Tag: Economie

  • Un plan Marshall pour la RDC

    Un plan Marshall pour la RDC

    dollars-Je propose aux autorités de mon pays un « plan national de développement sur trente ans ». Je l’ai conçu comme une sorte de plan Marshall destiné, comme pour l’Europe au sortir de la Seconde Guerre mondiale, à reconstruire la République démocratique du Congo. Ce plan permettrait de sortir mon pays de la situation chaotique dans laquelle il se trouve actuellement, pour devenir un pays prospère et stable. Contrairement à d’autres plans axés sur la distribution de nourriture et de médicaments aux populations, la stratégie que je préconise vise à créer des opportunités pour que le peuple congolais puisse se prendre lui-même en charge. Sa mise en oeuvre nécessiterait environ 500 milliards de dollars, soit en moyenne 16 milliards à 17 milliards par an.
    Cette somme peut sembler colossale, mais elle peut être mobilisée grâce à des politiques saines et à des institutions stables. Je suis convaincu que les Congolais participeront alors comme un seul homme à la reconstruction de leur pays. Le secteur privé sera, en effet, la principale force motrice de la croissance économique. C’était le cas en Asie, ce le sera aussi en RDC. La philosophie économique est basée sur le concept de libéralisme et d’insertion dynamique et progressive du pays dans le système économique mondial. Cela implique une tarification des biens et services fondée sur le jeu de l’offre et de la demande, la normalisation des relations avec la communauté internationale des bailleurs de fonds, une réhabilitation des infrastructures économiques (énergie, télécoms, transport), la révision du système judiciaire, la restructuration du secteur financier et le désengagement de l’État du secteur productif.
    Mon plan comporte également une stratégie pour la restructuration de l’armée, des services de sécurité, de l’administration publique, des services diplomatiques, de l’éducation et des services sanitaires. Il met particulièrement l’accent sur la mise en place d’institutions stables et démocratiques en vue de promouvoir la bonne gouvernance et la transparence dans la gestion des affaires de l’État et l’instauration d’un environnement attrayant pour les investisseurs locaux et étrangers.
    Les hommes d’affaires seront incités à investir en vue de transformer localement les matières premières abondantes en produits finis. Ainsi, des millions d’emplois seront créés localement. Il résultera de la diversification économique une augmentation de la productivité et des revenus à l’exportation, un excédent commercial, une balance des paiements excédentaire et une monnaie locale forte et stable. Il est attendu de chacun des principaux acteurs clés (le gouvernement, le secteur privé, le public et les donateurs) qu’ils jouent un rôle positif dans le processus de développement.
    La condition préalable à la réussite de ce plan, c’est bien entendu le retour à la paix et à la stabilité. Si le plan est mis en oeuvre, le niveau de vie des Congolais augmentera considérablement passant de 110 dollars (le niveau le plus bas en Afrique actuellement) à environ 4 000 dollars en 2030-2035. La RDC connaîtra le plein-emploi dès la quinzième année de mise en oeuvre de cette stratégie. Elle aurait même besoin d’importer de la main-d’oeuvre qualifiée. Une telle réussite confirmerait la RDC dans son rôle de moteur économique au sein de l’Afrique et de stabilisateur dans la région des Grands Lacs.
    Les différents volets du plan, à savoir son financement, le calendrier de sa mise en oeuvre, les indicateurs de performance et la structure institutionnelle ont été passés au crible. Son succès dépendra de l’accord des autorités politiques, de l’adhésion de la population, de l’appui de la communauté internationale et de la réponse, certainement positive, du secteur privé tant local qu’étranger. Le plan pourra être soumis à un référendum populaire et à la ratification du Parlement. Il s’intégrera parfaitement au Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad).

    Par N.K. Tshiani, spécialiste financier principal

  • L’efficacité de l’aide de l’Europe à la RDC remise en question

    L’efficacité de l’aide de l’Europe à la RDC remise en question

    Pauvrete-La Cour des comptes européenne juge que l’impact de l’aide apportée par la Commission européenne à la République démocratique du Congo reste très limité. Dans un rapport évaluant – partiellement – les quelques 1,9 milliard d’euros dépensé par l’Union européenne en RDC entre 2003 et 2011, la Cour européenne des comptes juge que la Commission s’est montrée incapable de fixer des objectifs réalistes. La Cour des comptes européenne vient de publier un rapport sur l’impact de l’aide apportée par la Commission européenne à la République démocratique du Congo. L’étude porte sur la période 2003-2011, au cours de laquelle l’Union européenne, principal bailleur du pays, avait dépensé quelque 1,9 milliard d’euros. Progrès « limité ». La Cour des comptes européenne n’étant pas en mesure d’évaluer l’ensemble des projets et fonds engagés, elle n’en a étudié qu’un échantillon, représentant tout de même un cinquième de toute l’aide apportée. Une aide qui porte essentiellement sur les secteurs de la bonne gouvernance, du développement, de l’aide humanitaire et de la réforme du secteur de la sécurité. Pour la Cour des comptes européenne, l’impact de ces aides est «limité». «Le progrès est lent, inégal et globalement limité», lit-on dans ce rapport, qui affirme que «moins de la moitié des programmes examinés» ont tenu leurs objectifs ou sont en passe de les tenir. Le rapport s’interroge aussi sur la durabilité des projets engagés. Les raisons avancées sont multiples : absence de volonté politique, corruption, problèmes de légitimité et de capacités à réformer ou à faire fonctionner son administration. C’est aussi parce la RDC est un Etat dit «fragile » que la Cour des comptes européenne a décidé de se pencher sur ce cas particulier.

    Objectifs peu réalistes

    Les auteurs du rapport s’étonnent notamment de voir qu’en dix ans, entre le début de la transition et aujourd’hui, le salaire des députés a été multiplié par 10, pour atteindre les 13 000 dollars en 2012 (environ 9 500 euros). Le rapport pointe également le fait qu’en 2011, les dépenses de la présidence, du Premier ministre, de l’Assemblée nationale et du Sénat ont représenté trois fois plus que le budget alloué à la Santé.

    Pourtant, la Cour ne vise pas les autorités congolaises, mais bien la Commission européenne, incapable, selon ce rapport, de déterminer des objectifs réalistes ou pertinents. Les auteurs soulignent, entre autres, le peu d’aides accordées aux provinces les plus pauvres du pays comme l’Equateur, le Maniema ou les Kasaïs.

    La problématique de la gouvernance

    La Commission s’est révélée incapable, également, de poser des conditionnalités et d’ouvrir avec Kinshasa un dialogue susceptible de permettre une meilleure utilisation de l’aide et de favoriser la bonne gouvernance au Congo.

    Une occasion manquée d’insister sur les principes : l’élection présidentielle de 2011. Trop peu et trop tard, juge la Cour européenne des comptes, après examen des décisions prises par Bruxelles tout au long de ce processus électoral contesté. En résumé, la cour appelle la commission à revoir sa copie et notamment à demander des comptes sur l’utilisation des fonds engagés.

    Des progrès ont été faits, selon la Commission

    «Evidemment, on pense que la question de la gouvernance est l’une des plus difficiles. Celle où, parfois, il peut y avoir des résultats qui ne sont pas assez rapides, comme on peut les avoir dans la Santé, quand on fait un hôpital, des infrastructures, que l’on construit des routes », reconnaît Alexandre Polack, porte-parole du Commissaire européen au développement, Andris Piebalgs. « Mais on pense que c’est important, et qu’il est normal que les projets soient lents. Ils prennent du temps, mais ils montrent quand même des résultats», insiste Alexandre Polack.

    «Si on compare à 2003, le début de cette période, là, on travaillait avec une administration quasiment inexistante. On était dans un pays où il n’y avait pas du tout d’administration», rappelle-t-il. Evoquant une situation «difficile», il affirme que les aides apportées par l’Union européenne ont permis de «mettre en œuvre des projets où on améliore la situation de la police, de la justice. Ça prend énormément de temps. Mais il y a vraiment un début de progrès. On le sent sur les secteurs comme les infrastructures ou la santé, où on arrive vraiment à avoir un impact pour améliorer la santé maternelle ou, par exemple, construire la route nationale n°1.»

    Le gouvernement congolais s’estime tenu à l’écart

    Le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, qualifie pour sa part le rapport de «questionnable». «Ce sont des gens qui n’ont qu’une connaissance imparfaite de la situation en République démocratique du Congo qui peuvent se permettre de tels commentaires», accuse le porte-parole du gouvernement congolais. «La réalité, c’est que, depuis les années Mobutu, depuis la deuxième République, l’Europe – plus que d’autres partenaires en République démocratique du Congo – a toujours tenu à l’écart les dirigeants de la RDC dans le choix des projets, dans la réalisation de ceux-ci.»

    Affirmant que les ministres congolais sont «souvent réduits à aller inaugurer des projets auxquels ils n’ont jamais participé, ni à la conception, ni au contrôle et à l’évaluation», il juge que les reproches que porte le rapport de la Cour des comptes européenne «peuvent, peut-être, être adressés à l’Europe».

    Par Sonia Rolley (RFI)

  • La croissance ne profite toujours pas aux Africains pauvres selon une étude

    La croissance ne profite toujours pas aux Africains pauvres selon une étude

    Reprise timide des activités de transport a Kinshasa, économie et l’Est de la RDC– Les plus pauvres des Africains disent qu’ils ne profitent toujours pas de l’essor économique que connaît actuellement le continent, selon un sondage d’Afrobaromètre conduit dans 34 pays et publié mardi.

    “Satisfaire les besoins de base quotidiens reste un défi majeur pour la majorité des Africains, même à un moment où leurs pays font état de progrès économiques impressionnants”, a commenté Afrobaromètre, qui présentait son étude à Johannesburg.

    L’économie de l’Afrique devrait croître de près de 5% cette année.

    Mais bien que leurs pays bénéficient des taux de croissance les plus élevés du monde, de nombreux Africains manquent toujours d’eau et de nourriture, n’ont pas un accès suffisant aux soins et sont souvent à court d’argent, selon l’enquête menée auprès de plus de 50.000 personnes.

    La moitié des répondants ont dit qu’ils manquaient de temps en temps de vivres, d’eau potable ou de médicaments. Un sur cinq dit qu’il est confronté à des pénuries fréquentes.

    L’Afrique de l’Ouest et de l’Est sont les plus touchées, tandis que les Nord-Africains en ont signalé le moins.

    Les gens les plus pauvres habitent dans les zones où les gouvernements n’ont pas construit d’infrastructures de base, selon l’enquête.

    “Les données montrent des corrélations significatives entre l’accès aux réseaux électriques, de canalisations d’eau et d’autres services de base et les plus forts niveaux de pauvreté vécue”, selon Afrobaromètre, qui ajoute que le faible niveau d’instruction a également une grande influence sur la pauvreté.

    Les chercheurs d’Afrobaromètre ont exhorté les gouvernements à porter leurs efforts sur la réduction de la pauvreté plutôt que de se focaliser simplement sur la croissance de leurs économies.

    “Les investissements dans l’éducation et les infrastructures peuvent être l’un des moyens les plus efficaces pour que les gains économiques atteignent les citoyens les plus pauvres du continent”, écrivent-ils.

    AFP

  • L’accord de vente de l’électricité d’Inga 3 à l’Afrique du Sud bientôt scellé

    L’accord de vente de l’électricité d’Inga 3 à l’Afrique du Sud bientôt scellé

    Barrage d'Inga– Selon un conseiller du gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC), l’accord de vente de l’électricité du barrage d’Inga 3 à l’Afrique du Sud est sur le point d’être conclu. Paraphé il y a de cela quelques semaines par chacun des ministres en charge des questions énergétiques des deux pays concernés, l’accord pourrait être scellé fin octobre à l’occasion de la venue à Kinshasa du président sud-africain Jacob Zuma pour un sommet régional. Les termes du contrat stipulent que l’Afrique du Sud achèterait 2500 MW, soit plus de la moitié de la capacité totale du projet Inga 3 (4800 MW). Quelques 1300 MW seraient destinés aux industries minières du Katanga, dont le développement de la production est limité par le manque d’énergie disponible, ainsi qu’à la population congolaise. Le projet d’Inga 3 a été pensé pour compléter les deux premiers barrages construits sur le site des chutes d’Inga, dans la province du Bas-Congo, il y a déjà plusieurs années. L’Etat, qui estime son coût total de construction entre 12 et 12,5 milliards de dollars, attend un financement de la Banque africaine pour le développement (BAD), de la Banque mondiale et de l’Agence française pour le développement (AFD). Le début des travaux est prévu en octobre 2015 pour une mise en service en 2020-2021.

    Agence Ecofin
  • Un “plan Marshall” pour l’est de la RDC mis en place par la Belgique?

    Un “plan Marshall” pour l’est de la RDC mis en place par la Belgique?

    kabila- didier-” La Belgique est un peu l’initiateur, du fait de son expertise, mais c’est un projet collectif.” La Belgique a entrepris de fédérer les efforts de la Banque mondiale, de l’Union européenne et de sa propre coopération en faveur d’un développement socio-économique de l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et de son voisinage, afin de favoriser le retour de la paix dans la région des Grands Lacs, ont indiqué mardi soir les ministres belges des Affaires étrangères et de la Coopération, Didier Reynders et Jean-Pascal Labille, à l’issue d’une rencontre à New York avec le président congolais Joseph Kabila. “La Belgique est un peu l’initiateur, du fait de son expertise, mais c’est un projet collectif”, a souligné M. Labille devant quelques journalistes belges et congolais, après avoir évoqué lundi une sorte de “plan Marshall” pour la région des Grands Lacs, en proie à des décennies de troubles qui ont fait des millions de morts et qui se poursuivent aujourd’hui, principalement dans la province du Nord-Kivu (est de la RDC), voisine du Rwanda – un pays accusé par Kinshasa et l’ONU de soutenir la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23). La Banque mondiale a prévu de réserver un milliard de dollars à des projets, de préférence en coopération transfrontalière dans la région. L’Union européenne est aussi un important bailleur de fonds et M. Labille espère se rendre à Kinshasa à la mi-octobre en compagnie du commissaire européen au développement, Andris Piebalgs. M. Labille a assuré à l’agence BELGA que le président Kabila s’était montré favorable à un tel projet, affirmant qu’il souhaitait plutôt “construire un pont vers le Rwanda qu’un mur” entre les deux pays, à couteaux tirés en raison du soutien présumé de Kigali au 23 mars (M23), une rébellion qui contrôle encore une zone d’environ 700 km2 dans la province du Nord-Kivu (est de la RDC). Mais des négociations à l’issue incertaine sont en cours entre le gouvernement de Kinshasa et le M23 à Kampala, la capitale ougandaise.

    Le Rwanda s’est aussi montré intéressé par de tels projets de coopération, a souligné M. Labille, qui s’est déjà rendu à plusieurs reprises en RDC, au Rwanda et au Burundi.

    Outre le message de paix et de sécurité, il s’agit de “porter un message de développement”, a renchéri le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders.

    “La Belgique peut réorienter une partie de ses moyens, mais cela doit être tourné vers l’est du Congo” et son développement économique, a-t-il expliqué.

    Selon M. Labille, les projets en question devraient notamment concerner les secteurs de l’énergie, de l’eau, de l’agriculture et du commerce transfrontalier, avec, pour la Belgique, une “forme de réorientation” des fonds de la coopération au profit des deux Kivu (nord et sud), mais sans abandonner les autres provinces de la RDC.

    “L’élément essentiel, c’est d’assurer un avenir à l’ensemble de cette population et un développement socio-économique à l’ensemble de ces pays de la région des Grands Lacs”, a-t-il fait valoir.

    M. Kabila n’a pour sa part, conformément à son habitude, fait aucune déclaration lors de cet entretien, qui s’est déroulé dans un grand hôtel newyorkais.

    Le président Kabila devait ensuite rencontrer, toujours dans sa suite du New York Palace, le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, présent à New York pour la 68ème Assemblée générale des Nations Unies.

    La libre

  • La RDC fait appel à Air-France pour relancer sa compagnie aérienne

    La RDC fait appel à Air-France pour relancer sa compagnie aérienne

    avion- air france-Le gouvernement congolais a jeté son dévolu sur le Groupe Air-France-KLM en vue de relancer sa compagnie nationale aérienne en veilleuse depuis plusieurs années.

    La nouvelle a été annoncée mercredi 4 septembre à l’issue d’une audience que le Premier ministre congolais Augustin Matata Ponyo a accordée à M. Frank Legré, directeur général Afrique de la compagnie aérienne franco-néerlandaise à Kinshasa,  selon un communiqué publié le même jour.

    Selon le communiqué de Matato Ponyo, cité par l’AFP, l’objectif est de parvenir à « une nouvelle compagnie aérienne nationale » en ordre de marche « fin décembre ou début janvier 2014 ».

    Le communiqué ajoute que le gouvernement congolais « souhaite qu’Air-France puisse s’impliquer dans cette création d’une compagnie domestique le plus rapidement possible“.

    Depuis le 22 mars 2006, tous les transporteurs aériens certifiés par les autorités de la RDC sont repris sur la liste noire des entreprises faisant l’objet d’interdiction totale d’exploitation dans l’espace de l’Union européenne. Ils sont une cinquantaine, dont les Lignes aériennes congolaises (Lac), l’ancienne compagnie aérienne nationale.

    En outre, les accidents d’avions meurtriers ont lieu en RDC à une fréquence élevée avec environ une dizaine de crashs d’avions et d’hélicoptères enregistrés dans le pays de 2011 à 2013.

    Ces crashs sont dus souvent aux conditions météorologiques, aux erreurs humaines, au mauvais état des aéronefs et au manque d’infrastructures aéroportuaires adéquates.

    Jusque-là, les compagnies aériennes Brussels Airlines (Belgique), Turkish Airlines (Turquie), Kenya Airways (Kenya) et Ethiopian Airlines (Ethiopie) avaient été citées comme possibles repreneurs des LAC. Or, Air-France-KLM détient environ un quart du capital de Kenya Airways.

    Une des difficultés du projet relatif à la relance des Lac, en faillite depuis 2003, a trait à la montagne de dettes accumulée par cette compagnie, dont la question de la liquidation pure et simple se pose depuis près de dix ans.

    Le Potentiel

  • Fibre optique : les abonnés d’Airtel ont désormais droit à une exploitation à haut débit

    Fibre optique : les abonnés d’Airtel ont désormais droit à une exploitation à haut débit

    fibre_optique_travo-Chose promise, chose due. Le Ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, Tryphon Kin-Kiey Mulumba a réussi son pari. Celui de jouer à la facilitation pour le rapprochement des vues entre la Société Congolaise des Postes et Télécommunications et l’Opérateur Télécom Airtel au sujet de la signature d’un contrat pour l’exploitation de la fibre optique. Les inquiétudes présentées par cet opérateur au sujet de la qualité technique et technologique de la fibre ont été élaguées. La polémique autour de l’offre de prix a été close. Des longues et laborieuses négociations commerciales ont abouti à un compromis. C’est parti pour des noces de miel entre les deux parties qui ont signé, la semaine dernière, un protocole d’accord relatif à la location des capacités de la fibre optique Kinshasa-Moanda. Après le succès de sa médiation, le Ministre Kin-Kiey entend convaincre Orange RDC, l’autre géant du GSM, et Microcom, le major du service internet, dont les négociations avec la SCPT sont très avancées. La cérémonie s’est déroulée au Cabinet des PT&NTIC qui a accueilli le même jour, la dernière phase des négociations entre les deux entreprises commerciales. L’homme le plus heureux, le Ministre des PT&NTIC s’est félicité de la signature de ce protocole, indiquant que c’était un grand jour pour la fibre optique, la SCPT et Airtel. «L’essentiel, c’est que les deux sociétés ont fini par se rapprocher, lançant ainsi un signal positif et concret en direction du marché des télécommunications, mais aussi et surtout, des clients d’Airtel-Congo qui vont désormais avoir droit au haut débit », a déclaré le Ministre.

    Aussi, a-t-il confirmé que le processus de location des capacités va s’accélérer dans les tout prochains jours, avec les signatures très attendues de la société Orange, l’autre géant du GSM, ainsi que de MICROCOM, le major du service internet, dont les négociations avec la SCPT sont très avancées. Ces sociétés, s’est-il réjoui, viennent s’ajouter à celles opérant déjà sur la fibre, à l’instar de Standard Telecom, Global et Ogefrem. Déjà, de grandes administrations mais aussi des banques sont séduites par la qualité du service offert par la SCPT. «Toutes ces signatures qui vont se poursuivre en cascade sont la preuve que le Gouvernement de la République est pleinement engagé dans le processus d’intégration de la RDC à la société de l’information ainsi que dans son projet d’apporter le haut débit et la modernité à tous les Congolais», a conclu le Ministre Tryphon Kin-Kiey Mulumba, plus que jamais déterminé à atteindre tous les résultats que lui a assignés la lettre de mission de son Ministère pour l’année en cours.

    SCPT-Airtel : des noces de miel

    L’Administrateur-Directeur Général adjoint de la SCPT, qui a signé le protocole d’accord au nom de son entreprise, a remercié le Ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, pour son implication personnelle dans l’accélération des négociations auxquelles il a donné un coup de pouce déterminant. « Airtel, c’est un partenaire de longue date. Tous les autres opérateurs vont rejoindre la fibre optique. Nous, en tant qu’entreprise qui commercialise la fibre optique, avons la préoccupation de mobiliser autant de partenaires que d’opérateurs locaux. L’objectif étant bien entendu de maximiser les recettes. La SCPT va augmenter le haut débit, pour ce faire. Nous avons tout intérêt à mettre en place un service de qualité », a-t-il fait savoir à la presse.

    Le Représentant d’Airtel-Congo est allé dans le même sens, remerciant le Ministre Kin-Kiey pour avoir personnellement supervisé le processus des négociations et la SCPT pour avoir tout mis en œuvre pour le rapprochement des positions des deux sociétés. Il a souhaité qu’après la signature, les rencontres entre techniciens aient lieu dans les meilleurs délais afin de rencontrer les attentes de la clientèle. « Nous souhaitons que les choses aillent vite, pour que nous passions de la phase technique à la phase commerciale (…) la fibre optique est un passage obligé pour la qualité. C’est une exigence technologique majeure », a souligné Monsieur Joh, Représentant les intérêts d’Airtel.

    15 millions de congolais goûtent déjà au haut débit grâce à la fibre optique

    Après l’inauguration de la station d’atterrage de Moanda, le 8 juillet dernier, et le lancement de la connexion internationale au câble sous-marin du Consortium Wacs par le Chef de l’Etat, l’étape de l’exploitation commerciale de la fibre optique était très attendue par l’ensemble de l’opinion.
    Airtel arrive ainsi après Standard, Global et Vodacom faisant ainsi basculer plus de 15 millions d’abonnés dans le haut débit. Ce protocole d’accord sur la location des capacités de la fibre optique Kinshasa-Moanda confirme la détermination du Ministre Kin-Kiey d’engager la RDC dans le processus d’intégration à la société de l’information et d’apporter le haut débit à toutes les bourses.

    Laetitia Mbuyi

    La Prosperite

  • La passivité de la BCC- Croissance économique au ralenti

    La passivité de la BCC- Croissance économique au ralenti

    bcc-Une fois de plus la Banque centrale du Congo (BCC) a gardé inchangé son dispositif de politique monétaire, maintenant à 3% son taux d’intérêt directeur et à 7% le coefficient des réserves obligatoires. La BCC justifie cette décision par le fait que tous les objectifs de la politique monétaire ont été atteints. Pourtant sur le terrain, les chiffres disent le contraire. La vérité est que l’Institut d’émission est inactif et inexistant là où on l’attend le plus. Les premiers signes d’essoufflement sont déjà visibles, notamment au niveau du taux de croissance économique, qui n’atteindra pas 8,3% à fin 2013, comme prévu. Une passivité déroutante.

    La Banque centrale du Congo (BCC) est absente dans la mise en œuvre de la politique économique du pays. Elle est tellement absente que les choses se gâtent sans qu’elle ne puisse activer les instruments de politique monétaire à sa disposition, lesquels peuvent bien l’aider à empêcher la  surchauffe. Et pourtant, au niveau du gouvernement, des efforts sont consentis en soutien à la politique budgétaire de manière à contenir les chocs.

    Des chiffres apportent un témoignage qui crucifie l’institut d’émission. Les réalisations de croissance en avril 2013 ont projeté un taux de croissance économique fin 2013 de 7,9%. Deux mois après, soit en juin 2013, les mêmes réalisations ont ramené cette croissance à 7,8% contre les prévisions fin 2013 de 8,3%. Une tendance baissière qui pourrait se consolider jusqu’à décembre 2013 et confirmer ainsi le ralentissement de l’activité économique.

    Dans les faits, la BCC ressemble à tout, sauf à une Banque centrale. Sa politique monétaire actuelle n’existe que de nom. Bien plus, elle est aveugle et ne s’inscrit pas dans une vision d’ensemble. Elle se distingue par l’absence de réalisme. Lorsque la dollarisation représente 95 pour cent de l’économie, cela signifie que la monnaie nationale ne représente plus que 5 pour cent de la masse monétaire globale.

    La politique monétaire de la BCC porte sur la masse monétaire sous son contrôle, c’est-à-dire, la masse monétaire en franc congolais. Autrement dit, c’est sur une quantité négligeable de masse monétaire dans le pays. De ce point de vue, elle ne peut pas produire d’effet tangible sur l’économie.

    Alors que la stabilité du cadre macroéconomique est réputée relative, la BCC s’est pratiquement repliée sur elle-même, se contentant de subir les événements au lieu de les précéder. Des spécialistes du secteur sont formels : la stabilité actuelle est l’effet de la politique budgétaire. La politique monétaire, quant à elle, est quasi-inexistante. Motif : la BCC brille par son absence ou son inaction là où elle devait se montrer plus entreprenante.

    Illustration. En décembre 2011, la circulation fiduciaire s’est élevée à 615,345 milliards de FC. Elle est passée en décembre 2012 à 595,164 milliards de FC, pour se fixer en août 2013 à 588,980 milliards de FC.

    A la lecture de ces statistiques, l’on constate que les moyens de paiement en monnaie nationale détenus par les agents économiques, principalement les ménages et les entreprises, sont pratiquement en chute libre depuis décembre 2012. Pendant la même période, les dépôts en devises ont connu une nette explosion. Ainsi, en décembre 2011, les dépôts en devises ont été évalués à 1 610,812 milliards de FC. Ils sont passés à 2 020,524 milliards de FC en décembre 2012, avant de se fixer à 2 140,250 milliards de FC en août 2013.

    Le constat est bien simple. De même que la circulation fiduciaire hors banque diminuait, de même les dépôts en devises s’accroissaient. Comme si l’effritement des liquidités en circulation était compensé par l’expansion des devises dans l’économie. Un phénomène qui s’explique par la forte dollarisation de l’économie. En fait, les moyens de paiement en devises compensent ceux en franc congolais.

    Qu’est-ce qui se serait passé si l’économie congolaise n’était pas dollarisée ? La conséquence la plus probable est la contraction de l’activité économique. Or, des chiffres concordants renseignent déjà une révision à la baisse des prévisions de croissance de l’économie congolaise. Prévue à 8,3% à fin 2013, ce taux de croissance a été revu à la baisse – 7,8%- pour la même période. L’écart paraît certes minime mais, il traduit le désarroi dans lequel se retrouve l’économie congolaise, si rien ne fait entre-temps pour ramener les équilibres à des niveaux de stabilité rassurante.

    Les pistes à explorer

    Le remède pour y arriver passe par une gestion rationnelle des liquidités. Une mission qui revient de droit à la BCC. En pareille circonstance, celle-ci peut se servir des instruments en sa possession, notamment le taux directeur et le Billet de trésorerie (BTR). Elle peut, à ce propos, baisser davantage son taux directeur pour ramener les banques et éventuellement les agents économiques à solliciter davantage de crédits. Ce qui, par effet domino, peut susciter une création de la monnaie, augmentant la circulation fiduciaire en monnaie nationale.

    De même, la Banque centrale peut diminuer les fourchettes d’appel des BTR. Ce qui aura pour effet de faire porter davantage les agents économiques vers la monnaie, avec effet prévisible la création d’une masse supplémentaire de monnaie nationale. Bien sûr aussi que la BCC peut faire appel à la politique de change par la vente et l’achat des devises.

    Malheureusement, la portée de cette mesure est fort réduite du fait que, en raison de la dollarisation, les devises se posent comme substitut de la monnaie nationale pour les agents économiques. Dans ce contexte, la baisse du coefficient des réserves obligatoires paraît moins probable.

    Dans les faits, la BCC navigue à vue. Elle est sans repère. Elle est en déphasage avec la politique budgétaire. Cette question est-elle évoquée lors des rencontres de la Troïka stratégique? That is the question.

    Il est vrai que l’économie congolaise court un grand danger. Si la BCC maintient ce cap improductif – comme c’est malheureusement le cas – des équilibres durement acquis risquent de fondre comme neige au soleil. C’est le cas des réserves internationales du pays qui prennent déjà une courbe descendante.

    Evolution des réserves internationales (en millions Usd)

    Période    Déc. 2012    mars 2012    avril 2013    mai 2013    Juin 2013    Juil. 2013
    Réserves internationales
    1.271,7     1.752,7          1.745,8     1.685,3        1.677,1     1.670,8

    La tendance est inquiétante. Car après avoir reconstitué ses réserves en devises jusqu’à atteindre le pic de 1 752,7 millions Usd en mars 2012, la RDC est pour le moment en train d’entamer la consommation de ses réserves. Si cette tendance se poursuit, la RDC risque de se retrouver en défaut des paiements en devises. Un recadrage s’impose. Ce qui, dans l’avenir, posera des problèmes en termes d’importations.

    Combinée à la contraction déjà visible de l’activité économique – les prévisions de croissance à fin 2013 ayant été revues à 7,8% contre 8,3%- il y a de bonnes raisons pour la BCC de sortir de sa léthargie et  d’intervenir.

    Ne faudrait-il pas régler la gestion des liquidités pour soutenir la croissance ? Pour autant que les émissions en monnaie nationale sont faites en fonction des besoins de l’économie, autrement dit, pour soutenir le rythme de croissance économique.

    La BCC s’est mise à l’écart alors que c’est sur ce terrain qu’elle était attendue pour agir, jouer son rôle. Les tableaux ci-après prouvent à suffisance une passivité à conjurer absolument.

    Situation des écarts par rapport à la cible du cadre macroéconomique (en milliards de Fc)

    Agrégats    Cible Déc. 2012    Réalisation
    Déc. 2012    Ecart    Cible mars 2013    Réalisation mars 2013    Ecart    Cible juillet 2013    Réalisation juillet 2013    Ecart
    Base monétaire    1.107,6    850,9    -256,7    904,8    867,1    -37,7    944,8    823,5    -121,3

    Ces écarts traduisent l’inaptitude de la BCC à suivre la cadence de la politique budgétaire. Chaque fois que le Trésor ponctionne des liquidités par la réalisation des excédents budgétaires, la BCC n’a pas pu injecter des moyens de paiements nécessaires dans l’économie.

    Le tableau suivant, qui donne le rythme (en millions de Fc) des émissions en monnaie nationale jusqu’au 21 août 2013, est plus éloquent sur le sujet.

    Rubrique    Janv.    Février    Mars    Avril    Mai    Juin    Juillet    Août    Cumul/An

    Emissions prévues    24.000    28.700,0    16.500,0    22.500,0    11.000,0    15.000,0    9.861,2    3.096,7    130.658,0
    Emissions réalisées    14.610

    13.687,5    11.620,0    15760,0    6.835,0    8184,0    7989,6    2967,2    81.653,3

    Tout compte, la BCC n’a pas suivi le rythme de croissance de l’économie congolaise. Elle est restée passive, enfermée dans une politique monétaire d’école – sans effet réel sur le terrain. Il est temps qu’elle sorte de son carcan classique, en jouant véritablement son rôle de contrepoids de la politique budgétaire. En poursuivant son rythme actuel, elle entrainera avec elle l’économie congolaise dans le gouffre.

  • Noel K. Tshiani, Interview avec Chantal Zock– La Libre Belgique

    Noel K. Tshiani, Interview avec Chantal Zock– La Libre Belgique

    Noel Tshiani-Chantal Zock: Vous venez de publier aux éditions De Boeck à Bruxelles un livre dont le titre est « la bataille pour une monnaie nationale crédible ». Votre livre est préfacé par Professeur Christian De Boissieu, Président du Conseil d’Analyse Economique en France. Qu’est-ce qui vous a poussé à publier un livre d’une telle envergure ?

    Noel K. Tshiani : Quand je visite mon pays, la République Démocratique du Congo, je me crois  dans un coin des Etats Unis d’Amérique ! Le dollar américain circule librement et est même devenu la monnaie la plus utilisée dans les transactions commerciales sur toute l’étendue de la République.  Les prix des biens dans les magasins sont affichés en dollar, les paiements des biens et services s’effectuent en dollar, 90 pour cents des dépôts bancaires sont en dollar, et les cambistes sont partout sur les rues pour faire du change essentiellement du dollar et de l’euro contre la monnaie nationale. Le marché parallèle de change se trouve sur la rue devant l’entrée principale de l’Ambassade des Etats Unis d’Amérique dans ce pays. Les clients sur ce marché sont multiples et incluent les nationaux, les trafiquants, les officiels, les diplomates et les fonctionnaires internationaux. Le bradage de la monnaie nationale se passe au vu et au su de tout le monde.

    Un touriste étranger qui vient dans ce pays pour la première fois peut passer trois mois ou plus dans ce pays sans toucher une seule fois la monnaie nationale car le dollar américain est accepté et préféré partout : dans les hôtels, les restaurants, le transport, les services publics, et même dans les petites alimentations des quartiers populaires. C’est ce constat qui m’a poussé a me poser la question de savoir ce que ce pays, tout comme tout autre pays en développement dans la même situation, peut faire pour avoir une monnaie nationale crédible. J’ai donc mis cette réflexion sous forme de l’ouvrage que vous avez devant vous.

     

    Chantal Zock: La RDC n’avait-elle pas fait une réforme monétaire en 1997 justement pour se doter d’une monnaie nationale crédible.

    NOEL K. TSHIANI : Au changement du régime politique en 1997, le système monétaire congolais souffrait de nombreux dysfonctionnements graves ,  à savoir la multiplicité d’espaces monétaires ainsi que de taux de change ; la perte de confiance généralisée dans la monnaie nationale du fait de l’instabilité persistante de sa valeur interne et externe ; la dollarisation excessive de l’économie ; la pénurie de signes monétaires au sein du système bancaire ; la rupture de la parité interne entre la monnaie scripturale et la monnaie fiduciaire ; la désintermédiation accrue attestée par une importante circulation fiduciaire hors banques, et la désarticulation des paiements ; la diminution drastique du taux de liquidité de l’économie, atteignant 4,3% en 1997 contre 10 au cours des périodes antérieures. Pour faire face à ces dysfonctionnements,  le nouveau gouvernement de la République Démocratique du Congo incarné par Mzee Laurent Désire Kabila avait décidé, dès le mois de mai 1997, de confier à la Banque Centrale du Congo la tâche d’opérer une réforme monétaire impliquant le changement de l’unité monétaire. C’est dans ce cadre que le franc congolais a été conçu et mis en circulation en juin 1998 en remplacement du Zaïre monnaie devenu symbole de l’échec du régime déchu du Mareshal Mobutu Sese Seko.

    La réforme monétaire de 1997 poursuivait les objectifs majeurs suivants : l’unification de l’espace monétaire regroupant toutes les différentes zones monétaires précédentes dont la zone monétaire de deux Kasaï qui utilisait les anciens zaïres, la zone monétaire du reste du pays qui acceptait les nouveaux zaïres; la stabilité des prix intérieurs dans un pays où les taux d’inflation étaient dans les mille pour cent; la stabilité du taux de change qui fluctuait constamment à la baisse ; le rétablissement du système des paiements ; la restructuration du système bancaire ; la relance de l’activité économique ; et enfin l’institution d’une nouvelle unité monétaire dénommée « le franc congolais ».

    Chantal Zock: Quinze plus tard après cette réforme monétaire, quelle évaluation faites vous du chemin parcouru et des résultats obtenus ?

     

    NOEL K. TSHIANI : La monnaie est le signe le plus visible de la performance économique d’un pays. Le Congo a connu depuis plusieurs décennies une expérience inflationniste sans précédent. Sur les quinze dernières années, le taux d’inflation moyen est de 104 pour cent par an. Cette situation a fait perdre à la monnaie beaucoup de sa valeur et sa crédibilité. Introduite en 1998 à la parité de 1,3 francs congolais pour un dollar américain, la monnaie congolaise s’est dépréciée à 940 francs congolais contre le billet vert en Novembre  2012. L’évaluation que l’on fait de ces quinze dernières années est un constat d’échec car le franc d’aujourd’hui ne vaut plus rien par rapport à celui que le pays avait introduit en juin 1998. Pour bien appréhender cet échec, l’équivalent en franc congolais de cent mille dollars en 1998 ne vaut plus aujourd’hui en Novembre 2012 qu’à peine cinquante trois cents d’un dollar américain.

    La reforme monétaire était sensée marquer le grand changement dans la gestion de la chose publique et inspirer confiance dans l’avenir du pays. Elle était supposée contribuer à la stabilisation ou à l’amélioration du pouvoir d’achat des congolais. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. Sur une période de quinze ans depuis le lancement du franc congolais en 1998, la monnaie nationale s’est dépréciée de près de 100.000 pour cents et ne vaut plus rien aujourd’hui.

    Chantal Zock: Que faut il faire maintenant ?

    NOEL K. TSHIANI : Il me semble opportun de repenser la monnaie congolaise ainsi que la structure et le fonctionnement du système financier congolais afin de les adapter aux impératifs de développement économique du pays. Une telle réflexion doit inclure la reforme de la Banque Centrale du Congo en tant qu’autorité monétaire et catalyseur du développement du secteur financier et du marché des capitaux, la restructuration profonde et totale de la monnaie nationale et la redéfinition d’une stratégie et d’une vision de développement du secteur financier en fonction des ambitions de développement économique d’un pays aussi riche en ressources et vaste qu’est la République Démocratique du Congo.

    Chantal Zock: Pourquoi faut il repenser la structure et le fonctionnement du système financier congolais ?

    NOEL K. TSHIANI : En ce moment en 2012, la configuration du système bancaire congolais se présente comme suit : 23 banques commerciales; 120 coopératives d’épargne et de crédit ; 19 institutions de micro finance ; 34 messageries financières ; et 12 bureaux de change. Toutes ces banques et établissements de crédits ont une caractéristique commune : ils comptent au total à peine 80 agences bancaires en grande partie concentrés à Kinshasa, et n’ont pas d’actionnaires congolais importants dans leur capital. On trouve plutôt des banques commerciales et établissements de crédits dont les capitaux appartiennent aux banques étrangères, et aux bilatéraux et autres banquiers privés étrangers. Il y a lieu de dire que les congolais ont perdu le contrôle du système bancaire et de la monnaie du fait de l’origine des capitaux d’une part, et de la dollarisation de l’économie d’autre part.

    Je n’ai rien contre l’arrivée des capitaux étrangers, mais il faut qu’il y ait une juste dose des capitaux nationaux et étrangers pour qu’on ait un système bancaire équilibré qui réponde véritablement aux besoins de développement du pays et de soutien au secteur privé national. Certains personnes justifient la disparation des nationaux de l’actionnariat des banques et établissements financiers au Congo par le fait que ceci constitue la principale caractéristique du système bancaire et financier en Afrique.  Je pense que cette attitude est très irresponsable car elle implique une abdication devant ses responsabilités et une incapacité à changer les choses pour le bien du peuple congolais. La République Démocratique du Congo est un grand pays de 72 millions d’habitants, et donc potentiellement une très grande économie émergeante. Ce qui n’est pas possible dans certains pays Africains, est tout à fait réalisable dans ce sous-continent si l’on met de l’imagination et le savoir faire collectif au service du peuple congolais sans exclusion aucune.

    Il est normal que différents pays se font concurrence pour attirer des capitaux étrangers. La RDC doit aussi mener ce combat avec bravoure, mais pas aveuglement au point d’exclure les nationaux de l’actionnariat des banques au motif simpliste que dans le passé, certaines banques détenues par les nationaux sont tombées en faillite faute de gestionnaires compétents. Je n’accepte pas cet argument fataliste et pessimiste dégradant. Les actionnaires congolais ont besoin de beaucoup de soutiens de la part des autorités politiques et monétaires pour percer dans un secteur qui leur reste encore très fermé. Un pays qui ne contrôle pas sa monnaie et son système financier, ne contrôle pas son économie.

    Chantal Zock: Il y a eu quand même beaucoup de banques liquidées pendant ces dernières années en RDC. Est-ce que cela a affecté la confiance dans le système dans le système financier ?

    NOEL K. TSHIANI : Je déplore la manière dont certaines banques sont brutalement liquidées sans que les déposants soient remboursés de leurs dépôts et n’aient même pas un seul moyen de recours. De 2000 à ce jour, dix banques ont été liquidées en RDC. La dernière liquidation est celle de la Banque Congolaise intervenue en Janvier 2011.

    Quand il n’y a pas d’institution de garantie des dépôts, il est évident que les déposants font confiance à l’autorité monétaire qui assure la surveillance et le contrôle du système bancaire. En cas de liquidation d’une banque commerciale tel est le cas actuellement de la Banque congolaise et de toutes les autres liquidations antérieures, il faut que la Banque Centrale du Congo et le Gouvernement assument la responsabilité des dépôts, sinon l’on détruit davantage la confiance du public dans le système bancaire. Une telle confiance est déjà au plus bas niveau dans un pays où le taux de bancarisation n’est que de 0,9 pour cent de la population (soit environ 650.000 comptes bancaires sur une population de 72 million d’habitants), de loin inférieur à la moyenne africaine de 25 pour cent. A ma connaissance, c’est l’un des taux de bancarisation les plus faibles du monde. Le pays ne peut  donc pas se contenter de la situation actuelle du système bancaire qui ne peut véritablement pas soutenir le développement économique et satisfaire aux besoins réels du secteur privé et du public congolais. Un tel constant interpelle les décideurs et exigent une nouvelle vision, et une autre façon de faire les choses.

    Mon avis, Il faut lier le développement du secteur financier congolais à l’évolution du secteur privé et de l’économie dans le pays. Les banques et établissements financiers accompagnent le secteur privé. Pour que le secteur financier se développe, il faut que le secteur privé évolue dans un environnement favorable à son expansion. C’est pour cela que les autorités gouvernementales doivent accélérer les reformes visant l’amélioration de l’environnement des affaires.

     

    Chantal Zock: Revenons à la monnaie congolaise. Quelles sont les causes de la chute vertigineuse de la monnaie nationale congolaise depuis 1997 ?

    NOEL K. TSHIANI : Les causes de la chute de la monnaie congolaise sur les quinze dernières années sont multiples et incluent la culture de tricherie au niveau de la haute direction de la Banque Centrale du Congo (un mandat du gouverneur de la Banque Centrale du Congo initialement prévu pour cinq en 1997 renouvelable une fois,  a été étendu de façon secrète à quinze ans à travers des manœuvres frauduleuses entre le Gouverneur de la Banque centrale du Congo et ses complices au niveau de la Présidence), l’absence d’une vision de développement du secteur financier, l’absence d’une distance suffisante entre la Banque centrale et la branche exécutive du gouvernement, les questions de gouvernance et de conflits d’intérêts au niveau de l’autorité monétaire et de certaines institutions financières importantes, la qualité des produits et  services de la banque centrale, l’absence des incitations appropriées pour le personnel de la banque centrale, le comportement affairiste des dirigeants de la Banque Centrale du Congo  et enfin l’environnement inapproprié de la banque y compris des infrastructures physiques, systèmes d’information et procédures de fonctionnement et de gestion de risques.

    Toutes ces défaillances amplifient les conséquences dans un contexte national marqué par un environnement politique instable pendant plusieurs années, le manque de cohérence entre les politiques monétaire et budgétaires, le manque d’une stratégie cohérente de développement du pays, l’inexistence de politiques économiques et financières saines, l’absence totale d’une discipline budgétaire et fiscale, l’insuffisance de la production nationale, et la mauvaise gestion des ressources à  plusieurs niveaux.

    Chantal Zock: Vous parlez de manque de vision de développement du secteur financier, mais il y a quand augmentation du nombre des banques en RDC pendant les quinze dernières ? Qu’en dites vous ?

    NOEL K. TSHIANI : Je partage le constat que les banques et établissements financiers fleurissent au Congo pendant ces quinze dernièrres années (ce qu’il faut saluer d’ailleurs). Mais la question fondamentale reste celle de l’adéquation du système financier Congolais dans son ensemble aux besoins de développement du pays. C’est pour cela que j’appelle à une prise de conscience nationale pour que la République Démocratique du Congo se dote en urgence d’une vision claire de développement du secteur financier qui soutienne les ambitions de croissance économique accélérée et d’un développement économique et social axé sur la dynamique du secteur privé. Sans cette vision, la multiplicité de petites banques étrangères concentrées pour l’essentiel à Kinshasa, reste sans impact tangible et réel sur le vécu quotidien des Congolais et sur l’économie nationale. Il faut encourager l’émergence des trois ou quatre grandes banques nationales qui accompagneraient le développement économique du pays et qui seraient un relais de la vision de l’autorité monétaire et du leadership politique du pays.

    Chantal Zock: Vous dites dans votre livre que l’économie de la RDC est dollarisée à 90 pour cent ? Est-ce une bonne ou mauvaise chose  pour le pays ?

    NOEL K. TSHIANI : Je tiens à rappeler que la Constitution de la République Démocratique du Congo (complétée par l’article 7 de la Loi 005/2002 du 7 Mai 2002 sur l’Organisation et le Fonctionnement de la Banque Centrale du Congo) est très claire dans ses articles 170 et 176 qui stipulent d’une part que l’unité monétaire de la République Démocratique du Congo est le franc congolais ; et d’autre part que « la Banque Centrale du Congo est seule habilitée, sur le territoire national, à émettre des billets et pièces de monnaie ayant cours légal. Les monnaies et pièces de monnaie ayant cours légal sont  libellées dans l’unité monétaire de la République démocratique du Congo, le franc congolais ou dans ses sous-unités». La situation monétaire actuelle de la République Démocratique du Congo se caractérise par les éléments suivants : le manque d’unification de l’espace monétaire  étant donné que plusieurs monnaies circulent concomitamment sur toute l’étendue de la République, et notamment le Franc congolais, le dollar américain, l’euro, le franc CFA, le schilling ougandais, le franc rwandais, le kwacha zambien, le kwanza angolais et le schilling tanzanien ; l’instabilité chronique du taux de change qui est passé de 1,3 francs congolais en juin 1998 à 940 Francs congolais contre un dollar américain en Novembre  2012 ; l’instabilité continue des prix; le dysfonctionnement du système des paiements ; la paralysie du système bancaire ; la stagnation de l’activité économique ; et l’absence de l’exclusivité monétaire avec la dollarisation poussée et éhontée de l’économie. La dollarisation qui laisse le dollar américain circuler librement au Congo constitue une violation fragrante de ces dispositions constitutionnelles.  Et toute réglementation de change qui autorise et officialise la dollarisation est aussi contraire à ces dispositions constitutionnelles. C’est pour cette raison que je pense qu’il est temps qu’on respecte la constitution du pays tant que ces dispositions constitutionnelles n’ont pas été modifiées.

    La dollarisation appauvrit la République Démocratique du Congo au profit des Etats Unis d’Amérique et favorise le blanchiment d’argent salle. Les revenus de seigneuriage reviennent logiquement à l’émetteur de la monnaie en circulation dans un pays. Les revenus de seigneuriage sur les dollars circulant en République Démocratique du Congo ne reviennent ni à la Banque Centrale du Congo, ni à la République Démocratique du Congo, mais plutôt à l’émetteur des dollars qui est la Réserve Fédérale des États Unis d’Amérique (Banque Centrale Américaine). Comme Il n’existe pas d’accord de rétrocession des revenus de seigneuriage entre la République Démocratique du Congo et les Etats Unis d’Amérique, les Etats Unis d’Amérique se font du bénéfice (revenus de seigneuriage) en laissant circuler leur monnaie en République Démocratique du Congo au moment où les pertes d’exploitation de la Banque Centrale du Congo (devenues chroniques depuis un certain temps) sont financées par des subventions d’exploitation qu’approuve le Parlement congolais année après année à la demande de l’autorité monétaire. Mon estimation est que la RDC perd près de 600 millions de revenus de seigneuriage chaque année. Ce phénomène constitue un véritable fléau qui interpelle la Banque Centrale du Congo, et le Gouvernement si on veut d’une part reprendre le contrôle de sa monnaie et recouvrer la souveraineté monétaire nationale, et d’autre part mettre fin au déficit de l’autorité monétaire en diversifiant ses sources de revenus, y inclus ceux de seigneuriage.

    Chantal Zock: Comment mettre fin à la dollarisation de l’économie en RDC ?

    La fin de la dollarisation de l’économie ne se décrète pas du jour au lendemain par une baguette magique. Si cet avis est partagé, il ne reste pas moins vrai qu’il faut que le Congo ait un plan clair avec un horizon temporel raisonnable pour mettre fin à la dollarisation afin de ne pas laisser perdurer la situation actuelle indéfiniment.  C’est à ce prix que le pays reprendrait le contrôle non seulement de sa monnaie, de son système financier et aussi de son économie. Il est bien entendu que dans cet horizon temporel raisonnable et réaliste, il faut que la République Démocratique du Congo continue à renforcer sa crédibilité à travers une gestion macroéconomique rigoureuse notamment en maintenant un niveau d’inflation faible, régulier et prévisible, ce qui n’est pas évident lorsqu’on ne contrôle pas entièrement la masse monétaire circulant dans le pays.  La question de la qualité, du degré et de la pérennité de la stabilisation macroéconomique est ainsi posée. Sans verser dans la théorie, une loi sur la reforme du système de paiement au Congo s’impose. Une telle loi devrait couvrir les moyens de paiements conformes aux dispositions constitutionnelles en vigueur, la monnaie acceptable pour les transactions dans le pays, les sanctions et amendes des récidivités, et surtout le délai raisonnable et réaliste pour le passage d’un système de dollarisation à  celui où une monnaie nationale crédible devient effective conformément à la constitution du pays.  La fin de la dollarisation doit être précédée et accompagnée d’une longue campagne de communication pour que la population comprenne le bien-fondé de la démarche et s’approprie le processus. Il faudra donc faire un bon mélange des règles de dollarisation basées sur le marché et la persuasion, et une certaine dose de règlementation. La seule bonne volonté ne suffit.

    Chantal Zock: Faut il aussi faire une réforme monétaire dans la cadre de votre bataille pour doter la RDC d’’ une monnaie nationale crédible ?

    NOEL K. TSHIANI : Etant donné que institutions de la République sont en place, et parce que l’indépendance de la Banque centrale est prescrite dans la constitution du pays et dans ses statuts, je pense qu’il est opportun de  procéder à la réforme profonde de la Banque Centrale du Congo, du secteur financier et du secteur de la monnaie qui devra constituer un appui important aux efforts de mobilisation de ressources indispensables pour la mise en œuvre d’une véritable nouvelle vision de développement du pays. Cette réforme doit constituer un bon complément aux efforts de redressement économique entrepris par le gouvernement dans tous les secteurs afin de relancer l’économie nationale et créer la base d’une croissance économique durable, condition sine qua non pour créer des emplois massifs et améliorer les conditions sociales de la population.

    Une nouvelle réforme monétaire est vraiment nécessaire pour plusieurs raisons. D’abord parce que la nomenclature actuelle des billets de banque est hors d’état d’usage. Le coût de fabrication des billets étant devenu trop élevé par rapport à leur valeur faciale, la monnaie congolaise est devenue difficilement utilisable. L’introduction en juillet 2012 des billets de 1.000 à 10.000 francs congolais n’est pas suffisante et ne constitue a mon avis qu’un palliatif qui ne résout pas les problèmes liés a l’irrationalité de la monnaie congolaise dans sa configuration actuelle. Ensuite il existe deux masses monétaires distinctes au Congo : une masse monétaire en franc congolais et une masse monétaire en dollar. La Banque centrale ne contrôle pas la masse monétaire en dollar qui est la plus importante en volume. De ce fait, la Banque centrale ne peut pas conduire une politique monétaire crédible car tous ses instruments (taux directeurs, taux de réserves obligatoires, et interventions sur le marché de change) sont sans effet réel et durable sur l’économie.

    La reforme monétaire ne doit pas être comprise comme l’introduction de signes monétaires de grande dénomination qui sont d’ailleurs porteurs d’un effet psychologique hyper-inflationniste important. L’introduction de tels billets ne peut qu’entrainer des conséquences dévastatrices sur le pouvoir d’achat de la population. Le public congolais en a déjà souffert dans le passé.

    Pour faire face à cette situation, la Banque centrale et le gouvernement doivent travailler de concert pour rétablir une discipline pouvant permettre la conception et la mise en œuvre d’une politique monétaire et de change saine et crédible. Une telle discipline implique d’une part la mise en place d’un Etat de droit fonctionnel et le respect des statuts de la Banque, et d’autre part le soutien de la politique économique du gouvernement et de la vision du leadership politique du pays ; le respect des principes de l’orthodoxie budgétaire et financière; une bonne coordination entre les politiques monétaires et budgétaires, l’engagement et le leadership du ministère des finances dans la restructuration du secteur financier, et l’engagement de la Banque centrale à se restructurer elle-même pour devenir une institution moderne en hommes, instruments, politiques et infrastructures. Cette discipline exige une volonté politique ferme pour mettre fin à la dollarisation qui fait perdre au Congo et à la Banque centrale les revenus de seigneuriage et de change, et contribue à aggraver le déficit de l’autorité monétaire et du budget de l’Etat. La dollarisation qui avait permis à l’économie congolaise de survivre pendant la période de guerre marquée par l’instabilité chronique du cadre macroéconomique et l’hyperinflation, ne se justifie plus aujourd’hui comme système monétaire dans un pays souverain. La dollarisation ne permet pas à la Banque centrale de jouer son rôle de préteur de dernier ressort en cas de difficultés du système financier, et constitue un signe visible de perte de la souveraineté monétaire par le Congo. La banque centrale et le gouvernement doivent y mettre fin de toute urgence afin de rétablir la souveraineté monétaire nationale dans l’intérêt supérieur du pays et du peuple congolais.

    Les perspectives pour  une monnaie nationale crédible sont liées à celle de l’économie congolaise et exigent la poursuite des réformes multisectorielles, en particulier dans le domaine de l’assainissement des finances publiques, du renforcement de l’intégration économique nationale, de la stabilité socio-politique, de l’amélioration de la gouvernance politique et économique, de la mise en place d’un environnement incitatif pour le secteur privé, de la construction des infrastructures économiques et sociales, de la valorisation des ressources humaines et naturelles et de la relance durable de la production nationale. Je suis conscient du fait qu’on ne peut pas simplement combattre la dollarisation par une baguette magique. Il faut y aller par étapes, en commençant par changer les conditions qui ont conduit à la perte de confiance dans la monnaie nationale. C’est pour cette raison qu’une stratégie globale de développement du secteur financier, de développement du secteur privé et de relance économique est primordiale. C’est pour cela qu’il faut inscrire cet exercice dans le cadre d’un programme intégré visant à mettre en place au préalable un véritable Etat de droit et République Démocratique du Congo.

    Chantal Zock: Un mot de la fin ?

    NOEL K. TSHIANI : Un pays qui ne contrôle pas sa monnaie et son système financier, ne contrôle pas son économie. La monnaie est un levier important de gestion macroéconomique. Une politique monétaire crédible ne peut être menée au Congo tant que l’on n’aura pas rétabli la confiance dans le pays et dans sa gouvernance d’une part, d’autre part dans l’économie nationale et dans le franc congolais pour en faire la seule monnaie ayant court légal sur l’étendue de la République conformément à la constitution du pays. Si, au sortir de la deuxième guerre mondiale, les Allemands avaient réussi a sortir leur pays de la merde pour se donner une économie florissante et une monnaie nationale crédible, cela est tout a fait aussi possible dans ce mon pays, mais moyennant une certaine façon de faire les choses et de gérer le pays. A mes compatriotes, je voudrais dire qu’une monnaie nationale crédible est tout à fait possible en République Démocratique du Congo. Mais pour cela, nous devrons situer cette vision dans le cadre des réformes d’ensemble englobant la politique, l’économie et la monnaie.

  • Flux financiers illicites : Mbeki bientôt à Kinshasa

    Flux financiers illicites : Mbeki bientôt à Kinshasa

    ThaboMbeki_AFP-L’ex-président sud-africain Thabo Mbeki, président du Groupe des personnalités de haut-niveau contre les flux financiers illicites, se rendra en RD Congo du 26 au 28 août 2013. Il y rencontrera plusieurs responsables économiques ainsi que le président Joseph Kabila.

    Lors d’une mission en RD Congo du 26 au 28 août prochain, Thabo Mbeki rencontrera le président congolais Joseph Kabila. L’ancien président sud-africain abordera avec lui la question des flux financiers illicites en provenance d’Afrique, dans le cadre du Groupe des personnalités de haut-niveau (GPHN) contre les flux financiers illicites en provenances d’Afrique, qui regroupe une dizaine de membres. Mis en place par la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies (CEA) et par l’Union africaine, le GPHN est opérationnel depuis février 2012. Mbeki, qui en est le président, ainsi qu’une délégation de la CEA dirigée par M. Emmanuel Nnadozie (directeur de la Division des politiques macroéconomiques de la CEA et chef du secrétariat du GPHN) rencontreront également certains membres du gouvernement, des experts, des dirigeants de plusieurs institutions étatiques, le Gouverneur de la Banque centrale, le président de la Cellule nationale des renseignements financiers ainsi que d’importants acteurs de la société civile.

    Sept pays

    L’objectif de la mission est d’aider à comprendre, selon un communiqué de la CEA, “quelle est l’ampleur et la complexité des flux financiers illicites en provenance de la RD Congo, quelles en sont les principales causes, ce que font les acteurs étatiques et non-étatiques pour enrayer ce phénomène et quels sont les obstacles qui entravent leurs efforts”.

    Le GPHN mène sept études de cas pays sur la question des flux financiers illicites afin de formuler des recommandations claires sur leur maîtrise et de faire comprendre au G20 la nécessité d’améliorer la transparence et de renforcer le contrôle des banques et centres financiers internationaux ainsi que des centres financiers offshore qui reçoivent ces flux. Le panel s’est déjà rendu au Nigeria en mai dernier ainsi qu’à Lusaka, en Zambie, en juin. Le rapport définitif est attendu pour mars 2014.

    50 milliards par an

    Les flux financiers illicites sont constitués, entre autres, des transactions commerciales non déclarées ainsi que des activités criminelles caractérisées par des sur-facturations, l’évasion fiscale, les fausses déclarations, la mauvaise évaluation des prix des échanges commerciaux. Le phénomène est facilité par quelque 60 paradis fiscaux internationaux et juridictions secrètes qui permettent la création de millions de sociétés fictives, de trusts anonymes et de fausses fondations caritatives.

    Le phénomène est difficile à quantifier précisément mais il est désormais clair que son ampleur en Afrique est très importante. Les flux atteindraient aujourd’hui environ 50 milliards de dollars chaque année.Un rapport conjoint de la Banque africaine de developpement (BAD ) et de l’ONG américaine Global Financial Integrity (GFI) estime ainsi que, entre 1980 et 2009, les sorties nettes de capitaux du continent africain ont atteint entre 597 et 1 400 milliards de dollars (1 000 milliards d’euros). Davantage que toute l’aide publique au développement reçu par le continent durant cette même période.

     Jeuneafrique.