Author: Don Kayembe

  • L’exploitation illégale de l’or, finance n°1 des groupes armés

    L’exploitation illégale de l’or, finance n°1 des groupes armés

    M23-L’exploitation illégale de l’or rapporte 500 millions de dollars par an aux groupes armés présents dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) – dont la rébellion du M23 -, a indiqué l’ONG Enough Project dans un rapport cité samedi par la radio onusienne Okapi. Dans ce document, publié jeudi et consacré à l’exploitation des minerais par les groupes armés dans l’est congolais, l’ONG accuse notamment la rébellion du mouvement du 23 mars (M23), qui occupe une zone de la province du Nord-Kivu, de financer ses activités militaires grâce au commerce de l’or exploité illégalement. “Il fut un moment où Bosco Ntaganda (un ancien chef du M23 désormais emprisonné à la Haye et poursuivi pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre par la Cour pénale internationale, ndlr) était le patron de cette mafia aurifère dans l’est du Congo. Et aussitôt qu’il a fait reddition à la CPI, c’est le général (Sultani) Makenga (le chef militaire du M23) qui a pris la relève”, a expliqué un chercheur d’Enough Project, Fidel Bafilemba, à Radio Okapi, parrainée par l’ONU. Le rapport de l’ONG indique que le M23 coopère avec d’autres groupes armés dans ce fructueux trafic. A titre de comparaison, le budget annuel de l’Etat congolais, dans un pays qui compte quelque 65 millions d’habitants, s’élève en 2013 à environ huit milliards de dollars.

    Belga

  • La révision constitutionnelle,  un vrai- faux  débat,  un marché de dupes….

    La révision constitutionnelle, un vrai- faux débat, un marché de dupes….

    Tshiyoyo Mufoncol-Le « fils de l’Autre » et ses thuriféraires,  tel que le pauvre  Aubain Minaku qui s’est trouvé  un nouveau  dada, celui  de rebattre les oreilles aux Congolais sur le « départ » ou pas de son mentor  « Joseph Kabila » , et ce après les élections prochaines,  ont presque réussi  à flouer tout le monde sur la question de la révision constitutionnelle,  à laquelle s’oppose la masse congolaise et une partie de son élite pour qui  le seul espoir demeure aujourd’hui l’attente de 2016, c’est-à –dire de la fin du mandat  qu’ils concèdent,  et ce faute de mieux, à leur « Joseph national ».

    En s’opposant, et de la manière qu’ils prennent,  à la révision constitutionnelle annoncée de la Kabilie,   et même si c’est pour des raisons fondées,  les Congolais tombent dans le piège qui consiste à reconnaitre des vertus républicaines à un soudard, qui non seulement  accède au pouvoir par un hold-up et qui en plus n’a jamais  respecté la constitution à laquelle ils lui prêtent l’intention régalienne de réviser.  Et sans le savoir, leur critique bien que justifiée, aide plutôt à lui confectionner un habit sur mesure  d’un  respectueux de la constitution.

    Déjà en 2011, le fils de l’Autre, « Joseph Kabila », a  forcé, et sans gêne,  la modification de la constitution par le changement apporté au niveau du mode électoral de la présidence  prévu à deux tours et qu’il a ramené de son chef  à un seul tour.  L’homme s’est également octroyé le privilège monarchique de révoquer, et ce  à son bon vouloir,  les gouverneurs. Et l’’histoire démontre que depuis son parachutage  au pouvoir,  « Joseph Kabila » n’a fait que violenter la constitution. Et dire de cet homme-là qu’il tente réviser la constitution, c’est lui faire un honneur qu’il ne mérite guère.  C’est également attribuer  une image au Congo d’une illusion d’exercice démocratique du pouvoir. En fait, la masse et ceux de ses « opposants » qui mobilisent autour de cette fiction  font le lit de leur turpitude.

    Aubain Minaku et sa bande se lavent les mains quand ils jurent de ne jamais vouloir réviser la constitution,  lorsqu’ils affirment  main droite sur le cœur que la Kabilie ne touchera  point au fameux article 220. Mais ils ont raison  car leur funeste concertation nationale est parvenue à contourner ce piège. « Joseph Kabila »  et les siens n’en ont plus besoin parce que les Concertations Nationales ont obtenu, et ce à moindre frais, que les élections à venir ne se tiennent qu’après le recensement de la population.  Qui s’opposerait au recensement dans la situation actuelle du Congo? Mais personne !  Le piège à déjouer se situait au niveau de quand il fallait organiser ledit recensement. Admettons que la Kabilie puisse la tenir  à partir de 2015. Et ce une année avant la fin prévu du mandat.  Comment l’achever à un temps record lorsque le Congo compte 2 345 000 km2.  De la durée, qui en parle et autres difficultés y afférentes ?  Les concertations nationales et ceux qui y ont pris part ont décidé de commencer par les élections locales, régionales  suivies par le législatif et terminer par les présidentielles. Bonjour 2018, voire 2020, Vive le règne prolonger de « Joseph Kabila » pour cause de cécité de quelques apprentis sorciers.

    En effet, « Joseph Kabila » sera toujours –là.  Mais Bapangi na munu… qui se souvient que TOPESAKI  5 ans na Mobutu, Tobakisaki 7 ans na Mobutu, po na kosukisa to motombelaki 100 ans, SESE SEKO…. Mais qui est le dindon de la farce dans cette histoire ?

    Non, non,… mais non, chers compatriotes Congolaises et Congolais. En 1997, nous avons dit alors que personne ne nous croyait, le feu Bosange Yama du journal L’Alarme y a laissé sa peau en publiant nos écrits, que Laurent Désiré Kabila n’avait nullement besoin que le peuple congolais lui accordât du temps. Car nous étions, et nous le sommes encore aujourd’hui que toute forme d’aventure gouvernementale du type de la Kabilie, et nous prenons l’histoire à témoin, ne s’effondra que par la force, la violence. Mais qu’elle se fixe d’elle-même  un délai et le respecte, IMPOSSIBLE.  Ou on la combat ou on la subit ! C’est soit l’un, soit l’autre. L’excuse du provisoire  n’est jamais en réalité qu’une ruse du führer pour se faire accepter et gagner du temps.

    Nous comprenons et partageons les interrogations de ceux qui se posent des questions soit autour de la faisabilité de l’action en cours soit autour de l’aspect militaire envisagé de notre combat. Avec eux, et ce à partir de la nature de leur type de  questionnement, nous notons la différence et l’opposition de lecture de la question de la lutte armée. Quand ils en abordent,  leurs pensées tournent vers l’unique du type de combat que leur intelligence peut saisir , celui de  l’AFDL mais ils oublient  d’intégrer dans leur analyse le fait que l’AFDL non seulement émanait d’une volonté extérieure mais également était une création extérieure qui à la fois regroupait les forces actuelles qui déstabilisent le Congo et en dépendait pour sa survie. Pour le rest , nous disons que c’est discutable.

    Likambo ya mabele, Likambo ya makila

     

    Mufoncol Tshiyoyo

    Président National du Rassemblement pour l’Alternative Politique en RDC
    R.A.P.-en sigle, Mouvement Politico-Militaire
    GSM 004745007236, mufoncol_tshiyoyo@yahoo.com,

  • Rebondissement -L’Union Africaine estime “inacceptable” la façon dont la CPI traite l’Afrique

    Rebondissement -L’Union Africaine estime “inacceptable” la façon dont la CPI traite l’Afrique

    ua cpi_0-L’Union africaine (UA) a de nouveau critiqué la Cour pénale internationale (CPI) vendredi, jugeant “totalement inacceptable” la façon “injuste” dont elle traite l’Afrique.

    “La façon dont la Cour fonctionne, particulièrement son traitement inique de l’Afrique et des Africains, laisse à désirer”, a estimé le ministre éthiopien des Affaires étrangères Tedros Adhanom Ghebreyesus, dont le pays assure la présidence en exercice de l’UA, en ouverture d’une réunion ministérielle de l’organisation panafricaine à Addis Abeba.

    M. Tedros faisait référence au fait que la CPI n’a inculpé ou jugé que des Africains depuis le début de ses travaux en 2002.

    “Loin de promouvoir la justice et la réconciliation (…) la CPI s’est transformée en instrument politique visant l’Afrique et les Africains”, a-t-il accusé: “ce traitement inique et injuste est totalement inacceptable”.

    Les ministres des Affaires étrangères de l’UA préparaient vendredi un sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement samedi consacré aux relations entre la CPI et l’Afrique. Selon le ministre éthiopien, la réunion a été convoquée à la demande du Kenya, dont le président Uhuru Kenyatta et le vice-président William Ruto sont poursuivis à La Haye.

    Des ministres ont cependant écarté le risque d’une décision radicale, telle qu’un retrait collectif de l’UA ce week-end.

    Selon le chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra, le sommet pourrait plutôt dire à la CPI: “Si vous n’opérez pas un certain nombre de changements, il va devenir extrêmement difficile de coopérer avec vous”.

    En mai, dans la foulée de la victoire à la présidentielle de M. Kenyatta et de son colistier William Ruto, poursuivis depuis 2011 pour crimes contre l’humanité, les 54 membres de l’UA avaient quasi unanimement fait bloc derrière Nairobi pour dénoncer un acharnement du tribunal de La Haye contre le Kenya et l’Afrique en général.

    L’UA avait demandé sans succès le renvoi au Kenya des poursuites contre les deux dirigeants kényans, le président en exercice de l’UA, le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn, accusant même la CPI de “chasse raciale”.

    Le procès de M. Ruto – et de son co-accusé, l’ex-animateur de radio Joshua arap Sang – s’est ouvert le 10 septembre à La Haye et celui de M. Kenyatta doit débuter le 12 novembre.

    Les deux têtes de l’exécutif sont jugées, séparément, pour leurs responsabilités respectives dans les terribles violences politico-ethniques sur lesquelles avait débouché la précédente présidentielle de fin 2007.

    Immunité

    La Cour a également refusé à MM. Kenyatta et Ruto la possibilité de ne pas assister à toutes les audiences à La Haye, en dépit des obligations liées à leurs fonctions.

    Il est “regrettable que nos appels répétés soient tombés dans l’oreille d’un sourd et que nos inquiétudes aient été complètement ignorées”, a estimé vendredi M. Tedros.

    “La récente attaque terroriste de Nairobi a (…) souligné le besoin pour les dirigeants kényans d’être au premier plan dans le combat contre le terrorisme et de ne pas être distraits de quelque façon que ce soit par la Cour”, a-t-il avancé, en référence à l’attaque meurtrière par un commando islamiste d’un centre commercial de Nairobi fin septembre.

    MM. Kenyatta et Ruto sont les premiers dirigeants en exercice jugés par la CPI. Or, a souligné M. Tedros, “l’immunité des chefs d’Etat ne peut pas être prise à la légère et notre réunion devra se prononcer très clairement sur la question”.

    A l’approche du sommet de l’UA, plusieurs voix s’étaient élevées pour dénoncer ces attaques de la CPI par les pays africains. Jeudi, l’ex-secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a estimé que le débat à l’UA visait davantage à protéger les “dirigeants” que les “victimes”.

    “Le message aux victimes, investisseurs et au monde est que les dirigeants du continent sont allergiques aux institutions veillant à ce que chacun rende des comptes”, a renchéri l’Institut des Etudes stratégiques (ISS), centre de réflexion spécialisé sur l’Afrique.

    Des critiques balayées par le ministre soudanais des Affaires étrangères Ali Karti.

    Selon lui, une déclaration claire de l’UA contre la CPI n’encouragera pas l’impunité car “les pays africains ont leurs propres mécanismes judiciaires, qui s’avèrent être bons, meilleurs que les européens”. Le président soudanais, Omar el-Béchir est visé par des mandats d’arrêt de la CPI pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide dans le conflit du Darfour, une vaste région de l’ouest du Soudan.

    Au coeur de la polémique, Nairobi a de son côté tempéré.

    “Nous sommes préoccupés par un certain nombre de choses qui se passent à la Cour, oui. Mais nous n’avons jamais dit que nous allions nous retirer”, a assuré la chef de la diplomatie kényane, Amina Mohamed, affirmant que son pays entendait “rester” un Etat membre.

    Source: AFP

  • RD Congo – Rwanda : Qui veut la fin de la guerre du Congo ?

    RD Congo – Rwanda : Qui veut la fin de la guerre du Congo ?

    Kabila- Kagame-« Battez-vous juste un peu, mais n’allez pas jusqu’à la victoire finale ». C’est à peu près ce qu’on peut retenir de ce mois de juillet en République Démocratique du Congo. Pourtant le conflit était en train de trouver une issue appropriée : militaire. Pour la première fois depuis longtemps, on a vu des soldats congolais très disciplinés, le moral haut, équipés et enchaînant des victoires sur un« ennemi » longtemps présenté comme invincible.

    Le commandant des opérations, le colonel Mamadou Ndala (41ème brigade), devenu très populaire, traduisait dans les actes la promesse de venir à bout des combattants du M23. Tout d’un coup, on apprend qu’il est relevé de ses fonctions et rappelé à Kinshasa. L’information est démentie, mais il y a des démentis qui sonnent comme la confirmation de l’information initiale. C’est une pratique courante au Congo. Les officiers qui se distinguent au combat sont rapidement neutralisés et disparaissent de la circulation. Le cas resté dans la mémoire des Congolais est celui du général Mbuza Mabé qui, en 2004, a tenu tête aux combattants rwandais menés par le colonel Jules Mutebutsi et le général Laurent Nkunda dans la ville de Bukavu. L’officier fut rappelé à Kinshasa et mourut à Kitona dans des conditions restées floues. C’est probablement le sort qui attendait le colonel Ndala et qui a provoqué la colère de la population à Goma qui, depuis, manifeste contre le régime de Kabila et la Mission de l’ONU au Congo qui semblent s’accommoder de la poursuite du conflit, et ils ne sont pas les seuls. Il y a ainsi, indiscutablement une question qui doit donner lieu à un débat franc, au Congo et ailleurs :« Qui a intérêt à ce que la guerre du Congo s’arrête de sitôt ? » La Monusco ? Joseph Kabila ? Le Rwanda ? Les multinationales ?… Les Congolais ?

    Tour d’horizon.

    Faire durer la guerre : un choix lourd de conséquences

    Les manœuvres destinées à faire durer la guerre du Congo sont pourtant lourdes de conséquences. Les soldats et la population les payent de leur vie. Plusieurs souvenirs amers trottent dans la mémoire collective. En juin 2012, dans la localité de Bunagana, l’armée congolaise avait le dessus sur le M23 et s’apprêtait à donner l’assaut final. On demanda aux soldats d’observer une trêve, officiellement pour permettre aux élèves de passer les examens d’Etat. Le M23 et ses parrains, le Rwanda et l’Ouganda, en profitèrent pour se renforcer. Le 06 juillet 2012, les Congolais furent surpris par une attaque qui coûta la vie à un casque bleu indien et plusieurs soldats loyalistes. La suite, on la connait. De revers en revers, la ville Goma finit par tomber le 20 novembre 2012. Des dizaines de femmes furent violées[1]. La ville fut pillée par les combattants rwandais qui emportaient ouvertement leur butin de l’autre côté de la frontière. Qui avait donné l’ordre d’observer la trêve à Bunagana ?

    L’autre douloureux souvenir est celui de 2007 dans la localité de Mushake. L’armée congolaise maîtrisait les opérations et le CNDP, l’ancêtre du M23, était aux abois. Des ordres contradictoires arrivèrent de Kinshasa. Des officiers performants furent mutés et des unités démobilisées. Comme d’habitude, les combattants rwandais en profitèrent pour accumuler les renforts en armes et en hommes. Une offensive meurtrière fut lancée et se termina par un indicible carnage. Plus de 2.600 soldats congolais furent massacrés[2]. Qui avait ordonné l’arrêt des opérations à Mushake ? Qui avait donné les ordres contradictoires ?

    On ne sait pas qui donne ces ordres, mais, en observant le comportement des acteurs visibles de la guerre du Congo, on a l’impression qu’ils tiennent tous à faire durer le conflit pour des raisons inavouables. La Mission de l’ONU au Congo, les pays agressant le Congo, les multinationales, le régime de Joseph Kabila.

    C’est une institution forte de 23 mille personnels civils et militaires recrutés dans une cinquantaine de pays. Depuis plus de dix ans, elle absorbe chaque année un budget astronomique de plus d’un milliard de dollars[3] sans parvenir à ramener la paix au Congo. Elle est pourtant bien dotée sur le plan matériel(équipements) et juridiques. Elle a pour mission d’appuyer l’armée congolaise en application des Résolutions 1925 (2010) et 2053 (2012) du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle est même dotée d’une brigade offensive chargée, justement, de traquer et de neutraliser par la force les groupes armés, dont le M23, en application d’une autre Résolution spécifique du Conseil de sécurité de l’ONU, la Résolution 2098 (2013).

    L’opération des FARDC au Nord de Goma donnait ainsi l’occasion de voir les soldats onusiens remplir pleinement leur mission et régler définitivement au moins un problème, le M23. A la place, on entend les responsables de la Mission appeler à une solution négociée. On se demande bien ce qu’il y a à négocier avec une organisation comme le M23. Ce mouvement est considéré comme une organisation criminelle par le Conseil de sécurité de l’ONU qui a adopté des sanctions contre ses responsables, le gouvernement américain qui a, lui aussi adopté des sanctions contre la milice, l’Union européenne et les ONG des droits de l’Homme. Au Congo, le M23 est considéré comme une force d’agression et d’occupation rwandaise, et les Congolais s’appuient, entre autres, sur les rapports des experts de l’ONU détaillant l’organisation logistique et la chaîne de commandement[4] du M23 qui remonte jusqu’au Ministère rwandais de la défense.

    Qu’est-ce qu’on entend par négocier avec une organisation comme celle-là ? Difficile de suivre la position de la Monusco sans prendre en compte les intérêts immédiats tirés de la poursuite de l’opération onusienne au Congo.

    Le Rwanda de Paul Kagamé ?

    Pour des raisons évidentes, le Rwanda, du moins le régime actuel de Kigali, n’a aucun intérêt à voir le conflit du Congo s’arrêter. Ce « fut » une époque de vache grasse dont profita l’élite politico-militaire de Kigali qui fit du Rwanda la plaque tournante de la maffia internationale impliquée dans le trafic des minerais de sang. Le Congo en guerre, c’est au moins 250 millions de dollars amassés par l’armée rwandaise de 1998 à 2000[5]. Par ailleurs, la guerre du Congo permet au Rwanda de disposer d’une zone tampon, le Kivu, que Kinshasa ne contrôle pas ou à peine. En écrasant le M23, les soldats congolais, longtemps humiliés, se retrouveraient nez-à-nez avec l’armée de Paul Kagamé, à la frontière des deux pays. Une étincelle est vite arrivée…

    Les multinationales ?

    Plusieurs dizaines de multinationales réalisent des marges confortables en se ravitaillant en minerais dans les zones en conflit de l’Est du Congo. Leur liste apparue dans les rapports des experts de l’ONU circule sur la toile[6]. Elles sont britanniques, pour la plupart. La fin de la guerre au Congo signifie qu’elles vont devoir s’approvisionner dans les conditions fixées par les autorités, dans le meilleur des cas. Dans le pire des cas, elles pourraient faire l’objet de poursuites et des campagnes médiatiques pour leur complicité dans la réalisation des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et du génocide[7], maintenant de plus en plus évident, que subissent les femmes congolaises. Les affaires n’ont pas besoin d’une telle publicité.

    Joseph Kabila ?

    L’histoire de Joseph Kabila est intimement liée à la guerre du Congo. Arrivé au Congo en tant qu’officier de l’armée rwandaise, il n’a jamais réussi à couper le cordon avec le Rwanda et l’Ouganda, les deux pays qui entretiennent les troubles au Congo depuis près de deux décennies. Difficile pour lui de doter le Congo d’une force militaire de dissuasion prête à affronter directement les régimes de Kampala et de Kigali pour leur imposer le respect des frontières du Congo.

    Sur un autre registre, Joseph Kabila pourrait figurer parmi les premiers perdants de la fin rapide de la guerre du Congo. Si l’armée parvient à rétablir l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, tout ce que lui demande la population, elle deviendrait une institution difficile à soumettre, une armée marchant la main dans la main avec le peuple congolais. Joseph Kabila a un problème dans l’opinion congolaise comme on a pu s’en rendre compte à Goma. La population manifeste pour soutenir « ses soldats » tout en conspuant le régime de Joseph Kabila, accusé de façon récurrente, de trahison. Il est vrai que les images de Kampala où le « Raïs » est apparu étonnamment souriant aux côtés de Paul Kagamé et Yoweri Museveni, continue de choquer les Congolais. La ville de Goma venait d’être occupée par l’armée rwandaise, qui paradait fièrement en marchant quasiment sur les corps des soldats congolais abandonnés à même le sol. Difficile d’imaginer que le Président d’un peuple à ce point humilié apparaisse tous sourires aux côtés des personnages qui maltraitent son propre peuple et humilient ses soldats.

    Les Congolais ?

    Finalement, s’il y a trop peu d’hommes, de femmes, d’entreprises et d’institutions qui ont intérêt à ce que la guerre du Congo s’arrête rapidement, il y a au moins un acteur qui pourrait tout changer : le peuple congolais. L’espoir pour une nation, c’est qu’elle se régénère et les générations d’une époque sont rarement les « copies » des générations précédentes. Les planificateurs des guerres du Congo ont longtemps misé sur les faiblesses d’un type de population : les « zaïrois » avec leurs politiciens malléables et corrompus, nés et élevés dans l’ambiance euphorique des années Mobutu. Ils n’ont pas vu venir la nouvelle génération. Ces ados et ces pré-ados sont les enfants des femmes violées et déshonorées, de pères massacrés. Ils sont nés en exil, dans des camps de déplacés, ont été chassés de leurs villages. Ils ont vu leurs chefs coutumiers et leurs notables se faire cracher dans la bouche et se faire fouetter sur le ventre. Des pratiques traumatisantes durant les années d’occupation rwando-ougandaise. Maintenant que ces enfants ont l’âge de prendre la relève de leurs parents (morts, vivants ou humiliés) quelque chose est en train de se passer au Congo.

    Les exploits du désormais célèbre colonel Mamadou Ndala et la ténacité des résistants congolais dans les maquis ne sont pas le fruit du hasard. Le combattant congolais a rajeuni. Ces jeunes Congolais-là ont rendez-vous avec l’histoire et ils ont un message à faire entendre. Forgés dans la douleur et n’ayant plus rien à perdre, ils veulent se faire respecter et faire respecter leur pays.

    Boniface MUSAVULI

  • De Kolwezi au Rwanda, passage en revue des opérations belges en Afrique centrale

    De Kolwezi au Rwanda, passage en revue des opérations belges en Afrique centrale

    Militaire-Belge–Le gouvernement belge a décidé mercredi un déploiement de précaution de deux équipes de militaires au Gabon, dont l’une devra préparer une éventuelle opération d’évacuation des ressortissants belges de République démocratique du Congo (RDC) si la situation s’aggravait. Il s’agit de para-commandos, coutumiers de ce genre d’opération, dont plusieurs ont eu lieu depuis l’indépendance de l’ancienne colonie, en juin 1960.

    Voici un rappel des précédentes opérations: –

    Congo: au lendemain de l’indépendance du Congo, entre juin et septembre 1960, quelque 10.000 hommes interviennent à la suite de la mutinerie de la Force publique. En juillet, les para-commandos interviennent à Léopoldville (future Kinshasa) et dans d’autres villes du Congo afin de couvrir l’évacuation des ressortissants belges, menacés par les mutins. Ils sont appuyés par les forces aérienne et navale pour le rapatriement des Européens. Le retrait des troupes belges coïncide avec l’arrivée des premiers Casques bleus de l’ONU dans l’ancienne colonie.

    – Stanleyville (Congo) : le 27 novembre 1964, quelque 320 parachutistes, commandés par le colonel Laurent, sautent d’avions américains sur Stanleyville (aujourd’hui Kisangani) pour libérer les 2.000 Européens retenus en otages par le gouvernement lumumbiste de Gbenye. Au cours de l’opération « Dragon rouge », les paras y font la jonction avec les troupes congolaises commandées par le colonel belge Vande Walle et appuyées par des mercenaires. Deux jours plus tard, les paras sautent sur Paulis (opération « Dragon noir »). Cette double opération n’a pu éviter le massacre d’une centaine d’Européens par les rebelles quelques heures avant l’intervention des paras belges.

    – Kolwezi (Zaïre) : en mai 1978, d’anciens gendarmes katangais envahissent la province du Shaba (ex-Katanga) et s’emparent du centre minier de Kolwezi. Plusieurs dizaines d’Europeéns trouvent la mort lors des engagements entre les Forces armées zaïroises (FAZ) et les rebelles. 1.200 para-commandos belges se posent le 20 mai à Kolwezi à bord de C-130 belges, quelques heures après l’arrivée de légionnaires français. Les envahisseurs battent en retraite tandis que les troupes zaïroises reprennent la ville. Les troupes belges de l’opération « Red Beans » (« haricots rouges ») quittent Kolwezi le 22 mai, après avoir couvert le départ des Européens. Les derniers hommes rentrent en juillet.

    – Zaïre, à nouveau, en septembre 1991. A la suite de pillages à Kinshasa puis dans le reste du pays, plus d’un millier de para-commandos – aidés par des troupes françaises – sont dépêchés à partir du 24 au Zaïre. Avec l’aide de C-130 belges et portugais ainsi que des avions français, ils organisent une vaste opération d’évacuation des ressortissants étrangers dans l’ensemble du Zaïre. Baptisée « Blue Beam » (« rayon bleu »), cette opération permet l’évacuation de plus de 4.300 personnes de toutes nationalités. Les derniers paras quittent le Zaïre début novembre.

    – Zaïre, une nouvelle fois en janvier 1993. Après de nouveaux pillages limités à Kinshasa, le gouvernement dépêche près de 600 militaires – principalement des para-commandos – à Brazzaville sous le nom de code de « Sunny Winter ». Mais le président Mobutu Sese Seko leur refuse l’accès au territoire zaïrois et les troupes doivent se contenter d’accueillir les expatriés candidats au départ de l’autre côté du fleuve Zaïre. Les hommes sont rapatriés progressivement après une semaine de présence à Brazzaville, une centaine d’entre-eux demeurant sur place jusqu’en février à des fins dissuasives.

    – Rwanda : le 4 octobre 1990, le gouvernement Martens VIII décide l’envoi de quelque 500 para-commandos à Kigali pour une « action humanitaire » destinée à protéger les ressortissants belges qui pourraient être menacés par l’invasion des troupes du Front patriotique rwandais (FPR, dominé par la minorité tutsie) venus d’Ouganda. Cette mission, baptisée « Green Beam » (« Rayon vert ») prend fin un mois plus tard, le 2 novembre, à la suite d’une médiation du gouvernement belge et alors que l’armée rwandaise repousse les rebelles presque jusqu’en Ouganda.

    – Rwanda : quelque 430 membres de la brigade para-commando composent entre la mi-novembre 1993 et la mi-avril 1994 l’essentiel du contingent belge de la Mission de l’ONU pour l’Assistance au Rwanda (MINUAR). Mais l’assassinat de dix Casques bleus par des hommes de la garde présidentielle rwandaise, à Kigali le 7 avril 1994 lors de la reprise de la guerre civile, entraîne le retrait du contingent belge, après que l’envoi d’un millier d’hommes en Afrique ait permis de couvrir l’évacuation des ressortissants étrangers du Rwanda (opérations « Silver Back » et « Blue Safari »).

    – Congo : le 22 mars 1997, le gouvernement déclenche l’opération « Green Stream » (« Flot vert ») et envoie des troupes au Congo-Brazzaville alors que la rébellion de Laurent-Désiré Kabila avance vers Kinshasa, que ses troupes prendront le 17 mai sans grande violence. La présence militaire belge – quelque 780 hommes à son apogée – plus 2.700 hommes de quatre autres nationalités à Brazzaville et en mer se limite à préparer une évacuation des étrangers du Zaïre en cas de troubles. Les troupes occidentales n’auront toutefois pas à intervenir et le 22 mai le gouvernement décide de rapatrier son contingent, dont les derniers membres rentrent début juin. (Belga)

    Congo Coopération Technique Militaire (ctm) 1963 – 1990

    En août 1963, un accord intervient entre la Belgique et le Congo. Cet accord prévoit d’entamer une collaboration militaire.

    La coopération démarre réellement en 1964 par une formation donnée au sein de l’armée nationale congolaise (ANC) d’une part et par d’autres actions moins ponctuelles d’autre part.En 1964, environ 300 de nos militaires se trouvent sur le territoire congolais dans le cadre de cette coopération technique.En 1965, l’accent porte surtout sur la formation des militaires et cadres congolais.
    Au fil des années, le nombre de militaires belges présents dans le cadre de la CTM a progressivement diminué.Devenue ‘Assistance Technique Militaire’ en 1968, la Belgique met fin définitivement à la coopération en 1990.Douze militaires belges perdront la vie durant cette période de coopération.
    A propos de

    Jean-Jacques Wondo Omanyundu est un analyste des questions sociopolitiques, sécuritaires et militaires de la République démocratique du Congo. Il est l’auteur de l’ouvrage-référence ‘Les armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC’ (2013). Jean-Jacques Wondo est diplômé de l’Ecole Royale Militaire de Belgique.

  • Bruit des bottes à l’Est: les FARDC en alerte maximale

    Bruit des bottes à l’Est: les FARDC en alerte maximale

    JOINT SURGE OPERATION (MONUC/FARDC) in MITWA, MASISI TERRITORY.– Ils subiront un échec cuisant s’ils osent entreprendre quoi que ce soit », avise le colonel Hamuli. Les ennemis de la RDC sont prêts à lui déclarer la guerre. La Monusco conforte cette thèse, qui ne fait l’ombre d’aucun doute, indiquant être en possession des preuves matérielles sur le renforcement des positions militaires du M23. L’on est donc parti pour une guerre généralisée – la dynamique de Kampala se butant désormais à un mur d’incompréhensions. A Kinshasa, l’on est conscient du danger, aussi se dit-on « prêt à toute éventualité ». Même son de cloche du côté des FARDC où les troupes sont placées en état d’alerte maximale.

    La situation sécuritaire dans l’Est s’est sensiblement détériorée ces derniers jours. Le récent passage dans la région des Grands Lacs d’une délégation des membres du Conseil de sécurité des Nations unies n’a pas résolu le problème. Bien au contraire, la passivité dont a fait preuve les Nations unies a réconforté la thèse d’une issue militaire à la crise qui ronge terriblement cette région.

    LE SPECTRE DE LA GUERRE

    Dans la région, le décor d’une guerre imminente se met en place. Ce qui n’était qu’une simple rumeur il y a quelques jours a été confirmé par la Monusco, mercredi dernier, au cours de son point de presse hebdomadaire. En effet, le M23, appuyé comme toujours par le Rwanda, est en train de renforcer ses positions militaires.

    Outre le déploiement par le Rwanda de ses troupes à la frontière avec la RDC, des sources locales font état d’une présence remarquée des militaires rwandais à Kavange et Bunagana, bastion du M23. Ces troupes rwandaises sont rentrées dans les deux localités par le flanc du volcan Gahinga.

    Plus explicite, la Monusco dit disposer des preuves « matérielles » du fort dynamisme dont font preuve actuellement les unités combattantes du M23. La mission onusienne dit aussi détenir des preuves matérielles que la rébellion du M23 continue à renforcer ses positions et à recruter de force des enfants au Rwanda pour les intégrer dans ses rangs. C’est qu’a déclaré mercredi à Goma le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en RDC, Martin Kobler qu’accompagnait le commandant de la Brigade spéciale de la Monusco, le général Dos Santos Cruz. « On a, d’une part, les négociations de Kampala entre le gouvernement congolais et le M23 et de l’autre, des rapports faisant état du recrutement forcé des jeunes gens au Rwanda. Ce sont des rapports que nous sommes en train de vérifier », déclaré Martin Kobler. « Nous avons beaucoup d’informations relatives au renforcement des positions du M23. Il est très important que la Société civile reste vigilante pour dénoncer ces choses. Nous ne savons pas avec précision l’origine de ces renforcements. Nous devons vérifier davantage ces informations », a indiqué pour sa part le général Dos Santos Cruz.

    La vérité c’est que le M23 et le Rwanda sont en position de guerre. Depuis un temps, ils ne s’en cachent plus et la Monusco tente désespérément de colmater les brèches. Serait-ce une façon pour elle de se repentir en mettant le gouvernement devant ses responsabilités ? C’est fort probable. L’on se rappelle que dans une récente déclaration, le patron de la Monusco a clairement indiqué que la Monusco n’est pas en RDC pour se battre à la place de la RDC. La présence des troupes onusiennes en RDC, avait alors soutenu Martin Kobler, est juste pour apporter un soutien aux FARDC. C’est dire qu’en faisant part d’une forte présence des troupes rwandaises dans les zones contrôlées par le M23, la Monusco a voulu, d’une certaine manière, alerter le gouvernement pour qu’il prenne la mesure des enjeux et se comporte en conséquence. L’initiative de la défense de l’intégrité territoriale revient de droit (constitutionnellement parlant) à Kinshasa.

    MORAL AU ZENITH

    Contacté par notre Rédaction, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a vivement réagi à l’information relayée par la Monusco. Au gouvernement, on promet de faire face efficacement à cette nouvelle menace. « Nous sommes prêt à toute éventualité », a dit Lambert Mende, convaincu qu’avec les FARDC, qui se trouvent suffisamment rodés, « le pays sera défendu et bien défendu ». Même conviction dans les rangs des FARDC où son porte-parole, le colonel Hamuli, promet également l’apocalypse au M23 dans le cas où il relancerait les hostilités dans l’Est. « Nous nous sommes considérablement bien construits. Ils subiront un échec cuisant s’ils osent entreprendre quoi que ce soit », a déclaré le colonel Hamuli, joint au téléphone par notre rédaction.

    ACTIVER L’ARTICLE 85

    La situation de la partie Est devient de plus en plus préoccupante. Elle doit donc être prise au sérieux. Et la survie de la République en dépend énormément. L’insécurité qui prévaut dans l’Est constitue une menace contre la souveraineté du pays et de ses frontières héritées de la colonisation. A l’instant, elle a atteint son paroxysme. Raison de plus d’appeler à une mobilisation générale de l’ensemble de la population pour défendre la patrie en danger. Si le peuple doit jouer sa partition, il est temps aussi pour le chef de l’Etat, garant de la nation, d’activer le mécanisme prévu dans la Constitution, en pareilles circonstances. Il s’agit principalement de l’article 85 qui spécifique dans des termes clairs que « Lorsque des circonstances graves menacent, d’une manière immédiate l’indépendance ou l’intégrité du territoire national ou qu’elles provoquent l’interruption du fonctionnement régulier des institutions, le président de la République proclame l’état d’urgence ou l’état de siège, après concertation avec le Premier ministre, et les présidents de deux chambres, conformément aux articles 144 et 145 de la présente Constitution. Il en informe la nation par un message. Les modalités d’application, de l’état d’urgence et de l’état de siège sont déterminées par la loi ».

    Par rapport à ce qui se passe dans l’Est, tous les ingrédients sont réunis pour mettre en place le mécanisme prévu dans cet article. Procéder ainsi, c’est redonner aussi confiance aux hommes des troupes qui sont au front et surtout, raffermir davantage la fibre patriotique au sein de la population. La mobilisation générale passe donc par là. Car le peuple attend désormais voir de ses dirigeants des actes qui rassurent en vue de mettre définitivement fin à la pieuvre qui charrie depuis plus d’une décennie la mort et le désespoir dans l’Est de la RDC.

    AGENDA CACHE : AMPUTER LA RDC DU KIVU ET DE L’ITURI

    Le risque qui se profile à l’horizon est cette amputation que le pays peut subir si jamais le M23, avec ses parrains, arrivaient à consolider le contrôle des localités conquises et le repeuplement par les communautés venues du Rwanda des villages abandonnés par les autochtones congolais du fait des conflits armés.

    Le plan est déjà connu. Le régime de Kigali pousse le M23 à prendre le devant dans ce processus qui devrait conduire un jour à la déclaration de l’autodétermination des communautés transplantées. Tout se joue sur la résistance dont le M23 doit faire preuve face à Kinshasa. Quant à Kampala, il se prépare à s’emparer de l’Ituri, le moment venu. Conspiration, complot, complicité, tout se mêle et se conjugue aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la RDC.

    Le Potentiel

  • «Le Pdt Kabila partira après les prochaines élections» en RDC:Aubin Minaku

    «Le Pdt Kabila partira après les prochaines élections» en RDC:Aubin Minaku

    Joseph Kabila
    Joseph Kabila

    -En RDC, Joseph Kabila devrait annoncer, la semaine prochaine, peut-être le mardi 15 octobre 2013, devant les deux chambres réunies en Congrès, des mesures en faveur de l’ouverture politique. Le chef de l’Etat congolais va-t-il s’inspirer des recommandations faites par les concertations nationales qui se sont achevées la semaine dernière ? Eléments de réponse avec le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku. Le secrétaire général de la majorité présidentielle répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Que répondez-vous à ceux qui disent que ces concertations nationales, c’était de la poudre aux yeux ?

    Aubin Minaku : La réponse est simple : ils ne pouvaient que dire cela, parce qu’ils n’ont pas pris part aux travaux. Tous ceux qui ont pris part aux travaux, les délégués, les experts, les observateurs nationaux comme étrangers, et finalement, même les membres permanents du Conseil de sécurité, se sont rendu compte que les concertations ont été sérieuses. Les délégués ont débattu en toute liberté. Ce sont des résolutions fondamentales qui ont été adoptées. Reste maintenant leur mise en œuvre à partir du discours du président de la République devant le Congrès.

    Officiellement, ces concertations réunissaient le pouvoir et l’opposition. Mais les deux principaux opposants, Etienne Tshisekedi (UDPS) et Vital Kamerhe (UNC), ont boycotté ces rencontres. Alors, le jeu n’est-il pas faussé depuis le début ?

    Les concertations nationales ne concernaient pas que la majorité et l’opposition. Il y a la société civile, les chefs coutumiers, les experts, etc. J’ajouterais qu’en réalité, l’UDPS évolue en parallèle avec le cadre institutionnel, parce que le chef de l’UDPS se considère comme le président de la République, c’est une situation insolite. Cependant, les élus de l’UDPS à l’Assemblée nationale – une bonne vingtaine – ont pris part aux travaux de concertation nationale.

    Vous évoquez les dissidents de l’UDPS qui ont participé à ces concertations, mais depuis vingt ans on compte des centaines de dissidents de ce parti, ce qui n’empêche pas Etienne Tshisekedi de rassembler des millions de voix à chaque nouvelle élection. Est-ce que son absence ne nuit pas à la crédibilité de ces concertations ?

    Il a été absent aux élections de 2006 proclamées crédibles par tous. Donc, ce n’est pas sa présence qui crédibilise, même s’il est vrai qu’il a obtenu des voix pendant les dernières élections de 2011. Mais la crédibilité des concertations nationales, on la voit à travers le sérieux des recommandations issues de ces concertations. La République ne peut pas être l’esclave d’un parti politique.

    A l’issue de ces concertations, les délégués ont fait de nombreuses recommandations en faveur de l’ouverture démocratique. Le président Kabila leur a répondu qu’il présentera bientôt des mesures importantes. Pouvez-vous nous en donner des exemples ?

    Je n’ose pas devancer le président de la République dans ses prérogatives constitutionnelles, mais en tout cas il a clairement dit que l’ouverture politique prônée par lui depuis sa prestation de serment, il va davantage la mettre en œuvre.

    Avec la nomination d’un nouveau Premier ministre ?

    Le Premier ministre émane de la majorité. Ce n’est pas une affaire de Premier ministre tout seul ou d’autres institutions. L’essentiel, c’est que rapidement les recommandations soient mises en œuvre.

    Mais si le prochain Premier ministre émane de la majorité, est-ce que ce sera un Premier ministre d’ouverture ?

    Nécessairement, le prochain Premier ministre devra gérer un gouvernement où l’on retrouverait des membres de l’opposition. C’est cela aussi, l’ouverture.

    Vous parlez ouverture, vous parlez consensus, cela peut-il être l’occasion de changer la Constitution ?

    La Constitution congolaise est claire, il faut la respecter. Et le président de la République l’a toujours dit. Et si dans cette Constitution, les dirigeants estiment qu’il y a nécessité d’une révision dans l’intérêt de la République sur la base de la même Constitution, ce ne doit pas être un tabou. Mais si la Constitution prévoit quelques dispositions intangibles, on ne touche pas aux dispositions intangibles. Donc pour moi, la révision de la Constitution, ce n’est pas un tabou, mais il s’agit d’une révision des dispositions révisables. On ne touche pas aux dispositions intangibles.

    Parmi les dispositions intangibles, il y a l’article 220, qui interdit au président Kabila de se présenter en 2016 pour un troisième mandat. A vous écouter, on ne touche pas à l’article 220 ?

    C’est une disposition intangible ! On ne touche pas à cette disposition. Ca signifie qu’il y a respect des deux mandats non renouvelables. C’est clair.

    Donc, si on ne touche pas à l’article 220, est-ce que ça veut dire que le président Kabila partira en 2016 ?

    Le président de la République partira après les prochaines élections. Parce que selon la Constitution congolaise, une institution libère les fonctions quand il y a un autre qui a été élu de façon démocratique. Le jour où on organisera les élections présidentielles dans cette République, et que ce sera gagné par quelqu’un d’autre, celui-là remplacera Kabila.

    Mais vous savez bien qu’il y a des figures de la majorité présidentielle, comme Evariste Boshab, qui se prononce en faveur de la révision de la Constitution. Visiblement, vous n’êtes pas d’accord avec elle ?

    Je suis quand même secrétaire général de la majorité présidentielle et je ne sais pas s’il y a un organe de la majorité présidentielle qui réclame une révision constitutionnelle pour prolonger le mandat. Je sais qu’il y a des écrits scientifiques. Chacun a le droit de s’exprimer, mais il n’y a aucun organe de la majorité présidentielle qui s’est prononcé dans ce sens-là.

    Par RFI- Christophe Boisbouvier