Author: Don Kayembe

  • Me Aimé Kilolo l’avocat de Jean-Pierre Bemba arrêté à Bruxelles

    Me Aimé Kilolo l’avocat de Jean-Pierre Bemba arrêté à Bruxelles

    maitre Kilolo-Une succession de mauvaises nouvelles frappe Jean-Pierre Bemba et sa famille politique. Ce matin nous faisions état de l’assassinat du président régional du MLC/Bas-Congo et de l’arrestation de Fidèle Babala, membre du Bureau Politique du même parti. Nous venons d’apprendre l’arrestation à l’aéroport de Bruxelles du principal conseil de Jean-Pierre Bemba, Me Aimé Kilolo. On lui reprocherait la subornation des témoins, le même motif que Fidèle Babala.
    La subornation de témoins, d’interprète ou d’expert est un délit consistant à inciter une personne ayant l’une de ces qualités, par dons, promesses, pressions, menaces, voies de fait ou manœuvres, à faire une déposition mensongère ou à s’abstenir de déposer en justice.

    Un député du MLC, deuxième parti d’opposition en République démocratique du Congo, et un avocat du chef du parti de Jean-Pierre Bemba, jugé à la Cour pénale internationale (CPI), ont été arrêtés sur soupçon de subornation de témoins, a indiqué dimanche le MLC.

    Président du Mouvement de libération du Congo (MLC), l’ex-chef rebelle Jean-Pierre Bemba est actuellement jugé à la CPI de La Haye (Pays-Bas) pour des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre qu’aurait commis sa milice en 2002 et 2003 en Centrafrique.

    Un de ses proches, le député du MLC Fidèle Babala Wandu, 57 ans, élu de Kinshasa, “a été interpellé à son domicile dans la nuit (de samedi à dimanche) par des éléments de sécurité en exécution d?un mandat d?arrêt de la CPI”, a affirmé dimanche à l’AFP Germain Kambinga, porte-parole du MLC.
    “Il est soupçonné de subornation de témoins dans l’affaire Bemba”, a ajouté le porte-parole.

    L’avocat Aimé Kilolo, qui défend M. Bemba, a par ailleurs été arrêté à l’aéroport de Bruxelles, alors qu’il revenait de voyage. Lui aussi est accusé d’avoir “influencé dans un sens ou dans un autre des témoins”, a précisé M. Kambinga.

    Une source officielle à Kinshasa, qui a requis l’anonymat, a confirmé que le député “a été pris dans le cadre d’une poursuite judiciaire internationale de la CPI”. “Le transfèrement d’un suspect dans une affaire internationale est différent de ce qui se fait dans le droit congolais. La RDC a coopéré dans le cadre du Statut de Rome auquel elle est partie” et qui porte création de la CPI, a souligné cette source.

    Le porte-parole de la CPI en RDC, Paul Madidi, a pour sa part déclaré à l’AFP qu?il ne pouvait “à l’heure actuelle ni confirmer ni infirmer cette information”.

    Dimanche matin, M. Babala était semble-t-il gardé au parquet général de la République de Kinshasa. “Nous n’étions pas du tout au courant de ce mandat. Nous avons tous été surpris, nous sommes sous le choc. (. . . ) Nous faisons le suivi », a expliqué M. Kambinga.

    Dans la matinée, des responsables du MLC ont rencontré le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, pour évoquer cet “incident malencontreux”, a indiqué M. Kambinga.

    M. Babala Wandu a été directeur de cabinet de l’ex-chef rebelle Jean-Pierre Bemba lorsque ce dernier était vice-président de la RDC, de 2003 à 2006.

    M. Babala Wandu est né le 27 juillet 1956 à Kinshasa. En mai 2012, cet élu, souvent discourtois, d’après certains députés, avait demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire pour étudier la déclaration écrite du patrimoine du président congolais Joseph Kabila et des membres du gouvernement.

    Avec Jeune Afrique

  • Affaire Bemba :4 arrestations dont Fidèle Babala , Me Kilolo…

    Affaire Bemba :4 arrestations dont Fidèle Babala , Me Kilolo…

    cpi-Les 23 et 24 novembre 2013, les autorités néerlandaises, françaises, belges et de la République Démocratique du Congo ont procédé à l’arrestation de quatre suspects pour des atteintes présumées à l’administration de la justice dans le contexte de l’affaire Le Procureur c. Jean-Pierre Bemba Gombo, suite à un mandat d’arrêt délivré par le juge unique de la Chambre préliminaire II de Cour pénale internationale (CPI), M. le juge Cuno Tarfusser. Ce mandat d’arrêt, pour les mêmes charges, a également été signifié à Jean-Pierre Bemba Gombo au quartier pénitentiaire de la CPI où il est détenu depuis le 3 juillet 2008.

    M. le juge Cuno Tarfusser avait, le 20 novembre 2013, délivré un mandat d’arrêt à l’encontre de Jean-Pierre Bemba Gombo, son conseil principal Aimé Kilolo Musamba, Jean-Jacques Mangenda Kabongo (membre de l’équipe de la défense de M. Bemba, chargé de la gestion des dossiers de l’affaire), Fidèle Babala Wandu (membre du Parlement congolais, Secrétaire général adjoint du Mouvement pour la Libération du Congo), et Narcisse Arido (témoin cité à comparaître par la Défense).

    Le juge unique a considéré qu’il y a des motifs raisonnables de croire que les personnes susmentionnées ont engagé leur responsabilité pénale en commettant des atteintes à l’administration de la justice (article 70 du Statut de Rome), consistant en la subornation de témoins devant la CPI et en la production d’éléments de preuve faux ou falsifiés en connaissance de cause. Les suspects auraient constitué un réseau aux fins de produire des documents faux ou falsifiés et de corrompre certaines personnes afin qu’elles fassent de faux témoignages dans l’affaire concernant M. Bemba.

    Les autorités belges ont arrêté Aimé Kilolo Musamba, les autorités néerlandaises ont arrêté Jean-Jacques Mangenda Kabongo, tandis que Narcisse Arido a été arrêté par les autorités françaises suite aux demandes d’arrestation et de remise que leur avait adressées la CPI. Ils seront remis à la CPI ultérieurement conformément aux procédures judiciaires applicables dans ces trois pays. Fidèle Babala Wandu a été arrêté par les autorités de la République démocratique du Congo et est en cours de transfert à La Haye. La date de l’audience de sa première comparution devant la CPI sera annoncée prochainement. Les autorités ont également coopéré avec la CPI aux fins de la perquisition de lieux concernant les suspects. Le juge unique de la Chambre préliminaire II a également demandé aux Etats concernés de localiser et geler les avoirs des suspects.

    Le Greffier de la CPI, Herman von Hebel, a exprimé au nom de la CPI sa gratitude aux autorités de ces Etats pour leur coopération, rappelant qu’il s’agit des premières arrestations pour de telles charges devant la CPI.

    Le procès de Jean-Pierre Bemba Gombo, président et commandant en chef présumé du Mouvement de libération du Congo, s’est ouvert le 22 novembre 2010, pour deux chefs de crimes contre l’humanité (viol et meurtre) et trois chefs de crimes de guerre (viol, meurtre et pillage) prétendument commis en République centrafricaine.

    Source: CPI

  • Grâce présidentielle pour un ex-député de l’opposition

    Grâce présidentielle pour un ex-député de l’opposition

    CHALUPA– Un ex-député de l?opposition, Pierre-Jacques Chalupa, condamné à trois ans de prison en République démocratique du Congo (RDC) pour usurpation de la nationalité, a bénéficié d?une grâce présidentielle, a indiqué samedi son avocat à l’AFP.

    “Il a bénéficié vendredi des mesures de grâce” prises fin octobre par le président congolais Joseph Kabila pour plusieurs centaines de prisonniers, “car il est rentré dans les critères d?attribution. J?ai parlé avec Jacques ce matin, et il m?a dit qu?il était sorti hier” vendredi de prison, a déclaré Me Hubert Efole.

    M. Chalupa, 65 ans, naturalisé congolais en 1999 et seul député blanc élu en 2006, était emprisonné depuis près de deux ans à la prison centrale de Makala, où son état de santé était jugé préoccupant. Il avait été condamné à quatre ans de prison en octobre 2012. En janvier, la Cour suprême avait allégé sa peine à trois ans en appel.

    Début octobre, après un mois de “concertations nationales” visant à régler la crise politique, sociale et sécuritaire en RDC, des délégués de la majorité, d?une partie de l?opposition et de la société civile avaient présenté près de 700 recommandations au pouvoir, dont la grâce, parmi d’autres opposants, de M. Chalupa.

    Le 23 octobre, le président Kabila avait signé une “mesure de grâce collective” concernant aussi bien des condamnés à mort qu?à des peines plus légères. Etaient exclus les auteurs de violences sexuelles, de détournement de fonds, d?assassinat et de “toute autre infraction contre l?autorité de l?Etat et l?intégrité du territoire”.

    M. Chalupa avait été élu député en 2006, puis son mandat avait été invalidé. Il s’était représenté sans succès aux législatives de novembre 2011. Pour la présidentielle, organisée conjointement, il soutenait Etienne Tshisekedi, chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le premier parti d’opposition, qui a rejeté le résultat des deux scrutins.

    Emprisonné après ces élections contestées, remportées par le président sortant Kabila et les partis le soutenant, M. Chalupa était accusé de faux et usage de faux à propos de l’attestation d’acquisition de la nationalité congolaise, de sa carte d’électeur et de son passeport congolais.

    M. Chalupa est né en 1948 à Uvira, au Sud-Kivu (est), d’une mère grecque et d’un père d’origine portugaise. Après des études d’architecture à Bruxelles, il est revenu dans son pays natal où il a développé des activités dans l’affichage et la publicité.

    Avec AFP

  • En RDC, les dessous d’une victoire

    En RDC, les dessous d’une victoire

    puissance du feu-fardc-Si Joseph Kabila, le président de la République démocratique du Congo (RDC), avait le tempérament plus expansif, il aurait pu célébrer avec faste la “victoire totale” déclarée par son armée sur la rébellion du M23 dans l’est du pays, et peut-être goûter enfin la joie de communier avec sa capitale, Kinshasa, qui l’a toujours soupçonné de faire le jeu des rebelles. Le 5 novembre, le Mouvement du 23 mars, dont les responsables militaires appartiennent majoritairement à la population banyarwanda (Tutsi et Hutu du Nord-Kivu), avait annoncé abandonner la lutte armée. Soudain, c’est un cercle vicieux qui semble avoir été brisé. La victoire des Forces armées de RDC (FARDC) est une revanche de nature historique. Jamais, depuis que le cycle des guerres s’est ouvert dans l’ex-Zaïre en 1997, l’armée n’était parvenue à battre une rébellion soutenue par les pays qui bordent le géant congolais à l’est. Des processus de paix ont permis d’éteindre des rébellions, jamais de les casser militairement ni de répondre à leurs griefs politiques. C’est Joseph Kabila et ses alliés qui décideront à présent du sort, au cas par cas, des rebelles. En théorie, cela devrait donc clore le cycle de va-et-vient entre réintégrations – par unités entières – dans les rangs de l’armée régulière et départs pour de nouveaux mouvements armés dont certaines figures connues depuis les années 1990 s’étaient faites les spécialistes.

    DES ASSAUTS SIMULTANÉS SUR TROIS FRONTS

    Cette sévérité toute neuve de Kinshasa est due au fait que le M23 n’était qu’une pâle copie du mouvement précédent, le CNDP de Laurent Nkunda, et au fait que le mouvement a été étrillé. Dans la dernière phase d’affrontements, lancée le 25 octobre, les FARDC ont poussé par phases depuis les hauteurs de la ville de Goma, à la frontière rwandaise, jusqu’aux derniers retranchements du M23. Lors de cette offensive, les FARDC n’ont pas été “trahis” par leurs propres officiers, ni dépouillés de leur nourriture ou de leurs munitions, comme par le passé. De plus, ils ont été appuyés par les soldats et les moyens de la nouvelle brigade d’intervention placée sous l’égide de la Mission de l’ONU pour la stabilisation en RDC, la Monusco.

    Cette combinaison a permis de mener des assauts simultanés sur trois fronts et d’utiliser des hélicoptères de combat pour venir à bout des bastions rebelles installés sur des collines proches de la frontière ougandaise.

    Un an plus tôt, en novembre 2012, le M23 avait pris Goma, poussant à la débandade les FARDC et humiliant un peu plus les troupes de l’ONU. Cela avait servi de leçon. Dans l’intervalle, plusieurs facteurs ont changé. Le premier est le point de non-retour face à l’implication du Rwanda, et dans une moindre mesure de l’Ouganda, dans le soutien à la rébellion. Ce soutien a été mis en lumière par les experts indépendants travaillant sur des rapports de l’ONU. Alors que Washington considère le Rwanda comme un allié sûr dans la région, l’administration Obama s’est résolue à demander à Kigali de cesser d’intervenir en RDC auprès des rebelles du M23. D’autres pays alliés de Kigali ont également pesé en ce sens.

    UNE FORCE DE 3 069 SOLDATS HÉBERGÉE PAR LA MONUSCO

    Aucune de ces pressions occidentales n’aurait suffi si, parallèlement, ne s’était mise sur pied une initiative africaine. D’abord, à la suite de la situation de catastrophe permanente dans les deux régions du Kivu, à l’est de la RDC, l’Union africaine a permis l’émergence d’un “accord-cadre” crucial à Addis-Abeba, en février, qui jetait les bases d’une solution militaire.

    C’est sur cette base que devait naître une Force d’intervention destinée à être hébergée par la Monusco. Les 3 069 soldats qui la composent (contre plus de 20 000 pour l’ensemble de la Monusco) ont été fournis par la Tanzanie, l’Afrique du Sud et le Malawi, signe du nouvel état des alliances.

    La Tanzanie, qui entretient des relations exécrables avec le Rwanda et son allié d’Afrique de l’Est, le Kenya, s’est révélée un partenaire naturel pour Joseph Kabila. L’Afrique du Sud, de son côté, a identifié la RDC comme la destination d’investissements stratégiques. Une autre puissance régionale s’est jointe à ce groupe : l’Angola, qui exerce une influence discrète sur la partie sud de la RDC. Le président sud-africain, Jacob Zuma, doit beaucoup à ce pays, qui l’a aidé notamment à accéder au pouvoir.

    L’AXE PRETORIA-LUANDA-KINSHASA S’EST DÉVELOPPÉ

    Dans l’année écoulée, l’axe Pretoria-Luanda-Kinshasa s’est développé. Les accords qui ont scellé ce pacte incluent de grandes décisions. Notamment le prolongement de la ligne de chemin de fer (réhabilitée sur fonds chinois) partie de Lobito, sur la côte angolaise, et qui devrait être reliée au réseau congolais pour sortir le cuivre, le cobalt et le manganèse du Katanga.

    De ce grand jeu d’échecs stratégique, l’est du Congo peut légitimement se sentir encore loin, d’autant que la situation sécuritaire est loin d’y être réglée. Il reste de nombreux groupes armés dans le Kivu. Les FARDC sont supposées s’attaquer à présent aux FDLR, les rebelles hutu rwandais avec lesquels elles ont souvent pactisé. Les FDLR peuvent-elles être poussées à la défaite comme le M23 ? Ce serait le début d’un nouvel ordre régional, et un moyen de donner aux communautés tutsi du Congo l’assurance qu’elles ne seront pas demain victimes de “génocidaires”.

    À 1 500 KILOMÈTRES DE KINSHASA

    D’autres groupes pourraient se révéler plus coriaces. Les multiples subdivisions des Raïa Mutomboki, les groupes nyatura, implantés dans leurs communautés, comme de nombreux groupes maï-maï devraient être neutralisés à leur tour pour que le Kivu retrouve la paix.

    En admettant que les FARDC et le pouvoir central congolais se montrent à la hauteur de cette tâche, il faudra alors tout réinventer dans l’est du pays, éloigné de 1 500 kilomètres de Kinshasa. Tant qu’une coopération, notamment économique, ne permettra pas au Rwanda et au Congo de trouver leur équilibre, d’autres “rébellions”, fatalement, réapparaîtront. Dans l’intervalle, Kinshasa devra de surcroît payer le prix de ses alliances.

    Le Zimbabwe, la Namibie, l’Angola (déjà) et même le Soudan et le Tchad, brièvement, avaient contré, lors de la deuxième guerre (1998-2003), les forces conjointes du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi. Cette “aide” s’était alors payée en ressources minières. La RDC vient de remporter une victoire contre ses ennemis. Il lui en faudra d’autres pour s’assurer que ses amis ne la lui factureront pas trop cher.

    Par Le Monde
  • LA SURPRENANTE VICTOIRE DE L’ARMÉE DU CONGO-KINSHASA

    LA SURPRENANTE VICTOIRE DE L’ARMÉE DU CONGO-KINSHASA

    soldats8-D’ordinaire, la République Démocratique du Congo (RDC) n’a pas bonne presse. Pouvoir défaillant, administration
    Notre consultant militaire, Jean-Louis Dufour, est un ancien officier supérieur de l’armée française. Il a servi en qualité d’attaché militaire au Liban, commandé le 1er Régiment d’infanterie de marine et le bataillon français de la Finul. Chargé du suivi de la situation internationale à l’état-major des Armées (EMA-Paris), il s’est ensuite spécialisé dans l’étude des crises et des conflits armés. Ancien rédacteur en chef de la revue «Défense», professeur dans nombre d’universités et instituts francophones, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels «La guerre au 20ème siècle» (Hachette, 2003), «La guerre, la ville et le soldat» (Odile Jacob, 2006), «Un siècle de crises internationales» (André Versaille, 2009)corrompue, infrastructures en déshérence, ce pays a bien du mal à gérer ses 65 millions d’habitants.

    Ceux-ci, dispersés sur un territoire grand comme l’Europe, n’ont jamais connu une élémentaire sécurité. L’armée constitue un ensemble hétéroclite, sans discipline, privé d’un encadrement digne de ce nom, dont les personnels, rarement payés, vivent du pillage de leurs concitoyens qu’ils rançonnent et brutalisent, quand ils ne les massacrent pas.

    La RDC est riche. Son sous-sol recèle en abondance des minerais très divers, certains fort rares. Qualifié de «scandale géologique», l’ex-Zaïre était l’objet, au temps de la guerre froide, de l’attention des Occidentaux. Ceux-ci avaient besoin de ce pays pour en importer, ou être sûr de pouvoir le faire, les ressources minérales requises par leurs industries de défense.

    L’URSS, seul pays à rivaliser avec le Zaïre pour l’intérêt de son sous-sol, n’entendait pas vendre aux «capitalistes» des minerais d’intérêt stratégique. Aujourd’hui, la Russie s’est ouverte au commerce, l’Occident n’a plus besoin de la RDC, trop désorganisée, au demeurant, pour honorer d’éventuels contrats. Or, récemment, une chose a changé. Dans la nuit du 4 au 5 novembre, l’armée de la RDC et les Casques bleus de la MONUC(1) ont chassé les rebelles du M23(2) des positions qu’ils tenaient encore dans les montagnes du Nord-Kivu, au nord-est du pays. Ces hommes ont fuit vers le Rwanda et l’Ouganda; le 5 novembre, le M23 annonçait sa dissolution. Pareille issue est tellement inattendue qu’il n’est pas superflu d’essayer de l’expliquer.

    En dix jours, le M23 s’est débandé. Pour la première fois depuis 1997, le Rwanda n’est plus militairement présent en RDC et Kinshasa s’enorgueillit d’avoir défait une force rebelle bien armée. Les habitants ont vite édifié des arcs de triomphe pour célébrer le succès d’une armée qu’ils avaient plus souvent méprisée que louée.

    La première raison de ce succès est l’arrêt annoncé de l’activisme rwandais en RDC. Kigali y soutenait des bandes pour sauvegarder ses intérêts, successivement l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, de 1996 à 1998, puis le Rassemblement congolais pour la démocratie de 1998 à 2003, suivi par le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de 2004 à 2009, le M23, enfin, depuis 19 mois. Kigali, toutefois, très critiqué par Washington pour ses ingérences, a choisi d’abandonner le M23.

    Le Rwanda n’en avait d’ailleurs plus besoin. Ses opposants émigrés en RDC, et qui formaient les «Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda» (FDLR), constituées d’anciens acteurs Carte de localisation du Nord-Kivu, où le gouvernement annonce une «victoire totale» sur la rébellion du M23du génocide de 1994, avaient perdu 60% de leurs effectifs. Les rapports des FDLR avec le M23 s’étaient aigris. Aussi, le 25 octobre, quand l’armée de la RDC a lancé son offensive, le président rwandais Paul Kagamé, chapitré au téléphone par le secrétaire d’Etat américain John Kerry, a ordonné de ne plus soutenir le M23(3).

    Abandonné en rase campagne, le Mouvement a jeté le gant. Deux autres facteurs ont également joué. Le M23 a été battu par une armée congolaise devenue combative grâce au président de la RDC Joseph Kabila. Celui-ci a chassé de l’armée les principaux criminels, renvoyé des dizaines d’officiers supérieurs installés à la tête de fiefs qu’ils avaient créés dans l’Est du pays, débarrassé la chaîne de commandement d’intermédiaires parasites. La logistique a été repensée, de nouveaux chefs ont imposé une vraie discipline. Cette transformation d’une bande de criminels en une force convenablement structurée, approvisionnée et rétribuée, constitue une incontestable réussite.

    Le deuxième facteur est le rôle joué par la Force des Nations unies, laquelle a fourni eau potable et rations de combat aux soldats de Kabila et couvert les arrières et les flancs de leur offensive. La MONUC, jusque-là peu motivée par un mandat restrictif, est passée d’un rôle de présence, qui n’allait pas sans certains comportements coupables, à celui d’une force désireuse d’agir.

    L’arrivée d’un responsable civil réputé, Martin Kobler, et d’un général à poigne, Carlos Alberto dos Santos Cruz, tous deux munis de solides instructions, a transformé la donne(4). La MONUC, de surcroît, a été renforcée par une brigade d’«intervention spéciale», constituée en mars 2013. L’entrée en ligne de cette formation de 3.000 hommes, majoritairement sud-africains, dotés d’hélicoptères de combat, a changé d’un coup les rapports de force Jusque-là peu motivée par un mandat restrictif, la MONUC est passée d’un rôle de présence, qui n’allait pas sans certains comportements coupables, à celui d’une force désireuse d’agir. Cette mutation des Casques bleus est historique car c’est la première fois qu’ils affrontent et réduisent des groupes armés, coupables de crimes à l’encontre des populationssur le terrain. Cette mutation des Casques bleus(5) est historique car c’est la première fois qu’ils affrontent et réduisent des groupes armés, coupables de crimes à l’encontre des populations.

    Cette «victoire» est une première étape sur la voie de la création au Congo-Kinshasa d’un véritable Etat. Pour réformer l’entité qui, pour l’heure, en tient lieu, une décennie d’efforts, au moins, sera nécessaire. Déjà, la tâche s’avère problématique. Il subsiste, en effet, dans cette partie du Congo, une quarantaine(6) de groupes armés liés à des hommes politiques, voire à des chefs militaires congolais. Le rôle pernicieux des Etats voisins, toujours à lorgner ce riche et vaste pays, risque de créer des problèmes.

    Kabila, et ses trois homologues (Rwanda, Burundi, Congo Brazzaville) devraient passer la main entre 2015 et 2017. Les successions risquent d’être tumultueuses et l’instabilité chez l’un s’étendre à un autre. Toutefois, la défaite du M23 constitue une opportunité historique. Le succès de Kinshasa intervient en période d’intense activité diplomatique. 11 gouvernements de cette partie de l’Afrique ont signé en février un accord-cadre pour la Paix, la Sécurité et la Coopération. Il s’agit de faire cesser les infiltrations d’éléments douteux d’un pays à l’autre, et réformer les institutions congolaises. Mary Robinson, ancienne présidente irlandaise, vient d’être nommée «envoyée de l’ONU» dans cette région où les Etats-Unis seront représentés par l’ex-sénateur Feingold. Ces deux personnalités vont avoir du travail pour aider cette Afrique-là et inciter ses dirigeants à se soucier de l’intérêt bien compris de leurs concitoyens, ce qui, malheureusement, n’a pas toujours été le cas…

    Le mouvement du 23-Mars

    Ce mouvement, également appelé M23 est un groupe créé à la suite de la dernière guerre du Kivu, la province orientale de la RDC. Il était composé d’ex-rebelles du Congrès national pour la Défense du peuple, réintégrés dans l’armée congolaise suite à un accord de paix signé avec Kinshasa le 23 mars 1999. Ces anciens rebelles se sont ensuite mutinés en avril 2012, car ils considéraient que les dits accords n’avaient pas été respectés.

    Très vite, le M23 a été accusé d’innombrables exactions perpétrées à l’encontre des populations du Kivu. Depuis sa création, le mouvement avait été combattu, sans succès jusqu’au mois dernier, par une armée congolaise profondément inefficace.
    L’aide apportée à ce mouvement par le Rwanda a été détaillée dans un rapport aux Nations unies, transmis le 27 juin 2012 au Conseil de sécurité. Ses principaux points sont les suivants:
    – Assistance directe à la création du M23 à partir du territoire rwandais
    – Recrutement effectué par les Forces rwandaises de défense pour le compte du M23
    – Appui logistique des Forces rwandaises de défense au M23
    – Implication directe de responsables rwandais de haut rang dans la mobilisation de l’appui au M23
    – Appui direct fourni au M23 par des unités des Forces rwandaises de défense lors d’opérations en RDC
    – Soutien au M23 par des officiels rwandais
    – Soutien du Rwanda à des groupes armés et à des mutineries liés au M23
    – Soutien du Rwanda à des personnes visées par des sanctions, notamment le général Bosco Ntaganda.

    (1) Créée en 1999, la  MONUC ou Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo, est devenue, le 1er juillet 2010, la MONUSCO (SCO pour Stabilisation de la République démocratique du Congo). Fin 2012, cette force comptait un peu plus de 20 000 personnels. Très passive, impuissante, elle n’avait pas réussi à ramener la paix dans un pays en proie à des désordres sans nom, attisés par l’étranger.
    (2) Ce mouvement, constitué d’anciens rebelles repentis, a rompu en avril 2012 avec Kinshasa qui n’aurait pas respecté l’accord de paix signé le 23 mars 1999, d’où le nom « M23 » qu’il s’est donné.  (Voir encadré)
    (3) Le rapport sur les liens entre le M-23 et le Rwanda, transmis au Conseil de sécurité le 27 juin 2012, détaillait le soutien accordé au M-23 (voir encadré)
    (4) Voir Jason Stearns, « Congo’s Sudden Calm », in Foreign Affairs, 11 novembre 2013
    (5) Créés en 1956, sur proposition canadienne, à l’occasion de la crise de Suez.
    (6) Cyril Bensimon, « Au Congo, le M23 lâché », Le Monde, 15 novembre 2013.

    PAR LE COLONEL JEAN-LOUIS DUFOUR

  • Inga, le projet de méga-centrale hydroélectrique avance à grand pas

    Inga, le projet de méga-centrale hydroélectrique avance à grand pas

       

    Barrage d'IngaLe conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD) (http://www.afdb.org) a approuvé, ce 20 novembre 2013, un financement de 68 millions de dollars EU, au profit du Projet d’appui au développement du secteur de l’électricité (PASEL) et du site multinational d’Inga. Ce projet favorisera ainsi le développement de la centrale hydroélectrique d’Inga, située sur les rives du fleuve Congo, dont le potentiel hydro-électrique est estimé à 44 000 MW – soit la moitié de la capacité électrique installée sur tout le continent. L’appui financier de la BAD, qui représente 43 % du coût total du projet (169 millions de dollars EU), provient, de la Facilité en faveur des États fragiles (7,7 millions de dollars EU) d’une part, et du Fonds africain de développement (FAD) d’autre part (60,6 millions). Fort de cette approbation, l’appui global de la BAD au projet d’Inga, depuis que lui a été confié le mandat de conduire l’exécution du plan d’action pour les infrastructures du Nepad, totalisera 90 millions de dollars EU.

    PASEL finalisera la préparation de la première phase du projet hydroélectrique Grand Inga – communément appelé “Projet Inga 3” –, qui consiste à développer une capacité de production électrique de 4 800 MW sur le site d’Inga, et à aménager des lignes de transport électrique pour approvisionner tout à la fois la République démocratique du Congo (RDC) et l’Afrique du Sud.

    Plus précisément, le projet encouragera le développement des institutions locales et des compétences nécessaires (des conseillers techniques, juridiques et financiers seront fournis), dans le but d’attirer des capitaux privés pour l’achèvement d’Inga 3, un projet complexe. De plus, le renforcement des capacités permettra aux acteurs locaux de faire le bon choix quant au principal investisseur-développeur dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP). Une amélioration de l’accès à l’électricité est également escomptée dans les zones semi-urbaines de Kinshasa, concernant plus de 25 000 foyers.

    « C’est le projet idéal pour la RDC et la Banque – et qui vient au bon moment, a souligné Alex Rugamba, directeur du Département de l’énergie, de l’environnement et du changement climatique à la BAD. Il est opportun, parce qu’il facilite la mise en œuvre d’Inga 3, dont les coûts d’investissement seraient autrement plus difficiles à mobiliser dans le contexte actuel de la RDC ».

    Le financement de la BAD servira à couvrir les frais de l’assistance technique nécessaire à la finalisation des activités préparatoires du projet Inga 3. Il contribuera également à pallier la pénurie d’électricité que connaissent les régions isolées qui ne sont pas directement couvertes par Inga, mais où la RDC compte développer des systèmes d’alimentation électrique autour de micro ou mini-centrales hydroélectriques. La Banque mettra plusieurs conseillers à la disposition de l’autorité en charge du développement et de la promotion de la centrale électrique d’Inga. Elle conduira plusieurs études sur le projet Inga, qui permettront de gagner réellement du temps dans le calendrier global du projet.

    PASEL s’appuie sur l’expérience de la BAD en matière de soutien au projet hydroélectrique d’Inga qui, jusqu’ici, a donné lieu à : l’élaboration de plans techniques et institutionnels ; une étude de faisabilité qui a défini le schéma de développement du Grand Inga, par étapes successives ; la définition d’une approche novatrice pour le projet, qui garantira la pleine réalisation du potentiel hydroélectrique d’Inga et la promotion de l’intégration continentale.

    Le projet Inga 3 élargira l’accès à une énergie plus fiable et moins chère en RDC, permettant de le faire passer de 9 % actuellement à plus de 40 % en 2020. Une amélioration du climat des affaires et de la productivité des économies des pays bénéficiaires est également attendue.

    La demande actuelle en électricité dans la région est considérable et stable ; ce qui assure un marché à l’énergie produite par la centrale hydroélectrique. De fait, l’Afrique du Sud a d’ores et déjà signé un accord avec la RDC pour importer environ la moitié de l’électricité produite, garantissant ainsi la viabilité financière du projet. Paraphé par les présidents des deux pays en octobre 2013, le traité relatif à l’accord d’achat d’énergie est en attente de ratification par leurs parlements respectifs.

    Distribué par APO (African Press Organization) pour la Banque Africaine de Développement (BAfD).

    Contacts

    Média: Pénélope Pontet de Fouquières, Chargée de communication, T. (+216) 71 10 19 96 / P. (+216) 24 66 36 96 / p.pontetdefouquieres@afdb.org

    Technique : Ibrahima Konate, Ingénieur en chef énergie, i.konate@afdb.org

    Succès Assyongar Masra, Analyste financier senior, s.masra@afdb.org

    Le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) (http://www.afdb.org) est la première institution multilatérale de financement dédiée au développement de l’Afrique. Elle comprend trois entités distinctes : la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds africain de développement (FAD) et le Fonds spécial du Nigeria (FSN). La BAD est présente sur le terrain dans 34 pays africains, avec un Bureau extérieur au Japon, et contribue au développement économique et au progrès social de ses 54 Etats membres régionaux.
    Par African Press Organization (APO)

  • Libération de Simone Gbagbo/ Les choses s’accélèrent depuis quelques jours

    Libération de Simone Gbagbo/ Les choses s’accélèrent depuis quelques jours

    Simone-Alassane Ouattara aurait enfin consenti à libérer l’épouse de Laurent Gbagbo. Selon des sources générale – ment bien informées, la vice-présidente du FPI devrait être transférée à la Maca dans les prochains jours voire dans les prochaines semaines, avant de bénéficier d’une mesure de liberté conditionnelle.

    La libération de Simone Gbagbo n’est plus qu’une question de jour voire de semaines pour qui connait Alassane Ouattara, ses reculades, ses peurs aussi. Selon plusieurs sources, l’épouse de Laurent Gbagbo va bénéficier d’une liberté provisoire comme la plupart de ses camarades de parti. Ce sont les propres amis de Ouattara qui l’y contraignent, n’y voyant que la seule façon de donner un coup de fouet à la réconciliation nationale bloquée depuis de nombreuses années. Et comme le chef de l’Etat tirait jusque-là prétexte de la menace de la cour pénale internationale qui ne verrait pas d’un bon œil que Simone Gbagbo soit libérée, le week-end dernier, celle-ci a finalement produit un communiqué pour indiquer qu’elle surseyait à sa demande d’extradition. C’est le premier signe le plus évident. Pour le reste, on peut aussi observer que la CPI n’est plus contre des arrangements locaux dans la mesure où elle peut servir la cause de la réconciliation en Côte d’Ivoire. Simone Gbagbo devrait donc quitter le goulag d’Odienné où elle est emprisonnée depuis plus de deux ans pour venir à Abidjan où elle rejoindra tous les prisonniers politiques lors d’un court séjour qui devrait aboutir à son élargissement. Certains de ses camarades de parti sont également passés par là, en particulier le premier vice-président du FPI Sangaré Aboudramane. Transféré du goulag de Bouna, il avait fait quelques semaines à la Maca avant de bénéficier de la mesure d’élargissement comme la plupart de ses camarades. Comme eux, Simone Gbagbo serait même déjà en liberté depuis trois mois si Ouattara n’avait pas fait de sa situation un cas personnel en raison de la peur que l’épouse de Laurent Gbagbo lui inspire. Pour contourner les pressions qui s’accumulaient visant toutes sa libération, Ouattara avait même tenté de prendre les devants en proposant de libérer Mme Gbagbo contre la promesse de faire une déclaration dans laquelle celle-ci affirmerait que Laurent Gbagbo son époux n’avait pas gagné les élections présidentielles de 2011 dont l’issue continue d’être un boulet pour le chef de l’Etat. D’ailleurs tous ceux qu’on torture à la DST sont sommés de reconnaître Alassane Ouattara comme celui qui a gagné ces élections. La suite, on la connait. « Je ne suis pas le conseil constitutionnel », avait répondu l’épouse du président Gbagbo ramenée alors sans ménagement à son goulag. Finalement, tout porte à croire qu’elle va être libérée sans s’être préalablement reniée. La pression internationale devient de plus en plus forte en effet , quelques semaines après les déclarations de l’expert de l’ONU qui a ouvertement appelé à sa libération provisoire. Cette sortie de Doudou Diène à elle seule montre à quel point Ouattara fait rarement ce qu’il promet. En effet la libération de Simone Gbagbo devait intervenir dans la foulée de la déclaration d’intention du gouvernement dans laquelle celui-ci refusait d’extrader la dirigeante du FPI à la cour pénale internationale. Mais le chef de l’Etat a freiné des quatre fers par peur. De sorte que personne aujourd’hui ne peut dire avec certitude quand ce processus de libération commence et quand elle prend fin. En la matière, Ouattara pourrait encore fignoler comme il l’a fait avec la grâce présidentielle qu’il a choisie pour profiter de sa propre cohue. Les choses paraissaient pourtant claires dès le départ. Ouattara devait libérer les prisonniers politiques restant pour que le dialogue politique soit amorcé. Il n’y était d’ailleurs pas opposé, du moins en apparence. Mais dans les faits, il a décidé d’une mesure fourre-tout destinée à faire libérer trois mille détenus de droit commun mais dont l’application sur le terrain reste problématique. Avec lui, subsiste donc toujours le risque que les choses ne progressent pas. Mais ce serait se pousser dans des situations encore plus inextricables que celles dans lesquelles il évite de s’engager. Dans quelques semaines en effet, la Côte d’Ivoire sera à un an de l’élection présidentielle. Or aucune réforme n’a encore été faite. Ni pour changer l’ossature de la commission électorale indépendante tout acquise à ses partisans ni pour toiletter la liste électorale. Quant au dialogue politique avec l’opposition sensé garantir la participation de celle-ci au prochain scrutin, il n’a toujours pas démarré. Dans ces conditions, continuer à traîner le boulet d’une justice sélective ne ferait que noircir un peu plus le sombre tableau de la ouattarandie. D’ores et déjà, un site américain qui a classé les dictateurs dans le monde met  le chef de l’Etat ivoirien à la 15è place sur les 16, devant Mugabé que son régime comparait à Gbagbo. Ne pas libérer madame Gbagbo, y compris tous les prisonniers poli – tiques qui croupissent par centaines dans toutes les prisons du pays ne ferait
    qu’alourdir son cas.▄

    Sévérine Blé

    Source: Aujourd’hui

  • Trop gros pour prendre l’avion: il atterrit à Londres

    Trop gros pour prendre l’avion: il atterrit à Londres

    KEVIN-Un jeune Français qu’une compagnie aérienne et le paquebot Queen Mary ont refusé de transporter des États-Unis vers l’Europe, du fait de son poids, est finalement arrivé à Londres mardi matin, à l’issu d’un vol «très dur».

    Kevin Chenais, 22 ans et 230 kilos, a pu embarquer lundi soir de New York pour Londres avec ses parents, à bord d’un avion de la compagnie Virgin Airways.

    Il souffre d’un dérèglement hormonal et est traité depuis des années par la Mayo Clinic, dont l’établissement principal se trouve à Rochester, au Minnesota. Il se déplace sur une chaise motorisée et a besoin presque en permanence d’oxygène et de surveillance médicale.

    Interrogé par l’AFP sur la façon dont s’était passé le vol, le jeune homme a répondu: «terrible, terrible, terrible. Le vol a été très dur».

    «L’aéroport (JFK de New York) a été très dur avec moi parce que j’ai dû marcher une longue distance, enfin pour moi c’est beaucoup, plus de dix mètres», a-t-il ajouté.

    «Je n’arrêtais pas de pleurer pendant le vol. J’ai beaucoup de problèmes avec la peau derrière les cuisses», a-t-il précisé.

    Il a également indiqué qu’il avait voyagé gratuitement en classe économique avec Virgin Airways. «C’est très gentil de leur part», a-t-il dit.

    «Je suis toujours très en colère que British Airways ait refusé de me prendre» à bord, a-t-il également déclaré.

    Une question de sécurité?

    British Airways, qui avait acheminé la famille aux États-Unis en mai 2012 avait expliqué à l’AFP s’être «efforcée de trouver une solution» pour le retour. «Malheureusement, il s’est avéré impossible d’accueillir le passager en toute sécurité», a ajouté une porte-parole.

    La compagnie maritime du paquebot Queen Mary, qui assure la liaison entre New York et Southampton, dans le sud de l’Angleterre, avait également refusé de l’accueillir à bord, «avançant des raisons de sécurité médicale», selon le père du jeune homme.

    Le jeune homme, qui habite Ferney Voltaire, près de la frontière suisse, a aussi confié qu’il «aimerait bien rester un peu en Angleterre».

    Kevin et ses parents ont été accueillis à l’aéroport londonien d’Heathrow par des membres du consulat français, qui ont offert leur concours pour organiser leur retour en France.

    Un voyage jeudi après-midi en Eurostar jusque Paris était l’option privilégiée.

    Avec AFP

  • Rwanda – RDC : ennemis intimes

    Rwanda – RDC : ennemis intimes

    KABILA- KAGAME-Pomme de discorde entre la RDC de Kabila et le Rwanda de Kagamé, les rebelles du Mouvement du 23-Mars ont finalement concédé une défaite historique. Mais la méfiance entre les deux voisins reste tenace.

    On raconte qu’au XVe siècle les habitants du royaume du Rwanda fuirent leur pays devant l’avancée des Bunyoro, des envahisseurs venus du Nord, pour se réfugier chez les Bashi, de l’autre côté du lac Kivu, dans l’actuelle RD Congo. Initialement bonne, la cohabitation entre les deux peuples se dégrada progressivement, jusqu’à ce qu’un contentieux pousse les Banyarwanda à partir reconquérir leurs terres…

    Depuis, le Rwanda a bien changé. Fort de ses 11 millions d’habitants, le pays est dirigé avec poigne depuis Kigali, petite capitale propre, sécurisée et ordonnée, posée sur les collines où fleurissent des immeubles de verre. Les Bashi (dont est issu Vital Kamerhe, l’opposant et ancien président de l’Assemblée nationale congolaise) font quant à eux partie de la mosaïque des 67 millions d’habitants qu’est devenue l’immense RD Congo, avec pour mégalopole Kinshasa, joyeusement désorganisée, tentaculaire et frondeuse.

    Les préjugés opposent Congolais et Rwandais

    L’Histoire continue de lier Congolais et Rwandais. Celle-ci est traversée d’échanges, sous les auspices d’un même colonisateur belge, de migrations, mais aussi d’ingérences et d’humiliations. Aussi la méfiance, les préjugés et parfois le mépris opposent-ils les deux nations. Il n’est pas rare d’entendre à Kigali que les Congolais sont paresseux ou, de l’autre coté de la frontière, que les “Rwandais” (terme qui désigne le plus souvent les Tutsis) sont menteurs. Nombre d’entre eux, dont la famille avait fui les pogroms des régimes hutus successifs, ont pourtant grandi au Zaïre, avant de revenir, après le génocide de 1994.

    À l’intersection de ces deux mondes : le Nord-Kivu, province de l’est du Congo, riche en minerais et en armes de guerre. Refuge d’une importante minorité rwandophone, en proie à l’instabilité depuis près de vingt ans, cette zone cristallise les phobies nationales. Côté congolais, où l’on a dû se battre dès l’indépendance contre le séparatisme, on redoute une “balkanisation” du pays qui verrait une rébellion l’amputer d’une partie de son territoire.

    À l’époque, le mentor de Joseph Kabila n’était autre que le Rwandais James Kabarebe, actuel ministre de la Défense à Kigali.

    En créant en 2012 le Mouvement du 23-Mars (M23), énième rébellion issue de la communauté rwandophone, les officiers mutins du Nord-Kivu voulaient dénoncer le non-respect des engagements du gouvernement central. Sans doute ressentaient-ils également un sentiment de trahison après avoir tant fait dans leur province pour la réélection du président Joseph Kabila, lors du scrutin contesté de 2011. Mais dans les rues de Kinshasa, la thèse du mouvement sécessionniste téléguidé par Kigali (voire avec l’assentiment de… Kabila !) l’a immédiatement emporté. Nul n’a oublié que le Rwanda avait porté Laurent-Désiré Kabila au pouvoir face à Mobutu, en 1997, pour ne quitter le pays que des années plus tard. À l’époque, le mentor de Joseph Kabila n’était autre que le Rwandais James Kabarebe, actuel ministre de la Défense à Kigali.

    La question sécuritaire est devenue une obsession

    Les nostalgiques du Grand Rwanda ne manquent pas sur la rive ouest du lac Kivu. “Je ne suis pas le seul à le penser : certains territoires du Congo devraient nous appartenir, lâche Thomas, attablé dans un restaurant de Kigali. Les lieux portent des noms rwandais, et avant la colonisation ils étaient sous l’autorité du mwami [le roi].”

    Les richesses minières du Nord-Kivu sont convoitées par tous. Mais à Kigali, où règne depuis 1994 un gouvernement issu de l’ancienne rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR), dont bien des membres ont perdu leur famille dans le génocide, la question sécuritaire est devenue une obsession. Lui-même arrivé au pouvoir par les armes à partir de l’Ouganda, le FPR du président Paul Kagamé sait trop bien ce que des rebelles peuvent faire dès lors qu’ils disposent de bases arrière et de soutien d’un pays voisin. Or les Hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda sont toujours présents dans l’est du Congo. Bien qu’affaiblis, ils sont parvenus en décembre 2012 à lancer de nouvelles attaques sur le sol rwandais. La menace deviendrait plus sérieuse en cas d’alliance avec les dissidents du régime en exil, parmi lesquels se trouvent quelques militaires expérimentés et de riches hommes d’affaires.

    Pour Kigali, le but est d’éviter d’avoir à affronter ses ennemis sur son sol, à la manière de son allié israélien, autre nation victime d’un holocauste et adepte des frappes préventives. Au-delà de la sympathie du gouvernement rwandais à l’égard du M23, ce dernier lui servait aussi de bouclier le long de la frontière. En dépit des accusations des experts de l’ONU, de gouvernements occidentaux et d’ONG comme Human Rights Watch (la bête noire de Kigali tout au long de cette crise), le Rwanda a toujours nié fournir des hommes et des armes aux rebelles. À l’évidence, ces dernières semaines, Kigali n’a pas soutenu un M23 aux abois, comme en convient HRW. La pression inédite exercée par Washington en est l’une des explications. “Le 25 octobre, le Rwanda a menacé d’intervenir si son territoire était à nouveau visé par des tirs d’obus venant du Congo, rappelle Ida Sawyer, une enquêtrice de l’ONG. Dans la soirée, John Kerry [le secrétaire d’État américain] et William Hague [le ministre britannique des Affaires étrangères] ont tous deux appelé Paul Kagamé pour l’avertir : “Attention, il y a une ligne blanche à ne pas dépasser.””

    La nécessité d’une solution politique

    Dès lors, Kigali n’a plus levé le petit doigt pour défendre les rebelles. Ainsi, au matin du 29 octobre, alors que le M23 perdait ses dernières batailles, Paul Kagamé préférait deviser sur l’intérêt des nouvelles technologies devant six chefs d’État qu’il avait invités. Au même moment, à Kinshasa, c’était le soulagement. La capitale congolaise n’a pas connu les mêmes souffrances que Goma, brièvement occupée par le M23 en novembre puis victime de tirs d’obus. Mais cela ne l’empêche pas de manifester sa solidarité : messages de soutien à la télévision et affiches sur les bâtiments publics dans l’est du pays. De crainte d’être pris pour cibles, les Tutsis de la capitale se terrent. En dépit de leurs turpitudes, les soldats des Forces armées de la RD Congo (FARDC), kalachnikov en bandoulière, font l’objet d’un rare consensus. Cette campagne victorieuse aurait été bien moins aisée sans l’appui des brigades d’intervention des Casques bleus de la Monusco, ces unités malawites, sud-africaines et tanzaniennes venues en renfort des forces congolaises. Kinshasa ne s’y est pas trompé : le président sud-africain Jacob Zuma, venu opportunément en visite d’État du 28 au 30 octobre, a eu droit à une standing ovation des parlementaires congolais au Palais du peuple.

    Pour autant, les Kinois n’ont pas basculé dans la liesse et certainement pas dans la gratitude envers Joseph Kabila. Toujours aussi réservé, ce dernier s’est gardé de tout triomphalisme, insistant sur la nécessité d’une solution politique. Une hypothétique réconciliation avec le Rwanda dépendra beaucoup du sort réservé par Kinshasa et la Monusco aux rebelles hutus des FLDR qui se trouvent sur son sol et dont Kigali attend avec impatience la mise hors d’état de nuire. Joseph Kabila devra aussi composer avec l’opinion. Le patriotisme de ce président qui vient de remporter sa première vraie victoire militaire depuis son arrivée au pouvoir reste sujet à caution pour bien des Congolais, qui le soupçonnent toujours de complicité avec “l’ennemi” rwandais.

    Avec Jeune Afrique