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Plusieurs milliers de personnes ont manifesté jeudi 29 novembre à Ouagadougou, au cours d’une journée de grève générale lancée pour protester contre la hausse des prix des carburants et exiger le retour aux anciens prix.
À l’appel de la Coalition nationale contre la vie chère (CCVC), les manifestants, majoritairement vêtus de rouge, se sont réunis à la Bourse du travail de la capitale burkinabè où ils ont scandé « Non à la hausse des hydrocarbures », « Non à la paupérisation des citoyens » ou encore « Pain et liberté pour le peuple ».
Urgent #Burkina: MarcheCCVC Début de la marche. Plusieurs centaines de personnes mobilisées à Ouagadougou. Direction, le ministère du Commerce. pic.twitter.com/OWf9gg3bZd
« Trop c’est trop. Nous n’arrivons pas à nous en sortir avec ce qu’on gagne et voilà qu’on augmente le prix des hydrocarbures, ce qui a pour effet d’entrainer la hausse de tous les produits et services », s’est plaint Charles Coulibaly, un fonctionnaire de 42 ans.
« Augmenter le prix de l’essence et du gasoil, au moment même où le prix du baril baissait et justifier cela par une soi-disant hausse à l’international, je pense que le gouvernement fait preuve d’incompétence », a pesté Prosper Zébango, un libraire de 36 ans. Depuis le 9 novembre, le prix du litre d’essence et de gasoil au Burkina Faso a connu une hausse de 75 francs CFA (0,11 euro), soit une majoration de 12%.
Des restrictions au droit de grève
Le cortège de manifestants s’est dirigé vers le ministère en charge du Commerce, où une plateforme de revendications a été remise au ministre Harouna Kaboré. Outre le prix de l’essence, ces revendications portent sur l’arrêt des atteintes aux libertés démocratiques et syndicales et le retrait de l’avant-projet de loi organique adopté par le conseil des ministres qui prévoit de graves restrictions au droit de grève, selon le vice-président de la CCVC, Chrisogone Zougmoré.
Le ministre Kaboré a reçu les manifestants et a promis de « transmettre dès aujourd’hui la plateforme au Premier ministre ». « Nous nous battons tous pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et des populations en général », a-t-il soutenu.
Pour justifier la hausse des prix des carburants, le gouvernement invoque la hausse du prix du pétrole sur le marché international, la situation difficile de la trésorerie de la Société nationale burkinabè des hydrocarbures et la nécessité de soutenir l’effort de guerre contre les jihadistes. Le Burkina fait face à des attaques jihadistes récurrentes qui ont fait 229 morts depuis 2015, selon un bilan officiel publié fin septembre.
Au moins cinq étudiants ont été blessés par balles dans des affrontements avec des gardes pénitentiaires à Bouaké, mercredi 28 dans la soirée. Le Parquet a annoncé l’ouverture d’une enquête que le gouvernement assure suivre de près.
Braman Koné, procureur de la République du tribunal de première instance de Bouaké, a annoncé l’ouverture d’une enquête pour « situer les responsabilités » et « déclencher des poursuites judiciaires contre toutes les personnes impliquées » dans les violences qui ont fait au moins dix blessés, dont cinq par balles dans la nuit du 28 novembre.
Selon plusieurs sources contactées à Bouaké, les événements ont été déclenchés à la suite d’une altercation entre un étudiant et deux agents des forces de l’ordre – un gendarme et un garde pénitentiaire – qui a éclaté en début de soirée. la bagarre, qui a démarré dans un maquis situé « en face du campus II de l’université de Bouaké », selon un communiqué signé du procureur de la République Braman Koné, a dégénéré.
Les étudiants, mis en difficulté, ont battu le rappel des troupes dans leurs résidences universitaires, avant de converger en nombre vers la prison civile de Bouaké, avec la volonté d’en découdre avec les gardes pénitentiaires.
Des armes à feu face aux étudiants
En face, ces derniers « ont fait usage de leurs armes à feu », a confié à Jeune Afrique un ministre du gouvernement. « Nous ne déplorons pas de morts. Il y a eu des blessés par balles, touchés aux membres inférieurs. Ce qui s’est passé est regrettable », a-t-il précisé, sous couvert d’anonymat.
Le bilan officiel fait état de « huit blessés dans les rangs des étudiants, dont cinq par balles, et de deux blessés du côté des gardes pénitentiaires ».
Le lendemain, en guise de représailles, des étudiants ont investi plusieurs établissements scolaires de la ville pour perturber les cours. Les forces de sécurité ont été déployées en nombre pour contenir tout débordement.
Si le calme est revenu à Bouaké, « le chef de l’État n’est pas content », glisse à Jeune Afrique un autre membre du gouvernement ivoirien, toujours sous couvert d’anonymat. Alassane Ouattara « estime que, quelles que soient les circonstances, les forces de l’ordre ne doivent pas faire usage de leurs armes face à des civils. Mais, il ne dédouane pas pour autant les étudiants », continue notre source.
Le président ivoirien, qui s’est rendu à Dakar dans l’après-midi du 29 novembre pour le 62ème congrès de l’Internationale libérale, a donné des instructions pour que ce dossier soit géré avec célérité. Depuis quelques semaines, des éruptions de violences ont éclaté dans plusieurs régions du pays, notamment à Zouan Hounien, dans l’Ouest, ainsi que dans les régions du Tonkpi et à Duékoué, dans le Guemon.
Quand la France a remporté la Coupe du monde en juillet, Kalidou Koulibaly aurait pu ressentir un peu de regret.
Né, élevé et éduqué en France, le jeune homme de 27 ans aurait également très bien pu être arrosé par la pluie et les confettis sur le podium du vainqueur dans le stade Luzhniki de Moscou.
Au lieu de cela, le défenseur de Napoli faisait partie d’une équipe sénégalaise qui a malheureusement manqué une place en huitièmes de finale par la règle du fair-play.
En dépit de ce chagrin, Koulibaly a déclaré que sa décision de choisir les Lions de la Teranga au lieu de son pays d’origine ne le dérangeait en rien.
“Je ne regrette rien parce que je veux écrire l’histoire de l’avenir du football sénégalais et j’espère que je pourrai le faire”, a déclaré le défenseur central à BBC Sport.
“Pour moi, la Coupe du monde a été une bonne expérience car je voulais montrer que le Sénégal était l’une des meilleures équipes d’Afrique.”
Né dans le nord-est de la France de parents sénégalais, Koulibaly affirme avoir été fortement influencé par la nature multiculturelle de son éducation.
Détails du vote
Les 5 nominés de cette année sont Medhi Benatia (Maroc), Kalidou Koulibaly (Sénégal), Sadio Mane (Sénégal), Thomas Partey (Ghana) et Mohamed Salah (Égypte).
Le vote se termine le 2 décembre à 20h00 GMT.
Les résultats définitifs seront annoncés en télé, radio et via Facebook Live le 14 décembre à partir de 17h30 GMT.
Koulibaly a représenté la France auprès des jeunes et a joué aux côtés du champion du monde Antoine Griezmann.
La nation européenne a terminé quatrième à la Coupe du monde des moins de 20 ans en 2011.
Au fil de sa carrière, ayant commencé avec Metz en France avant de traverser la Belgique (avec Genk) et de rejoindre Napoli en 2014, Koulibaly a attendu un appel qui ne venait jamais de l’entraîneur de la France Didier Deschamps.
Ainsi, en 2015, le défenseur a promis son avenir au Sénégal.
“J’ai parlé de la décision avec mon épouse et j’ai choisi de partir avec le Sénégal”, dit-il.
“Quand j’ai vu la lumière dans les yeux de mes parents lorsque je leur ai dit que j’avais choisi le Sénégal, j’étais très heureux et à l’aise avec mon choix.”
Cinq mois après ses débuts compétitifs au Sénégal, Koulibaly était surpris d’apprendre que Deschamps le considérait enfin pour la France.
Maîtriser l’art
La période qui a débuté 12 mois après le début de son contrat de cinq ans avec Napoli, lorsque Maurizio Sarri a pris ses fonctions, a été cruciale.
“Ce forage répétitif constant a sans aucun doute aidé Koulibaly à saisir les nuances de son rôle. Il est devenu le défenseur que nous voyons aujourd’hui, presque entièrement grâce au travail de Sarri.”
Koulibaly tient également à féliciter le manager de Chelsea pour son influence.
“C’est vraiment un génie, il voit des choses que les autres ne voient pas”, a-t-il déclaré au journal italien Il Messaggero.
“Il vous fait comprendre le football. C’est un érudit. N’importe quelle question que vous lui posez, il a toujours une réponse.”
Copyright de l’imageGetty Images
Koulibaly était l’homme du moment – cette saison a été riche en performances totalisant à lui seul cinq buts qui ont permis de mettre en valeur ses capacités.
Malgré le résultat, qui place Naples à un point de la Juventus avec quatre matches à jouer, The Old Lady s’accroche pour assurer un septième titre consécutif en Série A.
En mai, les rênes de Naples ont été confiées à Carlo Ancelotti, qui a eu besoin de peu de temps pour déterminer les qualités de sa star sénégalaise.
“Ancelotti a récemment comparé Koulibaly à Paolo Maldini et Alessandro Nesta”, a remarqué Chloé Beresford, auteure de Série A.
“Maintenant, il a la chance de travailler avec un entraîneur de son calibre, cela lui permettra d’aller encore plus loin dans le match.”
La réputation sans cesse croissante de Koulibaly a donné lieu à de nombreuses spéculations sur son avenir. Plusieurs clubs de premier plan seraient intéressés – et l’ancien milieu de Liverpool, Salif Diao, pense qu’il pourrait évoluer en Angleterre.
“Il a toutes les qualités pour bien jouer en Premier League”, a ajouté Diao.
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“Il est fort, peut jouer fort quand il le faut, sait très bien lire le jeu et n’a pas peur de rester coincé.”
“Déménager en Angleterre serait une progression naturelle. Il peut se tester dans une ligue où le jeu est beaucoup plus rapide, et il obtiendra une satisfaction personnelle en jouant contre les meilleurs.”
Koulibaly a déjà parlé de son penchant pour Naples et semble chez lui au Stadio San Paolo.
Mais comme l’a montré sa décision de représenter le Sénégal plutôt que la France, il n’a pas peur d’abandonner un maillot bleu pour une autre couleur.
En proposant que les pays occidentaux construisent des « villes sous charte » en Afrique afin de limiter les flux migratoires vers l’Europe, Günter Nooke, conseiller spécial pour l’Afrique d’Angela Merkel, s’aligne sur une thèse controversée selon laquelle le développement du continent ne peut provenir que de l’extérieur.
« Colonialisme volontaire ». L’expression est clairement anachronique. Elle est pourtant revenue dans l’actualité, le 22 novembre, par la voix de Günter Nooke, conseiller spécial pour l’Afrique de la Chancelière allemande. Pour endiguer le flux migratoire de jeunes Africains vers l’Europe, il suggérait un nouveau type de coopération. « Des États ou des organisations telles que l’Union européenne ou la Banque mondiale, devraient construire et diriger des villes en Afrique afin de booster la création d’emplois et le développement du continent », a-t-il estimé, au micro de la BBC. Des propos qui, étrangement, n’ont suscité que peu de réactions négatives.
Comment cela fonctionnerait-il ? Au terme d’accords, et en respectant « des règles qui seront établies à cet effet, le pays céderait pour 50 ans une parcelle de son territoire », répond le conseiller d’Angela Merkel. Les investisseurs construiraient ensuite des « villes libres » sur les terres ainsi concédées. « Nous avons besoin d’espaces où les gens peuvent vivre, travailler et créer des sortes de villes fonctionnelles. Cela veut dire s’installer, construire leurs propres maisons, créer les infrastructures, les routes, les écoles et toutes les commodités nécessaires », détaille Günter Nooke, qui insiste : « Une ville prospère représente une contribution à l’industrialisation du pays. »
Les règles du marché
Vincent Yu/AP/SIPA
Paul Romer base sa théorie de « villes sous contrat » sur l’exemple de Hong Kong
Cette idée de citées créées ex-nihilo et gérées par des investisseurs privés avait été théorisée par l’américain Paul Romer, ancien économiste en chef de la Banque mondiale (2016-2018) et récipiendaire du prix Nobel d’économie 2018, pour « avoir intégré les changements climatiques et les innovations technologiques aux analyses économiques ».
L’économiste a exposé sa théorie de « villes sous contrat » en se basant sur l’exemple de Hong Kong. Bien que située en territoire chinois, celle-ci a fonctionné pendant plusieurs décennies à partir d’un ensemble d’institutions typiques des économies occidentales, « calquées sur les économies de marché de l’époque et administrées par les Britanniques », précisait l’économiste lors d’une conférence donnée dans le cadre de TEDGlobal, à Oxford, en 2009.
Dans une vidéo postée jeudi 29 novembre sur les réseaux sociaux, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba réaffirment leur soutien à Martin Fayulu et appellent les électeurs à ne pas voter le 23 décembre avec la machine à voter.
Élection le 23 décembre ? Oui, mais sans la controversée machine à voter. À moins d’un mois de la tenue des scrutins présidentiel, législatifs et provinciaux en RDC, la ligne de la coalition Lamuka (« Réveille-toi », en lingala) n’a pas bougé. Elle vient d’être confirmée ce jeudi dans une vidéo de 140 secondes publiée sur Twitter.
« Nous démarrons aujourd’hui la campagne électorale pour les élections du 23 décembre. Je vous demande à tous, mes parents et mes frères, d’être derrière Martin Fayulu. C’est notre frère et candidat commun de l’opposition », explique en premier et en lingala Jean-Pierre Bemba.
Le leader du Mouvement de libération du Congo (MLC) ajoute : « Vous savez aussi que nous rejetons la machine à voter. C’est une machine à tricher. Nous dénonçons aussi les listes électorales mensongères élaborées par la Ceni [Commission nationale électorale indépendante]. Nous voulons que les scrutins se déroulent avec des bulletins papiers. »
Voter Martin Fayulu sans machine à tricher ni fichier corrompu
Abondant dans le même sens en swahili, Moïse Katumbi, chef d’Ensemble pour le changement, qui a décliné l’appel du pied de Vital Kamerhe et de Félix Tshisekedi, invite également les Congolais à « voter Martin Fayulu, sans machine à tricher ni fichier corrompu ». « C’est le mot d’ordre que nous vous donnons avec mon frère Jean-Pierre Bemba pour reconstruire ensemble le pays ».
« C’est une confusion inutile, regrette un responsable de l’opposition qui a requis l’anonymat. Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi ne disent pas clairement s’il faut boycotter, ou pas, les élections en cas du maintien des machines à voter le 23 décembre. »
Un point de vue partagé par Adam Bombole, candidat à la présidentielle de 2011 et cadre d’Ensemble pour le changement. « Tous les faits indiquent aujourd’hui que les scrutins à venir se dérouleront avec la machine à voter, sauf si la Ceni ne parvient pas, comme c’est le cas présentement, à déployer à temps ces engins à travers le pays », estime-t-il.
L’ancien député appelle à trouver un consensus pour « recourir aux bulletins papiers à la présidentielle et utiliser la machine à voter pour les législatives et les provinciales ». Un compromis déjà proposé par Mgr Fridolin Ambongo, nouvel archevêque de la ville de Kinshasa.
Les juges d’instruction du pôle « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » du tribunal de Paris ont rejeté les demandes des parties civiles pour poursuivre l’enquête sur la responsabilité de la France lors des massacres qui ont eu lieu à Bisesero au Rwanda entre le 27 et le 30 juin 1994, pendant le génocide des Tutsi.
« Naufrage judiciaire », « déni de justice ». C’est dans ces termes que les associations des parties civiles qualifiaient la décision des juges d’instruction de terminer leurs investigations sur de possibles responsabilités de l’armée française lors du massacre de Bisesero sans avoir prononcé de mise en examen.
Dans une ordonnance rendue le 22 novembre, que Jeune Afrique a pu consulter, les trois magistrats du pôle « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » du TGI de Paris ont annoncé le rejet de l’intégralité des demandes d’actes présentées fin octobre par les parties civiles pour relancer cette enquête entamée il y a 13 ans et clôt le 27 juillet dernier.
Pour Me Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH, partie civile dans le dossier, l’instruction avait permis « de documenter suffisamment de preuve contre les militaires de l’opération Turquoise » pour justifier ces demandes. Celles-ci comprenaient notamment des demandes de confrontations, des auditions supplémentaires de militaires et de responsables politiques français ou encore le versement au dossier de nouvelles pièces, parmi lesquelles des vidéos et échanges entre militaires français au moment des faits.
« Il reste des investigations à faire »
Le 25 octobre dernier, le site français Mediapart avait publié une vidéo montrant la réaction visiblement passive de militaires français face à la traque des quelque 2 000 Tutsi présents dans les collines de Bisesero. « Les vidéos faisaient déjà partie du dossier, mais on pouvait toujours espérer qu’avec l’écho de la publication, les choses puissent avancer dans le bon sens », explique le président d’honneur de la FIDH.
Il n’en a rien été. Les juges d’instruction ont finalement conclu que les demandes formulées par les parties civiles n’apparaissaient « ni utiles à la manifestation de la vérité, ni raisonnables au regard de la durée de la procédure » ajoutant qu’elles « auraient pour conséquence de conférer à la durée de l’information judiciaire une durée déraisonnable ».
En 2005, six rescapés du massacre, l’association Survie, la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH et LDH) et d’autres parties civiles ont accusé certains détachements de l’armée française déployés dans l’ouest du Rwanda d’avoir, entre le 27 juin et le 30 juin 1994, abandonné à une mort certaine plusieurs centaines de rescapés Tutsi, en vertu d’une alliance de longue date entre le pouvoir hutu de l’époque et le gouvernement français.
Ces rescapés à bout de force étaient poursuivis par des miliciens à la recherche des derniers survivants dans ces collines de l’ouest du Rwanda. « Il reste des investigations à faire », assure Patrick Baudouin. « Nous voulions notamment que la procédure entendent des témoins rwandais. Sans parler des militaires impliqués ».
« Loi de l’omerta »
Au cours de l’instruction, ouverte en 2005, au moins quatre hauts-gradés français – dont le chef de l’opération « militaro-humanitaire » Turquoise lancée le 22 juin, le général Jean-Claude Lafourcade – avaient été mis en cause et entendus par les juges sous le statut de témoin assisté. Les parties civiles ont, pendant plusieurs années, réclamé l’audition d’acteurs clés de l’époque, notamment du ministre de la Défense au moment des faits, François Léotard. Toutes ont été rejetées.
En 2017, les juges avaient également refusé d’entendre le général Raymond Germanos et son supérieur de l’époque, l’amiral Jacques Lanxade, l’ancien chef d’état-major des armées. Ce dernier a toujours contesté les accusations formulées contre l’armée. « Messieurs Rosier, de Villiers, non plus, ce n’es pas normal dans un tel dossier. Il est inconcevable que ce dossier soit clôt sans que ces hauts gradés, dont le chef d’état-major, n’aient été auditionnés », regrette Patrick Baudouin.
« Depuis le début, c’est la loi de l’omerta qui prévaut autour des militaires et des politiques français impliqués à l’époque », estime-t-il. Les parties civiles ont déjà annoncé leur intention de faire appel.
En révélant sur une chaîne de télévision américaine que Kandia Camara n’appréciait pas le papier toilette ivoirien, sa fille Aïda l’a placée dans une posture délicate… Depuis, la ministre ivoirienne de l’Éducation nationale et sa fille sont la risée du web en Côte d’Ivoire. Chronique d’un bad buzz.
C’est ce qu’on appelle l’erreur du débutant. En racontant à des millions de téléspectateurs les petits cadeaux qu’elle fait à sa mère et à sa famille lors de ses séjours à Abidjan, Aïda Camara n’avait pas assez mesuré les conséquences de ses confidences.
Le 26 novembre, la fille de Kandia Camara, ministre de l’Éducation nationale et secrétaire générale du Rassemblement des républicains (RDR), participait à l’émission « The Wendy Williams Show » aux États-Unis. Le talk-show, présenté par Wendy Williams, est diffusé en live sur plusieurs chaînes américaines dont Fox, CW et MyNetworkTV aux États-Unis. Les téléspectateurs français peuvent quand même le voir sur BET France en version originale sous-titrée.
Aïda faisait partie des quatre invitées choisies ce jour-là pour « As Wendy », une rubrique qui permet à l’animatrice de répondre, sous forme de conseils, aux questions qui lui sont posées.
« Une valise de papier hygiénique »
« Comment dire non à ma famille ? », voilà la question posée à Aïda Camara ce jour-là. Assistante juridique dans un cabinet d’avocats à Philadelphie aux États-Unis, Aïda Camara reçoit comme de nombreux Africains de la diaspora des commandes de cadeaux. Le problème, selon elle, c’est qu’à force de vouloir faire plaisir à tout le monde, elle manque parfois de place pour ses propres affaires et notamment ses vêtements.
Vêtue de rouge et tout sourire, la fille de Kandia Camara explique son problème : « Chaque fois que je retourne en Côte d’Ivoire, je rapporte à ma famille des colis comme du papier toilette, du parfum, des bijoux ». Devant l’animatrice médusée, elle poursuit : « le pire, c’est ma mère. L’année dernière, j’ai dû lui ramener une valise de papier hygiénique. »
« Une façon indirecte d’atteindre la mère »
L’animatrice, qui n’en revient toujours pas, lui demande alors : « Ils veulent que vous apportiez du bon papier toilette d’Amérique ? ». Réponse d’Aïda : « Oui, mais j’ai besoin de place pour mes robes ». Face à ce cas bien particulier, le conseil de Wendy Williams le sera tout autant : « Dites-leur que les bagages ont été volés à l’aéroport. »
En Côte d’Ivoire, les réseaux sociaux se sont déjà emparés de l’affaire. Mais selon un proche de l’entourage de la ministre, joint par Jeune Afrique, « toute cette polémique est une façon indirecte d’atteindre la mère ». Depuis Abidjan, il poursuit : « Nous avons tous des parents à l’étranger. On leur demande, lors de leur séjour en Côte d’Ivoire, de nous ramener un petit souvenir. Est-ce un crime ? », se demande ce proche de la secrétaire général du parti d’Alassane Ouattara, le président ivoirien. Toujours selon notre interlocuteur, la fille du ministre « n’a pas voulu faire du buzz. Ce n’était vraiment pas son intention. »
Depuis plusieurs semaines, les attaques attribuées à Boko Haram se multiplient dans le bassin du lac Tchad, notamment dans la zone frontalière entre le Niger et le Nigeria. Une recrudescence qui s’explique par la redistribution des rôles au sein du groupe jihadiste. Décryptage.
Aucune attaque revendiquée en juin et juillet, quatre en août, quatre en septembre, six en octobre et neuf en novembre. Ces quatre derniers mois, la recrudescence des activités de Boko Haram est indéniable. Celles-ci visent en particulier des bases militaires situées dans le nord de l’État nigérian de Borno, comme à Metele le 18 novembre (42 soldats tués selon Boko Haram) et à Kangarwa, quelques jours plus tard.
De nombreux assauts ont notamment entraîné la fuite des soldats présents dans lesdites bases, permettant le pillage du matériel militaire. Si l’armée nigériane est parvenue par la suite à réoccuper ses positions, en envoyant des renforts et en utilisant sa puissance aérienne, c’est bien Boko Haram qui dicte, depuis plusieurs semaines, le rythme du conflit dans la zone frontalière entre le Niger et le Nigeria, sur les rives du lac Tchad.
Jeudi 29 novembre, les présidents nigérien, Mahamadou Issoufou, nigérian, Muhammadu Buhari, et tchadien, Idriss Déby Itno, en ont discuté lors d’une rencontre à N’Djamena, la capitale du Tchad. Selon nos informations, le chef de l’État du Niger est en effet particulièrement agacé par les dérives de l’armée nigériane, qu’il estime en grande partie responsable du renforcement de Boko Haram ces derniers mois.
Rivalités internes
Mais que se cache-t-il derrière cette recrudescence soudaine des attaques ? Certes, la proximité de la présidentielle nigériane, qui doit se tenir en février 2019, pousse les jihadistes à affirmer leur présence, tandis que Buhari est gêné aux entournures par sa promesse, non tenue, d’en finir avec le mouvement terroriste. Toutefois, ce sont surtout des rivalités internes qui expliqueraient la radicalisation de Boko Haram.
Les jihadistes avaient auparavant tendance à négocier la libération des otages contre rançon
Depuis septembre, les jihadistes se sont notamment remis à exécuter certains de leurs otages, notamment un travailleur humanitaire mi-septembre, puis un autre mi-octobre. Ils avaient auparavant tendance, sous la direction du Camerounais Mamman Nur, bras droit d’Abou Moussab al-Barnawi, gouverneur de l’État islamique en Afrique de l’ouest (branche de Boko Haram), à négocier leur libération contre rançon durant les mois précédents.
L’exécution de Nur, un tournant
La mort de Mamman Nur, natif de Maroua tué en août par ses propres troupes, a-t-elle enclenché une radicalisation du mouvement ? Nur – considéré comme l’organisateur de l’attentat suicide qui a tué 21 personnes au siège des Nations unies à Abuja en août 2011 – était en tous cas considéré comme le véritable cerveau de la faction d’al-Barnawi, qui s’oppose à celle conduite par Abubakar Shekau autour de la forêt de Sambissa.
Mais ses troupes se seraient retournées contre lui. L’accusant de s’être enrichi en négociant avec le gouvernement nigérian des libérations d’otages, notamment des écolières de Dapchi, ses subordonnés l’avaient arrêté en avril, jugé pour trahison puis maintenu en résidence surveillée. Ils l’ont finalement exécuté en août, sur ordre de l’État islamique, selon un document sonore diffusé en haoussa.
La disparition de Nur pourrait avoir relancé la surenchère meurtrière entre l’aile Shekau à Sambissa et l’aile Barnawi dans le bassin du lac Tchad
« Nur a été perçu comme trop modéré et trop impliqué avec le gouvernement. Il est fort possible qu’un groupe de militants plus radicaux ait décidé de l’écarter et de prendre le contrôle de la faction d’al Barnawi », explique un spécialiste de Boko Haram, qui ajoute : « La disparition de Nur pourrait avoir relancé la surenchère meurtrière entre l’aile Shekau à Sambissa et l’aile Barnawi, pilotée par l’État islamique, dans le bassin du lac Tchad ».
Si Abou Moussab al-Barnawi reste le leader désigné de l’État islamique en Afrique de l’Ouest, c’est désormais autour d’un certain Aboubacar Menok que se tournent les regards des services de sécurité de la région. Ce dernier, jusqu’ici chef militaire de la faction al-Barnawi et réputé plus radical, devrait profiter de la disparition de Nur pour prendre du galon.
Publié le 29-11-2018 Modifié le 29-11-2018 à 18:00
C’est une fuite sans précédent. Des milliers de pages de documents confidentiels des Nations unies relatifs à l’assassinat de deux experts mandatés par le Conseil de sécurité. Michael Sharp et Zaida Catalan avaient été chargés d’enquêter sur les violences en République démocratique du Congo. Les « Congo Files » documentent les pistes et options levées par les enquêteurs ainsi que les multiples entraves qu’ils ont rencontrées entre mars 2017 et septembre 2018. Leur exploitation a fait l’objet d’une collaboration entre plusieurs médias internationaux : RFI, Le Monde, Foreign Policy, Süddeutsche Zeitung et la télévision suédoise. De faux comptes Facebook ont compliqué pendant des mois les recherches des enquêteurs onusiens.
« L’enquête piétine », écrit non sans dépit l’un des policiers onusiens chargés de démêler les fils d’un crime inédit en République démocratique du Congo. Dans son rapport journalier du 1er mai 2017, cet enquêteur anonyme dresse un bilan sans concession de l’avancée des recherches de la « task force » dont il fait partie : « Nous avons peu de sources. Il n’y a pas de nouvelle information ». Six semaines après la mort de l’Américain Michael Sharp et la Suédo-Chilienne Zaida Catalan, la police des Nations unies (UNPOL) n’a toujours aucune idée du lieu où sont enterrés les quatre accompagnateurs des experts, si tant est qu’ils aient été tués. Elle ne connaîtra non plus jamais avec certitude l’identité du troisième motard qui les accompagnait.
Pendant quelques jours, les policiers onusiens s’interrogent sur la manière de relancer l’enquête. Ils décident de demander à l’auditorat militaire congolais d’introduire une requête auprès des compagnies de téléphonie mobile. Pour avancer, ils souhaitent obtenir les relevés téléphoniques des acteurs-clefs du drame, ils tablent sur sept numéros, victimes ou présumés assassins. Les enquêteurs ne cachent plus leur irritation quand le magistrat instructeur militaire leur répond « par trois fois » toujours attendre la « signature » de l’auditeur militaire supérieur de Kananga, capitale de la province tourmentée du Kasaï Central. Quand ledit auditeur est finalement interrogé, à la grande surprise d’UNPOL, il dit « ne pas être informé » d’une telle requête.
Au fil des semaines, des mois, à force de négociations et de ruse, les policiers de l’ONU ont collecté les fadettes de dizaines de protagonistes, des experts onusiens eux-mêmes, de leurs accompagnateurs, mais aussi de présumés miliciens, d’agents de renseignement, de militaires ayant tous un lien avec l’assassinat. Mais pour parvenir à faire une cartographie des communications, encore faut-il pouvoir identifier les milliers de numéros appelés. L’auditorat militaire et les compagnies de téléphonie mobile coopèrent peu. Les policiers onusiens se basent sur le renseignement humain. Ils ont aussi recours à l’application Truecaller de l’opérateur Airtel et à Facebook, ce réseau social si populaire au Congo, pour lequel il est fortement recommandé de s’inscrire avec son numéro de téléphone mobile. C’est l’un des plus grands annuaires du monde.
Des incohérences dans les identifications
Fin mai 2017, l’UNPOL commence à noter des incohérences dans l’identification de certains propriétaires de numéros sensibles, les auteurs de tous ces appels et SMS échangés avant, pendant et après le meurtre des experts, et derrière lesquels se cachent sans doute assassins et commanditaires. C’est le cas d’un numéro appelé au lendemain du drame, par la carte SIM de l’un des accompagnateurs congolais de Michael Sharp et Zaida Catalan, Betu Tshintela. Selon la police des Nations unies, le 13 mars, le numéro IMEI attaché à son numéro change deux fois, à 17h43 et 18h39. « Cela signifie que cette carte SIM a été insérée dans deux nouveaux portables », concluent les enquêteurs onusiens dans leur rapport journalier du 28 mai 2017.
Le 6 juin, les policiers onusiens croient être parvenus à identifier les deux numéros contactés par la puce de Betu Tshintela. Officiellement, le pseudo interprète et ancien agent de l’ANR est mort le 12 mars 2017 avec Michael Sharp et Zaida Catalan, le gouvernement congolais a affirmé avoir retrouvé son corps dès mars 2017 alors que l’ONU assure toujours le rechercher. Identifier ceux qui ont échangé avec le numéro de Betu Tshintela au lendemain du meurtre devait permettre pour les enquêteurs onusiens d’éclaircir son sort et son rôle, de trancher, une fois pour toutes, entre le statut de complice et celui de victime.
Selon l’opérateur Airtel, l’un des numéros est « enregistré au nom de Ntampu Crispin, résidant au numéro 13 de l’avenue Camp Kokolo, Quartier Jérusalem, commune Bandalugwa ». Facebook donne immédiatement aux policiers onusiens une identification quasi-similaire, Cris Tambwe, qui est un colonel de l’armée congolaise. L’autre numéro leur donne plus de fil à retordre. Il est enregistré sous le nom de Régine Bukumba, résidant dans le territoire de Kamonia qui se trouve dans la province voisine du Kasaï. En ce 6 juin 2017, les enquêteurs onusiens notent, sans plus de commentaire, que Facebook lie ce numéro au compte d’un dénommé Jean Kasonga qui se présente comme un maçon de Kananga. Mais ils ne s’attardent pas sur cette anomalie.
Ce jour-là, les policiers de l’ONU pestent plutôt contre de nouveaux « essais pour orienter les enquêtes ». Ces mots sont surlignés en rouge dans le rapport confidentiel daté du 6 juin 2017. Il faut dire qu’ils viennent de découvrir que le magistrat instructeur, le lieutenant-colonel Jean Blaise Bwamulundu Guzola, leur a transmis « à des fins d’analyse [et en guise] de numéros téléphoniques des personnes suspectes dans l’affaire d’assassinat des deux experts » ceux de figures politiques originaires de la région, tous députés : Claudel Lubaya, Clément Kanku, Martin Kabuga et Daniel Mbayi. Ces numéros, ce magistrat militaire jure les avoir trouvés dans le répertoire du téléphone de l’un des accusés. Mais l’UNPOL n’est pas dupe, trois sur quatre sont « des personnalités politiques de l’opposition ». La police de l’ONU n’a que faire de ces manœuvres, surexcitée de voir l’arborescence qui se cache derrière les premières fadettes réquisitionnées. L’UNPOL note que plusieurs des acteurs-clefs du drame sont en contact avec soit des officiers de l’armée, soit les directeurs provinciaux des services de renseignement.
L’étrange menuisier de Kananga
Si les policiers onusiens avaient pris le temps de s’attarder sur le compte « Jean Kasonga », ils auraient repéré plus d’une anomalie. Ce compte a été créé après le meurtre de Michael Sharp et Zaida Catalan. Le numéro appelé par Betu Tshintela a d’abord été lié à un premier compte Facebook ayant un prénom à consonance anglophone et un patronyme bien kasaien, « Johnsena Kasonga ». Mais ce premier compte est rapidement abandonné au profit d’un patronyme passe-partout dans le Grand Kasaï : « Jean Kasonga ».
Ce profil n’a aucune interaction, il ne poste presque rien à part des portraits de mauvaise qualité d’un jeune homme à la posture rigide et qui ne regarde jamais l’appareil. Son corps et son visage semblent incrustés sur une clôture en bambou, sa silhouette détourée par un mince halo noir. Plus insolite pour un jeune maçon de Kananga, capitale provinciale d’une des nouvelles provinces les plus défavorisées du pays, sa photo de profil est encadré des mentions « Tour de France » et « Mont Ventoux ». En quelques semaines, le pseudo maçon, passionné de tours cyclistes, s’est fait plus d’une centaine d’amis, les premiers sont pour l’essentiel des étrangers. Certains ont étudié à Alep en Syrie, d’autres dans le Rajasthan indien. Même les comptes aux consonances congolaises mais aux orthographes parfois fantaisistes comme « Thrésor Kabasele » peuvent avoir étudié à Sydney en Australie. Le propriétaire de ce compte, s’il existe, s’est pris en photo, toujours sans regarder l’appareil, devant la même clôture en bambou que son ami « Jean Kasonga ».
Parmi les contacts Facebook de l’étrange maçon de Kananga, « Vincent Thambwe » est sans doute le plus diplômé. A en croire son compte Facebook, il réalise l’exploit d’avoir étudié à Kinshasa, la capitale congolaise, à Kindu dans la province du Maniema, au Kenya, au Canada et même aux Philippines. Presque chaque année, il intègre un nouvel établissement. Autre particularité des amis de « Jean Kasonga », certains ont des milliers de contacts, d’autres semblent parfaitement maîtriser les paramètres de sécurité du réseau social. Ils sont capables de cacher leurs amis, leurs photos, leurs publications, comme s’ils étaient pointilleux sur le respect de leur vie privée.
Comme « Jean Kasonga », beaucoup de ses amis ayant des noms à consonance congolaise publient des photos d’une qualité médiocre. Ces clichés ont la particularité de ne permettre aucune comparaison sur les moteurs de recherches spécialisés dans l’image. Ces comptes aiment aussi agrémenter leurs photos de cadres aux couleurs flashy ou d’une date et d’un marquage horaire, toujours les mêmes. Comme si de Kinshasa à Goma, en passant par des villes comme « Bunya » ou « Kysangani » dont ils ne semblent pas connaître le nom, des centaines de Congolais s’étaient passés le mot pour utiliser la même application sur le même type de photo.
L’histoire pourrait s’arrêter là si « Jean Kasonga » était un cas unique. Des centaines de comptes ayant des caractéristiques similaires existent. A l’heure où les experts sont tués, le 12 mars 2017 à 16h53, un témoin oculaire devenu l’un des principaux accusés dans ce dossier, Jean Bosco Mukanda, envoie un SMS à un certain « Davido Ntumba », ami d’un « David Ntumba » qui a le même visage, les faux jumeaux ou triplés sont fréquents chez ce type de comptes. « Davido Ntumba » ne livre aucun détail biographique, mais son clone « David Ntumba » a étudié au lycée Kélé Kélé de Kananga et poursuivi ses études à l’Université nationale du Lesotho. Il travaillerait actuellement pour FNBB à Gaborone au Botswana. C’est une bien étrange personne à contacter après l’assassinat de deux experts mandatés par le Conseil de sécurité de l’ONU. M. Mukanda, lui, se présente comme un simple enseignant de la ville-paroisse de Bunkonde. Au fil des pages de l’enquête de la police des Nations unies versées dans les « Congo Files », il se révèle être un ancien chef de milice, tour à tour informateur et supplétif de l’armée congolaise.
Top UN officials withheld key information about the murder of the UN experts Zaida Catalán and Michael Sharp.
Leaked documents from the UN’s own investigation are implicating the Congolese government.
Dans les heures qui suivent le meurtre, le même Jean Bosco Mukanda, omniprésent dans ce dossier depuis la disparition des experts, appelle un numéro attribué par le réseau social à une « Jeannette Ntumba », un compte qui prétend travailler pour la Mission des Nations unies en RDC (Monusco).
Betu Tshintela échange régulièrement avec un certain « André Kamba » qui se présente sur Facebook comme un ancien employé de l’Unicef, l’agence de protection de l’enfance de l’ONU. Les policiers onusiens s’intéressent à cet individu mais peinent à trouver des informations sur lui. Le lieutenant-colonel Guzola de l’auditorat assure aux enquêteurs onusiens avoir trouvé le numéro attribué à « André Kamba » dans le fameux répertoire téléphonique qui a également servi à incriminer les principaux opposants de la province. Le numéro que l’ONU cherche à identifier aurait été enregistré sous un nom très similaire, celui de « Kamba Yamarcelina ».
Le 3 juin 2017, comme pour enfoncer le clou, le magistrat militaire interroge Jean Bosco Mukanda devant les policiers de l’ONU. Il l’a fait arrêter la veille, « sur ordre de sa hiérarchie », sans véritablement expliquer pourquoi à l’UNPOL. Sous le contrôle du lieutenant-colonel, l’intriguant de Bunkonde confirme l’identité du jeune homme à partir de sa photo de profil Facebook. « André Kamba » serait chauffeur de taxi-moto dans le même village que M. Mukanda, il habiterait chez son frère. Mais la police des Nations unies ne parviendra jamais à en apprendre beaucoup plus sur lui.
Le jour du meurtre, plusieurs officiers de l’armée congolaise sont en contact avec des numéros associés à des profils Facebook aux identités douteuses. Derrière ces comptes se cachent parfois leurs compagnons d’armes, sans doute soucieux de conserver leur anonymat. Mais d’autres ont les mêmes caractéristiques que les « Jean Kasonga », « Davido Ntumba » et autres. Le colonel François Muhire, basé à Tshimbulu, une localité proche de la scène de crime, s’entretient à l’heure où les experts sont encore captifs avec un numéro attribué à « Umwari Denise Denise ». Ils auront six contacts téléphoniques qui cesseront juste après la mort de Michael Sharp et Zaida Catalan. C’est l’unique jour où ces deux numéros sont en contact. Jamais, dans les semaines qui ont suivi l’assassinat, le colonel François Muhire n’appellera « Umwari Denise Denise ».
L’information pourrait être anodine si cet officier, soupçonné d’être responsable à lui seul d’une vingtaine de fosses communes dans la région, n’avait pas été déjà épinglé par le groupe d’experts de l’ONU pour le massacre de Kitchanga en février 2013. Ses compagnons d’armes de l’ex-812e régiment des FARDC sont déployés tout au long de la route entre Kananga et Bunkonde. C’est sur cette route que les deux jeunes enquêteurs mandatés par le Conseil de sécurité sont assassinés en ce dimanche 12 mars 2017.
« Jean Kasonga » est l’arbre qui cache la forêt. Au-delà de ces profils douteux liés au meurtre des experts de l’ONU, ce sont des centaines, peut-être des milliers de faux comptes qui ont envahi ce réseau social en République démocratique du Congo, sans doute depuis 2015. Ils personnifient pour l’essentiel des étudiants, des employés ou d’anciens agents de l’ONU, Monusco, agences onusiennes, Radio Okapi. Ils résident dans toutes les grandes villes du Congo et s’immiscent parmi des communautés d’utilisateurs.
Car ces comptes n’ont pas que des faux amis. Des vrais hommes politiques, activistes ou même journalistes, sans doute désireux d’élargir leur audience, ont accepté les invitations de ces profils désincarnés. L’un de ces détracteurs du régime congolais confie même avoir essayé, en vain, d’entrer en contact avec « Jean Kasonga » dont il s’est découvert l’ami. Il dit accepter toutes les invitations, sans jamais vérifier. « C’est la seule manière de faire passer les informations », explique-t-il. Abasourdi par toutes les bizarreries de ce profil, il explique avoir tenté de lui écrire. « Jean Kasonga » ne lui a jamais répondu, il semble même ne jamais avoir lu ses messages.
De faux comptes pour surveiller les dissidents ?
En février 2016, le quotidien israélien Haaretz a publié une enquête sur ce qu’il appelle la « Facebook squad ». Il dénonçait l’utilisation par la police israélienne de faux comptes Facebook pour intimider ou traquer des activistes. Toujours selon Haaretz, ces faux comptes servent à enquêter aussi bien sur les réseaux pédophiles que les lanceurs d’alerte ou les activistes de groupes labellisés comme problématiques par Tel-Aviv. De l’autre côté de l’écran, cachés sous ces fausses identités, des policiers israéliens spécialisés dans la lutte contre la cybercriminalité ponctionnent les comptes de leurs « vrais » amis, ils accumulent les photos, les posts qu’ils jugent tendancieux. Cela leur permettrait de monter des dossiers pour justifier arrestations et condamnations de voix dissidentes.
Depuis le début de la contestation contre un troisième mandat de Joseph Kabila en janvier 2015, Kinshasa n’a jamais caché sa défiance envers les réseaux sociaux, coupés avant chaque grande mobilisation de l’opposition, dans la crainte du grand soir. Depuis, selon l’ONU, le nombre de violations des droits de l’homme à caractère politique a explosé. Tous les mois, à Kinshasa comme en province, des activistes sont arrêtés, détenus pour quelques heures ou quelques mois, parfois même avant d’avoir pu manifester, tous accusés de trouble à l’ordre public ou d’appel à la désobéissance civile. Les services de sécurité congolais utilisent-ils les réseaux sociaux pour identifier les mobilisateurs ? Interpellé sur l’existence de ces faux comptes, une source onusienne se dit surprise : « On sait qu’ils ont des contrats avec des sociétés israéliennes, mais les Congolais ne nous ont jamais dit qu’ils disposaient de ce type de technologie ».
Ces faux comptes, les spécialistes des questions de sécurité les appellent des avatars. Pour de bonnes ou de mauvaises raisons, la plupart des pays riches ou autoritaires auraient recours à ces systèmes de gestion de comptes fictifs sur les réseaux sociaux, profitant de la méconnaissance du public sur ces moyens de surveillance et de l’accès offert par ces profils à différentes communautés d’utilisateurs qui utilisent Facebook ou tout autre réseau social pour exprimer leur point de vue. « Si ces comptes ont un lien avec l’assassinat des experts, le jeu sera de déterminer quel Etat membre a vendu à la RDC ce système d’exploitation et ces avatars », conclut ce responsable onusien, sous couvert d’anonymat.
► Retrouvez le quatrième volet de cette enquête le 30 novembre 2018 à 17h TU sur RFI.fr
DROIT DE REPONSE
Cette enquête collective a nécessité presque deux ans d’investigations pour tenter de comprendre les conditions dans lesquelles les deux experts onusiens, Michael Sharp et Zaida Catalan ont été assassinés.
Le procès ouvert le 5 juin 2017 à Kananga est toujours en cours. Il a été suspendu 10 mois sur demande du secrétariat général de l’ONU. Le procureur canadien Robert Petit a été nommé pour soutenir l’enquête judiciaire congolaise.
Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, appelle les Nations unies à transmettre toutes leurs informations, y compris relatives à des agents de l’Etat, à la justice militaire congolaise. « C’est parce que nous savons que des membres du personnel de l’Etat sont capables de poser des actes attentatoires aux lois que nous avons institué la justice militaire », ajoute-t-il. Il dément en revanche toute responsabilité de l’Etat congolais : « La responsabilité pénale est individuelle ».
L’auditeur général de l’armée, Timothée Mukuntu, dit ne pas avoir eu connaissance du dossier d’enquête de la police des Nations Unies. Il dément toute entrave de la justice militaire, mais reconnaît « une certaine lenteur mais pas de volonté d’entraver quoique ce soit ».