Author: Don Kayembe

  • Une Rwandaise condamnée aux Etats-Unis

    Une Rwandaise condamnée aux Etats-Unis

    Installée aux Etats-Unis depuis 1998, Beatrice Munyenyezi était selon les témoins de son procès, l’une des responsables d’un barrage routier de Butare, ville du sud du Rwanda, dressé pour intercepter et tuer les victimes du génocide.

    Agée de 43 ans, elle a été inculpée en juin 2010 par un jury fédéral du New Hampshire et a été reconnue coupable au printemps dernier.

    A sa sortie de prison, Munyenyezi sera renvoyée vers le Rwanda où elle pourrait être inculpée de génocide.

    800 000 personnes ont été tuées durant le génocide de 1994, la plupart de l’ethnie tutsie.

    beatriceSelon un communiqué du procureur, elle faisait partie du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement, le parti au pouvoir durant le génocide et du “mouvement de jeunesse” des Interahamwe.

    Alors que le génocide prenait fin en juin 1994, elle s’est enfuie au Kenya, où elle a donné naissance à des jumeaux, et d’où elle a fait une demande de statut de refugié aux Etats-Unis.

    Assistée d’organisations humanitaires, elle s’est ensuite installée dans l’Etat américain du New Hampshire, où elle a fait des études universitaires et a obtenu un emploi.

    Son mari, Arsene Shalom Ntahobali, et sa mère ont tous deux été condamnés à la prison à vie au Rwanda pour avoir participé au génocide.

    Munyenyezi est la première personne impliquée dans le génocide rwandais à être inculpée aux Etats-Unis.

    En écoutant l’annonce lundi de sa condamnation à la peine maximale, Munyenyezi a fondu en larmes.

    Ses avocats comptent faire appel du jugement.

    “Elle n’était pas une simple spectatrice, a souligné le juge Stephen McAuliffe en prononçant sa condamnation. L’accusée a personnellement participé aux meurtres d’hommes, femmes et enfants, simplement parce qu’ils étaient appelés Tutsis».

    bbc

  • RDC: l’armée intensifie ses bombardements sur les positions du M23

    RDC: l’armée intensifie ses bombardements sur les positions du M23

    combat-au-front-kivu-L’armée congolaise a intensifié ses bombardements mercredi sur les positions tenues par le mouvement rebelle M23 au nord de la ville de Goma, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

    Les bombardements d’artillerie des FARDC (armée régulière)sur le M23 ont débuté dans la matinée. Ils se sont intensifiés dans l’après-midi, a constaté un photographe de l’AFP.

    Des chars, des mortiers et des mitrailleuses lourdes montées sur des affuts ont pilonné pendant une partie de l’après-midi les positions du M23 sur les collines avoisinant les localités de Kanyarucinya et Kibati, à une quinzaine de kilomètres au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu.

    Comme la veille, trois hélicoptères de l’armée sont également intervenus contre les positions rebelles en tirant des roquettes, selon le photographe de l’AFP.

    En fin d’après-midi, les échanges de tirs avec des armes individuelles automatiques se sont faits plus fournis, laissant penser qu’une possible offensive des troupes régulières au sol était en cours.

    Les bombardements visaient les positions du M23 autour des localités de Kibati et Kanyarucinya, selon Bertrand Bisimwa, président politique du mouvement rebelle.

    Le M23 a apparemment peu riposté. “Si on réagit, on risque de faire des dégâts” car les positions ciblées sont proches de “camps de déplacés” ainsi que d’une base de la Mission de l’ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco), a expliqué M. Bisimwa.

    Objectif de l’armée: “anéantir” les rebelles

    Pas d’intervention des Nations unies

    “Nous risquons d’inviter la Monusco (dans la guerre. Je crois que c’est le piège que veulent nous tendre les FARDC et la Monusco”, a-t-il affirmé.

    Selon des informations non confirmées de sources militaires occidentales, le mouvement rebelle aurait adopté une attitude passive en raison de difficultés d’approvisionnement en munitions.

    Mardi, le porte-parole des FARDC, le colonel Olivier Hamuli, avait affirmé que le but de l’armée était “d’anéantir” le mouvement rebelle qui aurait, selon des sources officielles, subi de lourdes pertes. Le M23 n’a pas confirmé ces pertes.

    Les forces des Nations unies, importantes dans l’Est de la RDC, ne sont jamais intervenues depuis le début de ces nouveaux combats, même si elles entretiennent un groupe de liaison auprès des FARDC.

    La Monusco a démenti mercredi avoir bombardé des villages au Rwanda, rejetant des affirmations de Kigali qui accusait les FARDC et l’ONU d’avoir “délibérément” visé lundi deux villages rwandais frontaliers.

    Dimanche soir à New York, le porte-parole de l’ONU a prévenu qu’un mouvement du M23 en direction de la ville de Goma serait considéré comme une “menace directe” contre la population.

    Le premier mandat de la Monusco est la protection des populations. Un second a été attribué à une brigade d’intervention afin de neutraliser et désarmer les groupes armés. Cette brigade n’est pas encore opérationnelle, seuls les deux tiers des soldats qui la composent étant arrivés sur place.

    Les affrontements en cours sont les plus sérieux depuis neuf mois.

    A la mi-novembre, le M23 avait mis en déroute l’armée, pourtant appuyée par les Nations Unies, et occupé Goma pendant une dizaine de jours, avant d’entamer de laborieux pourparlers à Kampala avec le gouvernement.

    Lundi, le porte-parole du gouvernement congolais avait donné un bilan de 120 rebelles et 10 soldats tués. Aucun autre chiffre n’a été publié depuis, et aucune confirmation n’a pu être obtenue auprès du M23 ni de sources indépendantes.

    Le M23 est constitué d’anciens militaires congolais qui se sont mutinés et ont trouvé, selon la RDC et les Nations unies, un appui -en hommes et en munitions- auprès des gouvernements ougandais et rwandais. Mais ces deux pays voisins nient toute assistance au mouvement rebelle.

    afp

  • L’Est de la RDC en proie à une myriade de groupes armés

    L’Est de la RDC en proie à une myriade de groupes armés

    FARDC– Depuis un an, le mouvement rebelle congolais M23 monopolise les gros titres, mais l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), riche en minerais, déchiré par des conflits ethniques et historiques, abrite une myriade d’autres groupes armés. Ces groupes combattent l’armée congolaise ou d’autres milices, dans des alliances mouvantes, et terrorisent en permanence les populations civiles avec le soutien ou la bienveillance, accusent certains, de pays voisins, voire de Kinshasa. Près d’un million de personnes sont déplacées dans les deux provinces du Kivu, selon l’ONU.

    Sélection des principaux mouvements actifs dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu:

    Le Mouvement du M23: essentiellement composé de tutsi congolais, parlant la langue nationale rwandaise, le kinyarwanda. Rebelles intégrés à l’armée congolaise (FARDC) à la faveur d’un accord de paix en 2009, ils se sont mutinés en avril 2012, estimant que cet accord n’avait jamais été pleinement respecté. Le groupe, que Kinshasa et l’ONU accusent le Rwanda et l’Ouganda de soutenir en dépit des dénégations des deux pays, destabilise le Nord-Kivu depuis des mois. En novembre dernier, ils ont brièvement pris sa capitale Goma. Des combats ont récemment repris avec les FARDC. Le nombre de ses combattants est incertain depuis des luttes internes qui ont fait de nombreux morts et ont conduit à la défection de toute une faction.

    Les Forces démocratiques alliées (ADF): initialement groupe armé d’opposition au président ougandais Yoweri Museveni, ils ont dès le début trouvé abri au pied des monts Ruwenzori, dans l’est d’une RDC longtemps bienveillante à leur égard, près de la frontière ougandaise. Ce groupe, aujourd’hui uniquement composé de combattants musulmans, affronte épisodiquement depuis près d’une décennie les FARDC à quelques centaines de km au nord de Goma. Leur nombre est estimé à entre quelques centaines et environ 1.300. Dans un rapport publié il y a six mois, l’International Crisis Group notait leur capacité de résilience, mais qu’ils n’avaient toutefois pas la force déstabilisatrice du M23.

    Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR): rebelles hutu rwandais refugiés en RDC après le génocide perpétré en 1994 au Rwanda contre les Tutsi. Même s’ils sont aujourd’hui surtout une menace pour les civils congolais, leur objectif proclamé reste de renverser le régime de Kigali. Leur commandement a été décimé, mais le Rwanda accuse Kinshasa de les soutenir. Ils seraient entre 1.500 et 2.000.

    Les milices Maï-Maï: elles regroupent une vingtaine de sous-groupes, dont la taille varie de quelques dizaines à environ 1.500. Formées à l’origine pour contrer les diverses interventions armées du Rwanda dans l’est de la RDC depuis le génocide de 1994. L’armée de RDC a ces derniers mois été accusée de s’appuyer sur certains d’entre eux pour combattre le M23. L’ONU en a à l’inverse accusé d’autres de soutenir les mutins.

    Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS): l’un de ces sous-groupes Maï-Maï, basé dans le Masisi, dans le Nord-Kivu. Il a aidé les FARDC à chasser les M23 de Sake, une ville-clé proche de Goma en novembre.

    Les Nyatura: autre émanation Maï-Maï, qui a également aidé l’armée congolaise à reprendre Goma au M23 l’an dernier.

    Le Front national de libération (FNL) : groupe rebelle burundais qui a repris les armes contre les autorités de Bujumbura après des élections boycottées par l’opposition en 2010. Une partie des FNL utilisent le Sud-Kivu comme base de repli et font de temps en temps l’objet de campagnes de répression conjointes des armées congolaise et burundaise.

    Les Forces oecuméniques pour la libération du Congo (FOLC): soutenues par un ancien chef rebelle devenu un temps ministre de l’Intérieur de RDC, Antipas Mbusa Nyamwisi. Elles sont, comme les ADF, actives près de la frontière ougandaise et ont été accusées de coopération avec le M23. Le groupe aurait cependant accepté de déposer les armes.

    Face à toutes ces milices, se sont constitués des groupes dits de défense des populations, comme les Raia Mutomboki ou les forces de défense congolaises (FDC). Ces groupes s’en prennent pourtant aussi régulièrement aux civils. Certains d’entre eux ont été accusés par l’ONU d’alliance avec le M23.

    D’autres milices opèrent encore ailleurs dans le pays, notamment en Ituri, district de la province Orientale situé au nord du Nord-Kivu, ou encore dans la riche province minière du Katanga (sud).

    AFP

  • Dossiers Gbagbo, Kony… La Cour pénale internationale à la peine

    Dossiers Gbagbo, Kony… La Cour pénale internationale à la peine

    cpi-Les uns voient en elle l’instrument suprême de la justice universelle ; les autres, une noble mais vaine utopie. Logée à La Haye (Pays-Bas), la Cour pénale internationale, ou CPI, devait être le catafalque de l’impunité et le terminus des massacreurs. Las ! on a surtout enseveli pour l’heure au pied de son siège, fortin tout de blanc et de verre vêtu, quelques illusions. Comme elle paraît loin, l’euphorie initiale… Le 17 juillet 1998, des clameurs de joie retentissent et des yeux s’embuent lorsque, après des semaines d’âpres palabres, les émissaires de 120 pays, réunis à Rome, signent la charte fondatrice de ce tribunal planétaire permanent. Mission : châtier les auteurs de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. “Nous pensions changer le monde, confie, quinze ans après, le vétéran Gilbert Bitti, aujourd’hui conseiller juridique de la section préliminaire de la CPI. Au coeur de la décennie magique ouverte par la chute du mur de Berlin, tout semblait possible.

    Autant dire que le retour sur terre sera violent.” De fait, la cour, inaugurée quatre ans plus tard, suscite des espoirs démesurés. Sans doute l’hymne du “plus jamais ça” couvre-t-il l’increvable rengaine de la realpolitik. “La CPI a avant tout le mérite d’exister, nuance Liz Evenson, animatrice du programme justice internationale au sein de l’ONG Human Rights Watch. Elle expose tout chef de guerre au risque d’avoir à rendre un jour des comptes ; et met en lumière le calvaire des victimes. Mais personne n’avait alors mesuré l’ampleur des défis.”

    Le plus écrasant ? Une dépendance totale envers les Etats, qu’ils figurent ou non parmi les 122 ayant désormais ratifié le statut de Rome, et leur bon vouloir à géométrie variable. En clair, si la CPI, dépourvue de bras armé, n’a rendu à ce jour qu’un unique verdict, condamnant le milicien congolais Thomas Lubanga à quatorze ans de prison, elle ne saurait être tenue pour seule responsable de la maigreur du tableau de chasse. Au minimum, trois des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, tuteur de fait, restreignent son champ d’action. Jamais la Russie ne la laissera s’aventurer en Tchétchénie ou chez son obligé syrien. Pas question pour Pékin de tolérer la moindre “ingérence” au Tibet ou chez les alliés nord-coréen ou sri-lankais. Les Etats-Unis ? Si l’administration Obama a rompu avec le pilonnage de l’ère Bush, on l’imagine mal avaliser une enquête portant sur la conduite de ses GI en Irak et en Afghanistan. Encadrer la laborieuse traque de l’Ougandais Joseph Kony, gourou sanguinaire de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), soit ; oeuvrer au transfert à La Haye, via le Rwanda, du Congolais Bosco Ntaganda, d’accord. De là à cautionner une démarche incriminant Israël… “Une hypocrisie énorme, peste un magistrat chevronné. Voyez le cas libyen : en 2011, on nous somme d’inculper Mouammar Kadhafi, pour nous lâcher en rase campagne dès sa chute. Notre juridiction paie au prix fort sa soumission aux puissants.” Aujourd’hui, Tripoli refuse de livrer Seïf al-Islam, fils et dauphin du Guide défunt, ainsi que l’ancien chef du renseignement de la Jamahiriya.

    Un coup de glaive dans l’eau ? Procureur de la cour depuis le 18 juin 2012, la Gambienne Fatou Bensouda a dénoncé au début de juin à New York l’”inaction” et la “paralysie” du Conseil de sécurité de l’ONU sur le front du Darfour. Il faut dire qu’au mépris des deux mandats d’arrêt lancés contre lui le président soudanais Omar el-Béchir enchaîne les visites à l’étranger. Y compris au Tchad, ce voisin censé, du fait de son adhésion au Statut de Rome, l’arrêter et l’expédier vers Scheveningen, l’annexe carcérale de la CPI.

    Maints Etats membres, il est vrai, pratiquent la coopération sélective. Oui à la cour, dès lors qu’elle sert mes intérêts. Non dans le cas contraire. Le président Ougandais, Yoweri Museveni, ne la louange que quand elle cible les caïds de la LRA. Maître de Kinshasa, Joseph Kabila a vu sans déplaisir son rival Jean-Pierre Bemba atterrir à La Haye, où il est jugé pour les exactions perpétrées par ses soudards en République centrafricaine ; qu’adviendra-t-il le jour où l’on braquera les projecteurs sur la soldatesque de “Jo” ? Quant à la Côte d’Ivoire, elle s’est empressée d’expédier Laurent Gbagbo, sortant défait dans les urnes puis par les armes, aux Pays-Bas, mais rechigne à extrader son épouse Simone, inculpée comme lui.

    Honneur à Thémis, déesse de la Justice, et à bas Machiavel. A l’entendre, Fatou Bensouda s’en tient au strict respect du droit et bannit du prétoire les calculs politiques. Les faits, les preuves, les témoins : credo louable, mais chimérique. D’abord, les princes de la cour, du procureur aux juges, via le greffier, sont élus par l’Assemblée des Etats parties. Méthode de casting plus propice aux marchandages -“Tu épaules mon poulain et j’appuie le tien”- qu’au primat de l’expertise. Voilà pourquoi la Coalition pour la CPI, forum de plus de 2000 ONG, orchestre les auditions des candidats aux hautes fonctions devant un panel d’éminents juristes. “Si tractations il y a, dit-on chez Human Rights Watch, qu’au moins elles départagent les meilleurs.” Ensuite, il n’est de meilleur vaccin contre le virus de l’instrumentalisation qu’un palmarès inattaquable en matière d’enquêtes, d’instruction et de procès. A l’évidence, on en est loin. Dernier couac en date, l’ajournement, le 3 juin, de l’”audience de confirmation des charges” pesant sur Laurent Gbagbo. Estimant insuffisante la “valeur probante” des pièces fournies, la chambre préliminaire enjoint au procureur de livrer d’ici à la mi-novembre des “preuves additionnelles”, quitte à conduire des “enquêtes supplémentaires”. Bref, Fatou Bensouda doit revoir une copie nourrie de trop d’arguments de seconde main, mémos onusiens ou rapports d’agences humanitaires. “Désaveu humiliant”, comme le claironne maître Emmanuel Altit, l’un des avocats de l’ex-chef d’Etat ivoirien ? A tout le moins, un cuisant camouflet. “Et, pour nous tous, un vrai cauchemar”, confesse un ancien du bureau du “proc’”. Cauchemar récurrent.

    Les limiers maison parviennent souvent trop tard sur les lieux des crimes
    La rétractation d’un témoin clef a conduit en mars dernier à l’abandon des charges pesant sur le Kényan Francis Muthaura. Le meneur de milice congolais Mathieu Ngudjolo doit pour sa part son acquittement, prononcé en décembre 2012, à la fragilité de témoignages “flous et contradictoires”. Quant à la peine infligée à Thomas Lubanga, elle repose en partie sur des récits d’enfants-soldats recueillis par des “intermédiaires” douteux, sinon vénaux. Certes, il convient d’étoffer le contingent des enquêteurs -60 à peine-, dispersé sur huit théâtres complexes et volatils, voire inaccessibles ; interdite de séjour au Darfour, l’équipe Soudan a ainsi dû se borner à collecter les dépositions de civils à la frontière. Il n’empêche: de l’aveu même d’un vieux routier de la CPI, les limiers maison parviennent souvent trop tard sur les lieux des crimes, rançon d’une “regrettable frilosité”, patente cette année au Mali.

    Autre handicap, le manque de fouineurs aguerris. “Les meilleurs sont partis très vite, précise la même source. Ecoeurés: ils trimaient six mois sur un dossier, jusqu’au jour où Ocampo décidait de l’abandonner au profit d’un autre.” Allusion au premier procureur, le très politique et très médiatique Argentin Luis Moreno Ocampo, alias “LMO”, enclin à recruter de jeunes enquêteurs motivés mais malléables. “Avec lui, c’était le one-man-show permanent”, persifle un rescapé, encore atterré par la guérilla fort peu urbaine livrée au greffe et aux juges.

    En interne, les anciens imputent la plupart des carences de la cour aux travers du flamboyant Latino-Américain, néanmoins crédité de la “visibilité” conquise sur l’échiquier mondial. “Nous souffrons d’un terrible déficit d’équité des enquêtes, concède l’un d’eux. Voilà huit ans que j’attends qu’on explore les méfaits des forces de Kabila, de Museveni ou du Rwandais Paul Kagamé. Mais, voilà: le bureau du procureur bosse d’abord sur les vaincus avec le concours des vainqueurs. Et attend que ceux-ci chutent pour achever le travail…”

    “Il faut bien partir de quelque part, objecte Fatou Bensouda, ex-adjointe de LMO. Regarder partout en même temps serait inefficace. Si, côté ivoirien, le dossier Gbagbo est le premier, il ne sera pas le dernier. Cela posé, le moment est venu de tirer les leçons des revers passés et de réviser notre stratégie.” Une mise à plat indispensable aux yeux des ONG, où l’on décèle l’amorce d’un “changement de culture”, et que devrait favoriser le renouvellement des cadres. Fatou Bensouda, bien sûr, moins brutale et plus fédératrice que son prédécesseur, mais aussi un nouveau greffier, le Néerlandais Herman von Hebel, apôtre de la “transparence” promu aux commandes de l’administration et des finances. Le nerf de la guerre est aussi celui de la justice. Or, en ces temps de disette budgétaire, les principaux bailleurs de fonds -France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Canada, Japon- préconisent le gel de la dotation annuelle -110 millions d’euros environ-, alors même que le champ d’action s’est élargi à quatre nouvelles “situations”: Kenya, Libye, Mali et Côte d’Ivoire. “Si l’on veut que la cour produise les résultats escomptés, prévient Fatou Bensouda, il lui faudra des ressources accrues.”

    En Afrique, la CPI a perdu la bataille de l’opinion
    A l’instar de toutes les institutions transnationales, la CPI offre à ses contractuels des revenus enviables: 18 000 euros par mois net d’impôts pour un juge. Et, ici comme ailleurs, il arrive qu’un hiérarque arpente autant les parcours de golf que les couloirs de son service, ou écume colloques et séminaires intercontinentaux. Difficile de tailler à la hache dans les avantages acquis ? Soit. En revanche, on doit pouvoir se passer de dépenses insolites. Est-il cohérent de réduire l’enveloppe consacrée à la “sensibilisation” in situ des populations locales, et d’engloutir 25 000 euros dans la rénovation du hall d’entrée d’un immeuble que l’on quittera en 2015 au profit d’un QG tout neuf ? Evidemment non. Et d’autant moins qu’en Afrique, admet Sunil Pal, l’un des piliers de la Coalition pour la CPI, cette dernière “a perdu la bataille de l’opinion”. Le Premier ministre éthiopien, Haïlémariam Desalegn, président en exercice de l’Union africaine (UA), l’accuse de mener “une sorte de chasse raciale”. Pour le Rwandais Kagamé, elle incarne “le colonialisme et la servitude”. Quant au Kenya, dont le président, Uhuru Kenyatta, doit en partie sa victoire électorale de mars dernier au réflexe patriotique déclenché par les poursuites engagées à La Haye, il a vainement milité pour un retrait massif des pays frères ; campagne relayée sur Internet à coups de pétitions grandiloquentes. N’en jetez plus, la cour est pleine…

    Que lui vaut ce sceau d’infamie ? L’implacable loi des faits. Tous les inculpés, soit une trentaine, viennent du continent noir, à commencer par les cinq détenus de Scheveningen. Tant pis si quatre des huit enquêtes ouvertes l’ont été à la demande d’exécutifs subsahariens. Et tant pis si 34 des 54 pays d’Afrique -un ratio record- ont ratifié la charte romaine. Les protestations des mécontents entravent à peine la coopération au jour le jour: les quatre cinquièmes des requêtes de la CPI en la matière aboutissent. Ancienne ministre de la Justice de la Gambie, ce “doigt de gant” fiché dans le flanc du Sénégal, Fatou Bensouda ne renonce pas à l’ouverture, à Addis-Abeba (Ethiopie), siège de l’Union africaine, d’un bureau de liaison. Suffirait-il de lancer une enquête hors d’Afrique pour solder le procès fait à la cour ? Pas sûr. “N’empêche que le plus tôt serait le mieux”, soupire l’expert juridique d’une ONG. Six des huit cas qu’étudie la section de l’analyse des situations concernent l’Asie, l’Amérique et l’Europe. Mais ni Bahreïn ni Yémen à l’horizon. Parmi les dossiers les plus avancés, la Géorgie, théâtre, en 2008, d’une offensive punitive de l’ex-tuteur russe, et la Colombie, qu’il s’agisse des crimes des rebelles des Farc ou de ceux de phalanges paramilitaires. A quand une procédure en bonne et due forme ? Mystère.

    Les pionniers de 1998 avaient foi dans le pouvoir dissuasif de la CPI, héritière globale des tribunaux ad hoc nés sur les charniers du Rwanda et les cendres de la Yougoslavie. Mais l’”ombre de la Cour”, formule chère au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, doit d’urgence étendre son royaume. C’est à ce prix qu’elle atteindra peut-être un jour l’apogée du succès: devenir inutile.

    Par Vincent Hugeux

  • Le M23 manque des munitions

    Le M23 manque des munitions

    M23- Rwanda-Dans l’avant-midi, des hélicoptères des FARDC ont pilonné les positions du M23 dans les localités de Kibati et Kanyaruchinya appuyés par des tirs d’armes lourdes tirées à partir des véhicules blindés. Deux hélicoptères des FARDC ont lancé des roquettes sur les mêmes positions. Selon Bertrand BISIMWA, l’un des responsables politiques du M23 « si nous tirons, nous risquons d’inviter la Monusco dans la guerre. Je crois que c’est le piège que veulent nous tendre les FARDC et la Monusco ». Mais selon des sources militaires occidentales, ce mouvement rebelle composé des mercenaires rwandais connaît des difficultés d’approvisionnements en munitions et a subi d’énormes pertes en hommes dès les premiers affrontements du lundi. Raison pour laquelle ses éléments n’ont pas réagi aux bombardements de l’armée gouvernementale.

  • ANNONCE DE LA PUBLICATION DES RESULTATS DE L’EXETAT POUR LA VILLE DE KINSHASA : SCENE DE LIESSE ET GRINCEMENT DES DENTS PARMI LES FINALISTES.

    ANNONCE DE LA PUBLICATION DES RESULTATS DE L’EXETAT POUR LA VILLE DE KINSHASA : SCENE DE LIESSE ET GRINCEMENT DES DENTS PARMI LES FINALISTES.

       
    exet2012– Les résultats le l’Examen d’Etat pour la ville de Kinshasa sont enfin disponibles. Les Finalistes de toutes les options sauf celles de techniques peuvent maintenant être fixés sur leur sort. L’annonce officielle de la publication des notes des participants à la session 2012 à ces épreuves a révélé le rendement des élèves. Sur les 64817 participants de la ville de Kinshasa, 40342 ont réussi dont 22528 filles et 17814 garçons.

     Le succès des filles à cette session de l’Examen d’Etat crève l’œil. Comme un signe précurseur, les deux élèves à avoir fini la toute première épreuve de cet Examen consacrée à la culture générale sont filles. Syntyche BOKANGA 67% et Gloria ISSA 63% ont été rencontré au sortir de la salle d’examen par la rédaction de la Cellule de Gestion de Communication du Ministère de l’EPSP le premier jour des épreuves au Collège BOBOTO transformé en Centre d’Examen d’Etat. Ces jeunes demoiselles oiseaux de bonne augure – dont la célérité dans la passation de l’examen mêlée à la préparation conséquente annonçaient comme par fortune l’amélioration du rendement de la gente féminine sur le cursus scolaire.

    La ville de Kinshasa est, depuis le 10 juillet 2012, bondée des têtes blanchies par la poudre. En effet, la poudre blanche sur la tête est la symbolique conventionnelle en RDC pour célébrer, dans la joie, un évènement heureux ou une réussite. A la naissance d’un nouvel enfant, la tête de ses parents est revêtue de la poudre blanche. C’est le cas lorsqu’une personne bénéficie d’une promotion sur le plan professionnel ou dans le cadre d’un mandat accordé par le peuple à un individu pour une représentation à une institution publique. Celle-ci sert, particulièrement, à la célébration de la réussite à l’Examen.

  • A Propos Examen d’Etat : record de vitesse absolu

    A Propos Examen d’Etat : record de vitesse absolu

    Eleves Congolais
    Eleves Congolais

    -Lundi aux environs de 22 heures, la ville de Kinshasa et probablement toutes les autres de la République démocratique du Congo ont connu un vacarme terrible.

    En cause : les enfants et tous leurs parents, amis et connaissances étaient en liesse pour exprimer leur joie d’avoir réussi à l’examen d’Etat, édition 2012-2013. Les vendeurs de sifflets et de poudre de beauté ont fait la bonne affaire parce que tout ce monde voulait bien se procurer ces deux biens pour siffler à tue-tête et « badigeonner » de poudre tous les amis et connaissances du lauréat. La liesse était générale. On pouvait croire aux festivités de la Bonana ou la liesse à l’occasion d’une victoire à l’issue d’un match des Léopards.

    La session de l’examen d’Etat a commencé le lundi 24 juin dernier pour se terminer le jeudi 27 juin. De la fin des épreuves jusqu’au jour de la publication des résultats sur internet, il s’est passé exactement 18 jours. En moins de trois semaines, le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel a publié tous les résultats de toutes les sections et options sur l’ensemble de la République.

    Alors que les années dernières, les résultats paraissaient par section et par province ; et cela pouvait même prendre tout un mois si pas plus. Chapeau bas à ce ministère qui a battu son propre record de vitesse, même si notre journal n’y a pas accès facile pour recueillir des informations utiles ! Et cela va certes changer en faveur de l’Avenir.

    Selon des informations émanant des sources fiables, le taux de réussite est de 69 % sur l’ensemble du pays. La province qui a bien travaillé est celle du Bas-Congo. Par contre, les résultats ont été catastrophiques dans la ville de Kinshasa, la capitale où il y a seulement 17 % d’élèves qui ont réussi en dépit du fait que la plupart d’écoles, sans doute pour des raisons de propagande ou de marketing, ont affiché qu’elles ont fait les 100 % de réussite.

    Mais dans l’euphorie observée le lundi dans la soirée et même durant la journée d’hier, il était difficile de savoir qui a réussi et qui a échoué. Il semble que même les recalés ont fait semblant de jubiler avec les autres.

    Autre chose pour laquelle le ministère mérite des fleurs, à quelques jours des examens d’Etat, la hiérarchie avait décidé de permuter les inspecteurs et les items dans les provinces. Ce qui aurait pris de court tous ceux qui étaient mouillés jusqu’au cou dans la maffia. Outre les cris de joie, il y eut des jérémiades et des grincements de dents qui étaient plus discrets.

    En tout cas, le ministère de l’EPSP, à travers l’Inspection générale a fait cette année du beau travail et mérite des encouragements et des félicitations. Car, il faut bien qu’on commence quelque part à déraciner les antivaleurs qui minent pratiquement tous les secteurs de la vie nationale.

    C’est tout à fait légitime pour un élève ayant réussi à l’examen d’Etat que d’exprimer sa joie. Par cette réussite, il fait la fierté et l’honneur de des parents ou de ses tuteurs qui se sont taillé les veines et les artères pour payer les frais de scolarité. C’est un sacrifice incommensurable dans le chef de ces parents ou de ces tuteurs, eu égard à la conjoncture économique difficile.

    Seulement, tous ces nouveaux diplômés d’Etat et leurs parents doivent savoir qu’il est tout à fait inutile de se dépenser outrancièrement ; le fait de terminer les humanités n’est pas la fin de tout, c’est une étape de la vie. Le plus dur reste à faire. Ce sont les plus méritants qui peuvent maintenant entamer le cycle supérieur ou universitaire.

    La problématique est donc celle de savoir si toute cette masse des diplômés sera casée soit dans les instituts supérieurs soit dans les universités soit encore sur le marché de l’emploi. C’est ici où l’Etat n’arrive pas à leur procurer un avenir serein parce qu’il n’y a que très peu de débouchés pour passer par cet entonnoir.

    L’avenir

  • RDC : les rebelles ADF-Nalu, nouvelle menace pour le Nord-Kivu

    RDC : les rebelles ADF-Nalu, nouvelle menace pour le Nord-Kivu

    fardc 1La RDC s’inquiète de la résurgence d’une vieille rébellion ougandaise dénommée ADF-Nalu (Forces démocratiques alliées – Armée de libération de l’Ouganda), soupçonnée de bénéficier du soutien des islamistes Shebab somaliens. Une menace de plus avec celle du Mouvement du 23-Mars (M23) qui combat l’armée congolaise dans l’est du pays.

    Depuis une dizaine de jours, cinq localités du Nord-Kivu, dans l’est de la RDC, ont été attaquées et pillées par les rebelles ougandais de l’ADF-Nalu (Forces démocratiques alliées – Armée de libération de l’Ouganda). Des violences ont poussé 65 000 Congolais à chercher refuge en Ouganda voisin, selon la Croix-Rouge ougandaise.

    La semaine dernière, nouveau coup d’éclat. Les mêmes insurgés ont brièvement occupé la localité de Kamango, avant d’en être délogés par les troupes congolaises. Selon l’armée régulière, les rebelles sont alors repartis vers le Ruwenzori, chaîne de montagnes qui marque la frontière et dont ils occupent les contreforts depuis des années.

    Une région devenue une “poudrière”

    La rébellion de l’ADF-Nalu sévit dans la région du « Grand nord », partie nord de la province du Nord-Kivu, frontalière de l’Ouganda, entre le lac Albert et le lac Edouard, fief de l’ethnie Nande. C’est « une poudrière », s’alarme, sous couvert d’anonymat, un expert militaire occidental, redoutant que cette rébellion ne devienne un nouveau foyer de troubles qui s’appuierait sur les revendications des Nande qui s’estiment aujourd’hui délaissés par Kinshasa.

    Les États-Unis ont placé l’ADF-Nalu sur leur liste d’organisations terroristes dès 2001.

    L’ADF-Nalu est née au milieu des années 1990 de la fusion de deux groupes armés opposés au président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986. La composante Nalu (Armée nationale pour la libération de l’Ouganda) a depuis lors disparu, mais le mouvement conserve son appellation d’origine.

    Un moment soutenu par le Soudan, les ADF étaient à l’origine composés essentiellement de militants du Tabliq, un mouvement missionnaire musulman. Au fur et à mesure des années, ces combattants se sont radicalisés. Aujourd’hui uniquement composée d’islamistes, l’ADF-Nalu est dirigé depuis 2007 par Jamil Mukulu, un chrétien converti à l’islam. Les États-Unis l’ont placé sur leur liste d’organisations terroristes dès 2001 et Jamil Mukulu est visé par des sanctions de l’ONU depuis 2011 et de l’Union européenne depuis 2012.

    Bienveillance de Kinshasa

    Ses combattants ont toujours trouvé un abri au Zaïre, devenu RDC en 1997, sur les pentes verdoyantes de la chaîne volcanique du Ruwenzori, qui culmine à plus de 5 000 mètres. Ils y cultivaient du café, échangeaient et pactisaient avec les populations locales. Ils ont très longtemps bénéficié de la bienveillance de Kinshasa, dont les relations avec l’Ouganda ont souvent été houleuses, selon un rapport de décembre de l’International Crisis Group (ICG).

    Le groupe rebelle a été visé pour la première fois en 2005 par une offensive conjointe de l’armée régulière et de la Mission de l’ONU (Monuc, devenue Monusco). En 2010, l’armée a lancé une nouvelle offensive contre le mouvement, dont plusieurs camps ont été détruits. Des dizaines de milliers de personnes déplacées. Mais depuis une année, l’armée congolaise s’est surtout mobilisée contre un autre groupe rebelle, le Mouvement du M-23 (M23), implanté également au Nord-Kivu, mais plus au sud, autour de la ville de Goma, la capitale provinciale.

    “Les Shebab sont chez nous !”

    Si l’ADF-Nalu a surtout combattu le régime ougandais de 1996 à 2001, le mouvement est toujours brandi comme une menace par Kampala, qui l’accuse régulièrement d’être lié aux islamistes somaliens Shebab. En 2011, des membres de services de renseignements ougandais soutenaient ainsi que des membres de l’ADF avaient été formés à la confection de bombes par des islamistes somaliens.

    >> Lire aussi : RDC – Julien Paluku : “Les islamistes Shebab combattent aux côtés du M23 et de l’ADF-Nalu”

    Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende, a lui aussi affirmé, le 15 juillet, que l’ADF-Nalu était associé aux combattants Shebab » et l’a présenté comme « une menace majeure contre la sécurité et l’intégrité de la RDC ». « Les Shebab sont chez nous », a-t-il insisté, rappelant que la présence de mercenaires somaliens avait déjà été signalée il y a deux mois dans les rangs de ce mouvement.

    Pour International Crisis Group, l’ADF-Nalu est le seul groupe armé de l’est congolais à « être considéré comme une organisation terroriste appartenant à la nébuleuse islamiste d’Afrique de l’Est. Cependant, le groupe de réflexion jugeait que l’existence d’une coopération directe entre les Shebab et les ADF restait « une hypothèse, d’autant plus que le gouvernement ougandais instrumentalise la menace terroriste à des fins intérieures et extérieures ».

    De leur côté, les experts onusiens ont affirmé dans un rapport daté du 20 juin que « deux anciens combattants de l’ADF et les services de renseignement ougandais affirment que l’ADF a reçu des virements en provenance de Londres, du Kenya et de l’Ouganda, rassemblés par des intermédiaires congolais à Beni et Butembo », au Nord-Kivu. Les mêmes sources citées par les experts onusiens soutiennent que l’ADF se finance aussi par un réseau de taxis opérant dans la zone frontalière et tirait profit de l’or et de l’exportation de bois en Ouganda.

    (Avec AFP)

  • RDC : au Nord-Kivu, l’armée affronte aussi les islamistes ougandais

    RDC : au Nord-Kivu, l’armée affronte aussi les islamistes ougandais

    Amani-leo-militaires– Déjà aux prises avec la rébellion du M23 dans le Nord-Kivu, la République démocratique du Congo (RDC) s’inquiète de la résurgence dans cette même province frontalière d’une vieille rébellion ougandaise qui y aurait reçu un soutien des islamistes shebab somaliens.

     

    Depuis une dizaine de jours, cinq localités du Nord-Kivu ont été attaquées et pillées par l’ADF-Nalu (Forces alliées démocratiques). Ces violences ont poussé 65.000 Congolais à chercher refuge en Ouganda voisin, selon la Croix-Rouge ougandaise.

     

    La semaine dernière, nouveau coup d’éclat, les mêmes rebelles ougandais ont brièvement occupé la localité de Kamango, avant d’en être délogés par les troupes congolaises. Selon l’armée régulière, les rebelles sont alors repartis vers le Ruwenzori, chaîne de montagnes qui marque la frontière et dont ils occupent les contreforts depuis des années.

     

    Ces violences touchent la région du “Grand nord”, partie nord de la province du Nord-Kivu, frontalière de l’Ouganda entre le lac Albert et le lac Edouard, et fief de l’ethnie Nande.

     

    Une région devenue une “poudrière”

     

    La zone est devenue “une poudrière”, s’alarme, sous couvert d’anonymat, un expert militaire occidental, redoutant que cette rébellion ne devienne un nouveau foyer de troubles qui s’appuierait sur des revendications des Nande qui s’estiment aujourd’hui délaissés par Kinshasa.

     

    L’ADF-Nalu est né au milieu des années 1990 de la fusion de deux groupes armés opposés au président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986. La composante Nalu (Armée nationale pour la libération de l’Ouganda) a depuis lors disparu, mais le mouvement conserve cette appellation d’ADF-Nalu.

     

    Un moment soutenu par le Soudan, l’ADF était à l’origine composé essentiellement de militants du Tabliq, un mouvement missionnaire musulman. Au fur et à mesure des années, ces combattants se sont radicalisés.

     

    Aujourd’hui uniquement composée d’islamistes, l’ADF-Nalu est dirigé depuis 2007 par Jamil Mukulu, un chrétien converti à l’islam. Les Etats-Unis l’ont placé sur leur liste d’organisations terroristes dès 2001 et Jamil Mukulu est visé par des sanctions de l’ONU depuis 2011 et de l’Union européenne depuis 2012.

     

    Ses combattants ont toujours trouvé un abri au Zaïre, devenu RDCongo en 1997, sur les pentes verdoyantes de la chaîne volcanique du Ruwenzori, qui culmine à plus de 5.000 mètres. Ils y cultivaient du café, échangeaient et pactisaient avec les populations locales.

     

    L’ADF-Nalu a très longtemps bénéficié de la bienveillance de Kinshasa, dont les relations avec l’Ouganda ont souvent été houleuses, selon un rapport de décembre de l’International Crisis Group (ICG).

     

    Le groupe rebelle a été visé pour la première fois en 2005 par une offensive conjointe de l’armée régulière et de la Mission de l’ONU (Monuc, devenue Monusco). En 2010, l’armée a lancé une nouvelle offensive contre le mouvement, dont plusieurs camps ont été détruits. Les combats font déjà des dizaines de milliers de déplacés.

     

    Depuis un an, cependant, l’armée congolaise s’est surtout mobilisée contre le mouvement rebelle M23 également implanté au Nord-Kivu, mais plus au sud, autour de la capitale provinciale Goma.

     

    “Les shebab sont chez nous!”

     

    Si l’ADF-Nalu a surtout combattu le régime ougandais de 1996 à 2001, le mouvement est toujours brandi comme une menace par Kampala, qui l’accuse régulièrement d’être lié aux islamistes somaliens shebab.

     

    En 2011, des membres de services de renseignements ougandais soutenaient ainsi que des membres de l’ADF avaient été formés à la confection de bombes par des shebab.

     

    L’Ouganda compte une importante communauté musulmane (environ 10% de la population), et déploie depuis 2007 un contingent de plusieurs milliers d’hommes en Somalie pour y lutter contre les shebab.

     

    Lundi, le porte-parole du gouvernement de Kinshasa, Lambert Mende, a lui aussi assuré que l’ADF-Nalu était associé aux “combattants shebab” et l’a présenté comme “une menace majeure contre la sécurité et l’intégrité de la RDC”.

     

    “Les shebab sont chez nous”, a insisté M. Mende. Il a par ailleurs assuré que la présence de mercenaires somaliens avait été signalée il y a deux mois dans les rangs de ce mouvement.

     

    Pour ICG, l’ADF-Nalu est le seul groupe armé de l’Est congolais à “être considéré comme une organisation terroriste appartenant à la nébuleuse islamiste d’Afrique de l’Est”.

     

    Cependant, le groupe de réflexion jugeait que l’existence d’une coopération directe entre les shebab et les ADF restait “une hypothèse, d’autant plus que le gouvernement ougandais instrumentalise la menace terroriste à des fins intérieures et extérieures”.

     

    Dans un rapport daté du 20 juin, des experts de l’ONU sur la RDC écrivaient: “deux anciens combattants de l’ADF et les services de renseignement ougandais affirment que l’ADF a reçu des virements en provenance de Londres, du Kenya et de l’Ouganda, rassemblés par des intermédiaires congolais à Beni et Butembo”, au Nord-Kivu. Les mêmes sources citées par les experts onusiens soutenaient que l’ADF se finançait aussi par un réseau de taxis opérant dans la zone frontalière et tirait profit de l’or et de l’exportation de bois en Ouganda.

     

    L’ADF-Nalu continue de tenir “tête à l’armée congolaise”, constatait en décembre ICG. Cette “résilience” du mouvement “tient à sa position géostratégique, son insertion dans l’économie transfrontalière et la corruption des forces de sécurité”.

     

    Pour autant, l’ADF-Nalu “ne constitue pas une menace destabilisatrice comme le M23”, dont les combattants sont stationnés aux portes de la ville de Goma.

    afp

  • Aubin Minaku sur RFI: «Les concertations nationales congolaises sont irréversibles»

    Aubin Minaku sur RFI: «Les concertations nationales congolaises sont irréversibles»

    AubiN Minuaku-Les concertations nationales congolaises auront-elles lieu ? Le pouvoir à Kinshasa veut qu’elles se tiennent alors que l’opposition rejette la formule proposée. Entre les deux camps, le climat est toujours tendu et le dialogue a bien du mal à se nouer. Aubin Minaku, le président de l’Assemblée nationale, est l’un des principaux promoteurs de ces concertations.

    RFI : Vendredi 12 juillet, près de 80 partis d’opposition ont rejeté votre proposition de concertation nationale. Est-ce que la situation du pays ne vaut pas que l’on organise un vrai dialogue national comme le demande l’opposition ?

    Aubin Minaku : Les concertations nationales sont là  pour qu’il y ait dialogue, donc il n’y a pas de contrariété entre le vocable « concertation nationale » et « dialogue national ». L’essentiel à retenir c’est que le président de la République a mis en place un cadre pour dialoguer, il est tout à fait normal que l’opposition puisse émettre ses avis.

    Mais est-ce que ce projet n’est pas mort-né puisque dès le départ l’opposition le rejette ?

    L’opposition est en droit d’émettre ses avis mais les concertations nationales sont irréversibles. C’est un cadre de dialogue, ce n’est pas un cadre pour l’extrémisme, c’est plutôt un lieu pour un débat républicain. Et il en sera ainsi avec la société civile et la majorité et l’opposition. Parce que je sais qu’il y a une bonne partie de l’opposition qui poursuit aussi un objectif républicain.

    Mais il y a aussi un sérieux problème de confiance entre le pouvoir et l’opposition. Pourquoi par exemple ne pas accéder à leur demande de nommer un témoin extérieur, en la personne de Mary Robinson, envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies pour les Grands Lacs ? Ou bien un facilitateur étranger, en la personne par exemple de Denis Sassou-Nguesso, c’est en tout cas la demande de l’opposition.  Cela ne faciliterait-il pas les choses ?

    En République démocratique du Congo, aujourd’hui, il y a un président de la République, élu par le peuple. Aujourd’hui, Mary Robinson, en tant qu’envoyée spéciale, est quelque part un témoin, c’est une évidence. Là n’est pas le problème. Son mandat ce n’est cependant pas de modérer les concertations nationales ou un dialogue national, son mandat c’est de faire oeuvre de bons offices, c’est tout à fait autre chose.

    Et Denis Sassou-Nguesso comme éventuel facilitateur ?

    Mais que voulez-vous ? Que le président de la République Joseph Kabila signe une ordonnance nommant son homologue comme facilitateur ? Pas du tout, la non ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat est un principe sacro-saint des relations internationales. Ce n’est pas le président du Congo-Brazzaville qui violerait ce principe clair.

     

    Mais par exemple, on voit un député comme Diomi Ndongala qui est actuellement emprisonné. La justice a demandé il y a déjà trois mois qu’il soit placé en résidence surveillée, il est finalement toujours à la prison de Makala, est-ce que tout cela ne donne pas de bonnes raisons à l’opposition d’être méfiante ?

    Diomi Ndongala n’est plus député puisque son mandat a été invalidé à cause de son absentéisme pendant une année d’exercice parlementaire. Il n’est plus député, et s’il est en détention alors qu’il devrait être en résidence surveillée, c’est l’affaire de la justice.

    J’avais écrit à la justice en son temps pour que tous les droits de Monsieur Diomi Ndongala – quand il était député et même après – soient respectés et il doit en être ainsi.

    Mais est-ce qu’il n’y a pas une stratégie de harcèlement vis-à-vis de Diomi Ndongala. On sait qu’il est un opposant assez farouche. N’y a-t-il pas aujorud’hui une volonté de le faire taire ?

    Une stratégie de harcèlement ? C’est de bonne guerre de la part de certains de parler en ces termes-là, mais ça peut aussi être une stratégie de victimisation.

    Aubin Minaku, le pouvoir est suspecté de vouloir utiliser ces concertations nationales pour préparer une modification constitutionnelle qui permettrait au président Kabila de briguer un troisième mandat. Que répondez-vous à ces suspicions ?

    Je répondrais sans ambages que le président de la République Joseph Kabila a toujours respecté la Constitution. Il va respecter la Constitution. Mais j’ajoute que le respect de la Constitution ce n’est pas seulement l’article 220, mais c’est aussi l’article 69 qui fait de Joseph Kabila l’arbitre du bon fonctionnement des institutions de la République, et donc qui fait de lui la personnalité ayant les compétences et le pouvoir de convoquer les concertations nationales respectant toutes les dispositions de la Constitution. Les chantres de la violation de la Constitution seront déçus.

    Ces concertations nationales ont été annoncées au moment où la guerre à l’Est sévissait. Quelques mois plus tard la situation est encore loin d’être réglée. N’êtes-vous pas, en ce moment, en train de gagner du temps en espérant que la nouvelle force de l’ONU vienne régler les problèmes militairement plutôt que par le dialogue ?

    Nous devons d’abord tous noter qu’il y a une réelle opportunité pour la paix aujorud’hui en République démocratique du Congo, à savoir l’accord-cadre d’Addis-Abeba de février dernier. Mais sa mise en œuvre ne peut se faire en un, deux ou trois mois.

    Aujourd’hui nous sommes en train de mettre en place – la communauté internationale et nous les Congolais – la brigade intégrée, ce qui signifie que l’armée congolaise est en train d’avoir une certaine capacité dissuasive. C’est une évolution.

    La brigade, c’est tout à fait normal, parce qu’il fallait que nous bénéficiions du soutien des Nations unies, ce qui est fait actuellement et c’est une très bonne chose. La brigade c’est un droit pour nous, mais en même temps, de notre côté, nous devons organiser les concertations nationales dans le respect des prérogatives du président de la République, mais aussi dans le respect des appréhensions et des attentes de la population de l’opposition. Et il en sera ainsi parce que les concertations nationales seront réellement organisées dans les prochains jours.

    RFI