Author: Don Kayembe

  • Javier Aguirre: «A la CAN, nous n’envisageons que la victoire»

    Javier Aguirre: «A la CAN, nous n’envisageons que la victoire»


    Par
    Christophe Jousset

    Publié le 27-10-2018
    Modifié le 27-10-2018 à 17:41

    Nommé à la tête des Pharaons, à l’issue de la dernière Coupe du monde, le Mexicain Javier Aguirre a rapidement mis l’Egypte sur les bons rails puisqu’ils sont déjà qualifiés pour la CAN 2019. Dans cette interview avec RFI, il se montre très ambitieux pour la prochaine Coupe d’Afrique, persuadé d’avoir une équipe très talentueuse.

    RFI: Javier, comment vous êtes-vous retrouvé à entraîner la sélection égyptienne ?

    Javier Aguirre: Je m’étais rendu à la Coupe du monde en Russie en tant que consultant de la télévision mexicaine. J’ai été approché par quelques équipes nationales, dont l’Egypte. J’ai vu qu’il y avait des joueurs de qualité, dont beaucoup évoluant à l’étranger. J’ai donc été intéressé, car c’était du sérieux, avec un travail de fond fait par Hector Cuper pendant quatre années. Les bases étaient solides et cela m’a décidé à venir m’installer au Caire.

    Vous suiviez cette équipe depuis longtemps ?

    J’avoue que non. Je connaissais bien sûr Mohamed Salah, je savais que Zamalek et Al Ahly font partie des meilleurs clubs d’Afrique, qu’ils ont déjà joué contre le Real Madrid ou Barcelone ou dans des compétitions internationales de premier plan, et que forcément ils donnent de l’éclat au championnat égyptien. Mais bon, à part ça, je ne connaissais pas grand-chose… Après, j’ai suivi bien entendu tous leurs matches à la Coupe du monde, j’avais regardé aussi le match de préparation qu’ils avaient disputé contre le Portugal et qu’ils avaient perdu dans les dernières secondes sur un doublé de Cristiano Ronaldo.

    Et qu’aviez-vous pensé de cette équipe égyptienne ?

    Je l’avais trouvé très bien organisée, avec évidemment la main d’Hector Cuper.

    Et à votre arrivée en Egypte vous avez procédé comment ?

    Dès le premier mois, j’ai fait une véritable immersion afin de voir le maximum de matches de championnat. Au bout d’un mois, j’avais observé toutes les équipes. J’avais l’impression de ramer contre le courant tellement c’était intense. Mais bon, je m’y suis mis rapidement.

    Et qu’est-ce qui vous a étonné le plus dans cette découverte du football égyptien ?

    En premier, très sincèrement, la qualité individuelle. D’ailleurs, les dirigeants de la Fédération m’ont dit qu’ils m’avaient choisi parce que le football mexicain leur semble très proche du football égyptien. Et c’est vrai. La qualité des joueurs, la discipline tactique présente bien des similitudes entre les deux pays et ça a été une agréable surprise pour moi. Les joueurs égyptiens sont très talentueux.

    Vous avez eu l’occasion de parler avec Hector Cuper après son départ ?

    Oui. C’est normal, entre entraîneurs, on a l’habitude de partager des informations et d’échanger entre nous. J’ai appelé Hector et il a répondu à mes questions avec beaucoup de gentillesse.

    Vous avez parlé de Mohamed Salah… Quelle est son influence dans l’équipe d’Egypte ?

    C’est tout simplement la référence absolue. Quand on parle de l’équipe d’Egypte, on pense d’abord à Mohamed Salah. L’année dernière il a véritablement explosé, s’imposant comme le meilleur joueur de Premier League, qui est le meilleur championnat au monde, ou au moins un des trois meilleurs sans aucun doute. Evidemment, ça l’a transformé en idole mondiale, suivie en permanence par les médias de tous les continents. Et son aura a logiquement profité à toute l’équipe. Je ne saurais pas vous dire ce qu’il représente en Egypte car à chaque fois qu’il vient ici, en général une fois par mois, les gens tombent carrément à ses pieds. Il y a foule à chaque fois pour l’apercevoir, que ce soit à l’aéroport ou à la descente du car de l’équipe. C’est un personnage qui a une grande importance dans la société égyptienne. Et il en va de même dans tout le monde arabe et dans le continent africain. C’est un joueur à part. Et il faut reconnaître que Salah assume ce rôle avec beaucoup de naturel et de simplicité, tout en veillant à ne pas sombrer devant tant de sollicitations. Je suppose que des joueurs comme Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo connaissent un peu la même chose, et lorsqu’on a la responsabilité de les accueillir en équipe nationale, il faut veiller à faire très attention pour qu’ils se sentent bien.

    Salah a vécu une Coupe du monde difficile après sa blessure en finale de la Ligue des champions, d’autant qu’il a rencontré aussi des problèmes avec sa Fédération. Sa photo avec le leader tchétchène Khadirov a fait beaucoup parler. Est-ce que ces moments pénibles pour Mohamed Salah sont désormais derrière lui ?

    J’ai tout fait, et je pense avoir réussi, pour que ces problèmes ne nuisent pas à ses performances. C’est un grand professionnel, il sait faire la part des choses. Je suis au courant de tous les problèmes qu’il a connus ces derniers mois, mais ça n’influe pas dans ses performances. En tout cas, à chaque fois qu’il vient avec nous, je le sens très concentré et très impliqué. S’il a, ou s’il a eu, d’autres problèmes en dehors de ce qui nous concerne, il a toujours fait en sorte de ne pas les ramener sur le terrain de jeu.

    Salah connaît un début de saison plus difficile que l’année dernière. Est-ce que ça vous inquiète ?

    Pour n’importe quel joueur, il est difficile de rester tout le temps au top. Il est très dur de marquer 36 buts en Premier League, disputer une Ligue des champions aussi. C’est très éprouvant. Il va falloir faire un suivi très précis de tous les joueurs et pas seulement de Salah, car cette année, la CAN va se dérouler en été, donc en fin de saison. Il nous faudra respecter les obligations fixées par la Fifa concernant le repos des joueurs. Donc attention, ce sera une CAN atypique, en plein été, et ce sera une grosse responsabilité pour le staff technique. Dès que notre qualification a été assurée, nous avons commencé à préparer notre programme de travail afin d’avoir les joueurs dans la meilleure forme possible.

    Justement, puisque l’Egypte est déjà qualifiée, que ferez-vous lors des deux dernières journées des éliminatoires ? Allez-vous continuer à travailler avec les titulaires habituels ou allez-vous en profiter pour tester d’autres joueurs ?

    Bonne question. J’avoue que je n’ai pas encore la réponse. Nous essayons de conclure des matches amicaux en novembre et en mars. Ce serait l’idéal pour faire jouer des jeunes. Ça nous permettrait de varier, de garder les titulaires pour les matches éliminatoires et les jeunes pour les amicaux. Car on a quelques jeunes qui peuvent très bien rejoindre le groupe habituel.

    A la dernière Coupe du monde, on a remarqué qu’aucune équipe africaine n’a franchi le premier tour. Et la création de la nouvelle Ligue des nations en Europe restreint les possibilités pour les équipes africaines de rencontrer les principales nations européennes et donc de progresser. Regrettez-vous cela ?

    Bien sûr, car il ne fait aucun doute que le meilleur football du monde est celui pratiqué en Europe. Cette nouvelle compétition limite les possibilités de jouer contre les grandes équipes européennes et il faut se battre pour croiser le Brésil, l’Argentine ou l’Uruguay. Nous avons exposé nos inquiétudes lors de la remise des prix FIFA le mois dernier à Londres car ça rend les choses très compliquées. Et ça nous oblige à chercher d’autres solutions pour continuer à progresser.

    Si la CAN 2019, prévue au Cameroun, devait finalement changer de pays d’accueil, le président de la CAF, Ahmad, a évoqué comme possibles pays de substitution le Maroc, l’Afrique du Sud et l’Egypte. Ça vous plairait de jouer la CAN à domicile ?

    On sera fixé fin novembre, après une dernière visite d’inspection de la CAF au Cameroun. A ma connaissance, les rumeurs désignent surtout le Maroc. En tout cas, il faudra prendre bien vite une décision définitive car nous serons 24 équipes. Il faut une logistique importante et il semble que le Cameroun a du mal. Mais je préfère rester prudent et ne pas donner l’impression de ne pas vouloir aller au Cameroun. Tant que le Cameroun est le pays hôte, je vais éviter de donner mon avis sur une éventuelle délocalisation.

    Vous êtes déjà qualifié mais les éliminatoires ne s’achèveront que fin mars, avec un tirage au sort au plus tôt début avril. Ça vous laissera un peu plus de deux mois pour vous organiser. Ça vous paraît suffisant ?

    Vous avez raison. Nous sommes heureux d’avoir déjà notre ticket pour la phase finale. Et le temps sera très serré pour tout organiser : les déplacements, les hôtels, les adversaires. Je ne veux pas dire que c’est désorganisé, car ce retard répondait à une demande généralisée afin d’éviter que le calendrier éliminatoire de la CAN ne vienne perturber les équipes qui préparaient la dernière Coupe du monde. Mais bien sûr que ça nous affecte.

    Parmi vos succès dans cette phase éliminatoire, il y a eu votre victoire 6-0 sur le Niger. Avez-vous été surpris d’un tel score face à une équipe qui a pourtant disputé des phases finales de la CAN encore récemment ?

    Quand il y a des scores aussi importants, c’est que plusieurs facteurs y contribuent. Ce n’est pas un résultat normal, même quand l’écart de niveau entre les deux équipes est très important, comme c’était le cas à cette occasion. Le Niger n’a pas fait un mauvais match, mais mes joueurs étaient très inspirés. Je ne sais pas si c’était pour me faire plaisir pour mon premier match ou parce qu’on avait changé notre système de jeu… Cela dit, on a été très supérieurs au Niger ce soir-là.

    Vous avez déjà réussi votre premier objectif, vous qualifier pour la CAN. Il faudra ensuite tenter de la remporter, puis de vous qualifier pour le Mondial 2022. Vaste programme…

    Nous sommes tous très heureux car trois matches nous ont suffi pour nous qualifier, et l’équipe tourne bien. Il faut aller par étape. Pour le moment, je ne pense qu’à la CAN, je ne veux pas regarder plus loin. Il faudra continuer à progresser dans le jeu avec l’objectif de remporter cette CAN. Nous n’envisageons rien d’autre que la victoire finale. Avec un palmarès comme le nôtre, toute autre performance serait décevante.

    Propos recueillis par Carlos Pizarro et Christophe Jousset pour RFI.

    L’origine de l’article >>

  • Etats-Unis : onze morts lors d’une attaque contre une synagogue de Pittsburgh

    Etats-Unis : onze morts lors d’une attaque contre une synagogue de Pittsburgh

    Un tireur a tué onze personnes, samedi 27 octobre, en ouvrant le feu dans la synagogue Tree of Life (« Arbre de vie ») de Pittsburgh, en Pennsylvanie, où des fidèles étaient rassemblés pour un office, selon un premier bilan officiel. Selon le New York Times, qui cite deux officiers de police, le tireur serait Robert Bowers, un homme de 46 ans. Il s’agit « probablement » de la pire attaque antisémite jamais commise aux Etats-Unis, a estimé samedi la principale association de lutte contre l’antisémitisme dans le pays, l’Anti-defamation League.

    Le directeur de la sécurité publique de Pittsburgh Wendell Hissrich a précisé qu’il y avait six blessés, dont quatre parmi les forces de l’ordre, après des échanges de coups de feu avec le tireur. « La scène est terrible à l’intérieur », a-t-il ajouté devant les caméras, apparemment très ému. « C’est l’une des pires scènes de crime sur laquelle je me sois rendu, et j’ai été sur des accidents d’avion », a-t-il confié.

    Selon le porte-parole de la police locale, Chris Togneri, le suspect s’est rendu aux autorités aux alentours de 11 heures (17 heures à Paris) et a été arrêté et placé en garde à vue, avant d’être transféré à l’hôpital. Une enquête fédérale pour « crime de haine » a été ouverte.

    L’auteur de la fusillade a été inculpé de vingt-neuf chefs d’accusation pour crimes fédéraux, incluant onze chefs pour obstruction à l’exercice de croyances religieuses entraînant la mort et onze chefs pour usage d’une arme à feu pour commettre un meurtre, a annoncé le bureau du ministère fédéral de la justice pour le district ouest de l’Etat de Pennsylvanie, où se trouve Pittsburgh. « Certains chefs d’accusation pourraient conduire à la peine capitale », a déclaré le ministre américain de la justice Jeff Sessions dans un communiqué, en dénonçant un crime « extrêmement répugnant ».

    Des appels à éviter le quartier

    Robert Bowers, « un homme blanc barbu et de forte corpulence » selon KDKA, serait connu pour avoir tenu de nombreux propos antisémites sur les réseaux sociaux, selon le Washington Post. Plusieurs médias américains rapportent que Bowers a également tenu des propos antisémites aux forces de l’ordre présentes sur place, après que celui-ci se fut barricadé.

    Les membres de la congrégation s’étaient réunis pour le jour de repos juif du shabbat à 9 h 45 (15 h 45 à Paris). Tout a commencé peu après 10 heures, quand la police locale a appelé les habitants du quartier à rester chez eux. « Il y a un tireur dans la zone de Wilkins et Shady. Eviter le quartier », ont alors tweeté les services de sécurité publique de la ville.

    Fondée il y a 150 ans, la synagogue Tree of Life, qui peut accueillir jusqu’à 1 250 personnes, selon son site Internet, se trouve dans le quartier résidentiel de Squirrel Hill, où bat le cœur de la communauté juive de Pittsburgh. La police de New York a de son côté fait savoir qu’elle renforçait la sécurité autour des lieux de culte de la ville, avec notamment des patrouilles supplémentaires.

    Donald Trump dénonce la « haine » aux Etats-Unis

    Donald Trump a annoncé qu’il se rendrait à Pittsburgh. Il a dénoncé la « haine » dans le pays. « C’est franchement une chose terrible, terrible ce qu’il se passe avec la haine dans notre pays et partout dans le monde », a déclaré le président américain, avant d’ajouter que « quelque chose doit être fait ». « Quand des gens font ce genre de chose, ils devraient se voir infliger la peine capitale », a déclaré M. Trump. Tous les drapeaux à la Maison Blanche, sur les bâtiments publics, dans les camps militaires, dans les bases navales et sur les navires de guerre seront en berne jusqu’au 31 octobre en signe de « respect solennel » pour les victimes, selon les ordres du président américain.

    Le gouverneur démocrate de Pennsylvanie, Tom Wolf, a quant à lui qualifié l’événement de « tragédie absolue ». « Ces actes de violence insensés ne ressemblent pas à ce que nous sommes en tant qu’Américains », a-t-il ajouté sur Twitter.

    Alors que le président français Emmanuel Macron, en déplacement à Istanbul, a exprimé sa « tristesse » et son « soutien à l’égard du peuple américain », son ministre de l’intérieur Christophe Castaner a annoncé avoir demandé aux préfets de « renforcer la vigilance autour des synagogues ».

    La chancelière allemande Angela Merkel a, elle, fustigé samedi « la haine antisémite aveugle ». « Nous tous devons nous élever avec détermination contre l’antisémitisme. Partout », a-t-elle affirmé selon une brève déclaration postée sur Twitter par le porte-parole du gouvernement allemand. Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a dénoncé une attaque « antisémite horrible ». « J’ai eu le cœur brisé et j’ai été horrifié par l’attaque meurtrière qui a eu lieu aujourd’hui à Pittsburgh », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur son compte Twitter.

    L’origine de l’article >>

  • « Tout l’argent du monde » : la tragédie d’une mère selon Ridley Scott

    « Tout l’argent du monde » : la tragédie d’une mère selon Ridley Scott

    Le cinéaste accumule les clichés, mais signe un beau portrait de femme.

    Par Thomas Sotinel Publié aujourd’hui à 14h00, mis à jour à 14h00

    Lecture 6 min.

    Canal+, samedi 27 octobre à 21 heures, film

    Dix millions de dollars, ce n’est qu’une minuscule fraction de tout l’argent du monde. Et c’est ce qu’a coûté le tour de passe-passe cinématographique exécuté par deux octogénaires, le réalisateur Ridley Scott et l’acteur Christopher Plummer, pour escamoter Kevin Spacey du film Tout l’argent du monde, dans lequel il tenait un rôle central. La manœuvre consistant à rem­pla­cer Spacey par Plummer a, selon le New York Times, porté le budget du film à 50 millions de dollars.

    « Tout l’argent du monde » est à l’Italie ce qu’« Une grande année », le pire film de Scott, est à la Proven­ce

    Dans cette relation du rapt, en 1973, par une bande mafieuse, de John Paul Getty III, descendant – mais pas héritier – de la plus grande fortune de l’époque, Rid­ley Scott déploie, avec la désinvolture d’un cinéaste qui n’a plus rien à prouver, ses défauts les plus navrants (Tout l’argent du monde est à l’Italie ce qu’Une grande année, le pire film de Scott, est à la Proven­ce). Mais aussi ses qualités les plus éprouvées – manipulation du suspense (Alien) et maîtrise du grand format (American Gangster). Il met en scène ici son plus beau personnage féminin depuis le sergent Ripley d’Alien : Abigail Harris, la mère de l’adolescent enlevé, jouée par Michelle Williams.

    Le film commence à San Francisco, où John Paul Getty II (Andrew Buchan), Abigail Harris et leurs enfants vivent chichement, à l’ombre de la tour qui abrite Getty Oil, siège de l’empire que leur père, beau-père et grand-père a édifié. Des flash-back un peu ridicules montreront Christopher Plummer, rajeuni numériquement, négociant, au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’achat de champs pétrolifères avec des nobles saoudiens et lançant le premier super-tanker des chantiers navals de Toulon (le bateau fut en fait construit à Dunkerque, mais la précision historique est le cadet des soucis de Ridley Scott et de son scénariste).

    Un biopic dynastique

    Pendant que se déploient les poncifs de ce biopic dynastique, on voit poindre un autre film, la tragédie d’une femme plongée dans un monde qui ne lui fera jamais de place. Après avoir poussé son mari à se réconcilier avec son père, Abigail Harris fait la connaissance du milliardaire qui, selon la version proposée par Plum­mer et Scott, est un hybride d’Oncle Picsou et du roi Lear, un avare mégalo qui lave ses caleçons à la main tout en faisant reconstruire à Malibu la villa d’Hadrien.

    Installés à Rome, les Getty Junior se laissent aller à la dolce vita, grâce aux miettes que l’ancêtre leur jette

    Installés à Rome, les Getty Junior se laissent aller à la dolce vita, grâce aux miettes que l’ancêtre leur jette. Papa prend goût à l’héroïne, maman se débrouille comme elle peut avec John Paul Getty III (Charlie Plum­mer), ado difficile. Si difficile qu’en traînant au pied du Colisée il est enlevé par un gang qui réclame 17 millions de dol­lars pour le libérer. Le film trouve alors un curieux équilibre entre le récit de l’enlèvement, traité à gros traits, et l’affrontement entre la mère et le grand-père qui a affirmé dès les premiers jours son refus de débourser 1 cent.

    Ridley Scott met en scène l’Italie des années 1970 en collant bout à bout les clichés : carabiniers empotés, presse corrompue, Etat défaillant. Et, cerise sur le gâteau, un mafieux incarné par Romain Duris, qui portait mieux la robe chez Ozon que l’inamovible galure crasseux dont l’a affligé la costumière Janty Yates. Dans ces moments, seul le sens du rythme du cinéaste empêche le film de sombrer dans le ridicule. Tandis que son fils est revendu par les ravisseurs, Abigail refuse de se résigner à l’inaction face à l’impéritie italienne et l’avarice de l’aïeul. Lequel, pour se donner bonne conscience, met sur l’affaire l’un de ses séides, Fletcher Chace (Mark Wahlberg), ex-agent de la CIA, qui passe peu à peu dans le camp de la mère.

    Michelle Williams, force vitale

    Chace se révèle d’abord incompétent. Lors d’une visite au siège des Brigades rouges (un grand appartement au mur duquel le groupe de Renato Curcio a affiché sa raison sociale), il se laisse convaincre que l’adolescent a mis en scène son enlèvement. C’est l’une des pires séquences du film, mais aussi le ressort qui permet de mettre en mouvement le rapport entre Abigail et l’homme de main.

    Mark Wahlberg utilise au mieux sa faculté à incarner les braves types pas très fins

    Selon les lois en vigueur jusqu’ici à Hollywood, le mâle alpha devrait accomplir héroïquement la mission confiée par la femme éplorée. C’est à peu près le contraire qui se passe. La bru réprouvée prend l’ascendant sur Chace, reflétant l’écart qui sépare les deux acteurs. Michelle Williams est ici aussi résolue et habile qu’elle était blessée et désemparée dans Manchester by the Sea, alors que Mark Wahlberg utilise au mieux sa faculté à incarner les braves types pas très fins.

    Quant à Plummer, il cherche à trouver un peu d’humanité au fond de son personnage. Mission impossible : J. Paul Getty, qui fit installer une cabine téléphonique à pièces dans le hall de son manoir anglais pour que ses invités n’abusent pas de son hospitalité, n’avait (selon le scénario de David Scarpa, tiré d’un livre de John Pearson) d’autre fonction que de propager la corruption. Lors­que l’acteur se résout à se laisser aller à l’ignominie de son milliardaire, face à la force vitale qu’incarne ­Mi­chelle Williams, Tout l’argent du monde touche à la grandeur.

    Tout l’argent du monde, de Ridley Scott. Avec Christopher Plummer, Mark Wahlberg, Michelle Williams (135 min).

    L’origine de l’article >>

  • Le grand défilé de Guillaume Canet

    Le grand défilé de Guillaume Canet

    Notre chroniqueur a encore frappé : après les vestiaires de Michel Cymes et Benjamin Millepied, Marc Beaugé scrute celui de l’acteur français, actuellement à l’affiche du film «Le Grand Bain». 2003, tuba

    Guillaume Canet a le sourire. Et pour cause. A 30 ans, l’ancien champion d’équitation vient de réaliser son premier film, le très réussi « Mon idole ». Mieux encore, sur le tournage de Jeux d’enfants, il vient de rencontrer Marion Cotillard, sa futurecompagne. Ainsi, tout irait à merveille pour lui s’il n’avait pas choisi de transformer son torse en un interminable tube, en portant une veste de smoking à trois boutons et en boutonnant les deux premiers.


    L’origine de l’article >>

  • La baisse des contrats aidés, un problème dans le monde rural

    La baisse des contrats aidés, un problème dans le monde rural

    Portfolio

    LE MONDE |

    Depuis la baisse drastique du nombre de contrats aidés, décidée par le gouvernement, l’Association rurale d’éducation populaire (AREP) a des difficultés pour boucler son budget et continuer de prendre en charge la garderie, le réfectoire, l’étude, la bibliothèque de la vallée de la Corneilla. Ces emplois étaient subventionnés parfois jusqu’à 95 % du taux brut du smic. A Festes-et-Saint-André (Aude), elle a failli coûter leur poste à quatre des sept salariés de l’AREP. Pour prolonger trois contrats, requalifiés en CDD, la petite structure a dû puiser dans son fonds de roulement. Un reportage photographique nous fait découvrir l’essentiel des services périscolaires de l’association.

    Chargement en cours…

    Dix-sept enfants sont accueillis, ce soir-là, au centre de loisir agréé de l’Association rurale d’éducation populaire (AREP) situé dans le village audois de Festes-et-Saint-André, le 11 octobre.


    ARNO BRIGNON / SIGNATURES POUR “LE MONDE”

    L’origine de l’article >>

  • « Coup de chaud sur la laine du mérinos »

    « Coup de chaud sur la laine du mérinos »

    Matières premières. C’est du jamais-vu depuis 1968. Les moutons mérinos ont trop chaud dans l’est de l’Australie. Devant la Chine et la Nouvelle-Zélande, le pays est le premier producteur de cette laine fine, respirante et ultra-résistante dont raffolent les fabricants de pulls en V. Uniqlo en a fait l’un de ses produits phares. L’enseigne japonaise de mode écoule, chaque année, des millions de ces tricots fins aux couleurs vives à prix plancher. Mais les tarifs d’Uniqlo pourraient bientôt grimper.

    Pour la première fois depuis cinquante ans, le prix de référence de la laine mérinos australienne a franchi en septembre la barre symbolique des 20 dollars par kilo en Australie, rapporte l’agence Reuters. En un an, le prix de cette laine issue des moutons mérinos, bêtes à laine originaires d’Espagne, a bondi de 20 % en un an. En cause : la sécheresse.

    L’Australie traverse un épisode caniculaire d’une exceptionnelle gravité. Dans certaines régions de culture et d’élevage de l’est du pays, les précipitations ont été de 40 % inférieures à la moyenne des vingt dernières années, d’après le Bureau gouvernemental australien pour les études agricoles et les ressources (Abares). « Les récoltes de l’hiver 2018-2019 figureront parmi les pires de l’histoire de l’est de l’Australie », estime désormais la banque Rabobank dans une étude publiée en octobre.

    La sécheresse fait souffrir les cheptels. Les bêtes ont peu à brouter. Leur lainage est moins abondant et de moindre de qualité. Et le nombre de têtes diminue. Beaucoup des éleveurs de mérinos ont d’abord eu recours au fourrage pour nourrir leurs troupeaux, avant d’y renoncer et de vendre ou d’abattre des bêtes pour éviter la faillite. Les semaines à venir s’annoncent aussi très compliquées. L’agence météorologique australienne prévoit que les trois prochains mois seront plus secs et plus chauds que la moyenne.

    Des stocks au plus bas

    Le gouvernement australien…

    L’origine de l’article >>

  • Transport maritime : les nouvelles routes polaires ne devraient pas bouleverser le commerce mondial

    Transport maritime : les nouvelles routes polaires ne devraient pas bouleverser le commerce mondial

    Le réchauffement climatique va-t-il chambouler la géographie de la mondialisation commerciale ? L’ouverture en Arctique, « grâce » à la fonte des glaces, de nouvelles voies propres à la navigation de porte-conteneurs suscite autant de fantasmes que de répulsion. Or, « ces nouvelles routes n’auront qu’un impact modeste sur le commerce mondial », estime une étude tout juste publiée par le Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).

    Comme le rappellent ses auteurs, Jules Hugot et Camilo Umana Dajud, la découverte d’une route du Nord pour accéder à l’Asie est un Graal des navigateurs européens depuis des siècles : dès le XVIIe siècle, l’explorateur britannique Henry Hudson chercha sans relâche ce fameux « passage du Nord », qu’il ne réussit jamais à emprunter faute de pouvoir fendre la glace.

    Le changement climatique est en train de bouleverser la donne : l’été dernier, les températures ont été anormalement élevées dans le cercle polaire arctique, dépassant par endroits les 30 °C. Et pour la première fois, entre fin août et fin septembre, un navire porte-conteneurs de Maersk, la première compagnie maritime au monde, a relié Saint-Pétersbourg depuis Vladivostok en longeant les côtes sibériennes. Jusqu’alors, seuls des navires de moindre taille avaient parcouru cette route, désormais accessible de juillet à octobre.

    Des gains commerciaux limités

    La lettre du Cepii souligne que trois nouvelles voies pourraient s’ouvrir à la navigation de façon permanente, d’ici à 2050 et au-delà. Outre celle qui longe la Sibérie (passage du Nord-Est), un autre itinéraire borde la côte septentrionale (passage du Nord-Ouest), les deux débouchant sur l’océan Pacifique via le détroit de Béring. Une troisième route, enfin, la Transpolaire, reliera l’Atlantique au Pacifique à travers l’océan Arctique.

    Dans bien des cas, ces passages réduiront effectivement les distances, comparées…

    L’origine de l’article >>

  • Derrière le gigantesque succès de « The Walking Dead », le fragile marché du comics en France

    Derrière le gigantesque succès de « The Walking Dead », le fragile marché du comics en France

    Il suffit de se rendre dans les librairies françaises pour constater que les comics, les bandes dessinées d’origine américaine et britannique, ont pris de plus en plus de place sur les étagères ces dernières années. Dans le sillage des historiques Panini, Delcourt puis plus tard Urban comics — le trio de tête —, plusieurs maisons d’édition ont lancé leur label. La grande majorité de ces derniers, qu’ils soient David ou Goliath, vont se côtoyer dans les allées de la Comic-Con Paris, dont la quatrième édition se déroule du vendredi 26 au dimanche 28 octobre, à La Grande halle de la Villette.

    Ces derniers sont dans l’ensemble satisfaits de leurs résultats et du dynamisme de leur secteur. « On avait un objectif de rentabilité sur trois ans, on l’a été en huit mois », se félicite François Hercouët, directeur éditorial d’Urban comics, l’éditeur des ultrapopulaires séries « Batman » qui dépend du mastodonte de la BD Dargaud. Chez les indépendants, Bliss a par exemple embauché sa première salariée cette année, soit deux ans et demi après son lancement, et s’offre un stand au Comic-Con de 24 mètres carrés contre six il y a trois ans.

    Six cents titres par an

    Mais la réalité n’est pas aussi simple. Ce secteur reste le « petit Poucet » de la BD : selon le Syndicat national de l’édition et l’institut de sondage GFK, le chiffre d’affaires global du comics s’élevait, en 2016, à 45 millions d’euros, moins que la moitié de celui généré par le manga. Après avoir connu une explosion des ventes avec une croissance de 275 % entre 2007 et 2017, le marché du comics en France amorce un léger recul.

    Avec quelque six cents titres anglo-saxons publiés par an par l’ensemble des éditeurs français, tous s’accordent à dire que le marché est saturé. Mécaniquement, tous les albums n’auront pas la chance de percer ou d’attirer l’attention. « Aujourd’hui, pour une série qui va se vendre relativement bien, on en a dix qui font moins de mille exemplaires vendus », évalue Thierry Mornet, responsable de Delcourt comics.

    « Une dizaine de titres par mois, c’est une nécessité pour faire exister une marque »

    Si certaines maisons ont décidé de réduire leur programmation, d’autres comme Panini et Urban comics, éditeurs exclusifs en France des majors américaines Marvel et DC, continuent d’inonder le marché. « On a commencé fort, dès notre lancement en 2012, avec une dizaine de titres par mois. C’est une nécessité pour faire exister une marque », estime François Hercouët d’Urban comics. « Nous sommes dépendants de la stratégie et de la volumétrie de publication de Marvel », reconnaît, de son côté, Sébastien Dallain, son homologue chez Panini, à plus forte raison depuis que Marvel a acheté en 1994 l’entreprise italienne, qui s’est rendue célèbre pour ses albums de vignettes à collectionner. Une inflation qui, à terme, peut surtout porter préjudice en bout de chaîne aux librairies, qui n’ont pas une trésorerie illimitée et ne peuvent pas forcément suivre toutes les sorties.

    Le carton inattendu de « Rick et Morty »

    Car si l’offre s’est étendue, le lectorat n’a pas crû à la même vitesse. Avec actuellement 900 000 acheteurs français de comics, selon le Syndicat national de l’édition — en comparaison des 6,9 millions d’acheteurs de BD franco-belge —, ce marché de niche s’est élargi depuis une petite dizaine d’années.

    Date à laquelle les comics se sont vendus en librairies plutôt qu’en kiosques et maisons de presse, son système de distribution originel mais chancelant. L’arrivée massive en librairie s’est aussi accompagnée d’une autre façon d’éditer les comics. Au lieu des fascicules consommables qui se multipliaient au risque de perdre les lecteurs les moins aguerris, les éditeurs ont fait le choix de publier de beaux ouvrages cartonnés, regroupant les séries au complet, avec des chronologies entières ou des compilations d’un même auteur.

    « Avec “The Walking Dead”, on est au-delà du succès »

    C’est ainsi qu’a procédé la petite entreprise Bliss comics qui, depuis 2016, essaie de redonner une visibilité et une cohérence à l’univers de superhéros américains de la maison Valiant (Faith, Bloodshot). « Mon but était de produire des bouquins que j’aurais voulu avoir comme lecteur », explique son fondateur Florent Degletagne.

    Ces gros volumes peuvent toutefois coûter une trentaine d’euros, un tarif qui peut dissuader les indécis ou les plus jeunes. Car les comics peinent encore à séduire un très large public, à l’exception de cas très rares comme The Walking Dead. « C’est de très loin le titre numéro un. Aujourd’hui quand on regarde le marché du comics français, on retire son chiffre systématiquement sinon c’est faussé, explique Thierry Mornet, de Delcourt, son éditeur français. On est au-delà du succès, c’est un véritable phénomène avec pas loin de cinq millions d’exemplaires écoulés sur la série de trente tomes. »

    Lire aussi :   Charlie Adlard : « Il serait idiot de ne pas prévoir de fin à “The Walking Dead” »

    L’année 2018 a aussi été marquée par le décollage incroyable de la BD Rick et Morty dérivée de la série animée phénomène. Le tome 1, qui a marqué le lancement en janvier du petit label Hi Comics de la maison d’édition Bragelonne, s’est écoulé à plus de 30 000 exemplaires, et s’est hissé au sommet des ventes françaises, juste derrière The Walking Dead.

    « Deux mille exemplaires vendus, c’est le chiffre à partir duquel le titre devient rentable »

    « C’est toujours difficile d’expliquer pourquoi une BD marche et pas une autre », estime Basile Béguerie, qui s’occupe de la collection comics Paperback, lancée il y a quelques mois par Casterman. « Dans le comics, le chiffre-clé c’est deux mille exemplaires vendus. C’est le chiffre à partir duquel le titre devient rentable et où il a une raison d’exister », explique Sullivan Rouaud, responsable d’Hi Comics. A trois mille, les éditeurs considèrent que le titre est solide ; à cinq mille ventes, ils commencent à parler de réussite.

    Pour toucher le grand public et les lecteurs de BD franco-belge, il est difficile de tout parier sur la sortie d’un film ou d’une série. Les succès de Rick et Morty, de The Walking Dead ou encore Deadpool doivent certes beaucoup à leurs adaptations sur écran, mais cela n’a pas forcément été le cas de Black Panther, malgré son énorme carton au box-office.

    « Se tourner vers les lectrices »

    Le taux de conversion des spectateurs en lecteurs reste encore faible. Pour Olivier Jalabert, le directeur éditorial de Glénat comics, branche lancée en 2015 en se positionnant sur des œuvres indépendantes, « un des leviers pour sortir du lectorat habituel est de se tourner vers les lectrices ». Une idée qui trotte dans la tête de plusieurs éditeurs d’autant que les catalogues comics comportent des titres avec des héroïnes intéressantes, mais aussi depuis que des études de marché, notamment portées par l’institut de sondage GFK, montrent que ce sont les femmes qui achètent le plus de BD, en général.

    « On est en concurrence avec les plates-formes de VOD »

    Une stratégie qui a aussi poussé les éditeurs à investir autant que possible tous les champs de la BD américaine, bien au-delà des superhéros en slip moulant, et à proposer un foisonnement de genres : roman graphique, tranche de vie, science-fiction, polar, etc.

    Parce que les éditeurs sont plus nombreux sur l’échiquier, le prix des licences, notamment d’auteurs indépendants, a flambé « de façon déraisonnable, doublant, voire triplant », assurent tous les acteurs, sans donner de prix. « On peut quelque part parler de boursicotage où des paris sont faits sur des franchises sans être sûrs de leur rentabilité », admet Laurent Lerner, le fondateur de Delirium, petit éditeur indépendant qui s’évertue à republier l’œuvre de Richard Corben, Grand Prix de la ville d’Angoulême 2018. Ce dernier estime ne pas avoir les moyens ou l’envie de rentrer dans ce genre de compétition : « Les ayants droit américains cèdent au plus offrant, c’est ainsi que ça marche. »

    Lire aussi :   Le maître de l’horreur Richard Corben nouveau Grand Prix d’Angoulême

    Difficile pour les maisons d’édition à un ou deux salariés d’exister depuis qu’elles se voient concurrencées sur les catalogues de titres indépendants ou confidentiels par de grands groupes de BD. « On est en concurrence non seulement les uns avec les autres, mais surtout avec les autres formes de divertissement comme les plates-formes de VOD [vidéo à la demande]. Car pourquoi aller acheter un tome à 15 euros quand, pour 10 euros par mois, tu as un abonnement illimité ? », complète Basile Béguerie, de Casterman. « La leçon qu’il faut retenir, selon Olivier Jalabert de Glénat, c’est que contrairement à ce que pourrait faire croire l’effet Hollywood, nous ne sommes pas dans un Eldorado du comics. »

    L’origine de l’article >>

  • Au-delà de l’affaire Khashoggi, la guerre au Yémen

    Au-delà de l’affaire Khashoggi, la guerre au Yémen

    Editorial du « Monde ». La sauvagerie de l’assassinat de l’opposant saoudien Jamal Khashoggi le 2 octobre a suscité à raison une indignation générale. Les capitales occidentales ne pouvaient rester sans réagir, alors que s’accumulent, depuis trois semaines, les détails macabres et les éléments montrant l’implication de Riyad au plus niveau.

    Premier exportateur de pétrole mondial, premier acheteur d’armement au monde et principale puissance de la péninsule Arabique, le Royaume saoudien se sent d’autant plus intouchable qu’il peut compter sur le total soutien de Donald Trump dans sa guerre pour contenir l’influence iranienne. Mais, sous le choc de ce crime atroce commis dans les locaux du consulat saoudien à Istanbul par un commando venu de Riyad, le débat sur les sanctions est lancé. A commencer par les ventes d’armes.

    La pire tragédie humanitaire en cours

    Cette question a trop longtemps été éludée, alors que, depuis quatre ans, Riyad mène, à l’initiative de Mohammed Ben Salman (MBS) lui-même, une sale guerre au Yémen pour museler les insurgés houthistes protégés par Téhéran. Ce mouroir dénoncé par l’ONU comme la pire tragédie humanitaire en cours, n’avait jusqu’ici guère ému ni les opinions occidentales ni leurs gouvernements. Seules les ONG se battent dans l’indifférence générale pour demander l’arrêt des livraisons des armes alimentant l’interminable carnage.

    Lire aussi :   Ventes d’armes à l’Arabie saoudite : Macron se dissocie de Merkel

    La chancelière allemande, Angela Merkel, prône ouvertement une telle solution tant que les dessous de la mort de Khashoggi ne seront pas éclaircis. Et elle rappelle aussi que « l’Arabie saoudite doit tout faire pour résoudre la crise humanitaire au Yémen ». Sa position est néanmoins hypocrite. Alors que l’accord de coalition gouvernementale avec le SPD interdit explicitement toute vente d’armes « à des pays impliqués dans la guerre au Yémen », les autorités allemandes ont depuis le début de l’année autorisé pour 416,4 millions d’euros de contrats d’armement avec Riyad.

    « De la pure démagogie »

    L’enjeu pour les autorités françaises est d’une tout autre ampleur. L’Arabie saoudite était derrière l’Egypte le deuxième client en 2017 de l’industrie d’armement française. En outre, depuis le grand tournant prosaoudien amorcé sous la présidence de François Hollande, c’est un « partenaire stratégique », même si Paris voudrait aussi rééquilibrer ses relations avec Téhéran.

    Aux yeux d’Emmanuel Macron, évoquer un arrêt des ventes d’armes serait « de la pure démagogie ». « Je comprends le lien avec le Yémen, mais il n’y a en a aucun avec M. Khashoggi », a insisté le chef de l’Etat, resté longtemps silencieux sur l’affaire, même s’il n’a pas hésité, lors d’un entretien avec MBS le 25 octobre, à lui dire « toute son indignation » pour l’assassinat de l’opposant. M. Macron évoque, quand les exécutants et les commanditaires auront été identifiés, des sanctions individuelles ciblées. Une position somme toute assez proche de celle affichée par M. Trump, qui a aussi brandi cette menace en excluant de remettre en cause les 110 milliards de dollars de contrats d’armements prévus avec Riayd.

    On peut s’interroger sur la pertinence de ce choix assumé de realpolitik au risque de se trouver en porte-à-faux avec l’opinion publique et surtout avec notre principal partenaire européen. L’affaire Khashoggi constitue au contraire une occasion de faire pression sur l’Arabie saoudite au Yémen. Un embargo sur les ventes d’armes serait une victoire posthume de ce journaliste, longtemps proche de la famille royale saoudienne, avant de devenir le pourfendeur acharné de l’aventurisme géopolitique de l’homme fort de Riyad.

    L’origine de l’article >>

  • Le difficile retour au Japon d’un ancien otage en Syrie

    Le difficile retour au Japon d’un ancien otage en Syrie

    « Quand je l’ai vu dans le terminal, je me suis précipitée et l’ai enlacé. Quand je lui ai dit : bienvenue à la maison, il a eu une petite réserve. » Son épouse, Myu, décrit le retour difficile dans son pays, jeudi 25 octobre, de Jumpei Yasuda, ancien otage japonais en Syrie. Sous le choc après quarante mois d’une détention qu’il a lui-même qualifié d’« enfer », le journaliste indépendant doit affronter un accueil mitigé dans l’Archipel.

    Depuis l’annonce de sa libération mardi, un flot de critiques – essentiellement anonymes – se déverse sur les réseaux sociaux autour de la notion de « jiko sekinin », la « responsabilité individuelle ». Leurs auteurs reprochent à M. Yasuda, qui a réalisé plusieurs reportages remarqués au Proche-Orient depuis le début des années 2000, d’avoir bravé l’interdit gouvernemental de se rendre dans des zones dangereuses.

    La décision suivait l’assassinat, début 2015, par l’organisation Etat islamique de deux Japonais, le journaliste Kenji Goto – ami de M. Yasuda – et Haruna Yukawa, qui dirigeait une société de sécurité. Aux yeux des critiques du journaliste, il n’aurait eu que ce qu’il mérite. D’où des invectives blessantes comme, « anti-citoyen » ou « élément perturbateur de la société ». Certains l’ont même qualifié d’« otage professionnel » car il a déjà été enlevé. C’était en 2004 en Irak, où il travaillait sur les souffrances causées par la guerre.

    Shinzo Abe se dit « soulagé »

    Il a heureusement quelques défenseurs. Toru Tamakawa, commentateur sur TV Asahi, estime qu’il faut rejeter « avec fermeté » l’argument de la responsabilité individuelle. « Nous avons besoin de gens qui risquent leur vie pour obtenir des informations sur le terrain », explique-t-il.

    La polémique rappelle celle survenue en 2004 au sujet de trois otages japonais, deux travailleurs humanitaires et un photographe, libérés après neuf jours de détention en Irak. A leur arrivée à Tokyo, des centaines de personnes les attendaient non pour saluer leur libération mais pour les conspuer. « Vous êtes la honte du Japon » ou « Voleurs d’impôts », disaient des pancartes brandies par la foule hostile rassemblée à l’aéroport.

    Cette colère, qui traduisait selon Masatoshi Saito, journaliste de la chaîne TBS, les dérives au Japon du néolibéralisme et du néonationalisme, avait été instrumentalisée par le gouvernement du premier ministre, Junichiro Koizumi (2001-2006), qui souhaitait détourner les critiques contre l’intervention des Forces d’autodéfense – les troupes japonaises – aux côtés de l’armée américaine en Irak.

    Difficile cette fois de parler d’instrumentalisation. Le premier ministre, Shinzo Abe, s’est dit « soulagé » d’apprendre la libération de M. Yasuda. Une question demeure pourtant : y-a-t-il eu paiement d’une rançon ? Tokyo dit que non. Mais l’observatoire syrien des droits humains, structure basée à Londres et suivant la guerre en Syrie, affirme que de l’argent a été versé par le Qatar qui, avec la Turquie, a joué un rôle déterminant pour la libération de Jumpei Yasuda.

    Il présente ses excuses

    Le journaliste a livré quelques bribes d’informations sur sa détention dans l’avion qui le ramenait au Japon. Il a été capturé en juin 2015 dans la province d’Idlib (nord-ouest de la Syrie) par des militants présumés du mouvement Hayat Tahrir Al-Cham, anciennement le Front Al-Nosra proche du réseau Al-Qaida.

    Les trois années qui ont suivi ont été marquées par des abus physiques et psychologiques. « Pendant plus de six mois, ils ne m’ont pas laissé me laver. Ils me donnaient des conserves, mais pas d’ouvre-boîtes », a expliqué M. Yasuda, amaigri et fatigué. Il est resté confiné près de huit mois dans une cellule de 1,5 mètre de long. Il ne pouvait même pas allonger ses jambes pour dormir. « Je vivais dans la peur permanente de ne jamais m’en sortir ou d’être tué. »

    En arrivant au Japon, le journaliste a choisi de faire profil bas. Dans un communiqué transmis à la presse par son épouse, il a présenté ses excuses « pour avoir causé des problèmes et suscité des inquiétudes » et promis de donner des explications sur sa détention.

    L’origine de l’article >>