Les mouvements djihadistes au Sahel ressemblent à une flaque de mercure sur le sol : frappée, elle éclate en une multitude de billes toxiques qui se dispersent. Les violences meurtrières qui déstabilisent le Burkina Faso, et notamment l’est du pays depuis le printemps, ne peuvent être dissociées des opérations militaires menées dans la zone dite « des trois frontières » (Mali, Niger, Burkina Faso) par les armées nationales de ces pays, par les Français de la force « Barkhane » et, bien que moins opérationnelle, par la force régionale conjointe du « G5 Sahel ».
Plus généralement, depuis le début de l’intervention militaire française au Mali en janvier 2013, les groupes armés se sont multipliés ; l’espace contaminé par les violences s’est étendu, réduisant d’autant la capacité de faire avancer des projets de développement dans des régions marginalisées et paupérisées.
En visite vendredi 19 octobre à Ouagadougou, le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a pu constater l’ampleur du problème. L’Institut français ne rouvrira qu’en février 2019 au plus tôt. Il avait été fermé depuis l’attaque simultanée en mars de deux commandos du groupe djihadiste Al-Mourabitoune – affilié au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lui-même filiale d’Al-Qaida dans l’ouest du Sahel – contre l’état-major de l’armée burkinabée et l’ambassade de France.
De même, la Maison de la jeunesse et de l’innovation tout juste inaugurée dans la capitale, et censée marquer l’esprit de la nouvelle politique française d’Emmanuel Macron à destination de ses « partenaires » africains, devra attendre avant de pouvoir accueillir un large public.
« Etape constructive »
Un programme d’aide française de plusieurs millions d’euros dans le nord du Burkina Faso est également mal engagé. Le soir de l’arrivée de M. Le Drian à Ouagadougou, la gendarmerie de Djibo, l’une des principales villes du nord du pays, était en effet attaquée,…
Le secrétaire américain à la défense, Jim Mattis, a adressé un rappel à l’ordre à peine voilé à l’Arabie saoudite. « En gardant à l’esprit nos intérêts collectifs pour la paix et pour le respect inconditionnel des droits de l’homme, le meurtre de Jamal Khashoggi dans une enceinte diplomatique doit tous nous concerner », a-t-il dit lors d’une intervention devant les dirigeants arabes participant au Dialogue de Manama, la capitale de Bahreïn, lors de cette conférence annuelle sur la sécurité organisée dans la région. « L’incapacité d’une nation à respecter les normes internationales et l’Etat de droit nuit à la stabilité régionale à un moment où elle est le plus nécessaire », a poursuivi le chef du Pentagone.
Il n’a pas accusé directement l’Arabie saoudite et n’a pas fait référence aux appels des membres du Congrès à réduire les ventes d’armes ou à imposer des sanctions au royaume. L’Arabie saoudite reste un allié stratégique des Etats-Unis face à l’influence croissante de l’Iran au Moyen-Orient, mais la crise provoquée par la mort de Jamal Khashoggi a tendu les relations entre Riyad et les Occidentaux.
L’Arabie saoudite a rejeté la demande d’Ankara d’extrader dix-huit Saoudiens accusés d’avoir assassiné le journaliste. « Sur la question de l’extradition, ces individus sont des citoyens saoudiens. Ils sont détenus en Arabie saoudite, l’enquête est menée en Arabie saoudite et ils seront poursuivis en Arabie saoudite », a déclaré le ministre des affaires étrangères saoudien, Adel Al-Joubeir, lors de la conférence.
Il oppose ainsi une fin de non recevoir à la Turquie, qui réclame que les suspects soient extradés pour être jugés sur son sol.
Jim Mattis a par ailleurs estimé qu’il était important de tourner la page de la querelle diplomatique qui oppose depuis seize mois l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte au Qatar, accusé de sympathies pro-iraniennes et de soutien au terrorisme. « La résolution des débats internes parmi notre partenaire du Conseil de coopération du Golfe est vitale (…). A défaut, nous affaiblirons notre sécurité », a-t-il dit.
Avertissement à Moscou
M. Mattis a tenu à rappeler aux pays arabes que les Etats-Unis restent un « partenaire de choix, car ils sont engagés à long terme ». La Russie, qui assoit son influence en Syrie grâce à ses victoires militaires au bénéfice du régime de Bachar Al-Assad, ne doit « pas remplacer les Etats-Unis » au Proche-Orient, a-t-il encore déclaré.
« L’opportunisme de la Russie et son empressement à ignorer les activités criminelles d’Assad à l’encontre de son propre peuple prouvent son manque d’engagement sincère envers les principes moraux les plus élémentaires. »
La question syrienne en toile de fond
Un sommet inédit sur la Syrie doit réunir samedi à Istanbul les dirigeants turc Recep Tayyip Erdogan, russe Vladimir Poutine, français Emmanuel Macron et allemande Angela Merkel.
Il portera notamment, selon la présidence turque sur la situation à Idlib, dernier grand bastion de l’opposition en Syrie et sur « le processus politique » censé aboutir à un règlement au conflit qui ravage le pays depuis 2011.
“Hiroshige, Vues du Japon” par Valérie Sueur – Editions de la BnF – 24 x 34 cm, 48 pages dont 23 illustrations grand format détachables
La nouvelle collection des Editions de la BNF s’intitule « Livres-posters » : des ouvrages qui rassemblent une sélection d’images dans un format et une reliure qui permettent de les détacher. Chaque planche est accompagnée d’un commentaire, et chaque recueil présente un texte d’introduction signé par un conservateur. Une occasion de découvrir la série des « Cinquante-trois relais du Tôkaidô », réalisée en 1832 par Andô Hiroshige (1797-1858) – l’un des premiers titres édités de la collection.
« C’est mon livre le plus personnel », confie Annette Wieviorka. En retraçant, dans Ils étaient juifs, résistants, communistes, la geste tragique des FTP-MOI (Francs-tireurs partisans-Main-d’œuvre immigrée) qui participèrent, à Paris, mais aussi à Lyon et à Grenoble, à la lutte armée contre l’occupant allemand pendant la seconde guerre mondiale, c’est une part de sa propre histoire qu’elle raconte. « Ces gens sont les miens », confie sobrement l’historienne dans son appartement plein de livres du 10e arrondissement de Paris. Ce quartier, elle ne l’a jamais vraiment quitté. Il était avant guerre l’un des cœurs du « yiddishland » de la capitale, avec ses artisans, ses journaux, ses clubs sportifs, ses querelles politiques.
Publié une première fois en 1986 chez Denoël, le livre était depuis longtemps épuisé. Mais son auteure s’était toujours opposée à sa réédition en l’état. « En l’espace de trente ans, explique-t-elle, tout a changé, avec l’ouverture complète des archives, notamment celles de la police et du ministère de l’intérieur, et la publication des Mémoires de plusieurs protagonistes, complétant les récits des survivants que j’avais interrogés à l’époque. »
Elle l’a donc considérablement augmenté par rapport à la première édition, ce qui en fait, plus que jamais, le livre de référence sur cet épisode longtemps ignoré hors de l’entre-soi des anciens de la MOI, dont l’ancien secrétaire général de la CGT Henri Krasucki (1924-2003) – guère plus de 200 survivants. Lesquels parlaient peu. « Jamais je n’ai rencontré de résistants juifs triomphants, leur modestie était à la mesure du drame subi par leur famille », analyse Annette Wieviorka.
Le poème d’Aragon chanté par Léo Ferré
C’est paradoxalement l’affiche apposée par les Allemands sur les murs de France, avec les portraits des « terroristes étrangers » du « groupe Manouchian » – 23 membres des…
« Dr Livingstone, I presume ? » L’apostrophe est célèbre, mais qui se souvient qu’elle a été lancée à l’automne 1871 par un jeune Blanc arrivant à Ujiji (Tanzanie), village situé sur les rives du lac Tanganyika, à l’attention d’un autre Blanc au visage émacié, qui n’avait pas côtoyé d’Européens depuis cinq ans ?
A l’époque où le missionnaire écossais David Livingstone fut retrouvé par le journaliste Henry Morton Stanley, les grandes puissances européennes se partageaient l’Afrique, et ce « continent noir », largement méconnu, nourrissait un imaginaire colonial plus ou moins imprégné de racisme. Une fascination trop souvent faite de clichés et de préjugés qui transparaît nettement dans les écrits de Stanley et Livingstone, dont les ouvrages figurent en bonne place dans l’exposition « Récits du monde » qui se tient actuellement à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), près de Caen.
« Construction historique »
« L’imaginaire des voyages tels que nous les pratiquons en Occident est le produit d’une construction historique, on s’en rend compte immédiatement en explorant les archives de l’IMEC », note son commissaire, Gilles A. Tiberghien. Maître de conférences en esthétique à l’université Paris-I, celui-ci a eu carte blanche pour dénicher dans les fonds de l’IMEC les documents illustrant ce rapport au monde. Manuscrits d’œuvres, affiches, guides, cartes, revues, photographies ou ouvrages rares : entre histoire et géographie, fiction et documentaire, description et invention, ces archives dessinent en creux l’évolution qui se produit en deux siècles dans la manière occidentale de découvrir l’altérité.
En 1798, Bonaparte entame sa campagne d’Egypte. Il y associe une armée de savants, ingénieurs, écrivains, naturalistes, qui réunissent une documentation foisonnante sur la région. L’expédition inspirera durablement le mouvement artistique dit « orientalisme », et de nombreux poètes et écrivains dans la première…
L’Islande fascine, inspire et, depuis quelques années, la passion des Français pour l’île volcanique va grandissant. Comment est-elle représentée dans la fiction, à la fois nationale et étrangère ? L’Islande rêvée est-elle éloignée de la réalité ?
Une table ronde organisée dans le cadre du Monde Festival, samedi 6 octobre, avec les romanciers islandais Audur Ava Olafsdottir et Arni Thorarinsson, le traducteur littéraire Eric Boury et Mathias Malzieu, auteur-compositeur et chanteur du groupe de rock français Dionysos. Animée par Marie Charrel, journaliste au Monde.
Au creux des vacances, nous vous proposons deux documentaires et une série, trois contenus d’excellente qualité. Libye, anatomie d’un crime dévoile les terrifiants sévices subis par les prisonniers pendant la révolte populaire, Mon pays fabrique des armes brise le tabou des ventes d’armes françaises à l’étranger, tandis que la série Etonnants jardins nous emmène à la découverte des plus beaux paysages taillés par l’homme.
Des hommes violés en Libye
On ne verra jamais son visage, juste des plans sur ses mains abîmées et sur ses lèvres sèches. « Il n’y a pas de mot pour décrire ce que j’ai vu », lance, désespéré, Ahmed. Cet homme a passé cinq ans dans une prison libyenne. Cinq années durant lesquelles il a côtoyé des geôliers prêts à toutes les perversités pour humilier leurs prisonniers.
Ce qu’Ahmed s’apprête à décrire est abject : « Ils [les gardiens] prenaient un balai, ils le fixaient au mur et il fallait que tu te l’enfonces. Imagine à quel point tu te sens anéanti. On est nombreux à avoir subi des viols. Ils te violaient et ils filmaient avec un téléphone. »
Face à lui se tient Imad, un militant libyen exilé à Tunis. Avec Ramadan, un ancien procureur, ils tentent de rassembler et de consigner des témoignages de compatriotes – hommes et femmes – violés par les soldats de Kadhafi, envoyés pour mater la révolte populaire (qui commença en 2011) ; puis par des membres de milices armées après la mort du « guide ». Leur but ? Fairetraduire les donneurs d’ordres devant la justice internationale. Pour cela, ils sont épaulés par la juriste Céline Bardet, spécialiste des crimes de guerre. Ce documentaire suit ces deux exilés dans cette quête périlleuse, tant il est difficile de faire parler des hommes qui ont subi des violences sexuelles. Mustapha Kessous
« Libye, anatomie d’un crime »,de Cécile Allegra (France, 2018, 75 minutes). Disponible sur Arte.tv jusqu’au 21 décembre et sur YouTube.
Une « équipe France » armée
La France vend des armes, beaucoup, et depuis longtemps. Est-ce son rôle d’exporter des armes dans le monde entier, particulièrement au Moyen-Orient aujourd’hui à feu et à sang ? « Oui, c’est notre rôle », tranchait François Hollande en avril 2017 dans une usine du missilier MBDA. Un « Circulez, rien à voir ! » que le documentaire de la journaliste Anne Poiret tente de bousculer. Car, si la première affirmation du film se discute assurément – « Nous ne savons rien » –, la deuxième est une vérité sur laquelle il vaut de s’interroger : le sujet des ventes d’armes forme « un angle mort du débat public ».
Avec 17 milliards d’euros de prises de commandes en 2016, montant record historique, la présidence de François Hollande a plus que toutes les autres vendu canons et munitions, rappelle le film. Et pourtant aucun des responsables de l’époque n’a assumé cette politique devant la caméra d’Anne Poiret : ni le chef de l’Etat ni son ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, présenté par l’exécutif comme le chef performant de « l’équipe France », qui a engrangé des ventes depuis l’Inde jusqu’au Qatar.
Dans les démocraties occidentales, la guerre au Yémen a depuis 2015 relancé une forte interpellation morale : peut-on continuer de fournir en matériels militaires des protagonistes, Arabie saoudite en tête, accusés de commettre des crimes de guerre envers les populations civiles ? Le film ne comporte pas de révélations, mais il a le mérite de donner aux citoyens les clés du débat. Nathalie Guibert
« Mon pays fabrique des armes », d’Anne Poiret (France, 2018, 70 minutes). Disponible sur France.tv jusqu’au 22 novembre.
Des jardins pas comme les autres
Après le jardin Inhotim, au Brésil, ou celui de la spéculation cosmique, en Ecosse, toujours visibles sur le site d’Arte, la deuxième saison d’« Etonnants jardins » nous fait découvrir, cinq autres créations contemporaines.
Première étape : Awaji Yumebutai, conçu par la star japonaise de l’architecture, Tadao Ando. Vaste complexe incluant un théâtre à ciel ouvert et d’immenses serres, cette « scène pour les rêves » est parcourue par des corridors et des escaliers qui ne mènent nulle part, version moderne du labyrinthe. Deuxième étape : le Jardin plume, en Normandie. Ces trois hectares de verger ont été métamorphosés par Sylvie et Patrick Quibel, un couple de pépiniéristes. Les buis taillés y mettent en valeur la « folie végétale » des fleurs et des graminées, légères comme… la plume.
Troisième étape : le parc paysager de Duisburg-Nord, en Allemagne, réhabilitation d’un ancien site de la Ruhr de… 230 hectares. Pari réussi au vu des images de ces ruines industrielles transformées en jardins que se sont appropriés les habitants. La quatrième étape était le jardin de cactus de l’île de Lanzarote (Canaries).
Enfin, ultime étape, la plus fascinante : les jardins suspendus de la High Line new-yorkaise. Aménagés sur une ancienne ligne de chemin de fer traversant la ville, ils ont su conserver leur simplicité d’origine. Avec cette injonction à ceux qui l’arpentent que connaissent bien les jardiniers : « Prends ton temps… »Lucien Jedwab
« Etonnants jardins »,série documentaire deStéphane Carrel, Pat Marcel et Charlotte Faure (France, 2017, 5 x 26 minutes), disponible sur Arte.tv et sur YouTube.
La réponse de Pékin ne s’est pas fait attendre. Cinq jours après une manifestation historique à Taipei en faveur de l’indépendance de Taiwan et trois jours après le passage de deux navires de guerre américains dans le détroit qui sépare l’île du continent, le ministre chinois de la défense, le général Wei Fenghe a été, jeudi 25 octobre, on ne peut plus clair : « Il est extrêmement dangereux de défier sans cesse les limites de la Chine sur cette question. Si quelqu’un tentait de séparer Taïwan de la Chine, l’armée chinoise prendrait nécessairement des mesures fermes, quoi qu’il en coûte » a-t-il mis en garde.
Dirigée par un régime rival de Pékin depuis l’arrivée des communistes au pouvoir en 1949, Taïwan n’est pas reconnu par la Chine. En 1979, Washington a rompu ses relations diplomatiques avec l’île pour reconnaître Pékin mais les Etats-Unis continuent de soutenir le régime taiwanais notamment sur le plan militaire.
Mise en garde
C’est devant un cénacle bien particulier que le général Wei a lancé sa mise en garde : le 8ème Xiangshan Forum, une réunion, en principe annuelle, créée par l’armée chinoise en 2006 pour faire contre-poids au « dialogue de Shangri-la », initié par la Grande-Bretagne à Singapour.
Par principe, les Russes et les Chinois n’envoient que des seconds couteaux à Singapour et les Occidentaux font de même à Pékin. Cette année, parmi les 500 participants venus de 67 pays, une délégation a fait sensation : les représentants nord-coréens, présents pour la première fois à ce Forum. Le colonel-général Kim Hyong Ryong, vice-ministre des forces armées nord-coréennes a réaffirmé la volonté de Pyongyang de faire de la péninsule coréenne « le berceau de la paix et de la prospérité ».
Sur une photo parue à la Une du Global Times, le quotidien nationaliste chinois, on voit le militaire, trois étoiles aux épaulettes, discuter avec des membres de la délégation sud-coréenne, des civils tout sourire….
Entretien. Spécialiste de la politique étrangère de la Chine, Thierry Kellner est enseignant- chercheur au département de science politique de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Membre du centre Recherche et études en politique internationale et chercheur associé au Brussels Institute of Contemporary China Studies, il est l’auteur de nombreux travaux sur le Xinjiang-Turkestan oriental, les questions énergétiques, la politique asiatique de l’Iran et l’Asie centrale.
Que représentent les Ouïgours pour le pouvoir central chinois ?
Historiquement, la « province » du Xinjiang, où ils vivent, a longtemps échappé à la mainmise de la Chine. Ces simples caractéristiques ont rendu Pékin très vigilant à l’égard de cette minorité depuis 1949. La méfiance, renforcée du fait que les Ouïgours « résistent », du point de vue de Pékin, à l’assimilation, qu’il existe une diaspora ouïgoure organisée à l’étranger et des revendications locales à l’autonomie, voire à l’indépendance, s’est encore amplifiée en raison du projet de « nouvelles routes de la soie », lancé par Xi Jinping en 2013. Le Xinjiang est une zone-clé dans le cadre de ce programme. Le régime doit s’assurer que cette région soit absolument sous contrôle et stable. C’est ce qui explique le raidissement sécuritaire massif de Pékin à l’égard des Ouïgours. Pour échapper aux critiques, la Chine présente ces mesures comme faisant partie de la « lutte internationale contre le terrorisme ». Si on suit ce discours, vu l’échelle des mesures adoptées, les Ouïgours sont en quelque sorte collectivement assimilés à des « terroristes » par le pouvoir chinois.
Quelle est la stratégie de Pékin pour régler cette question ?
Depuis les années 1990, la Chine mise à la fois sur le développement économique et sur une politique sécuritaire répressive pour assurer son contrôle sur le Xinjiang. Le développement économique…
Quelque 3,2 millions d’électeurs étaient également appelés aux urnes vendredi pour désigner leur président, une fonction honorifique.
Par Philippe BernardPublié aujourd’hui à 00h18, mis à jour à 06h21
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En un nouveau signe de rupture avec la domination de l’Eglise catholique, les Irlandais ont massivement approuvé par référendum, vendredi 26 octobre, l’abrogation de la disposition de leur Constitution faisant du blasphème un délit.
Par 69 % des voix, selon une première estimation publiée dans la soirée par le Irish Times, les électeurs ont fait disparaître l’article 40.6.1 de la loi fondamentale qui punissait de 25 000 euros d’amende tout outrage fait à la religion. En revanche, 31 % ont voté pour maintenir le délit de blasphème lors d’un scrutin marqué par une faible participation.
Ce référendum, organisé le même jour que l’élection présidentielle qui a vu la réélection par 56 % des voix de Michael D. Higgins, avait donné lieu à une campagne aussi terne que les récents votes sur le mariage homosexuel et sur l’avortement avaient été passionnés. En mai 2015, 62 % des Irlandais avaient approuvé la légalisation du mariage pour tous. En mai 2018, ils avaient été 66,4 % à dire oui à la légalisation de l’avortement.
La criminalisation du blasphème avait été introduite en 1937 dans la Constitution de la toute jeune République d’Irlande, à une époque où l’Eglise catholique tenait de fait les rênes de l’Etat, tout juste né après la libération de la colonisation britannique. « Le fait de rendre public ou de proférer tout propos blasphématoire, séditieux ou indécent est un délit punissable selon la loi », disposait le texte. Lourd symbole de l’emprise du clergé, l’article en question n’avait toutefois jamais abouti à une condamnation.
En 2015 pourtant, la police irlandaise avait ouvert une enquête, sur plainte d’un téléspectateur, à la suite des propos de l’acteur et réalisateur britannique Stephen Fry sur RTE, la télévision publique irlandaise.
Interrogé sur ce qu’il dirait à Dieu s’il avait la chance de le rencontrer, Stephen Fry avait répondu :« Je lui dirais : “Le cancer des os chez les enfants, qu’est-ce que cela signifie ? Comment as-tu osé créer un monde où il y a tant de souffrance (…) ? ”» Puis l’acteur s’était demandé « pourquoi il respecterait un Dieu capricieux, mesquin et stupide ». L’instruction avait été close après que la police eût conclu que trop peu de personnes s’étaient senties outragées par ces propos. En 2017, le ministre de la santé, Simon Harris, avait qualifié l’interdiction d’« absurde » et d’« un peu embarrassante ».
Texte obsolète
La disposition réprimant le blasphème, qui était en vigueur sous différentes formes depuis des siècles, avait pour la dernière fois donné lieu à sanction au début du XVIIIe siècle et les dernières poursuites diligentées pour ce chef dataient de 1855. Un prêtre affirmant avoir accidentellement brûlé une Bible avait alors été jugé et acquitté.
Au début d’octobre, l’Eglise catholique d’Irlande elle-même avait reconnu que le texte était « largement obsolète » et que de telles lois avaient été utilisées « pour justifier la violence et l’oppression contre des minorités dans d’autres parties du monde ». Quant à l’Eglise d’Irlande (anglicane), elle a estimé que « la liberté religieuse est un droit humain fondamental mais que la liberté d’expression (avec des limites) en est aussi un ».
Amnesty international et le Conseil irlandais pour les droits civiques, principale association de défense des droits de l’homme du pays avaient conjointement appelé à voter en faveur de l’abrogation. « La liberté d’expression se trouve au cœur de notre démocratie, et elle inclut le droit aux discours qui mettent en cause, voire ridiculisent les idées ou les institutions », estimaient les deux organisations dans un appel commun.
Dans un article publié par le Irish Times, Roman McCrea, professeur de droit constitutionnel à University College London, insistait sur le fait que le maintien d’une telle disposition non appliquée dans une législation européenne donnait prise aux accusations d’hypocrisie de la part des musulmans. « Il est important, écrit-il, que les Etats signifient clairement aux nouveaux arrivants, dont beaucoup viennent de pays où critiquer la religion n’est pas permis, ce à quoi ils peuvent s’attendre. »
Une autre disposition très datée de la Constitution, dont l’abrogation devait être mise aux voix le même jour, ne l’a finalement pas été. Elle dispose que « l’Etat reconnaît que la femme, par son travail domestique, apporte son soutien à l’Etat indispensable au bien commun ». Par conséquent, poursuit cet article, « l’Etat s’efforce de faire en sorte que les mères ne sont pas contraintes par nécessité économique de prendre un travail qui les conduit à négliger leurs tâches domestiques ». La réécriture de ce texte hautement contesté et son remplacement par une version non discriminatoire envers les femmes doivent être débattus ultérieurement par le Parlement irlandais.
Campagne « à la Trump »
Les Irlandais ont d’autre part réélu le poète et ancien ministre de la culture Michael D. Higgins, pour un deuxième et dernier mandat de sept ans à la présidence de la République, fonction purement honorifique. L’élection au suffrage universel, a été marquée par un faible taux de participation.
Ancien dirigeant du Labour irlandais, âgé de 77 ans, cette figure de la vie politique irlandaise était le deuxième président du pays après Eamon de Valera, en 1966, à briguer un deuxième septennat. Populaire, soutenu par le premier ministre Leo Varadkar et par trois des quatre grands partis irlandais (Fine Gael au pouvoir, Fianna Fàil et Labour), quasi assuré d’être réélu, M. Higgins a cependant été attaqué pour la gestion opaque des finances présidentielles et pour avoir utilisé l’avion gouvernemental pour se rendre à Belfast, à 165 km de Dublin, pour y prononcer un discours.
Il n’avait face à lui, outre un candidat du Sinn-Fein (nationaliste) et une indépendante, que trois riches hommes d’affaires. Peter Casey, Gavin Duffy et Sean Gallagher sont connus des téléspectateurs pour être apparus comme investisseurs dans l’émission « Dragon’s Den », où des entrepreneurs en herbe disposent de trois minutes pour convaincre des hommes d’affaires de les financer. Un symbole dans une Irlande dont l’économie est de nouveau florissante après que le pays a été mis à genou par la crise financière de 2008.
L’un de ces challengeurs, Peter Casey, s’est distingué par une campagne « à la Trump » au cours de laquelle il a critiqué la dépendance à l’égard des aides sociales notamment des Irlandais gens du voyage (« Irish travellers »). Vendredi soir, l’estimation « sortie des urnes » le créditait de 21 % des voix.
La prospérité du pays se trouve aujourd’hui menacée par le Brexit dont l’Irlande, dépendante du Royaume-Uni pour le niveau et la logistique de son commerce extérieur, pourrait être la première victime en cas de rétablissement de contrôles douaniers.
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