Author: Don Kayembe

  • Le M23 exige du gouvernement une reprise des négociations

    Le M23 exige du gouvernement une reprise des négociations

    M23– Les rebelles du M23 ont exigé samedi du gouvernement congolais qu’il reprenne dans un “bref délai” les pourparlers de sortie de crise, menaçant en cas contraire de reprendre d’anciennes positions qu’ils occupaient dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

    “Nous exigeons du gouvernement congolais le retour dans un bref délai à la table de négociations pour trouver une solution politique à la crise”, écrit le président politique du M23 (Mouvement du 23 Mars), Bertrand Bisimwa, dans un communiqué.

    “Si le gouvernement congolais poursuivait l’option militaire au détriment des pourparlers de Kampala”, capitale de l’Ouganda, “nos forces armées se réservent le droit de reprendre le contrôle” des positions que les Etats de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) leur avaient “assignées” le 24 novembre, ajoute-t-il.

    Fin novembre, après une offensive-éclair, le M23 s’était emparé de Goma, la capitale de la province riche en minerais et instable du Nord-Kivu. La CIRGL lui a promis l’ouverture d’un dialogue avec Kinshasa s’il se retirait à 20 km de la ville, mais la rébellion était toujours restée aux abords. Quant au dialogue de Kampala, il s’est ouvert en décembre mais est actuellement au point mort.

    L’armée et la Mission de l’ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco) ont lancé le 23 août une grosse offensive contre le M23. Vendredi, le groupe armé a annoncé un “cessez-le-feu unilatéral” et son retrait de Kanyarucinya, son poste le plus avancé, à une dizaine de kilomètres au nord de Goma. Cette décision vise à “créer un climat de paix favorable” pour un “règlement politique de la crise”, selon le communiqué.

    “Ils ne se sont pas retirés, ils ont été défaits”, a pour sa part affirmé samedi à l’AFP le lieutenant-colonel Olivier Hamuli, porte-parole de l’armée au Nord-Kivu. L’armée et les autorités congolaises ont indiqué à l’AFP avoir repris le contrôle de Kibumba et avoir repoussé le M23 au-delà de cette localité, située à une trentaine de kilomètres au Nord de Goma.

    Vendredi, le ministre de la Communication congolais, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, avait déclaré que le repli du M23 à lui seul n’était “pas acceptable”. La “seule solution”, avait-il ajouté, est que le M23 cesse d’exister sous sa forme militaire et que ses membres non combattants “articulent clairement leurs revendications”.

    “Vous ne verrez pas Goma”

    “Nous n’allons pas inviter le M23 aux concertations nationales”, qui doivent s’ouvrir mercredi 4 septembre à Kinshasa pour dix à quinze jours, avait-il ajouté.

    Ces concertations nationales sont le volet politique des efforts, soutenus par la communauté internationale, pour sortir de la crise. Les autres volets, ainsi que l’ont dit cette semaine M. Mende et le chef de la Monusco, Martin Kobler, sont l’action militaire contre les rebelles (qui n’apporte cependant pas de “solution magique”, selon M. Kobler), et l’action diplomatique dans le cadre des pourparlers de Kampala.

    Le M23 est actif depuis mai 2012 au Nord-Kivu. Ses hommes revendiquent la pleine application de l’accord de 2009 qui a régi leur intégration dans l’armée, après qu’ils ont accepté de quitter une autre rébellion où ils opéraient. Des experts de l’ONU ont accusé le Rwanda et l’Ouganda, voisins de la RDC, de soutenir le M23. Kigali et Kampala ont toujours démenti.

    AFP

  • Noel K. Tshiani, Interview avec Chantal Zock– La Libre Belgique

    Noel K. Tshiani, Interview avec Chantal Zock– La Libre Belgique

    Noel Tshiani-Chantal Zock: Vous venez de publier aux éditions De Boeck à Bruxelles un livre dont le titre est « la bataille pour une monnaie nationale crédible ». Votre livre est préfacé par Professeur Christian De Boissieu, Président du Conseil d’Analyse Economique en France. Qu’est-ce qui vous a poussé à publier un livre d’une telle envergure ?

    Noel K. Tshiani : Quand je visite mon pays, la République Démocratique du Congo, je me crois  dans un coin des Etats Unis d’Amérique ! Le dollar américain circule librement et est même devenu la monnaie la plus utilisée dans les transactions commerciales sur toute l’étendue de la République.  Les prix des biens dans les magasins sont affichés en dollar, les paiements des biens et services s’effectuent en dollar, 90 pour cents des dépôts bancaires sont en dollar, et les cambistes sont partout sur les rues pour faire du change essentiellement du dollar et de l’euro contre la monnaie nationale. Le marché parallèle de change se trouve sur la rue devant l’entrée principale de l’Ambassade des Etats Unis d’Amérique dans ce pays. Les clients sur ce marché sont multiples et incluent les nationaux, les trafiquants, les officiels, les diplomates et les fonctionnaires internationaux. Le bradage de la monnaie nationale se passe au vu et au su de tout le monde.

    Un touriste étranger qui vient dans ce pays pour la première fois peut passer trois mois ou plus dans ce pays sans toucher une seule fois la monnaie nationale car le dollar américain est accepté et préféré partout : dans les hôtels, les restaurants, le transport, les services publics, et même dans les petites alimentations des quartiers populaires. C’est ce constat qui m’a poussé a me poser la question de savoir ce que ce pays, tout comme tout autre pays en développement dans la même situation, peut faire pour avoir une monnaie nationale crédible. J’ai donc mis cette réflexion sous forme de l’ouvrage que vous avez devant vous.

     

    Chantal Zock: La RDC n’avait-elle pas fait une réforme monétaire en 1997 justement pour se doter d’une monnaie nationale crédible.

    NOEL K. TSHIANI : Au changement du régime politique en 1997, le système monétaire congolais souffrait de nombreux dysfonctionnements graves ,  à savoir la multiplicité d’espaces monétaires ainsi que de taux de change ; la perte de confiance généralisée dans la monnaie nationale du fait de l’instabilité persistante de sa valeur interne et externe ; la dollarisation excessive de l’économie ; la pénurie de signes monétaires au sein du système bancaire ; la rupture de la parité interne entre la monnaie scripturale et la monnaie fiduciaire ; la désintermédiation accrue attestée par une importante circulation fiduciaire hors banques, et la désarticulation des paiements ; la diminution drastique du taux de liquidité de l’économie, atteignant 4,3% en 1997 contre 10 au cours des périodes antérieures. Pour faire face à ces dysfonctionnements,  le nouveau gouvernement de la République Démocratique du Congo incarné par Mzee Laurent Désire Kabila avait décidé, dès le mois de mai 1997, de confier à la Banque Centrale du Congo la tâche d’opérer une réforme monétaire impliquant le changement de l’unité monétaire. C’est dans ce cadre que le franc congolais a été conçu et mis en circulation en juin 1998 en remplacement du Zaïre monnaie devenu symbole de l’échec du régime déchu du Mareshal Mobutu Sese Seko.

    La réforme monétaire de 1997 poursuivait les objectifs majeurs suivants : l’unification de l’espace monétaire regroupant toutes les différentes zones monétaires précédentes dont la zone monétaire de deux Kasaï qui utilisait les anciens zaïres, la zone monétaire du reste du pays qui acceptait les nouveaux zaïres; la stabilité des prix intérieurs dans un pays où les taux d’inflation étaient dans les mille pour cent; la stabilité du taux de change qui fluctuait constamment à la baisse ; le rétablissement du système des paiements ; la restructuration du système bancaire ; la relance de l’activité économique ; et enfin l’institution d’une nouvelle unité monétaire dénommée « le franc congolais ».

    Chantal Zock: Quinze plus tard après cette réforme monétaire, quelle évaluation faites vous du chemin parcouru et des résultats obtenus ?

     

    NOEL K. TSHIANI : La monnaie est le signe le plus visible de la performance économique d’un pays. Le Congo a connu depuis plusieurs décennies une expérience inflationniste sans précédent. Sur les quinze dernières années, le taux d’inflation moyen est de 104 pour cent par an. Cette situation a fait perdre à la monnaie beaucoup de sa valeur et sa crédibilité. Introduite en 1998 à la parité de 1,3 francs congolais pour un dollar américain, la monnaie congolaise s’est dépréciée à 940 francs congolais contre le billet vert en Novembre  2012. L’évaluation que l’on fait de ces quinze dernières années est un constat d’échec car le franc d’aujourd’hui ne vaut plus rien par rapport à celui que le pays avait introduit en juin 1998. Pour bien appréhender cet échec, l’équivalent en franc congolais de cent mille dollars en 1998 ne vaut plus aujourd’hui en Novembre 2012 qu’à peine cinquante trois cents d’un dollar américain.

    La reforme monétaire était sensée marquer le grand changement dans la gestion de la chose publique et inspirer confiance dans l’avenir du pays. Elle était supposée contribuer à la stabilisation ou à l’amélioration du pouvoir d’achat des congolais. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Sur une période de quinze ans depuis le lancement du franc congolais en 1998, la monnaie nationale s’est dépréciée de près de 100.000 pour cents et ne vaut plus rien aujourd’hui.

    Chantal Zock: Que faut il faire maintenant ?

    NOEL K. TSHIANI : Il me semble opportun de repenser la monnaie congolaise ainsi que la structure et le fonctionnement du système financier congolais afin de les adapter aux impératifs de développement économique du pays. Une telle réflexion doit inclure la reforme de la Banque Centrale du Congo en tant qu’autorité monétaire et catalyseur du développement du secteur financier et du marché des capitaux, la restructuration profonde et totale de la monnaie nationale et la redéfinition d’une stratégie et d’une vision de développement du secteur financier en fonction des ambitions de développement économique d’un pays aussi riche en ressources et vaste qu’est la République Démocratique du Congo.

    Chantal Zock: Pourquoi faut il repenser la structure et le fonctionnement du système financier congolais ?

    NOEL K. TSHIANI : En ce moment en 2012, la configuration du système bancaire congolais se présente comme suit : 23 banques commerciales; 120 coopératives d’épargne et de crédit ; 19 institutions de micro finance ; 34 messageries financières ; et 12 bureaux de change. Toutes ces banques et établissements de crédits ont une caractéristique commune : ils comptent au total à peine 80 agences bancaires en grande partie concentrés à Kinshasa, et n’ont pas d’actionnaires congolais importants dans leur capital. On trouve plutôt des banques commerciales et établissements de crédits dont les capitaux appartiennent aux banques étrangères, et aux bilatéraux et autres banquiers privés étrangers. Il y a lieu de dire que les congolais ont perdu le contrôle du système bancaire et de la monnaie du fait de l’origine des capitaux d’une part, et de la dollarisation de l’économie d’autre part.

    Je n’ai rien contre l’arrivée des capitaux étrangers, mais il faut qu’il y ait une juste dose des capitaux nationaux et étrangers pour qu’on ait un système bancaire équilibré qui réponde véritablement aux besoins de développement du pays et de soutien au secteur privé national. Certains personnes justifient la disparation des nationaux de l’actionnariat des banques et établissements financiers au Congo par le fait que ceci constitue la principale caractéristique du système bancaire et financier en Afrique.  Je pense que cette attitude est très irresponsable car elle implique une abdication devant ses responsabilités et une incapacité à changer les choses pour le bien du peuple congolais. La République Démocratique du Congo est un grand pays de 72 millions d’habitants, et donc potentiellement une très grande économie émergeante. Ce qui n’est pas possible dans certains pays Africains, est tout à fait réalisable dans ce sous-continent si l’on met de l’imagination et le savoir faire collectif au service du peuple congolais sans exclusion aucune.

    Il est normal que différents pays se font concurrence pour attirer des capitaux étrangers. La RDC doit aussi mener ce combat avec bravoure, mais pas aveuglement au point d’exclure les nationaux de l’actionnariat des banques au motif simpliste que dans le passé, certaines banques détenues par les nationaux sont tombées en faillite faute de gestionnaires compétents. Je n’accepte pas cet argument fataliste et pessimiste dégradant. Les actionnaires congolais ont besoin de beaucoup de soutiens de la part des autorités politiques et monétaires pour percer dans un secteur qui leur reste encore très fermé. Un pays qui ne contrôle pas sa monnaie et son système financier, ne contrôle pas son économie.

    Chantal Zock: Il y a eu quand même beaucoup de banques liquidées pendant ces dernières années en RDC. Est-ce que cela a affecté la confiance dans le système dans le système financier ?

    NOEL K. TSHIANI : Je déplore la manière dont certaines banques sont brutalement liquidées sans que les déposants soient remboursés de leurs dépôts et n’aient même pas un seul moyen de recours. De 2000 à ce jour, dix banques ont été liquidées en RDC. La dernière liquidation est celle de la Banque Congolaise intervenue en Janvier 2011.

    Quand il n’y a pas d’institution de garantie des dépôts, il est évident que les déposants font confiance à l’autorité monétaire qui assure la surveillance et le contrôle du système bancaire. En cas de liquidation d’une banque commerciale tel est le cas actuellement de la Banque congolaise et de toutes les autres liquidations antérieures, il faut que la Banque Centrale du Congo et le Gouvernement assument la responsabilité des dépôts, sinon l’on détruit davantage la confiance du public dans le système bancaire. Une telle confiance est déjà au plus bas niveau dans un pays où le taux de bancarisation n’est que de 0,9 pour cent de la population (soit environ 650.000 comptes bancaires sur une population de 72 million d’habitants), de loin inférieur à la moyenne africaine de 25 pour cent. A ma connaissance, c’est l’un des taux de bancarisation les plus faibles du monde. Le pays ne peut  donc pas se contenter de la situation actuelle du système bancaire qui ne peut véritablement pas soutenir le développement économique et satisfaire aux besoins réels du secteur privé et du public congolais. Un tel constant interpelle les décideurs et exigent une nouvelle vision, et une autre façon de faire les choses.

    Mon avis, Il faut lier le développement du secteur financier congolais à l’évolution du secteur privé et de l’économie dans le pays. Les banques et établissements financiers accompagnent le secteur privé. Pour que le secteur financier se développe, il faut que le secteur privé évolue dans un environnement favorable à son expansion. C’est pour cela que les autorités gouvernementales doivent accélérer les reformes visant l’amélioration de l’environnement des affaires.

     

    Chantal Zock: Revenons à la monnaie congolaise. Quelles sont les causes de la chute vertigineuse de la monnaie nationale congolaise depuis 1997 ?

    NOEL K. TSHIANI : Les causes de la chute de la monnaie congolaise sur les quinze dernières années sont multiples et incluent la culture de tricherie au niveau de la haute direction de la Banque Centrale du Congo (un mandat du gouverneur de la Banque Centrale du Congo initialement prévu pour cinq en 1997 renouvelable une fois,  a été étendu de façon secrète à quinze ans à travers des manœuvres frauduleuses entre le Gouverneur de la Banque centrale du Congo et ses complices au niveau de la Présidence), l’absence d’une vision de développement du secteur financier, l’absence d’une distance suffisante entre la Banque centrale et la branche exécutive du gouvernement, les questions de gouvernance et de conflits d’intérêts au niveau de l’autorité monétaire et de certaines institutions financières importantes, la qualité des produits et  services de la banque centrale, l’absence des incitations appropriées pour le personnel de la banque centrale, le comportement affairiste des dirigeants de la Banque Centrale du Congo  et enfin l’environnement inapproprié de la banque y compris des infrastructures physiques, systèmes d’information et procédures de fonctionnement et de gestion de risques.

    Toutes ces défaillances amplifient les conséquences dans un contexte national marqué par un environnement politique instable pendant plusieurs années, le manque de cohérence entre les politiques monétaire et budgétaires, le manque d’une stratégie cohérente de développement du pays, l’inexistence de politiques économiques et financières saines, l’absence totale d’une discipline budgétaire et fiscale, l’insuffisance de la production nationale, et la mauvaise gestion des ressources à  plusieurs niveaux.

    Chantal Zock: Vous parlez de manque de vision de développement du secteur financier, mais il y a quand augmentation du nombre des banques en RDC pendant les quinze dernières ? Qu’en dites vous ?

    NOEL K. TSHIANI : Je partage le constat que les banques et établissements financiers fleurissent au Congo pendant ces quinze dernièrres années (ce qu’il faut saluer d’ailleurs). Mais la question fondamentale reste celle de l’adéquation du système financier Congolais dans son ensemble aux besoins de développement du pays. C’est pour cela que j’appelle à une prise de conscience nationale pour que la République Démocratique du Congo se dote en urgence d’une vision claire de développement du secteur financier qui soutienne les ambitions de croissance économique accélérée et d’un développement économique et social axé sur la dynamique du secteur privé. Sans cette vision, la multiplicité de petites banques étrangères concentrées pour l’essentiel à Kinshasa, reste sans impact tangible et réel sur le vécu quotidien des Congolais et sur l’économie nationale. Il faut encourager l’émergence des trois ou quatre grandes banques nationales qui accompagneraient le développement économique du pays et qui seraient un relais de la vision de l’autorité monétaire et du leadership politique du pays.

    Chantal Zock: Vous dites dans votre livre que l’économie de la RDC est dollarisée à 90 pour cent ? Est-ce une bonne ou mauvaise chose  pour le pays ?

    NOEL K. TSHIANI : Je tiens à rappeler que la Constitution de la République Démocratique du Congo (complétée par l’article 7 de la Loi 005/2002 du 7 Mai 2002 sur l’Organisation et le Fonctionnement de la Banque Centrale du Congo) est très claire dans ses articles 170 et 176 qui stipulent d’une part que l’unité monétaire de la République Démocratique du Congo est le franc congolais ; et d’autre part que « la Banque Centrale du Congo est seule habilitée, sur le territoire national, à émettre des billets et pièces de monnaie ayant cours légal. Les monnaies et pièces de monnaie ayant cours légal sont  libellées dans l’unité monétaire de la République démocratique du Congo, le franc congolais ou dans ses sous-unités». La situation monétaire actuelle de la République Démocratique du Congo se caractérise par les éléments suivants : le manque d’unification de l’espace monétaire  étant donné que plusieurs monnaies circulent concomitamment sur toute l’étendue de la République, et notamment le Franc congolais, le dollar américain, l’euro, le franc CFA, le schilling ougandais, le franc rwandais, le kwacha zambien, le kwanza angolais et le schilling tanzanien ; l’instabilité chronique du taux de change qui est passé de 1,3 francs congolais en juin 1998 à 940 Francs congolais contre un dollar américain en Novembre  2012 ; l’instabilité continue des prix; le dysfonctionnement du système des paiements ; la paralysie du système bancaire ; la stagnation de l’activité économique ; et l’absence de l’exclusivité monétaire avec la dollarisation poussée et éhontée de l’économie. La dollarisation qui laisse le dollar américain circuler librement au Congo constitue une violation fragrante de ces dispositions constitutionnelles.  Et toute réglementation de change qui autorise et officialise la dollarisation est aussi contraire à ces dispositions constitutionnelles. C’est pour cette raison que je pense qu’il est temps qu’on respecte la constitution du pays tant que ces dispositions constitutionnelles n’ont pas été modifiées.

    La dollarisation appauvrit la République Démocratique du Congo au profit des Etats Unis d’Amérique et favorise le blanchiment d’argent salle. Les revenus de seigneuriage reviennent logiquement à l’émetteur de la monnaie en circulation dans un pays. Les revenus de seigneuriage sur les dollars circulant en République Démocratique du Congo ne reviennent ni à la Banque Centrale du Congo, ni à la République Démocratique du Congo, mais plutôt à l’émetteur des dollars qui est la Réserve Fédérale des États Unis d’Amérique (Banque Centrale Américaine). Comme Il n’existe pas d’accord de rétrocession des revenus de seigneuriage entre la République Démocratique du Congo et les Etats Unis d’Amérique, les Etats Unis d’Amérique se font du bénéfice (revenus de seigneuriage) en laissant circuler leur monnaie en République Démocratique du Congo au moment où les pertes d’exploitation de la Banque Centrale du Congo (devenues chroniques depuis un certain temps) sont financées par des subventions d’exploitation qu’approuve le Parlement congolais année après année à la demande de l’autorité monétaire. Mon estimation est que la RDC perd près de 600 millions de revenus de seigneuriage chaque année. Ce phénomène constitue un véritable fléau qui interpelle la Banque Centrale du Congo, et le Gouvernement si on veut d’une part reprendre le contrôle de sa monnaie et recouvrer la souveraineté monétaire nationale, et d’autre part mettre fin au déficit de l’autorité monétaire en diversifiant ses sources de revenus, y inclus ceux de seigneuriage.

    Chantal Zock: Comment mettre fin à la dollarisation de l’économie en RDC ?

    La fin de la dollarisation de l’économie ne se décrète pas du jour au lendemain par une baguette magique. Si cet avis est partagé, il ne reste pas moins vrai qu’il faut que le Congo ait un plan clair avec un horizon temporel raisonnable pour mettre fin à la dollarisation afin de ne pas laisser perdurer la situation actuelle indéfiniment.  C’est à ce prix que le pays reprendrait le contrôle non seulement de sa monnaie, de son système financier et aussi de son économie. Il est bien entendu que dans cet horizon temporel raisonnable et réaliste, il faut que la République Démocratique du Congo continue à renforcer sa crédibilité à travers une gestion macroéconomique rigoureuse notamment en maintenant un niveau d’inflation faible, régulier et prévisible, ce qui n’est pas évident lorsqu’on ne contrôle pas entièrement la masse monétaire circulant dans le pays.  La question de la qualité, du degré et de la pérennité de la stabilisation macroéconomique est ainsi posée. Sans verser dans la théorie, une loi sur la reforme du système de paiement au Congo s’impose. Une telle loi devrait couvrir les moyens de paiements conformes aux dispositions constitutionnelles en vigueur, la monnaie acceptable pour les transactions dans le pays, les sanctions et amendes des récidivités, et surtout le délai raisonnable et réaliste pour le passage d’un système de dollarisation à  celui où une monnaie nationale crédible devient effective conformément à la constitution du pays.  La fin de la dollarisation doit être précédée et accompagnée d’une longue campagne de communication pour que la population comprenne le bien-fondé de la démarche et s’approprie le processus. Il faudra donc faire un bon mélange des règles de dollarisation basées sur le marché et la persuasion, et une certaine dose de règlementation. La seule bonne volonté ne suffit.

    Chantal Zock: Faut il aussi faire une réforme monétaire dans la cadre de votre bataille pour doter la RDC d’’ une monnaie nationale crédible ?

    NOEL K. TSHIANI : Etant donné que institutions de la République sont en place, et parce que l’indépendance de la Banque centrale est prescrite dans la constitution du pays et dans ses statuts, je pense qu’il est opportun de  procéder à la réforme profonde de la Banque Centrale du Congo, du secteur financier et du secteur de la monnaie qui devra constituer un appui important aux efforts de mobilisation de ressources indispensables pour la mise en œuvre d’une véritable nouvelle vision de développement du pays. Cette réforme doit constituer un bon complément aux efforts de redressement économique entrepris par le gouvernement dans tous les secteurs afin de relancer l’économie nationale et créer la base d’une croissance économique durable, condition sine qua non pour créer des emplois massifs et améliorer les conditions sociales de la population.

    Une nouvelle réforme monétaire est vraiment nécessaire pour plusieurs raisons. D’abord parce que la nomenclature actuelle des billets de banque est hors d’état d’usage. Le coût de fabrication des billets étant devenu trop élevé par rapport à leur valeur faciale, la monnaie congolaise est devenue difficilement utilisable. L’introduction en juillet 2012 des billets de 1.000 à 10.000 francs congolais n’est pas suffisante et ne constitue a mon avis qu’un palliatif qui ne résout pas les problèmes liés a l’irrationalité de la monnaie congolaise dans sa configuration actuelle. Ensuite il existe deux masses monétaires distinctes au Congo : une masse monétaire en franc congolais et une masse monétaire en dollar. La Banque centrale ne contrôle pas la masse monétaire en dollar qui est la plus importante en volume. De ce fait, la Banque centrale ne peut pas conduire une politique monétaire crédible car tous ses instruments (taux directeurs, taux de réserves obligatoires, et interventions sur le marché de change) sont sans effet réel et durable sur l’économie.

    La reforme monétaire ne doit pas être comprise comme l’introduction de signes monétaires de grande dénomination qui sont d’ailleurs porteurs d’un effet psychologique hyper-inflationniste important. L’introduction de tels billets ne peut qu’entrainer des conséquences dévastatrices sur le pouvoir d’achat de la population. Le public congolais en a déjà souffert dans le passé.

    Pour faire face à cette situation, la Banque centrale et le gouvernement doivent travailler de concert pour rétablir une discipline pouvant permettre la conception et la mise en œuvre d’une politique monétaire et de change saine et crédible. Une telle discipline implique d’une part la mise en place d’un Etat de droit fonctionnel et le respect des statuts de la Banque, et d’autre part le soutien de la politique économique du gouvernement et de la vision du leadership politique du pays ; le respect des principes de l’orthodoxie budgétaire et financière; une bonne coordination entre les politiques monétaires et budgétaires, l’engagement et le leadership du ministère des finances dans la restructuration du secteur financier, et l’engagement de la Banque centrale à se restructurer elle-même pour devenir une institution moderne en hommes, instruments, politiques et infrastructures. Cette discipline exige une volonté politique ferme pour mettre fin à la dollarisation qui fait perdre au Congo et à la Banque centrale les revenus de seigneuriage et de change, et contribue à aggraver le déficit de l’autorité monétaire et du budget de l’Etat. La dollarisation qui avait permis à l’économie congolaise de survivre pendant la période de guerre marquée par l’instabilité chronique du cadre macroéconomique et l’hyperinflation, ne se justifie plus aujourd’hui comme système monétaire dans un pays souverain. La dollarisation ne permet pas à la Banque centrale de jouer son rôle de préteur de dernier ressort en cas de difficultés du système financier, et constitue un signe visible de perte de la souveraineté monétaire par le Congo. La banque centrale et le gouvernement doivent y mettre fin de toute urgence afin de rétablir la souveraineté monétaire nationale dans l’intérêt supérieur du pays et du peuple congolais.

    Les perspectives pour  une monnaie nationale crédible sont liées à celle de l’économie congolaise et exigent la poursuite des réformes multisectorielles, en particulier dans le domaine de l’assainissement des finances publiques, du renforcement de l’intégration économique nationale, de la stabilité socio-politique, de l’amélioration de la gouvernance politique et économique, de la mise en place d’un environnement incitatif pour le secteur privé, de la construction des infrastructures économiques et sociales, de la valorisation des ressources humaines et naturelles et de la relance durable de la production nationale. Je suis conscient du fait qu’on ne peut pas simplement combattre la dollarisation par une baguette magique. Il faut y aller par étapes, en commençant par changer les conditions qui ont conduit à la perte de confiance dans la monnaie nationale. C’est pour cette raison qu’une stratégie globale de développement du secteur financier, de développement du secteur privé et de relance économique est primordiale. C’est pour cela qu’il faut inscrire cet exercice dans le cadre d’un programme intégré visant à mettre en place au préalable un véritable Etat de droit et République Démocratique du Congo.

    Chantal Zock: Un mot de la fin ?

    NOEL K. TSHIANI : Un pays qui ne contrôle pas sa monnaie et son système financier, ne contrôle pas son économie. La monnaie est un levier important de gestion macroéconomique. Une politique monétaire crédible ne peut être menée au Congo tant que l’on n’aura pas rétabli la confiance dans le pays et dans sa gouvernance d’une part, d’autre part dans l’économie nationale et dans le franc congolais pour en faire la seule monnaie ayant court légal sur l’étendue de la République conformément à la constitution du pays. Si, au sortir de la deuxième guerre mondiale, les Allemands avaient réussi a sortir leur pays de la merde pour se donner une économie florissante et une monnaie nationale crédible, cela est tout a fait aussi possible dans ce mon pays, mais moyennant une certaine façon de faire les choses et de gérer le pays. A mes compatriotes, je voudrais dire qu’une monnaie nationale crédible est tout à fait possible en République Démocratique du Congo. Mais pour cela, nous devrons situer cette vision dans le cadre des réformes d’ensemble englobant la politique, l’économie et la monnaie.

  • RDC : retrait des collines de Kibati, “acte de bonne foi” ou “débandade” du M23 ?

    RDC : retrait des collines de Kibati, “acte de bonne foi” ou “débandade” du M23 ?

    m23-karuba-Le Mouvement du 23-Mars (M23) s’est retiré, le 30 août, des collines ouest de Kibati, surplombant la capitale du Nord-Kivu. La rébellion parle d’un “acte de bonne foi” pour permettre l’ouverture des enquêtes sur les tirs d’obus sur Goma et Rubavu, au Rwanda. Mais pour Kinshasa, les troupes rebelles sont en “débandade”.
    Au Nord-Kivu, les choses bougent sur la ligne de front. Après dix jours d’intenses combats entre les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par la brigade d’intervention des Nations unies, et le Mouvement du 23-Mars (M23), la rébellion s’est retirée, le 30 août, de ses positions stratégiques de “Trois tours”, collines situées dans la partie ouest de Kibati, à une dizaine de kilomètres au nord de la ville de Goma.

     

    Le groupe rebelle ne s’avoue pas pour autant vaincu. “Ce matin [30 août], nous avons ordonné à nos troupes de se retirer de Kanyaruchinya pour faciliter les enquêtes sur les tirs sur Goma et Rubavu [Gisenyi, au Rwanda, NDRL]”, a annoncé Bertand Bisimwa, le chef politique du M23 sur Twitter. Un “acte de bonne foi, ajoute Jean-Paul Epenge, un des porte-parole de la rébellion. Nous avons subi une pression énorme de la communauté internationale qui nous accuse d’avoir tiré des obus à Goma et à Rubavu”.
    Mais selon une source à la Mission onusienne au Nord-Kivu, “le M23 ne peut pas dire qu’il se retire de Kanyaruchinya [localité située au sud de la ligne de front, NDRL] alors qu’il ne s’y trouve plus” depuis quelques mois. En plus, la localité, située à moins de cinq kilomètres de la ligne de front, était déjà “sous contrôle de l’armée régulière”, précise-t-elle.
    “Débandade”
    “[Les rebelles] ont plié aux pressions de l’armée congolaise et de la brigade d’intervention, affirme, pour sa part, Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement congolais. Ils sont en débandade : ils n’avaient plus d’autre choix que de quitter leurs positions situées sur les collines de Kibati, dénommées localement les ‘Trois antennes’”.
    Depuis Kampala, Lawrence Kanyuka Kingston, le porte-parole adjoint du M23, appelle Kinshasa à privilégier la voie des négociations. “En quittant la ligne de front, nous voulons également inviter le gouvernement congolais à nous rejoindre dans la capitale ougandaise pour poursuivre les pourparlers et trouver une issue politique” à la crise dans le Kivu.
    “Nous ne pouvons plus continuer à négocier avec des gens qui tuent nos populations, lui rétorque Lambert Mende. Le M23 doit cesser d’exister comme groupe armé pour espérer discuter avec le gouvernement congolais”. En attendant, c’est l’option militaire qui semble prendre le dessus sur le terrain. “Les troupes congolaises avancent déjà vers Kibumba, où les rebelles et leurs alliés se sont retranchés”, explique le ministre.
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  • Conflit en RDC: le Rwanda isolé, sa marge de manoeuvre limitée

    Conflit en RDC: le Rwanda isolé, sa marge de manoeuvre limitée

    war-criminal-paul-kagame– Le Rwanda, de nouveau accusé par l’ONU d’ingérence dans le conflit en République démocratique du Congo (RDC) voisine, se retrouvait vendredi très isolé au niveau international et sa marge de manoeuvre apparaissait extrêmement limitée. Au lendemain d’une rhétorique résolument guerrière, dont il a déjà usé à plusieurs reprises ces derniers mois contre Kinshasa, le gouvernement rwandais a baissé d’un ton vendredi, ne réagissant pas officiellement aux nouvelles accusations de l’ONU sur un soutien de son armée aux rebelles congolais du M23 qui affronte les forces de RDC (FARDC) dans la province orientale du Nord-Kivu. Selon des diplomates à New York, le sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet a déclaré jeudi soir au Conseil de sécurité avoir des “informations crédibles et cohérentes” sur un soutien de l’armée rwandaise aux rebelles du M23, dans les combats en cours au nord de la capitale du Nord-Kivu, Goma. L’intensité de ces combats, qui durent depuis une semaine, est montée mercredi et jeudi, avec l’engagement accru, au côté des FARDC, de la nouvelle Brigade d’intervention de la Mission de l’ONU au Congo (Monusco), chargée d’éradiquer les groupes armés qui pullulent dans l’est du pays. Selon ces mêmes sources, M. Mulet, qui s’exprimait à huis clos, a évoqué une infiltration de troupes rwandaises en RDC “ces derniers jours”. Accusé depuis octobre 2012 de soutenir le M23, rébellion à majorité rwandophone, dans l’est de la RDC, le Rwanda a toujours fermement démenti, de même que Kampala, également accusé. Divers responsables de la présidence et du gouvernement rwandais ont été contactés vendredi par l’AFP, après ces nouvelles accusations, mais aucun n’a répondu. Seule la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo a démenti dans la nuit sur Twitter la présence de troupes rwandaises de l’autre côté de la frontière.

    “Non (…), les troupes rwandaises ne sont pas en République démocratique du Congo (pour le moment)”, a écrit la ministre, sur un ton volontairement ambigu, entre ironie et menace voilée.

    Le Rwanda se retrouve “très isolé sur la scène internationale”, a estimé Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique centrale au centre de réflexion International Crisis Group (ICG), interrogé par l’AFP.

    Membre non-permanent du Conseil de sécurité depuis le 1er janvier, le Rwanda a bloqué mardi, selon des diplomates, une proposition franco-américaine de sanctions contre deux responsables du M23. Il s’est aussi opposé depuis une semaine à plusieurs projets de déclaration du Conseil sur la situation dans l’est de la RDC, mettant en cause le M23.

    Comme à chaque nouvel épisode de crise dans le Nord-Kivu, Kigali a ces derniers jours haussé le ton et usé d’un vocabulaire martial après la chute de son côté de la frontière d’obus tirés depuis la RDC.

    Accusant les forces de RDC d’”intensifier leur bombardement délibéré du territoire rwandais”, Mme Mushikiwabo a averti jeudi: “cette provocation ne peut plus être tolérée. Nous n’hésiterons pas à défendre notre territoire”.

    Mais, vendredi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a affirmé que ce sont les rebelles du M23 qui ont tiré en direction du territoire rwandais.

    Dans un communiqué, M. Ban “condamne en particulier les tirs non ciblés émanant du M23 qui ont causé des morts, des blessés et des dégâts matériels parmi la population civile à l’est de la RDC et dans les zones frontalières au Rwanda, de même que parmi les Casques bleus”.

    L’armée rwandaise est déjà intervenue officiellement à trois reprises dans des conflits en RDC. En 1996 – la RDC s’appelle encore le Zaïre – elle organise, encadre et accompagne au combat la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, qui renverse un an plus tard Mobutu Sese Seko.

    En 1998, la rupture de l’alliance avec Kabila provoque la Deuxième Guerre du Congo, conflit régional impliquant plus d’une dizaine de pays africains, dont le Rwanda est un acteur majeur. Le dernier soldat rwandais quitte officiellement la RDC en octobre 2002.

    En 2009, l’armée rwandaise participe à une opération conjointe avec les FARDC contre les rebelles hutus rwandais dans l’Est congolais.

    Jeudi, des véhicules blindés de l’armée rwandaise ont ostensiblement parcouru Kigali, prenant la route de Gisenyi, en direction de la frontière congolaise. De façon inhabituelle, des images de ces mouvements de troupe ont été diffusées à la télévision nationale et sur les médias.

    Aucun déploiement militaire particulier n’a toutefois été constaté vendredi à Gisenyi ou le long de la frontière alentour.

    La ville était calme et les boutiques ouvertes. Les deux postes-frontière reliant Gisenyi et Goma sont restés ouverts depuis la reprise des combats et les commerçants notamment continuaient de traverser vendredi dans les deux sens.

    Malgré ses coups de menton, la marge de manoeuvre de Kigali semble aujourd’hui très limitée, notamment en raison de la présence importante de l’ONU au côté des FARDC dans les combats face au M23.

    “Maintenant les Casques-Bleus sont très impliqués. Il y a donc un risque de confrontation entre les Casques-Bleus et le Rwanda, ce qui serait catastrophique pour ces derniers”, notait vendredi Thierry Vircoulon.

    AFP

  • “vous ne verrez pas Goma!”, lance l’armée sud-africaine aux rebelles

    “vous ne verrez pas Goma!”, lance l’armée sud-africaine aux rebelles

    derrick_mgweb rsa– L’armée sud-africaine a sévèrement mis en garde vendredi les rebelles congolais du M23 contre toute tentative de reprendre Goma, ville de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) qu’ils avaient occupée en novembre 2012. “Nous essayons d’envoyer comme message au M23, cette fois nous ne verrez pas Goma!”, a déclaré au cours d’un point de presse à Pretoria le lieutenant général Derrick Mgwebi, chef du commandement conjoint sud-africain. “N’imaginez pas une nouvelle prise” de Goma, a mis en garde l’officier supérieur, après une semaine d’intenses combats au nord de la ville, dans les collines de Kibati. L’Afrique du Sud compte quelque 1.345 soldats détachés au sein d’une nouvelle brigade d’intervention (FIB) déployée par la Mission des Nations unies dans l’Est de la RDC (Monusco), soit près de la moitié de ce contingent de casques bleus dotés d’un mandat offensif inédit dépassant le cadre d’une simple mission de maintien de la paix. Cette brigade d’intervention, qui compte aussi des Tanzaniens et des Malawites, a pour mission de neutraliser et de désarmer les groupes rebelles. Elle est autorisée à ouvrir le feu, non pas seulement pour se défendre ou protéger les populations, mais aussi pour pourchasser les groupes armés. Depuis dix jours, les combats se sont intensifiés au nord de Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu que le M23 avait brièvement occupée fin novembre 2012, avant de s’en retirer sous la pression internationale. “Les premiers tirs ont débuté mercredi 21 août entre la FARDC (l’armée régulière congolaise, ndlr) et le M23. Le 22 août, cela a continué dans les zones générales de Kibati, toujours entre la FARDC et le M23. Des bombes sont tombées sur l’aéroport et sur la ville (de Goma). Le 23 août, les tirs ont continué, les bombes sont tombées à gauche et à droite de la base (onusienne) de Munigi”, a précisé un mémo de l’armée sud-africaine distribuée à la presse. La riposte a pris la forme d’une frappe d’hélicoptère, et de tirs d’artillerie et de mortier sur les positions du M23 dans la zone de Kibati. “Le 24 août, les combats ont démarré très tôt, des bombes du M23 tombaient sur les civils dans la zone générale de Munigi” et c’est alors que la brigade onusienne s’est déployée avec deux compagnies, l’une Sud-africaine et l’autre Tanzanienne, placés sous commandement tanzanien.

    Deux militaires sud-africains ont été blessés à cette occasion, selon l’armée.

    Le 25 août, ces compagnies sont restées sur la ligne de front en soutien à une offensive de l’armée congolaise. Le lendemain, toujours selon ce compte-rendu, des blindés de l’armée sud-africaine ont essuyé des tirs du M23, occasionant la crevaison d’un pneu et une fuite d’essence, tandis que les combats se poursuivaient le jour suivant entre l’armée congolaise et le M23.

    Mercredi, les combats ont commencé avec des frappes aériennes, des pré-bombardements et des tirs de mortier en soutien à l’attaque de l’armée congolaise, faisant deux blessés parmi les militaires sud-africains et quatre parmi les Tanzaniens, dont un officier a aussi été tué par un obus rebelle, a rappelé l’armée sud-africaine.

    La base de Munigi a été à nouveau bombardée la nuit suivante, un tireur sud-africain a été touché par un éclat d’obus, portant à cinq au total le nombre de blessés sud-africains.

    L’escalade de la violence aux abords de Goma est une question sensible en Afrique du Sud depuis que 15 militaires ont perdu la vie en mars lors d’une mission controversée en Centrafrique, infligeant à l’armée sud-africaine ses plus lourdes pertes depuis la fin de l’apartheid.

    Le manque d’équipement et l’impréparation du petit contingent sud-africain en Centrafrique avait été mis en cause. M. Mgwebi a assuré que les troupes déployées en RDC étaient entraînées et protégées par une puissance de feu suffisante.

    “Les troupes sud-africaines ont subi un large entraînement pré-déploiement en Afrique du Sud et un entraînement à leur mission sur zone”, indique le mémo de l’armée sud-africaine.

    AFP

  • Les rebelles du M23 reculent dans l’Est

    Les rebelles du M23 reculent dans l’Est

    M23- Rwanda– Les rebelles du M23 ont annoncé vendredi qu’ils se retiraient de la ligne de front au nord de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), face à l’offensive d’une ampleur inédite des Casques bleus et de l’armée régulière.

    Le gouvernement de Kinshasa s’est félicité de son côté d’avoir atteint “l’essentiel” des objectifs fixés pour cette phase des combats, qui consistaient à déloger les rebelles des positions qu’ils occupaient sur les hauteurs à une quinzaine de kilomètres de Goma, ville située à la frontière avec le Rwanda.

    Ce retrait des rebelles intervient après une semaine d’affrontements, qui s’étaient nettement intensifiés mercredi et jeudi avec une offensive conjointe des Forces armée de la RDC (FARDC) soutenues pour la première fois par la brigade d’intervention des Casques bleus de la Mission des Nations unies au Congo (Monusco).

    Dans un message sur twitter, le chef du M23, Bertrand Bisimwa, a annoncé dans la matinée avoir ordonné à ses “forces de se retirer de la ligne de front de Kanyaruchinya pour permettre l’arrêt des combats”.

    Joint par l’AFP en fin d’après-midi par téléphone, le porte-parole militaire du M23, le lieutenant-colonel Vianney Kazarama, a précisé que ce retrait était achevé. “Nous avons quitté cette position”, a-t-il dit, affirmant que son mouvement voulait “amener les FARDC (l’armée régulière) loin de la frontière avec le Rwanda”.

    Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a imputé vendredi aux rebelles la responsabilité d’un tir d’obus sur la ville rwandaise de Gisenyi, qui jouxte Goma, au bord du lac Kivu, et qui avait tué une femme jeudi.

    Ce tir avait amené le Rwanda à menacer jeudi de riposter contre l’armée congolaise, pour “défendre son territoire”.

    “Vous ne verrez pas Goma”

    Catherine Ashton, la représentante de la diplomatie de l’Union Européenne, a mis en garde vendredi contre “toute tentative pour internationaliser le conflit”, estimant que “toute intervention directe de pays voisins de la RDC ne pourrait qu’aggraver la situation”.

    Pour le porte-parole de l’armée au Nord-Kivu le colonel Olivier Hamuli, les rebelles sont “en déroute”. Ils auraient pris la direction de Rumangabo, une localité à environ 20 km plus au nord, a-t-il affirmé à Radio Okapi, la radio des Nations unies.

    “La plupart des montagnes autour des trois tours de Kibati sont maintenant contrôlées par les FARDC”, a déclaré le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais Lambert Mende, faisant référence à une colline dotée de trois antennes dans la zone de combats des derniers jours et présentée comme un verrou stratégique.

    A Pretoria, l’état-major de l’Afrique du Sud, l’un des trois pays, tous africains, fournissant les effectifs de la brigade d’intervention de l’ONU, a dit vouloir envoyer un “message” au M23 : “Cette fois nous ne verrez pas Goma”.

    Les rebelles avaient pu s’emparer de la ville en novembre 2012 sans être inquiétés par la Monusco.

    Dotée d’un mandat offensif pour combattre et désarmer les différents groupes armés présents dans l’est de la RDC, la brigade d’intervention de l’ONU, qui comptera 3.000 hommes à terme, renforce la Monusco, accusée d’inefficacité par la population malgré ses 17.000 soldats.

    Aucun bilan militaire des affrontements des sept derniers jours n’a pu être obtenu auprès de la FARDC et du M23, mais il y aurait eu de “lourdes pertes” selon une source militaire occidentale. Selon Kinshasa, 13 civils ont été tués par des chutes d’obus.

    Le Nord-Kivu est une province extrêmement riche en minerais et l’une des régions les plus densément peuplées de la RDC. L’instabilité y est chronique depuis près de vingt ans, et le M23 (Mouvement du 23 mars)  y est actif depuis mai 2012.

    Kinshasa et l’ONU accusent régulièrement le Rwanda et l’Ouganda de soutenir ce groupe de rebelles, qui revendique une meilleure reconnaissance des populations tutsi congolaises, ce que les deux pays ont toujours démenti.

    AFP