Author: Don Kayembe

  • 2016 : Cette élection vaut-elle la peine ?

    2016 : Cette élection vaut-elle la peine ?

    Bureau de la  CENI
    Bureau de la CENI

    -En République Démocratique du Congo, l’espoir d’une élection présidentielle sans effusion de sang s’est envolé le jeudi 20 février à Bukavu. L’histoire retiendra que dans cette ville, la « caravane de la paix » que menait l’opposant Vital Kamerhe, candidat annoncé pour la présidentielle de 2016, fut réprimée dans le sang. La pratique consistant à tirer sur la population à balles réelles, qu’on a déplorée à Bukavu, rappelait les scènes macabres de 2011. Les partisans d’un autre opposant, Etienne Tshisekedi, avaient été sauvagement massacrés près de l’aéroport de Ndjili par les forces de l’ordre durant la dernière présidentielle. Cinq ans avant Tshisekedi, un autre adversaire de Joseph Kabila, Jean-Pierre Bemba, assistait impuissant au massacre de ses sympathisants dans les rues de Kinshasa. Le leader du MLC avait même failli se faire tuer. Sa résidence avait été bombardée à l’arme lourde malgré la présence à ses côtés des diplomates occidentaux. On envisage difficilement 2016 en faisant abstraction d’une éventualité, voire de la certitude d’un bain de sang.

    L’explication à cette forme de fatalité est à rechercher dans la complexité des enjeux autour de la présidence du Congo, un pays éminemment stratégique mais qui peine toujours à exister en tant qu’Etat régi par des lois opposables à tous. Ainsi le pays n’a-t-il jamais connu d’alternance à la présidence sans effusion de sang. Tous les quatre Présidents qui se sont succédé à la tête du Congo y sont parvenus au bout de tueries de masse.

    On aimerait tellement que 2016 fasse exception, mais l’affaire est déjà mal engagée[1]. Trop de paramètres échappent au contrôle des électeurs.

    Pas un seul Président sans bain de sang

    L’arrivée de Joseph Kabila à la tête du Congo, en janvier 2001, s’est produite dans un climat de profond traumatisme à travers le pays. Son prédécesseur, Laurent-Désiré Kabila, venait d’être assassiné dans son palais tandis que dans l’Est du pays, les Congolais mourraient par milliers des conséquences directes et indirectes de la guerre d’occupation que menaient le Rwanda et l’Ouganda, avec le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Uni. L’ancien Président avait été préalablement présenté dans les capitales occidentales comme l’« obstacle à la paix ». Son élimination physique, bien qu’elle fût traumatisante pour les Congolais, passa pour un mal nécessaire dans les milieux diplomatiques[2]. La question ici n’est pas celle du cynisme de la realpolitik, mais bien le constat que la dernière alternance politique au Congo s’est opérée dans le sang, et non seulement cette alternance-là.

    Le Président assassiné, Laurent-Désiré Kabila, s’était lui-même emparé du pouvoir, en mai 1997, au bout d’une guerre atroce[3] menée par le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et l’Angola ; sous la supervision des « grandes puissances » (Etats-Unis, Royaume-Uni, Israël, Canada[4]). Son prédécesseur, le Maréchal Mobutu, s’était, à son tour, emparé du pouvoir en novembre 1965 grâce à un coup d’Etat orchestré par la CIA[5]. Le Président du Congo alors s’appelait Joseph Kasa-Vubu. Lui-même, hélas, n’est pas épargné par « la malédiction des bains de sang ». Premier Président, et le seul à avoir été élu démocratiquement[6], Kasa-Vubu avait vu mourir des centaines de ses partisans durant les luttes pour l’indépendance[7]. A l’accession du Congo à l’indépendance, le 30 juin 1960, Joseph Kasa-Vubu devient Président. Le prix à payer ?…

    Le Congo peut-il s’épargner ces tragédies autour des alternances politiques ? L’année 2016, peut-elle être l’amorce d’une nouvelle ère ?

    Cela est évidemment souhaitable, mais encore faut-il revenir sur le cas des leaders congolais qui, comme Kamerhe aujourd’hui, s’étaient persuadés qu’ils pouvaient accéder à la magistrature suprême en misant, comme dans une démocratie « normale », sur la confiance du peuple. Aborder 2016 signifie savoir tirer les leçons des mésaventures d’Etienne Tshisekedi et Jean-Pierre Bemba.

    Ils gagnent mais ils perdent

    En Afrique, dit un jour Herman Cohen, « pour qu’un Président perde une élection, il faut qu’il ait envie de la perdre »[8]. Joseph Kabila a-t-il vraiment envie de perdre une élection ? En tout cas, en 2011, les observateurs indépendants étaient unanimes : « les résultats officiels, donnant Kabila vainqueur, ne reflétaient pas la vérité des urnes »[9]. L’opposant Etienne Tshisekedi aura ainsi remporté l’élection en réalisant un incontestable raz-de-marée à travers le pays. Deux ans plus tard, Tshisekedi attend toujours l’impérium, c’est-à-dire les moyens juridiques et matériels pouvant lui permettre d’exercer ses fonctions de « Président élu ».

    Avant Etienne Tshisekedi, un autre opposant, Jean-Pierre Bemba[10], connut la même mésaventure, avec, en plus, son arrestation et son incarcération à La Haye. Le leader du MLC avait consenti à s’associer au processus de pacification du pays et obtenu l’assurance que les élections seraient libres et transparentes. Tout au long de la campagne, il obtint l’assurance de l’emporter largement. Mais c’était sans compter les réels enjeux de cette élection. En effet, le Président élu avait déjà été choisi, longtemps avant le début du scrutin.

    Collette Braeckman fait remarquer que pour la communauté internationale, l’élection de 2006 avait pour enjeu de « légitimer et stabiliser le pouvoir en place (…) »[11] « Légitimer le pouvoir en place ». Rien à voir avec « permettre aux Congolais de choisir librement leur Président ». Le journaliste d’investigation Charles Onana révèle que, dès février 2006, les Etats-Unis, la France et l’Allemagne s’étaient mis d’accord sur le fait que Joseph Kabila doit être maintenu au pouvoir[12] (quel que soit le vote des Congolais). Ce choix des « grandes puissances » avait été conforté par le commissaire européen Louis Michel[13]. Autrement dit, longtemps avant que le premier électeur congolais ne dépose son bulletin dans l’urne, le « Président élu » avait déjà été choisi. On comprendra plus tard la motivation profonde des pays occidentaux. C’était le Rwanda.

    En effet, aussi atroce que cela puisse paraître pour le peuple congolais meurtri par les agressions rwandaises, l’élection présidentielle de 2006 avait pour principal enjeu de conforter les intérêts de Paul Kagamé au Congo grâce au maintien de Joseph Kabila au pouvoir, ce que fait remarquer Pierre Péan[14] citant Helmut Strizek. Autrement dit, les Congolais qui croyaient voter pour la paix, avaient, en réalité, voté pour ouvrir un boulevard à l’armée de Kagamé, Kabila ayant consenti à laisser faire le régime de Kigali en échange du soutien que Bruxelles (Javier Solana[15]) s’était engagé à lui apporter. En janvier 2009, il autorise unilatéralement l’armée rwandaise à entrer sur le territoire congolais, prélude à la guerre du M23, ce qui provoque le départ de Vital Kamerhe de la présidence de l’Assemblée nationale.

    2016 va-t-il différer de 2006 ? Difficile de se prononcer a priori. Tout ce qu’on sait est que le ciel a déjà commencé à s’assombrir.

    Au-delà du peuple congolais

    Un des éléments qu’il va falloir garder à l’esprit est l’insoutenable « tutelle » que les Présidents Museveni (Ouganda) et Kagamé (Rwanda) exercent sur Joseph Kabila. La surprenante relance des pourparlers de Kampala en vue de « sauver le M23 » (pourtant vaincu militairement) ; la signature des engagements de Nairobi et la loi d’amnistie promulguée par le Président Kabila[16] le 11 février dernier, sont autant d’éléments qui vont peser sur le scrutin de 2016. Il y a lieu de redouter que le sort du peuple congolais ne soit pas l’enjeu déterminant de ce scrutin. Avec l’aide des Occidentaux, Paul Kagamé pourrait tout à fait rééditer le coup de 2006 et s’octroyer un nouveau cycle de domination sur le pouvoir de Kinshasa.

    Jean-Jacques Wondo fait remarquer qu’en dépit de la défaite militaire du M23, le Rwanda se retrouve renforcé dans les institutions de la RDC[17]. Kigali devrait continuer de se renforcer au Congo en profitant de l’application des engagements de Nairobi[18]. Ce renforcement du Rwanda dans l’appareil étatique congolais s’est confirmé avec la nomination du général Charles Bisengimana (ex-« RCD-Rwanda ») à la tête de la police nationale, au grand dam des « Katangais » qui lui préféraient le retour du général John Numbi[19].

    Le problème, pour la présidentielle de 2016, est que le général Charles Bisengimana, avec la réputation qu’il traîne[20], se retrouve avec des pouvoirs objectivement trop importants. Selon le site apareco-rdc.com[21], Bisengimana, en plus de la police, est désormais le véritable patron de l’armée congolaise (FARDC). Le chef d’Etat-major des FARDC, le général Didier Etumba, aurait été « mis sous contrôle » par quatre officiers de l’armée rwandaise que Kigali a imposés dans son entourage, selon la même source. Du coup, Kagamé devient la véritable clé de voûte du dispositif sécuritaire autour du processus électoral congolais d’ici à 2016, ce qui n’est guère rassurant quand on pense à la façon dont se déroulent les élections au Rwanda[22]. Assuré d’avoir la haute main sur la violence d’Etat au Congo, Kagamé est maintenant certain que le prochain Président congolais lui fera allégeance (sinon ?…) ou que Kabila sera maintenu au pouvoir suivant le scenario brutal de 2011 (on ne change pas une recette qui marche).

    En définitive, il va falloir modérer les aspirations à un changement démocratique dans un environnement comme celui-là. Il y a même lieu de se demander à quoi sert une élection lorsque tout est ainsi mis en œuvre pour passer outre le choix d’un peuple dont on sait qu’il est porté sur le changement.

    Boniface MUSAVULI

    AgoraVox
  • Arrivée à Kinshasa de la dépouille de King Kester Emeneya

    Arrivée à Kinshasa de la dépouille de King Kester Emeneya

    Emeneya funeral – Le corps du chanteur congolais King Kester Emeneya, décédé le 13 février près de Paris à l’âge de 58 ans, est arrivé samedi matin à Kinshasa, a constaté un journaliste de l’AFP.

    L’avion a atteri vers 07h00 (06h00 GMT).

    Selon le programme annoncé par la télévision publique, la dépouille sera exposée au parlement. L’enterrement est prévu dimanche à la Nécropole de la Nsele, en périphérie de Kinshasa, et non dans le Bandundu, la province au nord de Kinshasa dont est originaire l’artiste, et où des habitants réclamaient son corps.

    Jean Emeneya Mubiala Kwamambu, alias King Kester Emeneya, est décédé à l’aube du jeudi 13 février à l’hôpital Marie Lannelongue, en région parisienne. Il a succombé à une maladie cardiaque pour laquelle il était hospitalisé depuis quelques mois.

    L’artiste dirigeait le groupe musical Victoria Eleison, qui a fêté en 2012 ses 30 ans de carrière. Il était notamment connu pour les titres “Dikando”, “Afimiko”, “Wilo Mondo” ou “Surmenage”, et avait un nouvel album en préparation quand il est mort.

    King Kester Emeneya – qui a introduit le synthétiseur dans la musique congolaise, une révolution pas toujours bien perçue – avait chanté plusieurs années dans le groupe Viva la Musica de Papa Wemba, l’un des rois de la rumba congolaise.

    “A Viva la Musica, il faisait la pluie et le beau temps. Il a marqué le groupe de son professionnalisme, il a façonné le répertoire du groupe. On a vécu ensemble, on a fait presque les 100 coups ensemble, même si c’était un petit frère”, avait raconté à l’AFP M. Wemba, appris avoir appris son décès.

    King Kester Emeneya était aussi connu pour sa passion pour le mouvement Sape (Société des ambianceurs et des personnes élégantes), qui affectionne les marques de luxe, hors de prix pour les deux tiers des Congolais, qui vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.

    “Ces (chaussures) Weston ne sont pas habituées à ce podium”, avait-il plaisanté pour justifier sa chute pendant la nuit de la Francophonie, le 10 octobre 2012 à Kinshasa.

    Toutefois, dans “Wilo Mondo”, il disait aussi vouloir lutter contre l’élitisme de ce mouvement. “En substance, il dit: +Attention! (…) N’allez pas trop loin, vous trouverez des vêtements à bon prix!+ En fait, il voulait rendre la Sape accessible à tout le monde”, a estimé Léon Tsambu, sociologue de la musique.

    AFP
  • CPI : quelle justice pour l’Afrique ?

    CPI : quelle justice pour l’Afrique ?

    cpi-Des enquêtes visant exclusivement des ressortissants du continent, une politique du deux poids deux mesures : les accusations fusent contre la CPI, qui voit sa légitimité mise en doute. Remplit-elle correctement sa mission ? Deux juristes répondent.

    C’est l’histoire d’une cour de justice installée en Europe mais qui ne traite que de l’Afrique, financée par des puissances occidentales qui ne sont autres que les oppresseurs coloniaux d’hier et qui se consacre à juger ces délinquants de luxe que sont les dirigeants africains, alors que les citoyens ordinaires doivent se contenter de leurs propres tribunaux, jugés précaires et éminemment corruptibles. Ainsi peut se résumer le procès intenté à la Cour pénale internationale (CPI) par l’Union africaine, mais aussi par nombre de juristes et d’intellectuels sur le continent.

    En annonçant le 7 février l’ouverture d’un examen préliminaire sur les crimes commis en République centrafricaine depuis septembre 2012, la procureure, Fatou Bensouda, a certes fait oeuvre de salut public, mais elle a aussi renforcé un peu plus le tropisme africain reproché à la CPI. Sur les neuf procédures d’enquête initiées par la cour de La Haye depuis son entrée en fonction, il y a plus de onze ans, toutes concernent des dossiers de violations des droits de l’homme en Afrique, le cas de la Centrafrique servant de base à deux affaires distinctes.

    La justice au nom du peuple

    Longtemps diffus, le malaise est devenu public avec le cas kényan et le maintien des poursuites engagées par la CPI contre Uhuru Kenyatta et William Ruto, alors même que ces derniers venaient d’être élus aux postes de président et vice-président. Toute action judiciaire ne peut en effet se justifier que si elle est faite au nom du peuple et dans son intérêt. Or les électeurs kényans ont dans leur majorité choisi d’élire démocratiquement les deux présumés coupables, en sachant qu’ils étaient sous le coup d’une investigation de la CPI. Dès lors, pourquoi ne pas avoir suspendu la procédure le temps qu’ils accomplissent leurs mandats, en application d’une immunité présidentielle temporaire commune en droit international ?

    Sans doute est-ce cette impression d’acharnement qui gêne, tout comme la politique du deux poids deux mesures appliquée dans certains cas (la Côte d’Ivoire par exemple) et plus généralement le déséquilibre géopolitique global des interventions de la Cour. Prompt à saisir la CPI du dossier de pays africains pourtant non parties au statut de Rome, comme le Soudan ou la Libye, le Conseil de sécurité de l’ONU est incapable d’agir de la sorte à propos de la Syrie – dont le régime criminel bénéficie de la protection de la Russie, de la Chine et dans le cas d’espèce des… États-Unis, qui n’ont jamais faite leur cette exigence.

    >> Lire aussi : la CPI, 15 ans et 29 Africains en ligne de mire

    On peut certes admettre que les systèmes judiciaires africains sont souvent peu fiables et, pour certains d’entre eux, dans l’impossibilité de juger sereinement et équitablement, loin de toute pression, des responsables politiques. Mais la solution consiste-t-elle, comme l’écrit l’avocat camerounais Bernard Muna, ancien procureur adjoint près le Tribunal pénal international pour le Rwanda, à “déporter nos présumés criminels à l’état brut vers les systèmes judiciaires occidentaux plus modernes, afin que ces derniers nous renvoient des verdicts prêts à consommer” ? Ne faudrait-il pas plutôt laisser les juges africains “apprendre par essai et erreur à juger leurs leaders politiques, de la même manière qu’ils jugent les justiciables ordinaires” ?

    La CPI, modelée par l’égo de Luis Moreno-Ocampo

    Une chose est sûre : jeter le bébé avec l’eau du bain et prôner un retrait massif des États africains de la CPI serait une incontestable régression, tant que cette solution conviendra à des chefs d’État dont l’unique objectif est d’organiser leur propre impunité. Mais Fatou Bensouda, qui a hérité d’une institution largement modelée par l’ego de son prédécesseur, Luis Moreno-Ocampo, serait bien inspirée de penser à réformer les modes d’intervention d’une cour pénale qui pour l’instant n’a d’internationale que le nom. Il est vrai qu’ici comme ailleurs qui paie commande. Or la grande majorité des 34 pays africains membres de la Cour n’a jamais mis un seul dollar pour financer cette lourde machine (Quatre pays assurent à eux seuls près de 50 % du financement de la CPI : le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France). Tant que perdurera cette situation, l’épée de Damoclès qu’est la CPI restera suspendue au-dessus d’un seul continent : l’Afrique.

    Abus de faiblesse ? Le débat est ouvert. Deux juristes, l’ancien procureur fédéral américain Kenneth Roth, directeur exécutif de l’ONG Human Rights Watch depuis vingt ans, et le professeur de droit public Albert Bourgi, spécialiste reconnu des systèmes politiques africains, croisent ici leurs arguments.

     

    >> Lire l’interview Kenneth Roth : “Un dernier recours pour les victimes”

     

    >> L’interview de Albert Bourgi : “Une Cour influencée par les grandes puissances”

     

    Jeune Afrique

  • Ceni : campagne anti-Malumalu, le vrai du faux

    Ceni : campagne anti-Malumalu, le vrai du faux

    Malumalu-La campagne “Malumalu dégage” se poursuit à Kinshasa. À l’initiative de la plateforme “Sauvons la RDC” qui regroupe plusieurs partis d’opposition et des associations de la société civile, une pétition circule depuis le 18 février dans les rues de la capitale congolaise pour réclamer la démission du président de la Ceni. À tort ou à raison ? Décryptage.

    “Malumalu dégage”. La plateforme “Sauvons la RDC” ne va pas par quatre chemins. Depuis le 18 février, ce regroupement de partis d’opposition exige, à travers une pétition, la démission du président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Mais que reproche-t-on à l’abbé Apollinaire Malumalu ? Six principaux griefs. Nous les passons au peigne fin pour tenter de démêler le vrai du faux.

    1. “L’abbé Malumalu ne jouit pas de la confiance de la classe politique” : FAUX

    Pour Martin Fayulu, député d’opposition et initiateur de la pétition, le président de la Ceni occupe son poste “par effraction”. “L’église catholique ne l’avait pas désigné, car la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) avait à l’époque soutenu la candidature d’un laïc pour occuper la fonction, explique-t-il à Jeune Afrique. Mais l’abbé Malumalu nous a été imposé par la majorité mécanique à l’Assemblée nationale mais ne jouit pas de la confiance de la classe politique”.

    Seulement voilà, l’abbé Malumalu ne travaille pas seul. Au sein du bureau de la Ceni, il est entouré des autres personnalités issues des partis politiques de la majorité, mais aussi de l’opposition. Même la plénière de la Ceni comprend des délégués issus de cette dernière, lesquels ne se sont pas encore désolidarisés de l’abbé Malumalu. Il paraît donc inexact de prétendre que “l’abbé Malumalu ne jouit pas de la confiance de la classe politique”, alors que, au même moment, les délégués de la majorité, de l’opposition et de la société civile l’accompagnent encore dans sa mission d’organisation des prochains scrutins.

    Martin Fayulu répond à nos arguments par une pirouette. Pour le député, il est difficile d’envisager que les autres membres de la Ceni ne soutiennent pas Malumalu, car si ce dernier devait être éjecté, ils connaîtraient le même sort et perdraient donc leurs “indemnités”…

    Jeune Afrique

  • Poutine déploie l’armée russe en Ukraine

    Poutine déploie l’armée russe en Ukraine

    Armee Russe-Le président russe Vladimir Poutine a demandé samedi au Conseil de la Fédération (chambre haute du Parlement) d’approuver “le recours à l’armée russe en Ukraine” jusqu’à la normalisation de la situation. “En raison de la situation extraordinaire en Ukraine et de la menace pesant sur la vie des citoyens russes, de nos compatriotes, des forces armées russes seront déployées en Ukraine“, a-t-il communiqué.

     

    Restaurer “paix et calme”

    Plus tôt dans la journée, le nouveau Premier ministre de Crimée, Sergiï Axionov, que Kiev considère comme illégitime, avait sollicité l’aide de Vladimir Poutine pour restaurer “la paix et le calme” dans la péninsule ukrainienne.

    La Russie dispose d’une force armée non négligeable en Crimée, dans le sud de l’Ukraine: la flotte russe de la mer Noire, qui compte quelque 20.000 hommes, est basée à Sébastopol, aux termes d’un accord entre Moscou et Kiev.

     

    Donetsk, Kharkiv, Simféropol, Sébastopol et d’autres villes encore…

    Pendant ce temps, les points chauds se multipliaient dans l’est et le sud russophones de l’Ukraine, selon des correspondants de l’AFP, qui ont observé des irruptions d’hommes armés dans plusieurs sites stratégiques ou d’importantes manifestations pro-russes. La capitale, Kiev, semblait en revanche tranquille samedi en début d’après-midi.

    Des dizaines de personnes ont été blessées à Kharkiv (est de l’Ukraine) en marge d’une manifestation pro-russe qui a conduit à la prise d’assaut du siège de l’administration régionale par quelque 300 manifestants. Des partisans des nouvelles autorités pro-occidentales de Kiev s’y seraient barricadés.

    Plus de 10.000 personnes ont manifesté samedi matin à Donetsk, fief du président déchu Viktor Ianoukovitch dans l’est de l’Ukraine, contre les nouvelles autorités de Kiev en brandissant des drapeaux russes. Sur un podium improvisé, des intervenants déclaraient soutenir “l”aspiration de la Crimée à rejoindre la Russie“.

     

    “Violation grossière” des accords

    En Crimée, épicentre jusqu’ici de la crise, Kiev a accusé la Russie de déployer des milliers d’hommes supplémentaires. “La Russie a accru (le nombre de) ses troupes de 6.000 hommes” en Crimée, a affirmé le ministre de la Défense Igor Tenioukh. Près de 30 blindés ont aussi été déployés, a-t-il dit, dénonçant une “violation grossière” des accords régulant la présence de la flotte russe de la mer Noire en Crimée. “La présence inadéquate des militaires russes en Crimée est une provocation“, mais “les tentatives de faire réagir l’Ukraine par la force ont échoué“, a averti le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

    Selon lui, la Russie tente actuellement de répéter le scénario mis en oeuvre en 2008 dans la région géorgienne séparatiste d’Ossétie du Sud, où elle avait lancé une opération militaire éclair contre les autorités de Tbilissi, et dont elle a fini par reconnaître l’indépendance.

     

    Des drapeaux russes hissés sur des bâtiments officiels

    Au titre de la présence de sa flotte de la mer Noire, la Russie a le droit de déplacer des troupes dans la péninsule, mais elle doit en informer les autorités ukrainiennes 72 heures à l’avance, ce qui n’a pas été fait, selon le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Dechtchitsa.

    Plusieurs sites stratégiques de la péninsule sont désormais sous le contrôle d’hommes armés et en uniformes, mais sans signe permettant de les identifier. Ils contrôlent les aéroports de Simféropol, capitale de la Crimée, de Sébastopol, de Kirovske, ainsi que le centre de Simféropol, et ont hissé le drapeau russe sur plusieurs bâtiments officiels.

    A Sébastopol, où mouille la flotte russe, un commando d’environ 300 hommes se disant mandatés par le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a assiégé dans la  matinée le QG des gardes-côtes ukrainiens. Les assaillants ont déclaré avoir reçu du ministre “l’ordre d’occuper cette unité“, ajoute-t-il.

     

    Obama “inquiet”

    Les Occidentaux n’avaient pas fait mystère ces dernières heures de leur vive inquiétude quant aux derniers développements en Crimée. “Ce que nous vivons actuellement en Crimée nous inquiète“, a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel lors d’un discours à Berlin. “Naturellement, ces jours-ci, tout doit être fait pour préserver l’intégrité territoriale” de l’Ukraine, a-t-elle dit, ajoutant qu’elle “et beaucoup d’autres s’y efforcent lors de nombreux d’entretiens téléphoniques avec le président russe et les responsables ukrainiens“.

    Le président américain Barack Obama s’est déclaré vendredi “profondément inquiet” devant les informations sur des mouvements de troupes russes en Ukraine et avait mis Moscou en garde contre toute “intervention militaire“. “Les Etats-Unis seront solidaires de la communauté internationale pour souligner qu’il y aura un coût à toute intervention militaire en Ukraine“, a-t-il confié.

    M. Obama a fait savoir qu’il pourrait renoncer à participer au sommet du G8 prévu en juin à Sotchi (Russie) en raison de la gravité de la situation, a affirmé sous couvert d’anonymat un haut responsable américain.

    RTL.BE

  • Doutes sur le plan de réinsertion des ex-combattants du M23

    Doutes sur le plan de réinsertion des ex-combattants du M23

    Leaders du m23-Les partenaires financiers de la RDC ne sont pas convaincus par le plan de démobilisation et de réinsertion des anciens combattants du M23 présenté par Kinshasa.

    “Le plan DDR III n’est pas clair”, tranche un diplomate occidental à Kinshasa. À l’en croire, le document présenté fin décembre par le gouvernement congolais en vue du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion des anciens combattants rebelles n’offrirait pas à ces derniers “des garanties suffisantes de retour dans leurs foyers”, dans le Kivu, dans l’hypothèse où ils ne pourraient être intégrés dans l’armée régulière. Les bénéficiaires du programme devront en effet être regroupés dans trois centres de triage à Kitona (Bas-Congo), Kamina (Katanga) et Kotakoli (Équateur), “à des milliers de kilomètres de leurs villages”. Du coup, les partenaires internationaux se montrent encore réticents à financer le plan.

    Jeune Afrique
  • Pourquoi Kinshasa ne peut pas arrêter Omar el-Béchir sur son sol

    Pourquoi Kinshasa ne peut pas arrêter Omar el-Béchir sur son sol

    Omar el-Béchi-Profitant de la présence d’Omar el-Béchir à Kinshasa du 26 au 27 février, 88 ONG congolaises des droits humains exigent “l’arrestation immédiate du président soudanais”, poursuivi pour crimes contre l’humanité. Une démarche qui met les autorités de la RDC dans une “situation bien délicate” dans sa coopération avec la CPI.
    Omar el-Béchir a-t-il pris un risque en se rendant à Kinshasa ? Depuis l’annonce de l’arrivée du président soudanais dans la capitale congolaise pour participer au XVIIe sommet du Comesa (Marché commun de l’Afrique orientale et australe, NDRL) du 26 au 27 février, les ONG congolaises des droits humains se mobilisent pour demander “l’arrestation immédiate” de celui qui est poursuivi depuis 2009 pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide.
    La Cour pénale internationale (CPI) a en effet déjà émis deux mandats d’arrêts internationaux – en 2009 et en 2010 – contre Omar el-Béchir pour sa responsabilité “en tant que coauteur ou auteur indirect” des crimes graves commis notamment au Darfour, dans l’ouest du Soudan. La procureure Fatou Bensouda l’a rappelé, le 25 février, en demandant à la chambre de la Cour de rappeler à la RDC son “obligation permanente” de coopérer en vue de l’arrestation des personnes poursuivies par l’institution pénale internationale.
    “Une situation bien délicate” pour la RDC
    Souvent classée parmi les “bons élèves” de la CPI, la RDC – qui a arrêté et remis à la Cour encore récemment un député poursuivi pour “subornation des témoins” – va-t-elle exécuter les deux mandats émis contre Omar el-Béchir ?

    “C’est une situation bien délicate”, admet Lambert Mende. Contacté par Jeune Afrique, le porte-parole du gouvernement congolais demande aux ONG qui réclament l’arrestation d’Omar el-Béchir de “comprendre que la RDC a non seulement des obligations auprès de la CPI, mais également auprès du Comesa qui a invité le président soudanais dans la capitale congolaise”. Décodage : Kinshasa ne va pas arrêter Omar el-Béchir. Mais “cela ne veut pas dire que les autorités congolaises refusent de coopérer avec la CPI”, tente de nuancer Lambert Mende. La RDC s’aligne seulement derrière “une position claire de l’Union africaine par rapport aux mandats d’arrêts émis contre les chefs d’État en exercice”. “C’est un cas spécifique”, insiste-t-il.
    La Monusco appelée à “intervenir”
    Une position qui ne surprend pas les ONG. Elles s’y attendaient même.”Nous avons prévu de rencontrer Martin Kobler, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU, pour lui demander d’intervenir, en cas du refus des autorités congolaises”, explique Me Georges Kapiamba, président de l’Association congolaise pour l’accès à la justice. Et de rappeler : “En vertu de la résolution 2098 du Conseil de sécurité, la Monusco (Mission de l’Onu pour la stabilisation de la RDC) se doit d’appuyer les initiatives qui visent à arrêter et à traduire en justice les personnes responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment en coopération avec la CPI”. Pour l’instant, silence radio du côté de la Monusco.
    En attendant, “une grande banderole sera déroulée pour appeler à l’arrestation immédiate d’Omar el-Béchir à Kinshasa”, annonce Germain Kapiamba. Les ONG, elles, comptent également déposer une plainte devant le parquet général de la république pour demander au procureur congolais d’exécuter les mandats de la Cour. Pas gagné.

    Jeune Afrique