et trouver ce dont ils ont besoin sur place”, explique un professeur. Le campus de l’Unilu déborde de vie et d’idées pratiques.

    La facture globale est lourde

    Désormais, les bourses ayant presque toutes disparu, les étudiants ne peuvent compter que sur leurs parents et sur eux-mêmes pour payer leurs frais de scolarité, se nourrir et se loger. Même si le montant de l’inscription ne s’élève qu’à 300 dollars (environ 220 euros) par an, payables en deux fois, la facture globale est lourde. D’autant qu’il n’y a plus de restaurant universitaire : il faut donc manger dans l’un des nombreux restaurants (privés) installés dans les homes ou préparer soi-même son repas.

    Autre épine dans le pied des Kasapards : l’eau et l’électricité. Ce samedi, “dès 5 heures du matin, nous avons eu une coupure de courant et, à 6 heures, plus aucune goutte d’eau ne sortait des robinets. C’est notre lot quotidien”, se plaint un étudiant. Devant l’un des homes, des gens du voisinage, eux aussi victimes des coupures d’eau récurrentes, attendent patiemment le retour du précieux liquide, des bidons jaunes à la main.

    Pour cette année académique 2013-2014, l’Unilu compte plus de 25 000 inscrits. “Nous avons plus de 1 200 enseignants, dont environ 350 professeurs avec thèse. En termes de nombre d’étudiants par enseignant, nous ne sommes pas loin des ratios moyens du continent, mais il nous faudrait au moins 2 500 professeurs”, indique Ildefonse Chabu Mumba, le recteur de l’Unilu. Son grand bureau est situé au premier étage d’un bâtiment construit à l’époque coloniale.

    Depuis deux ans, ce géologue de formation a réformé l’enseignement de certaines filières de l’université – technique, agronomie, criminologie – pour adopter le système de Bologne et ses trois niveaux de diplôme : licence, master, doctorat (LMD). “Notre objectif, dit-il, c’est de mettre l’accent sur la pratique. Nous voulons que les étudiants soient opérationnels dans les entreprises après leurs trois premières années d’études.” C’est dans cette logique que l’Unilu s’est récemment dotée, sur fonds propres, de laboratoires destinés aux facultés scientifiques (sciences du vivant et des matériaux) et équipés, notamment, de 200 microscopes. La construction de nouveaux amphithéâtres est également à l’ordre du jour.

    La désaffection des jeunes pour plusieurs cursus

    Même s’il a constaté un regain d’intérêt pour les sciences polytechniques et la géologie (cette dernière filière comptant jusqu’à 500 étudiants en première année), lié au boom minier, Ildefonse Chabu Mumba est conscient de la désaffection des jeunes pour un grand nombre de cursus, en particulier dans les sciences humaines. “Il y a très peu d’étudiants en géographie, parce qu’ils ne savent pas à quoi sert un géographe, et il y en a encore moins au département des lettres et civilisations latines, car ils se demandent en quoi un tel diplôme peut être utile…”

    Le recteur regrette par ailleurs la faiblesse de l’effectif féminin à la faculté polytechnique : les filles n’y sont que 50, contre 800 garçons, et la première ingénieure des mines a décroché son diplôme en… 2013. Quand on demande à Claudine Dembo, 24 ans, étudiante en dernière année de chimie industrielle, pourquoi les sciences pures n’intéressent pas beaucoup de filles, elle répond : “Elles pensent que c’est compliqué, qu’il y a trop de mathématiques, et ont peur d’affronter la difficulté. Moi, je rêvais de devenir ingénieure. Je n’ai rien lâché et me voici au terme de ma formation.”

    La plupart de ses consoeurs kasapardes étudient les lettres, la pharmacie, la médecine… Au département des sciences de l’information et de la communication, les filles sont nombreuses jusqu’en troisième année. Ensuite, au moment de la spécialisation, elles choisissent en majorité la “communication des organisations”, pour intégrer des organismes internationaux, des entreprises ou des associations, au détriment du journalisme. Explication de Fanny Nyoka, 29 ans, diplômée en communication des organisations : “Je suis convaincue que le journalisme n’est plus un métier intéressant. La liberté de la presse n’existe plus, il y a beaucoup de censure et d’autocensure et, en plus, dans notre pays, les journalistes sont très mal payés.”

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    Seuls trois des dix “homes” où logent les internes ont été réhabilités. © Sikasso pour J.A.

    Malgré les difficultés, notamment l’insuffisance des fonds pour les frais de fonctionnement, le recteur reste confiant quant à l’avenir de l’Unilu et insiste sur la revalorisation de l’enseignement et de la recherche. “Aujourd’hui, notre ambition est de devenir la meilleure université de RD Congo et l’une des vingt premières en Afrique. Chaque année, nous nous en donnons un peu plus les moyens, souligne Ildefonse Chabu. Par exemple, nous offrons une prime d’encouragement à tout enseignant qui publie des articles dans des revues scientifiques internationales reconnues, et nul ne peut soutenir de thèse s’il n’a rien publié.”

    C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Unilu continue d’attirer de nombreux étudiants d’autres provinces et d’autres pays du continent. Depuis les années 1970, les Camerounais viennent y étudier la médecine. Des Burundais y sont inscrits en criminologie. Des Zambiens y suivent des stages linguistiques. Le campus accueille aussi des Angolais, des Congolais de Brazzaville, des Ivoiriens… L’Unilu a établi des partenariats avec des universités belges, françaises, canadiennes, allemandes, zambiennes, sud-africaines, et ses professeurs vont enseigner au Burundi et au Rwanda, entre autres. “Notre université se vend très bien à l’étranger, se félicite le recteur. En Afrique du Sud ou en Zambie, par exemple, nos médecins dirigent même des hôpitaux publics.”

    Et pour viser toujours plus haut, l’Unilu a signé le 6 février un nouvel accord de partenariat avec Tenke Fungurume Mining (TFM), l’un des groupes miniers installés au Katanga et qui accordent des bourses aux étudiants. “Les laboratoires de l’université vont effectuer des études pour TFM et lui enverront des stagiaires que l’entreprise pourra éventuellement recruter. Elle leur permettra par la suite de venir enseigner à l’université pour transmettre l’expérience du terrain.”

    Les armes de l’Unilu

    o Le livre ouvert et les trois étoiles d’or représentent les trois missions de l’université (formation, recherche, transformation des connaissances), et le fer de lance la pointe du combat pour le développement

    o La lettre “L” symbolise Lubumbashi, la croisette rouge le Katanga, et les ondulations bleues le fleuve Congo, qui prend sa source dans la province sous le nom de Lualaba Effectifs et établissements

    o 25 000 étudiants

    o 1 200 professeurs et assistants (personnel académique)

    o 11 facultés Lettres et sciences humaines ; sciences sociales, administratives et politiques ; droit ; sciences économiques et gestion ; psychologie et sciences de l’éducation ; sciences ; polytechnique ; médecine humaine ; pharmacie ; médecine vétérinaire ; sciences agronomiques

    o 5 écoles supérieures ingénieurs industriels ; commerce ; santé publique ; criminologie ; tourisme et hôtellerie

    o 14 centres de recherche

     
    Mambo
    Roaming around the continents.
  • réactions à la condamnation de l’opposant Diomi Ndongala

    réactions à la condamnation de l’opposant Diomi Ndongala

    DIOMI_0-La condamnation de l’opposant Diomi par la Cour suprême de justice mercredi a suscité diverses réactions au sein du Parlement. L’opposition accuse la justice d’être à la solde du pouvoir. Réactions.

    Pour le député national Martin Fayulu des Forces acquises à l’opposition, la condamnation d’Eugène Diomi Ndongala est une nouvelle preuve que la justice est au service du pouvoir politique. « La levée d’immunité a été faite avec toute la légèreté du monde parce que c’était commandité, explique l’opposant. Et d’ajouter: « Nous trouvons ce comportement totalement inacceptable. Nous allons demander aux avocats de Diomi de saisir la cour de Cassation. La procédure n’a pas été respectée et donc le jugement est nul et non avenu. Sur le plan politique, nous allons aller voir le président de l’Assemblée nationale pour qu’il tire toutes les conséquences. Nous évoquerons aussi des démarches à suivre afin de  procéder à la réparation.»

    « La justice a été rendue »

    Même son de cloche pour Jean-Claude Vwemba, député du Mouvement du peuple congolais pour la République. L’homme proclame haut et fort sa frustration. « C’est une frustration parce qu’on ne peut pas se servir de la justice pour sanctionner ses adversaires politiques. Comme vous le savez, explique le député,  pendant le procès, les deux demoiselles supposément violées par l’honorable Diomi se sont confondues en excuses d’une manière incroyable. C’est la preuve que ce sont des condamnations politiques. Nous ne pouvons pas l’accepter. La justice est entre les mains des autorités politiques de ce pays

    Côté majorité, on se contente de rappeler que  justice a été rendue, explique Francis Kalombo, député PPRD: « Je pense que nous en tant qu’élus nous avons eu raison de lever l’immunité puisqu’à ce moment-là, il était présumé innocent, mais il y avait suffisamment de soupçons qui prévoyaient déjà ce qui vient d’arriver. La justice a parlé et nous n’avons pas trop de commentaires à faire là-dessus. Les juges ont dit le droit et aujourd’hui ce sont les victimes qui sont contentes du fait qu’on leur a rendu la justice.»

    rfi

  • Ouganda: le gouvernement refuse une hausse salariale aux députés

    Ouganda: le gouvernement refuse une hausse salariale aux députés

    PARLEMENT OUGANDAIS– Le ministère ougandais des Finances a refusé jeudi une augmentation salariale réclamée par les députés,estimant que l’Ouganda avait d’autres “priorités” que d’accéder à cette demande qui avait suscité de vives réactions.

    ?Nous avons reçu la requête d’une hausse des salaires des parlementaires, mais nous n’avons pas d’argent à consacrer à cela”, a déclaré jeudi à l’AFP Jim Mugunga, porte-parole du ministère.

    Alors que leur salaire est déjà plus de 60 fois supérieur à la paie de base des fonctionnaires ougandais, les députés avaient réclamé une hausse salariale de plus de 4.500 dollars annuels.

    Cette demande avait suscité l’indignation, notamment sur les médias sociaux, les internautes soulignant notamment que l’Etat ougandais peinait régulièrement à verser à temps le traitement de ses fonctionnaires – dont les moins bien payés gagnent moins de 100 dollars par mois – et que plusieurs services publics souffraient de sous-financement.

    ?Une augmentation salariale pour les employés de l’Etat et les membres du Parlement n’est pas une priorité, même si nous reconnaissons la valeur de leur travail”, a poursuivi M. Mugunga, “les priorités nationales du moment sont différentes” et concernent les “infrastructures, afin de stimuler l’économie”.

    Cette demande avait été jugée “scandaleuse” et “injustifiée” par Ken Lukyamuzi, membre influent de l’opposition parlementaire. En plus de leur salaire, qui s’élève à plus de 6.000 dollars par mois, les députés ougandais bénéficient de diverses primes, notamment pour l’achat d’une voiture personnelle et pour leurs déplacements.

    La requête des parlementaires ougandais était intervenue alors que, le quotidien indépendant Daily Monitor faisait état d’un rapport du Commissaire aux comptes de l’Etat recensant 25 millions de dollars de dépenses non justifiées de la part de responsables de l’Etat, dont 15 millions de dollars pour des voyages de parlementaires.

    Environ 20% du budget annuel de l’Etat ougandais, établi à environ 12 milliards de dollars (8,6 milliards d’euros) pour 2014, provient de l’aide internationale.

    Plusieurs pays occidentaux ont supprimé une partie de leur aide bilatérale à l’Etat ougandais après la promulgation fin février d’une loi durcissant la répression de l’homosexualité en Ouganda, adoptée à une large majorité par le Parlement ougandais.

    (AFP)

  • Réconciliation au Rwanda: François demande aux évêques de “prendre l’initiative”

    Réconciliation au Rwanda: François demande aux évêques de “prendre l’initiative”

    PAPE– Le pape François a exhorté jeudi les évêques rwandais à savoir prendre “l’initiative” pour oeuvrer à la réconciliation nationale 20 ans après le génocide, en “renforçant les relations de confiance avec l’Etat” et en soutenant les familles blessées. 

    François recevait pour la première fois neuf évêques rwandais venus à Rome dans le cadre d’une visite de travail “ad limina”. 

    Le drame du Rwanda a été un grand échec pour le catholicisme en Afrique, démontrant que l’évangélisation était souvent superficielle et que les valeurs de pardon et de dialogue étaient submergées par les haines ethniques. 

    “Le Rwanda, a rappelé le pape, va marquer le vingtième anniversaire du début de l?épouvantable génocide qui a provoqué tant de blessures qui sont encore loin d?être refermées”.

    “Je m?associe au deuil national, et vous assure de ma prière pour vos communautés souvent déchirées, (…) pour tout le peuple rwandais, sans distinction de religion, d?ethnie ou d?option politique”, a-t-il ajouté.

    “La réconciliation et la guérison des blessures” qui “pourraient sembler impossibles à vue humaine après tant de souffrances”, restent “certainement la priorité de l?Église”. “Même si le chemin est long et demande patience, respect réciproque et dialogue”, a-t-il observé. 

    “L?Église a donc toute sa place dans la reconstruction d?une société rwandaise réconciliée” et, “dépassant les préjugés et les divisions ethniques, elle doit parler d?une seule voix”.

    “Dans cette perspective, il est aussi nécessaire de renforcer des relations de confiance entre l?Église et l?État. Soyez une Église en sortie qui sache prendre l?initiative et établir la confiance”, a-t-il recommandé. 

    “Une vigilance toute particulière, a-t-il dit, doit être portée aux familles”, alors qu?”elles se trouvent aujourd?hui très menacées par le processus de sécularisation et que, dans votre pays, tant de familles ont été déchirées et recomposées

    (AFP)

  • Malumalu inattaquable confirme  l’Assemblée Nationale confirme ,après une plénière à huis clos

    Malumalu inattaquable confirme l’Assemblée Nationale confirme ,après une plénière à huis clos

    Les Parlemenataires Congolais en plein debat pour adoption
    Les Parlemenataires Congolais en plein debat pour adoption

    -Contrairement aux attentes de nombreux députés nationaux et du public, il n’y aura jamais de face-à-face entre Malumalu et Okundji ou un autre membre de l’Assemblée Nationale.

     
    Réunis hier lundi 31 mars 2014 dans la salle des Congrès du Palais du Peuple dans une plénière frappée du huis, les élus du peuple ont rejeté l’initiative de leur collègue Emery Okundji visant l’interpellation du président de la Commission Electorale Nationale Indépendante.
     
    Ils ont évoqué, à cet effet, l’absence des dispositions constitutionnelles ou réglementaires permettant à l’Assemblée Nationale de contrôler la CENI, une institution indépendante d’appui à la démocratie. Il a notamment été relevé, au cours du débat d’hier, que l’interpellation suppose une sanction, dans l’hypothèse où les réponses attendues de l’interpellé ne seraient pas convaincantes. Or, pour le cas d’espèce, l’Assemblée nationale n’est pas compétente pour sanctionner le président du Bureau de la CENI. Par conséquent, toute démarche allant dans le sens de son interpellation est inopportune. Voilà pourquoi la plénière a estimé que Malumalu était inattaquable au niveau de la Représentation nationale.
     
    A la rigueur, si l’Assemblée Nationale pense que la gestion administrative et financière de la CENI poserait problème, elle devrait s’adresser à la Cour des Comptes.
     
    On rappelle que selon le texte leur distribué depuis le milieu de la semaine dernière, les députés nationaux devaient se prononcer sur l’opportunité d’entendre ou non l’intéressé au sujet de l’état du fichier électoral audit du Serveur central, localisation du Serveur de Sauvegarde, gestion des doublons, cartographie des bureaux de vote, etc.
     
    Dans sa démarche, Emery Okundji voulait savoir si le fichier électoral actuel pouvait garantir la transparence des élections transparentes et crédibles, de manière à éviter ne pas retomber dans les erreurs de 2006 et 2011.
     
    Bloqué par la plénière, il n’a pas digéré le rejet de son initiative. S’appuyant sur un cas de jurisprudence, il a rappelé qu’en son temps, le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, alors président de la CENI, avait été interpellé par la même Assemblée Nationale, afin de s’expliquer sur sa gestion administrative et financière. Pourquoi avait-on accepté de marcher sur les prescrits de la Constitution ? A son avis, le refus de la plénière d’auditionner l’abbé Malumalu au sujet du fichier électoral peut ouvrir la voie à des dérapages incontrôlables dans le déroulement du processus électoral 2013-2014.
     
    Emery Okundji a déploré le gaspillage, par la plénière de l’Assemblée Nationale, d’une occasion toute faite de permettre au peuple congolais et à la classe politique d’avoir un éclairage suffisant sur la tenue du fichier électoral.
     
    Eric Wemba, Le Phare
  • L’ÉGYPTE SOUS DICTATURE MILITAIRE SANGLANTE

    L’ÉGYPTE SOUS DICTATURE MILITAIRE SANGLANTE

     De la révolte à la répression fasciste

     Egypte- soladats            Comment s’effectua le déploiement de la lutte de classe de l’instance économique vers les instances politique et idéologique dans le soulèvement de la classe ouvrière égyptienne entre 2005 et 2014? La lutte de classe des ouvriers égyptiens, amorcée par des grèves sauvages illégales, mais légitimes, pour le maintien du pouvoir d’achat, contre la misère, se sont enlisée dans le marécage des combats intercapitalistes opposants la faction Moubarak et la faction post-Moubarak, toutes deux alliées de l’armée soutenues par l’impérialisme étatsunien ; et d’autres factions bourgeoises, que faute de mieux nous identifierons comme «islamistes», soutenues par l’Émirat arabe du Qatar et par le Royaume wahhabite saoudien. La classe bourgeoise dirige tout dans les sociétés capitalistes, y compris les organisations de masses du prolétariat et la mission de la petite bourgeoisie infiltrée aux postes de commande du mouvement ouvrier est de dévoyer les luttes des ouvriers. La petite bourgeoisie égyptienne, soutenue par les médias sociaux et par les ONG de proximités, est accourue sans déparer apporter sa duplicité dans la mêlée de cette échauffourée des ouvriers.

     

                Ce sont ces collabos petits-bourgeois à la solde qui répandirent le tumulte à propos d’un duel religieux archaïque entre les Frères musulmans, les djihadistes islamistes et les Salafistes momifiés affrontant les sous-fifres «socialistes», laïcs, révolutionnaires des salons et des balcons, et qui se termina par le coup d’État qui imposa les larbins de l’armée d’opérette (gestionnaire de 40% des ressources économiques du pays) puisque le peuple ne se résignait pas à élire l’homme de paille qu’on lui avait désigné.

     

                C’est la petite bourgeoisie à travers ses organisations politiques sociales-démocrates, gauchistes et islamistes, soutenues par la télé et les grands médias à la solde qui se sont acquittés de la mission de détourner le mouvement ouvrier et le mouvement populaire afin de lui confisquer la direction de sa lutte de classe qui s’était d’abord développée sur le front économique par des grèves contre la dépréciation des salaires et les congédiements ; par des manifestations contre les hausses de prix, l’érosion du pouvoir d’achat, la dégradation des conditions de vie, par des occupations contre la dégradation des services publics, le chômage, la faim et la pénurie de logements. Puis, peu à peu, la lutte s’est répandue sur le front politique par la remise en cause du pouvoir bourgeois nationaliste et compradore sur l’appareil d’État aliéné.

     

                C’est ici que la bourgeoisie est intervenue le plus violemment et le plus efficacement en proposant le mot d’ordre «Moubarak Dégage!», transformant idéologiquement et politiquement un soulèvement qui menaçait de renverser toute la superstructure d’État en une revendication pour obtenir des élections bourgeoises afin que la population choisisse son tyran parmi quelques candidats préautorisés, encadrés par l’armée des milliardaires égyptiens nationalistes et chauvins et par les capitalistes compradores.

     

                C’est la Secrétaire d’État des États-Unis qui au nom de la classe capitaliste monopoliste internationale donna son aval au limogeage de Moubarak et à son remplacement via des élections «libres» de l’intervention des ouvriers où elle n’avait aucun doute, les entreprises américaines organisatrices professionnelles de manifestations électorales bidons parviendraient à orienter le vote de la populace vers l’un ou l’autre des candidats accrédités par l’establishment. L’armée pharaonique égyptienne entérina cette manœuvre et mit tout en œuvre pour sa réalisation, réprimant à l’occasion la faction compradore toujours fidèle au Raïs déchu.

     

                C’est ainsi que les phalanges petites-bourgeoises des fronts de gauche alambiqués se sont mises en marche dans l’instance idéologique et politique (média, assemblées, manifestations, occupations, agitation électorale) afin de détourner le soulèvement ouvrier violent vers ce marigot électoraliste du crétinisme parlementaire. Tout fut mis en œuvre pour qu’en aucun temps la conscience de classe «en soi» et la lutte spontanée sur le front économique ne débouchent sur une prise de conscience de la classe «pour soi – pour elle-même» en une insurrection pour la conquête de tout le pouvoir d’État (instance politique et sphère militaire) par la classe ouvrière égyptienne.

     

                Une fois l’affaire engagée en direction d’élections bidon tout était perdu. En effet, à l’occasion d’une élection démocratique bourgeoise, ce qui est décisif c’est le contrôle de l’appareil de gouvernance (processus électoral), le contrôle de la machine de propagande et des ressources financières nécessaires pour une campagne électorale frauduleuse (des centaines de millions de dollars sont requis). Sur tous ces fronts, la classe ouvrière est démunie. Elle redevenait ainsi spectatrice de son destin politique, idéologique et économique.

     

     

    Plan d’attaque de la communauté internationale contre l’Égypte

     

                Le plan militaro-étatsunien était simple. Les meilleurs organisateurs d’élections bidon (des firmes américaines de renom) se déployèrent sur l’Égypte toute entière et menèrent tambour battant, à force d’argent, une campagne débridée en faveur de quelques candidats à leur solde. Leur ex-agent égyptien des services secrets de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), maître El Baradaï, faisait partie de ce lot sélect. Cependant, ces «faiseux» d’élection ne savaient pas comment ce peuple expérimenté allait voter. Les Égyptiens boudèrent cette mascarade électorale déçus d’avoir été floués dans leurs revendications pour du pain, de l’eau, du travail, des salaires suffisants, des logements salubres et des services municipaux – les véritables revendications du «Printemps arabe».

     

                Comme il était facile de le prévoir, les magouilles de l’armée de métier de la section compradore de la grande bourgeoisie égyptienne et du Secrétariat d’État américain firent long feu et aucun de leurs candidats ne perça le mur de rejet que le peuple égyptien opposa à ces brigands électoraux surfaits. Pendant ce temps les alliés des Étatsuniens, les royaumes du Qatar et d’Arabie Saoudite menaient leurs propres magouilles en sous-main. Les étatsuniens firent contre mauvaise fortune bon cœur et complotèrent avec les nouveaux maîtres «salafistes – wahhabites » du Majlis Al-Chaab.

     

                La participation aux élections bidon fut modeste – une large portion des ouvriers égyptiens ayant compris qu’on les avait floués de leur révolte et qu’ils n’avaient rien obtenu contre le sang versé par leurs camarades sur les barricades. Grâce à l’argent de l’Arabie Saoudite et du Qatar, les cliques islamistes de tout poil, demeurées sur la touche pendant le Printemps d’Égypte, recueillirent les fruits de leur résilience dans l’opposition officielle au Parlement du Caire des bouffons discrédités – l’élection fournit 75 % du vote aux divers partis islamistes.

     

                L’armée (40 % du PIB national égyptien), la grande bourgeoisie pharaonique (sections nationaliste et compradore) et le Secrétariat d’État étatsunien ne pouvaient que s’incliner et attendre, tapis dans l’antichambre, une chance de reprendre l’initiative après cette première liquidation de la «Révolution» dont héritèrent les Frères musulmans, ces représentants de l’autre faction de la bourgeoisie égyptienne dépravée.

     

    Tensions dans le camp de la communauté internationale

     

                Une explication s’impose. Les altermondialistes, les gauchistes, les pseudo socialistes, les thuriféraires experts universitaires et divers spécialistes patentés, de fait, tout ce qui grouille et grenouille à gauche de l’échiquier politique vous diront que l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis sont les bâtards de l’impérialisme étatsunien et que les chiens qui aboient ne mordent pas la main qui les pourvoit.

     

                C’est une erreur. Le capitalisme monopoliste ne signifie jamais la disparition de la concurrence entre pays complices, mais, au contraire, l’exacerbation de la concurrence contre l’alliance ennemie, mais aussi au sein même de l’alliance amie – portée à son niveau suprême – acharnée – impérialiste. Ainsi, même si l’Arabie Saoudite et le Qatar font partie du camp Atlantique, dirigé par les États-Unis d’Amérique, cela n’empêche pas ces pays d’avoir des ambitions dans cette région à travers les Salafistes et les Wahhabites, jusqu’au point de s’opposer à leur chef de meute. D’autant plus que le parrain américain est sur son déclin et que le vieil impérialisme éventé ne parvient plus à imposer son autorité sur sa horde incontrôlée.

     

                Très peu de supposés experts et analystes occidentaux l’ont souligné, mais la guerre successorale est enclenchée dans le camp occidental et le vieux parrain-requin américain édenté a de la difficulté à conserver le contrôle sur son clan et ses affidés. De toute façon le chef de meute étatsunien a plus urgent à faire que de contenir un clan contre une autre tandis que l’impérialisme chinois ascendant sonne aux portes de la Jéricho d’Occident.

     

    En Égypte pendant ces malversations occidentales

     

                Le Frère Morsi s’installa donc au pouvoir au nom de sa confrérie et de sa section de la bourgeoisie du pays. Pendant ce temps le Sphinx militaire n’était pas démuni. Il attendait circonspect – impassible – inamovible – la revanche du prétendant au strapontin. Ce qui devait arriver arriva et l’armée ne fut pas fâchée d’alimenter le brasier des affamés urbains et ruraux et des ouvriers désœuvrés et sous-payés qui n’avaient rien gagné du sang versé dans les échauffourées. Ils revinrent Place Tahrir réclamer du pain, de l’eau, des emplois, des salaires décents, des services et des logements.

     

                Les petits bourgeois aiment à parler de la lutte pour la dignité, la justice sociale et la liberté. De quelle justice sociale, de quelle liberté et de quelle dignité recouvrée parle-t-on quand le père ne peut faire vivre sa famille et que le fils ne peut se marier et fonder une famille faute de logement et d’emploi, que la mère ne peut préparer le dîner faute d’eau dans le taudis mal famé, et que l’enfant ne peut fréquenter l’école sans souliers, et que de toute façon même diplômé le jeunot sait que le caniveau sera son écot?

     

                Tous les ouvriers et tous les employés égyptiens savent bien que le Coran ne fait pas manger et qu’une mosquée, ça ne nourrit pas. L’armée le sait aussi et elle maintenait l’agitation trop heureuse de pêcher en eau trouble. Ses hommes de main n’ont pas réussi à chaparder les premières présidentielles, mais ils comptent bien se reprendre à l’occasion d’une deuxième mascarade électorale des présidentiables.

     

                Ça bougeait au Caire et ça sautait à Alexandrie. La grogne populaire et ouvrière ne désemparait pas et remontait à l’assaut du parlement, du gouvernement, du Président insignifiant, alors que l’armée, toujours omniprésente dans la vie politique, économique, juridique et militaire du pays, plaçait ses pions, conservait le ministère de la guerre et laissait les choses se dégrader, non sans apporter sa contribution à propos de «l’islamisme outrancier» de ce Président qui représentait la faction opposée de la bourgeoisie égyptienne et occidentale.

     

                Après moult échauffourées le 3 juillet 2013, l’État-major des armées arrête le Président Morsi, s’empare du pouvoir suprême et transfert le commandement au tyran d’opérette le maréchal Sissi la casquette. Un nouveau coup d’État s’ensuivit comme les puissances impérialistes nous ont habitués à en observer dans les pays néo-colonisés, cette fois au nom de la laïcité et de la démocratie bourgeoise bafouée.

                Hier c’était pour cause de possessions d’armes de destruction massive qui ne se trouvait nullement à Bagdad, mais bien plutôt sur les porte-avions étatsuniens amarrés dans le golfe Persique. Avant-hier c’était pour stopper Al-Qaïda cet enfant de Belzébuth que la CIA a enfanté en Afghanistan. Demain ce sera pour détruire un réacteur nucléaire de l’autre côté du Golfe du pétrole que la Septième Flotte souhaite éventuellement fermer à la circulation maritime histoire d’étouffer ses concurrents pétroliers ouest-européens et gonfler le prix du carburant étatsunien.

     

                Une partie de la populace égyptienne, fourvoyée-trompée par les Frères musulmans et leur camp, s’est portée de bonne foi à la défense du Président élu légalement et déchu illégalement par un coup d’État évident, tandis que les salariés continuent de réclamer ce qu’ils ont toujours demandé – peu leur importe que ce soit Tataoui – Morsi – Sissi – El Baradai – ou un autre pion qui leur donne satisfaction, ils crient pour leur survie.

     

    La go-gauche réformiste démocratique-laïc et complice

     

                À la remorque de l’armée et de sa faction d’opposition, soi-disant démocratique – à condition que les élections bidon leurs donnent raison – voilà la go-gauche sans principes, perdue, éperdue, regroupée derrière l’armée égyptienne qui a mitraillé les ouvriers hier et qui les assassinera demain, sitôt que leur pantin aura été porté au pouvoir et qu’il ne pourra pourvoir à aucune des revendications de ce peuple malandrin.

     

                Voici les plumitifs de la go-gauche acclamant sans honte l’armée en jacquerie. L’armée fasciste de Moubarak (sans Moubarak), qu’incidemment elle a libéré de prison… Pourquoi continuer à jouer les justiciers puisque le coup fourré n’a pas marché «Autant libérer notre ex-généralissime Moubarak» se sont écriés les généraux rebellés.

     

                Revoilà la go-gauche hurlant sa loyauté à la laïcité «démocratique» et aux phalanges fascistes de cette armée de meurtriers, et à leurs mercenaires pseudo-révolutionnaires, recrutés parmi les djihadistes comme le font tous les capitalistes de cette contrée pour mener à bien la reprise en main de l’appareil d’État.

                Tous auront compris que sitôt la faction des Frères musulmans et les commettants de Mohammed Morsi écrasés les canons des fusils de l’armée, des services secrets, de la police et des mercenaires importés se sont tournés contre la rue – les ouvriers, le peuple affamé, découragé, trompé, qu’aucun chef d’État égyptien, élu ou désigné, ne pourra jamais calmer; la crise économique mondiale est hors de leur portée et ces gouvernants galopins-pantins ne songent nullement à renverser radicalement le capitalisme pour construire le socialisme.

     

                En lieu et place, ils massacrent… sous les acclamations des larbins de la go-gauche : «Le 24 mars, l’Égypte des militaires a condamné 529 partisans à mort, pour leur rôle dans les violentes émeutes de Minya, en Haute-Égypte, en août dernier. Les émeutes avaient éclaté après la violente dispersion de sit-in en soutien au président déchu Mohammed Morsi. Des centaines de ses partisans avaient été tués. Un policier était mort, un crime dont sont accusés et condamnés à mort 529 manifestants (!)».

     

    robertbibeau@hotmail.com

  • Ouverture du sommet UE-Afrique, une quarantaine de chefs d’État réunis à Bruxelles

    Ouverture du sommet UE-Afrique, une quarantaine de chefs d’État réunis à Bruxelles

    eu-aFRIQUE-Une quarantaine de chefs d’État du continent sont attendus mercredi à Bruxelles pour participer au 4e sommet Union européenne-Afrique (les 2 et 3 avril). Au menu des discussions : la paix, la sécurité, les investissements, les changements climatiques, les migrations et la situation en République centrafricaine.

    Le quatrième sommet Union européenne – Afrique s’ouvre mercredi 2 avril en début d’après-midi à Bruxelles, en Belgique. Rassemblés autour du thème “Investir dans les personnes, pour la prospérité et pour la paix”, les participants aborderont notamment les questions de la paix, de la sécurité, des investissements, des changements climatiques et des migrations.

    Une quarantaine de chef d’État du continent, dont le président rwandais, Paul Kagamé, sont attendus. Le roi du Maroc, Mohammed VI, fera également le déplacement. Plusieurs dirigeants  africains sont arrivés à Bruxelles dès mardi. C’est notamment le cas du président tunisien, Moncef Marzouki, du Malien Ibrahim Boubakar Keita, du Ghanéen et nouveau président de la Cedeao (Communauté des États d’Afrique de l’Ouest), John Dramani Mahama, ou de son homologue congolais, Denis Sassou Nguesso.

    Parmi les absences de marque, on notera celle du président ivoirien, Alassane Ouattara, de ses homologues algérien (Abdelaziz Bouteflika), congolais (Joseph Kabila) et sud-africain (Jacob Zuma). L’Afrique du Sud enverra une délégation ministérielle composée de la ministre des Relations internationales et de la coopération, Maite Nkoana-Mashabane, et du ministre du Commerce et de l’Industrie, Rob Davies. La RDC et l’Égypte seront représentées par leurs ministres des Affaires étrangères respectifs, Raymond Tshibanda et Nabil Fahmy. Le Premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Ducan, sera, lui, présent.

    Enfin, le Zimbabwe a décidé de boycotter l’évènement après le refus de l’UE d’accorder un visa à l’épouse du chef de l’État Robert Mugabe.
    Ce quatrième sommet marque également le retour de Madagascar sur la scène internationale. Présent à Bruxelles depuis lundi, le nouveau président malgache s’entretiendra notamment avec le chef de l’État français.

    Crise centrafricaine

    Le sommet UE-Afrique sera précédé d’une réunion consacrée à la situation en Centrafrique, coprésidée par François Hollande, Herman Van Rompuy (président du Conseil Européen) et le président mauritanien, Mohamed Ould Abdelazziz, en sa qualité de président de l’Union africaine. Les principaux chefs d’État de la sous-région, comme le Tchadien Idriss Déby Into, le Camerounais Paul Biya ou Denis Sassou Nguesso, seront de la partie, ainsi que les présidents des pays européens impliqués en RCA.

    “Ce sera l’occasion de remobiliser tout le monde et d’informer nos partenaires européens de la situation sur place”, indique-t-on à l’Élysée. La présidente centrafricaine de la transition, Catherine Samba Panza, s’exprimera longuement.

    Mardi, elle a été reçue à Paris par le président français. Les deux dirigeants ont notamment discuté des tueries de ces derniers jours, du déploiement de la mission de l’UE, de celui des Casques bleus, mais aussi des possibles de poursuites judiciaires contre certaines anciennes autorités centrafricaines.

    Liste des chefs d’État participants au sommet UE-Afrique :

    – Boni Yayi (Bénin)
    – Blaise Compaoré (Burkina Faso)
    – Pierre Nkurunziza (Burundi)
    – Paul Biya (Cameroun)
    – Jorge Carlos Fonseca (Cap-Vert)
    – Ikililou Dhoinine (Comores)
    – Denis Sassou Nguesso (Congo)
    – Ismail Omar Guelleh (Djibouti)
    – Mulatu Teshome (Ethiopie)
    – Ali Bongo Ondimba (Gabon)
    – Yaya Jammeh (Gambie)
    – John Dramani Mahama (Ghana)
    – Alpha Omar Condé (Guinée)
    – Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale)
    – Uhuru Kenyatta (Kenya)
    – Kailash Purryag (Maurice)
    – Helen Johnson-Sirleaf (Liberia)
    – Ibrahim Boubacar Keïta (Mali)
    – Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie)
    – Mohamed VI (Maroc)
    – Armando Emilio Guebuza (Mozambique)
    – Hifikepunye Pohamba (Namibie)
    – Mahamadou Issoufou (Niger)
    – Goodluck Jonathan (Nigeria)
    – Yoweri Museveni (Ouganda)
    – Macky Sall (Sénégal)
    – James Alix Michel (Seychelles)
    – Ernest Bai Koroma (Sierra Leone)
    – Hassan Sheikh Mohamoud (Somalie)
    – Jakaya Mrisho Kikwete (Tanzanie)
    – Idriss Déby Itno (Tchad)
    – Faure Gnassingbé (Togo)
    – Moncef Marzouki (Tunisie)
     – Michael Sata (Zambie)
     

    (Jeune Afrique)