Author: Don Kayembe
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Le M23 accuse l’armée congolaise de compromettre les négociations de paix
-Alors que les pourparlers de Kampala se poursuivent, une délégation du M23 a rencontré la « facilitation » ougandaise pour protester contre l’occupation de certaines des positions rebelles par les Forces armées de la RDC (FARDC). Le groupe armé donne 48 h à l’armée congolaise pour se retirer sous peine de riposter. Plusieurs sources ont même confirmé un accrochage, le mardi 15 octobre 2013 au matin, entre les rebelles et des soldats congolais. En RDC, les rebelles accusent les militaires congolais de compromettre les discussions de paix en cours à Kampala. Le M23 accuse les FARDC d’occuper certaines de ses positions dans l’est du pays. « Nous protestons contre les préparatifs de guerre et surtout les actes de guerre de ces derniers jours qui ont été lancés par les FARDC contre les positions du M23, explique le président du groupe rebelle, Bertrand Bisimwa. Vous savez que, depuis plus de deux semaines déjà, les FARDC sont en mouvement vers nos positions sur toutes les lignes de front et nous avons dénoncé cela ». Le M23 assure que les forces gouvernementales les ont attaqués dans la nuit de lundi à mardi : « Ce mardi matin, à 2 h, les FARDC ont attaqué nos positions à Kanyamahoro et nous avons pensé qu’ils venaient de franchir la ligne rouge et il était de notre droit d’aller présenter la situation à la “facilitation”, avant que nous ne réagissions, précise Bertrand Bisimwa. Et c’est ainsi que nous avons tenu à exiger le retrait immédiat de cette fameuse armée FARDC de nos positions à Kanyamahoro. Nous avons tenu à exprimer ça de vive voix parce que nous pensons qu’il s’agit là d’une menace réelle contre le processus de paix, contre laquelle nous ne saurons pas attendre longtemps sans réagir ».Démenti du côté congolais
Les autorités congolaises partagent le même sentiment : la situation doit changer rapidement. En revanche, la version des derniers événements est très différente puisque le gouvernement assure qu’il n’y a pas eu d’attaque mais que les militaires ont été provoqués par les hommes du M23.
Pour le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, les FARDC ont strictement respecté les consignes du gouvernement : « Les FARDC ont des ordres qu’ils suivent de manière très stricte et ils ont un ordre précis de ne faire que se défendre. C’est notre politique, ce n’est pas par crainte, c’est par souci de respecter la parole donnée. Donc, ni à Kanyamahoro, ni ailleurs, les FARDC n’ont attaqué. C’est le M23 qui a attaqué les FARDC et ça ne peut pas continuer indéfiniment. On va arriver à un moment où il va falloir renvoyer quelque chose. Ils parlent comme s’ils étaient un Etat qui était attaqué par un autre Etat. Il s’agit d’un groupe de malfrats, il s’agit d’une force qui a été qualifiée de négative par la communauté internationale. Quelle ligne rouge ? Quelle est la frontière ? Ils contrôlent quoi, mandatés par qui, élus par quel peuple ? Il s’agit de bandits qui essayent d’adopter un langage d’Etat civilisé, ça ne nous impressionne plus »
Le Rwanda dément une nouvelle fois tout soutien au M23
Les Etats-Unis accusent le Rwanda d’encourager indirectement l’enrôlement d’enfants-soldats dans l’est de la République démocratique du Congo et sur le sol rwandais, en soutenant les rebelles du M23. Washington a d’ailleurs décidé de suspendre son aide militaire pour l’année prochaine. Une décision dénoncée par le président Paul Kagame qui indique pourtant qu’elle ne remet pas en cause l’ensemble des relations de son pays avec les Etats-Unis.
« Les gens font des erreurs en tirant des conclusions hâtives, déclare Paul Kagame. Vous dites, au Congo, il y a un groupe qui, selon vous, recrute des enfants-soldats. Ce groupe mérite de répondre de ses actes, mais les erreurs qui ont été faites, si elles sont prouvées, ne sont pas les erreurs du Rwanda, parce que l’on ne fait rien de tel. Nous ne recrutons pas d’enfants dans notre armée. Mais au delà de ça, je pense que nous sommes toujours de bons amis avec les Etats-Unis, souvenez-vous que les bons amis peuvent avoir des désaccords et cela n’a pas d’importance de savoir qui a tort ou qui a raison. Ne tirons pas de conclusions hâtives, attendons et voyons comment nous pouvons repartir de l’avant, je ne pense pas qu’il y ait de problèmes ».
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John Numbi bientôt “réhabilité” ?

John (Jean) Numbi -De nombreuses sources à Kinshasa font état d’une possible “réhabilitation” de John Numbi par le président Joseph Kabila, suite aux Concertations nationales. “Un affront” pour les veuves de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, assassinés en 2010, qui exigent le jugement du général John Numbi. Les Concertations nationales dont le président Joseph Kabila doit prochainement annoncer les conclusions devant le Congrès pourraient déboucher sur la “réhabilitation” du général John Numbi. Plusieurs sources à Kinshasa accréditent ce qui n’est pour le moment qu’une rumeur. Ce proche du président congolais est suspecté d’être le commanditaire du meurtre de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana en juin 2010. L’assassinat de Chebeya, un célèbre défenseur des droits de l’homme avait ému tout le pays ainsi que la communauté internationale. Numbi, chef de la police au moment des faits, avait été démis de ses fonctions et s’était retiré dans sa province du Katanga. Beaucoup pensent à Kinshasa que Numbi n’était pas resté inactif et aurait jouer un rôle de “soutien logistique” aux rebelles indépendantistes Bakata Katanga, qui avaient attaqué Lubumbashi en mars 2013. Un “coup de pouce” de John Numbi aux miliciens qui pouvait apparaître comme un moyen de faire pression sur les autorités congolaises et se rappeler au bon souvenir de Kinshasa. En démontrant sa capacité de nuisance au Katanga, province stratégique, John Numbi peut-il être réhabilité ? De nombreuses sources valident cette thèse en expliquant que le président Kabila ne peut pas se passer d’un “poids lourd” comme Numbi dans le contexte politique actuel de crise.
Devant les rumeurs de “réhabilitation”, les veuves de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana demandent aux autorités congolaises la traduction du général John Numbi “devant une juridiction impartiale et indépendante”. Après trois ans d’une plainte sans suite, la possible “réhabilitation” de Numbi par Joseph Kabila serait “un véritable affront fait aux familles des victimes”. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), appellent la justice congolaise “à faire toute la lumière sur ce double assassinat afin d’établir la responsabilité de chacun”. Mais la Cour et la Haute cour militaire de Kinshasa s’étaient déclarées incompétentes pour instruire la responsabilité du général John Numbi “sous prétexte de son grade trop élevé”. Dans ce cadre, les deux veuves Chebeya et Bazana demandent la nomination de magistrats militaires de haut rang pour juger Numbi. Selon Karim Lahidji, président de la FIDH, “il appartient au pouvoir exécutif de corriger une telle aberration”.
Christophe RIGAUD – Afrikarabia
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Le président Kabila promulgue la loi créant une Cour constitutionnelle
– Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, a accédé mardi à une demande de longue date de l’opposition en promulguant la loi créant une Cour constitutionnelle, appelée à être garante de la régularité des prochaines élections nationales.“Le président de la République vient de promulguer la loi organique portant organisation et fonctionnement de la Cour constitutionnelle”, a indiqué dans la soirée la Radio-Télévision Nationale Congolaise (RTNC), donnant lecture à l’antenne d’une partie de ce texte de 120 articles.
L’établissement d’une Cour constitutionnelle était prévu par la Constitution de 2006, adoptée par référendum. C’était aussi l’une des recommandations adressées au chef de l?État à l’issue des concertations nationales ayant réuni la majorité et une partie de l’opposition et de la société civile en septembre.
En matière électorale, ce sera désormais la Cour constitutionnelle qui jugera de “la régularité du processus des élections présidentielle et législatives au niveau national, et du référendum”, indique le texte de loi.
Faute de Cour constitutionnelle, les élections présidentielle et législatives contestées de novembre 2011, avaient été validées par la Cour suprême, que l?opposition avait décriée comme étant acquise à la cause de M. Kabila. Celui-ci avait alors été reconduit à la tête de l?État pour un nouveau mandat de cinq ans.
La loi stipule que la Cour “juge de la constitutionnalité des lois, des actes ayant force de loi et aussi des règlements intérieurs des chambres parlementaires du Congrès”.
La Cour est également mandatée pour s?exprimer sur « les recours en interprétation de la Constitution » et pour trancher « les conflits de compétence entre les pouvoirs législatif et exécutif, l?Etat et les provinces, ainsi qu?entre juridictions ».
La Cour, qui doit “renforcer l?indépendance du pouvoir judiciaire face aux pouvoirs législatif et exécutif” , doit être opérationnelle dans les six mois suivant la promulgation de la loi.
Conformément à la Constitution, elle comptera « neuf membres nommés par le président de la République dont trois sur sa propre initiative, trois désignés par le Parlement réuni en Congrès et trois désignés par le Conseil supérieur de la magistrature ».
Le mandat des membres de la Cour est de neuf ans, non renouvelable, et la Cour et renouvelée par tiers tous les trois ans.
AFP
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Mais qui sont les nouveaux venus de Chengerero?
– “Qui sont-ils et que viennent-ils faire chez nous?”: Les “deux cents familles” installées depuis le 30 septembre à Chengerero suscitent bien des interrogations dans ces montagnes de l?Est de la République démocratique du Congo (RDC), où l’on doute que les nouveaux venus soient Congolais.Alors que la ligne de front entre l’armée régulière et les rebelles du Mouvement du 23 Mars (M23) n’a plus bougé depuis fin août et que les deux parties négocient à Kampala une fin à plus de dix-huit mois de conflit, l’arrivée surprise de ces familles en zone rebelle alimente toutes les rumeurs.
Les frontières du Rwanda et de l’Ouganda – deux pays régulièrement accusés, malgré leurs démentis, de soutenir le M23 – sont à un jet de pierre, dans un paysage de bananeraies et de collines verdoyantes, au coeur de la province du Nord-Kivu.
Le gouvernement congolais, les autorités de la province à Goma (la capitale provinciale en zone sous contrôle de Kinshasa) et la société civile craignent que ces migrants soient en fait des Rwandais venus renforcer la rébellion ou que les nouveaux venus servent de bouclier humains en cas de reprise des combats.
“Je ne connais aucun d’entre eux, je ne sais pas d’où ils sont”, dit un voisin qui, comme tous les habitants interrogés, demande que son anonymat soit strictement garanti.
“Nous n’y comprenons rien, pourquoi sont-ils venus dans la zone de la rébellion plutôt que de passer par celle tenue par le gouvernement?”, s’étonne un autre.
“Parce que c’est un havre de paix”, assure très sérieusement de son côté Amani Kabasha, chef de la communication du M23.
Tutsis rwandophones
M. Kabasha a tenu à accompagner deux journalistes de l’AFP venus rencontrer les nouveaux habitants qui s’entassent dans l’école trop petite du village, et sont en train de se faire enregistrer par une équipe du Haut Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR).
Sur une cinquantaine de personnes interrogées, presque toutes disent avoir fui le Congo entre fin 2012 et début 2013 pour se réfugier au Rwanda. Beaucoup ont une carte d’électeur congolaise à leur nom. Beaucoup disent aussi avoir perdu le précieux document dans leur fuite, ou encore l’incendie du logis familial.
Tous parlent le kinyarwanda ou le swahili, deux langues parlées dans cette partie du nord-Kivu, mais également au Rwanda voisin.
Leur chef, Elie Rushimwe, explique qu’ils arrivent surtout de camps de réfugiés au Rwanda, mais aussi en Ouganda, et que d’autres continuent à arriver.
“La majorité sont des Tutsis”, dit-il. Tutsis et Hutus rwandophones -de nationalité congolaise- vivent nombreux dans la région, descendants des vagues de peuplement successives venues du Rwanda depuis la première guerre mondiale quand les colons belges cherchaient des bras pour développer l’agriculture locale.
“De quoi se nourrir”
L’Est de la RDC est déstabilisé depuis le génocide anti-Tutsi de 1994 au Rwanda, qui a entraîné des mouvements de population considérables de part et d’autre de la frontière. La faiblesse de l’Etat congolais, l’instrumentalisation d’une multitude de groupes armés locaux par les pays de la région comme Kinshasa, et la richesse du sous-sol congolais, ont nourri deux décennies de guerre et de violences. La nationalité des populations rwandophones locales est l’une des principales problématiques du conflit.
“Personne ne nous a dit de venir ici”, affirme M. Rushimwe. Selon M. Kabasha pourtant, les réfugiés ont été “regroupés” un peu plus au sud “il y a trois mois” par le M23 avant d’être amenés à Chengerero.
Les nouveaux arrivants disent avoir débarqué de jour, alors que plusieurs autochtones affirment “avoir découvert leur présence au matin” ou les avoir “vu arriver de nuit par convoi militaire”.
Difficile donc d’y voir clair sur leur véritable identité. Comme beaucoup, Isaac Kumbuye affirme que c’est la faim qui l’a fait quitter le Rwanda et qu’il y avait “beaucoup de décès” à Kigeme.
La section rwandaise du HCR indique pour sa part que le taux de mortalité de ce camp “n’est pas jugé alarmant”, avec des rations alimentaires normales.
Le train de vie de certains surprend un villageois. “Ces réfugiés-là viennent acheter au marché et ont de quoi se nourrir”, observe-t-il, affirmant que depuis peu “d’autres réfugiés sont arrivés à Chanzu”, non loin de là. Mais c’est une base militaire du M23. L’AFP n’y aura pas accès et M. Kabasha dément vigoureusement les allégations selon lesquelles son mouvement y formerait des réfugiés revenus pour en faire des combattants.
AFP
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Quittera ou quittera pas ?, le peuple se demande
-L’on soupçonnait le Président Joseph Kabila de vouloir faire réviser l’article 220 de la constitution congolaise qui, entre autres choses, limite la durée de son mandat à 5 ans renouvelable une seule fois, en vue de pouvoir se représenter aux élections de 2016 pour un troisième mandat, et – pourquoi pas – devenir rééligible à vie. Cependant, à mesure que les jours passent, il semble fort bien qu’une stratégie beaucoup plus subtile soit entrain de se mettre en place : la prolongation pure et simple de l’actuel mandat au-delà de 2016, quitte à mettre tout le monde devant un fait accompli…Révision constitutionnelle, une idée trop dangereuse pour Joseph Kabila…pour l’instant
La sortie en juin dernier du livre très controversé de Evariste Boshab,Secrétaire général du parti présidentiel, le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) , intitulé : « Entre la révision constitutionnelle et l’inanition de la nation« , avait soulevé un véritable tollé au sein de la classe politique et de la société civile congolaise. Assez pour permettre au camp présidentiel de mesurer le danger de l’implosion sociale que présenterait dans l’immédiat l’idée de faire réviser le fameux article 220 de la constitution pour assurer à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat. Hostilité d’autant plus prononcée que nombreux sont les Congolais qui peinent encore à admettre la légitimité des institutions actuelles issues des élections de novembre 2011, à quoi s’ajoutent les frustrations causées par la persistance de l’insécurité dans l’est du pays, et les accusations de complaisance, d’incompétence, voire de complicité dont une opinion de plus en plus importante accable le président Joseph Kabila et son régime.
Depuis, les proches de Joseph Kabila ont multiplié les déclarations, expliquant à qui veut les entendre qu’Evariste Boshab n’a fait qu’exprimer une « opinion scientifique et personnelle« , et que la question de la révision constitutionnelle n’était pas à l’ordre du jour dans la « Majorité présidentielle« . Les participants aux concertations nationales qui se sont achevées le 6 octobre 2013 sont allés dans le même sens de l’apaisement, en indiquant dans leurs recommandations que l’article 220 de la constitution devait être respecté.
Alors, bonne foi de Joseph Kabila et sa « Majorité présidentielle », ou simple changement de plan ? Les récentes déclarations des personnalités comme le nouveau Président de la Commission nationale électorale, l’abbé Apollinaire Malu-Malu, ou encore le Président de l’Assemblée nationale Aubin Minaku, ne laissent plus beaucoup de doutes.
Le recensement général de la population : la bonne parade ?
La règle de la continuité de l’Etat et des institutions est bien connue de tout le monde, même des profanes. Elle peut se résumer en cette phrase : « les animateurs des institutions du pays restent en place jusqu’à l’installation effective de ceux qui sont élus pour les remplacer« . Peu importe que l’on respecte ou pas les délais constitutionnels. La règle est posée notamment à l’article 222 de la constitution de la RD Congo.
Si donc Joseph Kabila devait rester au pouvoir au-delà de 2016 au nom de la continuité de l’Etat, faute d’élections devant désigner son successeur, il serait dans la légalité. La présidence de la République ne serait d’ailleurs pas la première institution à se retrouver dans pareille posture, puisqu’au jour d’aujourd’hui le Sénat, dirigé par le « semi-opposant » Léon Kengo wa-Dondo, de même que les gouverneurs de certaines provinces et les assemblées provinciales, ont largement dépassé la durée de leur mandat de cinq ans, qui a expiré en 2011. Mais ils restent en place pour la simple (et « bonne ») raison que les élections devant pourvoir à leur renouvellement n’ont toujours pas eu lieu. Et pour bénéficier de cette brèche, pas besoin de modifier la constitution; pas besoin de toucher au fameux article 220 de la constitution que les opposants à Joseph Kabila prennent pour leur fétiche-miracle contre son maintien au-delà de 2016.
Dans un point de presse mercredi 9 octobre 2013 à Kinshasa, la déclaration de l’abbé Malumalu, nouveau président de la CENI, indiquant que les prochaines élections seraient organisées « à l’issue du prochain recensement général de la population » avait intrigué plus d’un observateur. En effet, ce recensement général de la population – le second dans l’histoire du pays, après celui réalisé il y a de cela plus de 29 ans, en 1984 – est censé débuter en 2014 et se terminer avant la fin de 2015. Mais il pourrait bien, pour une raison ou une autre, aller jusqu’en 2016, voire au-delà : problème de financement, difficultés logistiques ou techniques, ou bien, le meilleur de tous, un blocage politique pur et simple pour retarder le recensement… »autant que de besoin ». Et Dieu sait que sur ce dernier coup, les politiciens congolais peuvent être particulièrement brillants.
« Le jour où on organisera les élections… »
Dans une interview sur RFI vendredi 11 octobre 2013, répondant à la question pourtant explicite du journaliste qui insistait pour savoir si le Président Joseph Kabila partira en 2016, le président PPRD de l’assemblée nationale, Aubin Minaku, a enfoncé le clou en déclarant :« Le Président de la République partira après les prochaines élections. Parce que selon la constitution congolaise, une institution libère les fonctions quand il y a une autre qui a été élue de façon démocratique. Le jour où on organisera les élections présidentielles dans cette République, et que ce sera gagné par quelqu’un d’autre, celui-là remplacera Kabila ».
Aubin Minaku a soigneusement évité le chiffre « 2016″, lui préférant une formule vague : « ..après les prochaines élections ». Mais il a surtout pris le soin de rappeler la fameuse règle de la continuité des institutions : « Une institution libère les fonctions quand il y a une autre qui a été élue de façon démocratique ». (Juriste de formation, Aubin Minaku a-t-il pu manquer de peser ses mots?). Et la phrase assassine à la fin de la déclaration : « Le jour où on organisera les élections, et que ce sera gagné par quelqu’un d’autre… ». Ça peut être en 2016 ou n’importe quand. Le jour où cela sera possible, ou nécessaire,…
Ce n’est pas excessif de penser qu’il se trame un plan de prolongation du mandat de Joseph Kabila au-delà de 2016. L’annonce qu’il fera ce mardi 15 octobre devant le Congrès, en rapport avec les conclusions des concertations nationales, va probablement en révéler un peu plus sur ses véritables intentions. En tout cas, la formule de la prolongation est nettement plus facile et relativement plus « douce » qu’une révision constitutionnelle. Pas besoin de consulter le parlement ni le peuple : juste s’abstenir de faire ce qui rendrait possible l’organisation de la présidentielle en 2016. Il n’en demeure pas moins que le risque de protestations demeure, si jamais ce plan se confirmait. On peut juste espérer que ce ne soit qu’un banal suspense; que les élections se tiendront bel et bien en 2016; qu’elles seront meilleures que celles de 2011; et que Joseph Kabila n’y prendra pas part en vertu de la constitution – dans son état actuel en tout cas !
Jean Mobert N’senga
Jambonews
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L’opium des peuples
-Kinshasa, un dimanche après-midi. J’ai rendez-vous avec un pasteur évangélique. Il m’a rappelé nos liens familiaux et tient à me prouver qu’il est parmi les pontes de l’évangélisme. Alors, rien de mieux qu’un tour là où il officie au moins trois fois par semaine. Sur les lieux, une foule impressionnante d’ouailles l’attend fébrilement. Son véhicule s’arrête. Hommes, femmes, jeunes et vieux trépignent. Une haie d’honneur se forme. Mon parent pasteur met pied à terre. C’est l’hystérie. Sans que je sache pourquoi, il prend ma main dans la sienne. Ne la lâche plus. Prisonnier, j’assiste alors à une scène inouïe : chacun veut le toucher ou s’agenouiller devant lui pour recevoir une bénédiction.Des gros bras tentent, en vain, d’écarter la foule. Au bout du parcours, un podium. On m’installe à cet endroit réservé aux “hôtes de marque”. Un groupe musical joue, le public danse comme dans un bal. Le pasteur, en véritable maître de cérémonie, prend la parole, mêlant versets bibliques et bons mots. Les témoignages de “délivrés du démon”, de nouveaux adeptes, de ceux qui ont fait des rêves merveilleux s’enchaînent. Puis vient l’apothéose : l’offrande. Sous mes yeux ébahis, des seaux se remplissent. Le pasteur donne des instructions : francs congolais et dollars doivent être mis dans des seaux distincts. Précision importante : à chaque récipient correspond un type de coupure de dollars (pas question, donc, de mélanger les coupures de 5, 10, 20, 50 ou 100 dollars). Sans attendre, il circule parmi la masse des ouailles pendant que l’orchestre redouble d’ardeur, incitant l’assistance à donner, encore et encore. Je ne peux pas rester jusqu’à la fin.
Quelques jours après, je revois mon parent pasteur sur un chantier. Grâce aux offrandes des adeptes, confie-t-il, il construit un immeuble de sept étages qui comprendra des boutiques, un hôtel et une salle de prières. La pudeur m’empêche de lui demander si ses ouailles y trouveront leur compte. Mon jeune frère éclairera plus tard ma lanterne : “Ce n’est pas à lui qu’ils donnent, mais à Dieu.” Évidemment !
Depuis le développement exponentiel des Églises dites de réveil, prier entre “frères et soeurs en Christ” sous la supervision du “papa pasteur” est devenu une activité à part entière. Pour les chaînes de télévision publiques ou privées, c’est un filon intarissable : payantes, les prédications occupent l’antenne matin et soir. Les bondieuseries sont également relayées par des officiels dans le cadre de leurs fonctions presque partout sur le continent. Ministres, députés, sénateurs, chefs de parti ou d’entreprise n’hésitent pas à citer Dieu, le seul à pouvoir résoudre les problèmes auxquels les citoyens sont confrontés. Il en est de même de ces présentateurs, à la télévision comme à la radio, qui ne peuvent s’empêcher de mettre Dieu à toutes les sauces. Pourtant, dans l’espace public, la laïcité doit être respectée. Car tout le monde ne croit pas en Dieu. À moins qu’on ne cherche à endormir les populations. Question : pourquoi les plus démunis s’investissent-ils à ce point dans le fait religieux ? Ils espèrent, m’a-t-on dit, recevoir un don de Dieu. Mais quoi, sacredieu ? Tout : santé, fortune, emploi, amour, bonheur en plus de l’éden… À mon avis, cette énergie dépensée en priant pourrait servir à créer le progrès.
Par Tshitenge Lubabu M.K.- jeune Afrique
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Vatican : le prélat congolais Laurent Monsengwo à la droite du Saint-Père
-À 74 ans, Laurent Monsengwo jouit d’une grande expérience pastorale et politique. © Gwenn Dubourthoumieu pour JAL’archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo, fait partie du groupe des huit cardinaux chargés par le pape François de réformer le gouvernement de l’Église. Une mission de confiance pour le prélat congolais, qui représente l’Afrique dans cet aréopage.
À Kinshasa comme au Vatican, Laurent Monsengwo n’a pas sa langue dans sa poche. « Il s’est fait remarquer ces dernières années par ses prises de position fortes et courageuses », souligne Antoine-Marie Izoard, un spécialiste des affaires vaticanes.
Fin 2012, le prélat congolais a coprésidé, avec Benoît XVI, le dernier synode des évêques sur la nouvelle évangélisation. Il a ensuite été choisi par l’ancien pontife pour prêcher la retraite pascale devant les membres des dicastères et autres structures du Saint-Siège. Son potentiel n’a pas échappé au nouveau pape. François a ainsi décidé de faire entrer l’archevêque de Kinshasa dans le cercle restreint de ses conseillers. Monsengwo fait partie des huit prélats appelés à siéger au Conseil des cardinaux. Leur mission – qui a commencé début octobre – consistera à « aider le pape dans le gouvernement de l’Église et à étudier un projet de révision » de la curie, dont le fonctionnement est très critiqué. Parmi les dossiers qu’ils auront à traiter figurent l’ouverture du Vatican aux laïques et le rôle des femmes.
>> Lire aussi : Portrait interactif de Mgr Laurent Monsengwo Pasinya.
Doctorant en sciences bibliques
Dans ce « G8 » où les conseillers viennent de tous les continents, Monsengwo représente l’Afrique. « Il aura un rôle important à jouer, compte tenu du poids de la chrétienté sur le continent, en cette période de “décatholisation” accélérée dans l’hémisphère nord », estime l’essayiste catholique Patrice de Plunkett.
À 74 ans, Monsengwo franchit là une nouvelle étape de sa riche carrière épiscopale. Une quasi-consécration pour ce papabile qui jouit d’une expérience pastorale et politique inégalée. Après un brillant cursus théologique (il est le premier Africain à obtenir un doctorat en sciences bibliques dès 1970), il est ordonné évêque auxiliaire d’Inongo en 1980, dans l’ouest de la RD Congo. Quatre ans plus tard, il prend les rênes de la Conférence épiscopale du Zaïre (aujourd’hui Cenco). Son aura ne s’arrête pas aux frontières nationales, puisqu’il dirigera pendant plus de cinq ans le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar.
Très influent
Et lorsque le vent de la démocratie ébranle la dictature de Mobutu, dans les années 1990, les politiques se tournent vers lui pour lui confier la présidence de la Conférence nationale souveraine. Il joue alors les médiateurs entre une opposition radicale et un pouvoir autocratique. « Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Monsengwo nous a épargné une guerre civile, se souvient le député Christophe Lutundula, qui a côtoyé le prélat lorsque ce dernier dirigeait le Haut Conseil de la République-Parlement de transition. Il aimait dire qu’il avait plus d’un tour dans son sac, trouvant toujours une porte de sortie pour régler les différends. »
Celui qui a été archevêque de Kisangani puis de Kinshasa reste très influent dans la sphère politique congolaise et même au-delà, dans la sous-région (il est, notamment, proche du président Sassou Nguesso). Au grand dam de ses détracteurs, qui estiment qu’un prêtre n’a pas à s’immiscer dans les affaires de l’État. Monsengwo ne l’entend pas de cette oreille. À ses yeux, face à l’échec de la classe politique, l’Église se doit d’être « la garante de la vie et de la survie du peuple ». C’est dans cet esprit qu’il a dénoncé les résultats de la dernière présidentielle, qui ne reflétaient pas, selon lui, la « vérité des urnes ». Il y a gagné quelques ennemis, mais rien ne l’arrête.
Jeune Afrique


