-Une rĂ©pression impitoyable et barbare sâabattit sur les Treize Parlementaires et sur tous les Compatriotes qui adhĂ©rĂšrent ouvertement et publiquement Ă leur Cause ou qui furent tout simplement soupçonnĂ©s de communier Ă leur Combat Â
- 1.     Internement Ă la CitĂ© de lâOUA Ă Kinshasa
La Gestapo du régime était déjà depuis quelque mois aux trousses des Treize Parlementaires et surveillait leurs déplacements, leurs rencontres et leurs échanges.
Le 30 DĂ©cembre 1980, M. Joseph NGALULA fut arrĂȘtĂ© par la Gestapo du rĂ©gime avec une brutalitĂ© sauvage et internĂ© Ă la CitĂ© de lâOUA Ă Kinshasa. Une perquisition minutieuse fut faite dans toute sa RĂ©sidence, tous les stencils de la Lettre Ouverte, les exemplaires dĂ©jĂ imprimĂ©s et tous les autres documents trouvĂ©s dans sa RĂ©sidence furent saisis et emmenĂ©s.
Le 31 DĂ©cembre 1980, les cinq auteurs co- signataires de la Lettre Ouverte sont allĂ©s dâeux-mĂȘmes, courageusement, par solidaritĂ© et en cohĂ©rence avec leurs valeurs et leurs idĂ©aux se constituer prisonniers Ă la RĂ©sidence mĂȘme du tyran : TSHISEKEDI, LUSANGA, MAKANDA, KAPITA ET KANANA.
Lâun des Chantres du Mobutisme – le tristement cĂ©lĂšbre journaliste Mavungu Malanda Ma Mongo â cria haro sur les baudets et annonça Ă la TĂ©lĂ©vision ZaĂŻroise que les « Auteurs dâun Document sĂ©ditieux contre le PrĂ©sident-Fondateur, contre la SĂ»retĂ© de lâEtat, contre la Nation et contre les 25 millions des Citoyens ZaĂŻrois » avaient failli Ă leur fonction des Commissaires du Peuple, trahi la Nation toute entiĂšre et avaient mĂȘme poussĂ© la trahison trop loin jusquâĂ oser violer la Zone Verte du PrĂ©sident-Fondateur et se constituer prisonnier.
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- 2.     La levĂ©e de lâimmunitĂ© parlementaire
Le 2 Janvier 1981, le Conseil LĂ©gislatif fut saisi dâune demande de levĂ©e de lâimmunitĂ© parlementaire par un message personnel du tyran.
Devant les menaces et les intimidations de toutes sortes et devant une assistance plus nombreuse que de coutume, le PrĂ©sident du Conseil LĂ©gislatif se vit obligĂ© de bousculer lâordre du jour et de refuser toute motion dâordre et lit avec une voix tremblante le message personnel du PrĂ©sident âFondateur du Parti-Etat MPR ainsi libellé :
Je tiens Ă porter Ă votre connaissance que des faits extrĂȘmement graves viennent dâĂȘtre relevĂ©s par les services de sĂ©curitĂ© Ă charge de Treize Commissaires du Peuple, signataire dâun document Ă caractĂšre subversif, destinĂ© sans aucun doute Ă une large diffusion au public.
Ainsi, lâun des signataires, le Commissaire du Peuple NGALULA PANDAJILA, au domicile duquel le document prĂ©-mentionnĂ© a Ă©tĂ© dĂ©couvert, se trouve actuellement en rĂ©sidence surveillĂ©e. Les douze autres, Ă savoir : KYUNGU WA KUMWANZA, TSHISEKEDI WA MULUMBA, KAPITA SHABANI, KASALA KALAMBA KABWADI, LUMBU MALUBA NDIBA, LUSANGA NGIELE, MAKANDA MPINGA SHAMBUYI, KANANA TSHIONGO WA MINANGA, NGOY MUKENDI, BIRINGAMINE MUGARUKA, DIA OKEN NDEL, MBOMBO LONA feront Ă©galement lâobjet des poursuites judiciaires.
Et le plus grave encore, comme pour dĂ©fier lâAutoritĂ©, quatre de ces quatre signataires, les Commissaires du Peuple TSHISEKEDI, MAKANDA, KAPITA et KANANA sont venus ce matin se constituer prisonniers au Mont Ngaliema que le PrĂ©sident-Fondateur, PrĂ©sident de la RĂ©publique, Chef de lâEtat considĂšre comme sa RĂ©sidence de travail et Zone neutre.
Cette attitude provocation ouverte est inadmissible. Câest ainsi que je demande pour les quatre Commissaires prĂ©citĂ©s la levĂ©e immĂ©diate de leur immunitĂ© parlementaire, avant la clĂŽture de la session en cours, la Cour de SĂ»retĂ© de lâEtat devant ĂȘtre saisie en procĂ©dure dâurgence prĂ©vue en matiĂšre de flagrant dĂ©lit.
En outre, tous les Treize signataires seront déférés devant la Commission de discipline du Comité Central du MPR pour répondre des faits ci-dessus.
Cfr. : C.R.A. du Conseil LĂ©gislatif, Session Ordinaire dâOctobre 1980, SĂ©ance du 2 Janvier 1981, pp. 2-3.
- 3.     Lâarbitraire dans lâArbitraire
Il faut noter le rĂšgne de la lâarbitraire, lâignorance et la violation de deux dispositions rĂšglementaires et constitutionnelles dans la procĂ©dure suivie pour sanctionner les Treize Parlementaires :
1)     Lâarrestation des DĂ©putĂ©s eut lieu pendant la session parlementaire. MĂȘme en cas de « flagrant dĂ©lit » et dâ « atteinte Ă la SĂ»retĂ© de lâEtat »., il fallait crĂ©er une commission spĂ©ciale pour dĂ©libĂ©rer de la demande de la levĂ©e de lâimmunitĂ© (Art. 72 du RĂšglement dâOrdre IntĂ©rieur du Conseil LĂ©gislatif). Le recours Ă la procĂ©dure du « message prĂ©sidentiel » qui, selon les rĂšgles en vigueur, ne permettait aucun dĂ©bat au Parlement, on escamota la crĂ©ation dâune commission spĂ©ciale et la tenue dâune discussion sur la recevabilitĂ© de la demande de levĂ©e de lâimmunitĂ© parlementaire des DĂ©putĂ©s.
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2)     La comparution des DĂ©putĂ©s devant la Commission de discipline du ComitĂ© Central (Commission dirigĂ©e par M. Bomboko) Ă©tait anormale. Bien que le ComitĂ© central ait Ă©tĂ© instituĂ© comme un organe hiĂ©rarchiquement supĂ©rieur de lâarsenal des organes du Parti-Etat MPR pour vider le Parlement de son contenu et de ses prĂ©rogatives et rendre inutiles les Parlementaires, selon lâarticle 70 de la Constitution rĂ©visĂ©e, la commission de discipline pouvait mettre fin au mandat dâun DĂ©putĂ© « en cas de manquement grave Ă la discipline du MPR », mais il avait Ă©tĂ© explicitement et expressĂ©ment convenu quâune loi devait dĂ©terminer la nature des manquements graves. Or, cette loi nâavait pas encore Ă©tĂ© votĂ©e par le Parlement. Cfr. : C.R.A. du Conseil LĂ©gislatif, SĂ©ance du 14 Novembre 1980, pp. 44.
Ces irrĂ©gularitĂ©s et cet arbitraire embarrassĂšrent sĂ©rieusement les DĂ©putĂ©s. Mais sommĂ©s sur lâheure comme de petits enfants de voter sans discussion, intimidĂ©s et menacĂ©s par le tyran, ses collaborateurs, la Gestapo et tout lâAppareil autoritaire et rĂ©pressif du Parti-Etat MPR, ils manquĂšrent le courage qui avait caractĂ©risĂ© leurs pairs signataires de la Lettre Ouverte, ils DĂ©putĂ©s votĂšrent la levĂ©e de lâimmunitĂ© de leurs CollĂšgues Parlementaires : Les Treize Parlementaires.
Ce fait est courant tout au long de lâhistoire politique congolaise et constitue lâune des faibles graves de lâElite Congolaise. Les adversaires et les ennemis internes et externes du Congo le savent et utilisent cette faiblesse Ă fond, en plus des divisions tribale et ethniques ainsi que de la perversion, de la mĂ©diocritĂ© consĂ©cutive Ă la destruction, rĂ©gression et atrophie du thymos pour nous maintenir nous tous dans lâesclavage, la tyrannie, la famine, la misĂšre et le sous-dĂ©veloppement permanent.
Trente-deux DĂ©putĂ©s sur les deux cents prĂ©sents exprimĂšrent leur opposition Ă la procĂ©dure soit en votant contre la levĂ©e de lâimmunitĂ© parlementaire de leurs CollĂšgues, soit en exprimant publiquement par lâabstention leur dĂ©sapprobation.
Toutefois, câĂ©tait lâune des rares fois quâun acte du tyran avait provoquĂ© de telles rĂ©serves, rĂ©ticences et dĂ©saveux.Â
Entre les 9 et 13 Janvier 1981, les Parlementaires inculpĂ©s comparurent devant la Commission permanente de discipline du Parti. Le Procureur de la RĂ©publique ne fut quâ« Invité » Ă participer aux sĂ©ances, de mĂȘme que deux de ses avocats gĂ©nĂ©raux.Â
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- 4.     Assumer pleinement la teneur de la Lettre Ouverte
Malgré les sévices qui leur étaient déjà infligés sur le lieu de détention et les menaces de pires atrocités ultérieures, sept de Treize Parlementaires déclarÚrent fermement, héroïquement et courageusement assumer pleinement la teneur de la Lettre Ouverte : TSHISEKEDI, NGALULA, MAKANDA, KYUNGU, KAPITA, KANANA et LUMBU.
Les six autres affirmĂšrent notamment quâils nâavaient eu le temps de lire toute la Lettre mais quâils en assumaient lâespritâŠ
Lâex-parlementaire et membre du ComitĂ© Central, KIBASSA MALIBA, accusĂ© dâavoir participĂ© Ă une rĂ©union avec les Parlementaires inculpĂ©s, expliqua quâ« un changement profond devait intervenir dans le pays pour Ă©viter quâon arrive Ă une catastrophe et Ă une tragĂ©die ».Â
- 5.     Extraits du ProcĂšs -Verbal de lâaudience du 9 Janvier 1981 de de la Commission de discipline du M.P.R.Â
NGALULA PANDAJILA prĂ©cise que le Document rĂ©sume les opinions quâil a toujours dĂ©fendues au Conseil LĂ©gislatif avec la diffĂ©rence quâil a eu le temps de les rassembler. Les actes dâun parlementaire ne se pas quâau Parlement. Il nây a aucun texte qui restreint lâactivitĂ© parlementaire.
Si je me contentais de ce qui se dit au Parlement, je serais irresponsable ou complice des malheurs qui peuvent sâabattre sur le pays. Jâai voulu contribuer Ă lâamĂ©lioration de la situation. Quant au fond, jâai agi en militant sincĂšre.
Câest mĂȘme un devoir constitutionnel de tous les instants. Je me suis adressĂ© au Responsable du Pays. Câest un homme comme tous les autres, il peut se tromper Ă©galement. Je prĂ©tendais quâon sâest Ă©cartĂ© et quâon sâĂ©carte encore de la doctrine du MPR.
Le Manifeste de la NâSele en soi nâest pas contre la crĂ©ation dâun autre parti, car, aprĂšs le Manifeste, il y a eu la Constitution de 1967 qui nâimposait pas le monopartisme. Jâai toujours demandĂ© quâon me dĂ©montre le contraire. Jâai votĂ© la Constitution, mais au sein du MPR, on doit pouvoir discuter de certaines choses et on ne doit pas toujours dire « Amen ».
TSHISEKEDI : Jâai agi en militant et non en courtisan. Le PrĂ©sident a tous les pouvoirs, ceux-ci ne sont limitĂ©s nulle part.. Par consĂ©quent, on ne sâen prend quâau Responsable n° 1 du Pays.
Comme base de notre dĂ©marche, nous invoquons le Manifeste de la NâSele. Sous ce rapport, nous sommes les militants les plus purs. Il nây a pas de groupe, il nâa que des citoyens courageux. Mes idĂ©es sont mes idĂ©es, que je les diffuse ici, Ă lâEtranger ou ailleurs, jâen assume la responsabilitĂ©.
MAKANDA MPINGA : Nous avons utilisĂ© toutes les autres voies pour faire connaĂźtre la gravitĂ© de la situation. Le discours du 1er Juillet 1977 nous donnait lâespoir, lâespoir dâamĂ©liorer la situation parce quâil nây a plus dâhiatus entre le peuple et le pouvoir. Quant au respect des principes du MPR, je dis que les idĂ©aux du MPR sont dĂ©fendus dans ce document, car, au-dessus de la Constitution, il y a le Manifeste de la NâSele qui en est comme lâĂ©piphanie.
KYUNGU : Jâai signĂ© le document en connaissance de cause parce quâil se situe dans le cadre de mes activitĂ©s parlementaires. Quant aux termes utilisĂ©s que vous jugez inadĂ©quats, je rĂ©ponds que jâai le droit dâatteindre le PrĂ©sident pour lui dire des choses qui lui dĂ©plaisent. Le systĂšme actuel nâest pas appropriĂ©.
KAPITA : La conclusion est que le Président doit revoir sa méthode de travail.
LUMBU : Le PrĂ©sident ne donne plus aux Commissaires du Peuple lâoccasion de sâexprimer comme par le passĂ©. Je suis partisan dâun langage dur ; je suis pour une sociĂ©tĂ© dans laquelle il nây a pas que des flatteries.
- 6.     Sanction
Les Treize Parlementaires furent dĂ©chus de leur mandat parlementaire et dix dâentre eux (TSHISEKEDI, NGALULA, MAKANDA, KANANA, KAPITAâŠ) de surcroĂźt interdits dâexercer leurs droits civiques et politiques et toutes les fonctions politiques pendant cinq ans
Le 12 Janvier 1981, les sanctions susmentionnĂ©es furent prononcĂ©es. Ces sanctions Ă©taient graduĂ©es selon le degrĂ© dâimplication de chaque inculpĂ© dans la conception et la rĂ©daction du document jugĂ© dâ« acte sĂ©ditieux » et une « offense au Chef de lâEtat ZaĂŻrois ».
Le 15 Janvier 1981, le Comité Central statua sur le cas de KIBASSA MALIBA qui avait approuvé le contenu de la Lettre Ouverte et qui fut lui aussi déchu de ses droits politiques et civiques pour « complicité et connivence avec les signataires du document incriminé ».
Cfr. : DĂ©cision du ComitĂ© Central du MPR dans lâAffaire NGALULA et Consorts, Journal Officiel de la RĂ©publique du ZaĂŻre, n° 3, 1er FĂ©vrier 1981.
- 7.     Action des Etudiants Ă lâUniversitĂ© de Kinshasa en faveur de la Lettre Ouverte, des Treize Parlementaires et contre le PrĂ©sident Mobutu et contre son rĂ©gime
Cfr. : Voir prochainement mon Curriculum Vitae, Chapitre de mon engagement politique, notamment ce que nous avons fait Ă partir de lâUniversitĂ© de Kinshasa pour ĂȘtre le Relais, le Pont, la courroie de transmission et la Passerelle dans les Ă©changes entre les Etudiants et les Parlementaires dĂšs la pĂ©riode des Interpellations (1978-1979) jusquâĂ Â la sortie de la Lettre Ouverte, la diffusion de ladite Lettre, la Campagne nationale et internationale en faveur des Treize Parlementaires, les deux grĂšves et manifestations Ă lâUniversitĂ© suivies de deux fermetures de lâUniversitĂ© par Mobutu en 1981 et 1982⊠Les autres acteurs et les tĂ©moins de cette Action collective Ă lâUniversitĂ© sont encore vivants aujourdâhui et peuvent tĂ©moigner.
Fait le 09 Mars 2014
Dr François Tshipamba Mpuila
Bureau dâEtudes, Expertise et StratĂ©gies
BEES 252
E-mail : tshipamba.mpuila@yahoo.fr Â