S’il avait voulu mobiliser davantage la communauté latino, Donald Trump ne s’y serait pas pris autrement. Ce mardi matin 30 octobre, à une semaine des élections de mi-mandat, la brigade du Culinary Workers Union, le puissant syndicat des employés de l’hôtellerie à Las Vegas, se prépare à la dernière ligne droite de la campagne. Au local 226, les militants roulent les affiches et plient les brochures qu’ils vont aller distribuer dans les quartiers pour inciter au vote. La plupart ne savent pas encore que, quelques heures plus tôt, le président américain a fait savoir qu’il veut revenir sur le droit du sol, l’un des principes fondamentaux de la citoyenneté américaine.
Harry Grill, le directeur politique du Culinary Union, annonce les consignes du jour et les performances de la veille : « Cinquante-six déplacements, notre record », lance-t-il sous les vivats – soit cinquante-six trajets effectués par les syndicalistes pour amener des électeurs aux bureaux de vote anticipé, ouverts dans toute la ville pour éviter les files d’attente le 6 novembre. Selon un décompte du 30 octobre, plus de 417 000 électeurs ont déjà voté dans l’Etat, soit un tiers des inscrits. Le nombre de votants enregistrés démocrates dépasse de 28 000 celui des républicains.
« Frustrations »
Mais aujourd’hui, Harry Grill a un message supplémentaire à faire passer. « Trump veut faire en sorte que les enfants nés ici ne puissent pas devenir citoyens américains si leurs parents sont arrivés sans papiers, annonce-t-il. C’est une insulte, une injure au rêve américain. » La salle reste silencieuse, incrédule. « Je suis tellement en colère, intervient Yvanna Cancela, 31 ans, qui siège au sénat du Nevada depuis deux ans. Et triste. Ce matin, j’ai pleuré. » Plutôt que se laisser abattre, le directeur de campagne appelle à faire de la menace un argument : « Si ça, ça ne mobilise pas le vote latino, je ne sais pas ce qu’il faut. »
Publié le 31-10-2018 Modifié le 31-10-2018 à 15:05
Fin octobre 2014, une insurrection populaire chassait l’ex-président Blaise Compaoré du pouvoir. A Ouagadougou, une cérémonie officielle a lieu ce mercredi pour rappeler l’évènement historique. En parallèle, une marche était organisée par plusieurs organisations de la société civile pour faire savoir que les attentes en matière judiciaire ne sont toujours pas satisfaites, quatre ans après la transition au sommet de l’Etat.
Ils étaient quelques milliers de manifestants dans les rues de la capitale pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une remise en cause des acquis de l’insurrection populaire d’octobre 2014. « Aujourd’hui, il y a des projets de loi qui sont en cours qui essaient de pénaliser le fait de participer à un mouvement insurrectionnel. Un élément comme ça, c’est déjà grave. Parce que c’est grâce à l’insurrection que le MPP [Mouvement du peuple pour le progrès, ndlr] est au pouvoir aujourd’hui », explique un homme venu défiler.
« Je pense que si les gens se sont insurgés, c’était dans l’espoir d’avoir des meilleures conditions de vie. Regardez, ce qu’on vit aujourd’hui. La situation s’est détériorée », regrette amèrement cet autre manifestant.
Selon Chrysogone Zougmoré, président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples, quatre ans après la chute de Blaise Compaoré, ni le traitement judiciaire des dossiers de crimes de sang et crimes économiques, ni les conditions de vie des populations n’ont évolué : « La prise en charge effective totale des blessés : ce point de notre plateforme reste encore largement insatisfait. Les attentes du peuple se sont prolongées d’une année supplémentaire s’agissant des nombreux crimes de sang restés impunis. »
Les organisateurs de la marche entendent poursuivre la lutte pour un véritable changement en faveur du peuple burkinabè.
« Pour ceux qui me suivent, un rêve de gosse fan de manga est en train de se réaliser… » C’est ainsi que le rappeur Maître Gims a annoncé sur Instagram, en juillet 2017, qu’il se lançait dans la réalisation d’un manga. Une annonce qui, assez tôt, a suscité un brin de suspicion et beaucoup de moqueries. Un nom, Devil’s Relics, et une date de sortie du premier tome, le 31 octobre, ont été précisés quelques mois plus tard.
Mais l’artiste aux plus de cinq millions d’albums vendus en France en a vu d’autres, lui qui affronte régulièrement des critiques à propos de sa musique trop commerciale ou trop variété pour une partie du rap francophone. « Son assurance insolente agace plus d’un de ses concurrents », décrivait un portrait du Monde d’avril dernier qui lui était consacré.
Pourtant, c’est avec une certaine humilité que Maître Gims s’est présenté en juillet devant le public de Japan Expo, la grand-messe française du manga, pour défendre son projet. Car s’il est le concepteur de l’idée originale avec son jeune frère Darcy, il a dû s’entourer pour la réaliser.
Quatre auteurs sur la couverture
Sur la couverture, deux éditeurs – Glénat et Fayard – et quatre noms : ceux de Gims et de son frère épaulés par l’auteur français Jean-David Morvan, qui a signé notamment les BD Nomad et Sillage, et celui de Yoshiyasu Tamura. Formé dans les écuries de la maison d’édition japonaise Shueisha, celui-ci avait quelque peu délaissé sa carrière de mangaka pour se consacrer à la peinture et enseigner en Italie.
Une publication partagée par Maître GIMS (@maitregims) le
« Cette idée de manga, je l’avais depuis une quinzaine d’années. Mais Darcy, qui est encore plus fan de manga que moi, m’a permis de reprendre et terminer l’histoire », expliquait Maître Gims au public de Japan Expo. L’idée lui trotte dans la tête pendant ses études de graphisme, lui qui aime le dessin. En parallèle, sa carrière avec le groupe parisien Sexion d’Assaut commence à décoller ; il abandonne l’école et met ce projet de côté « par manque de temps ». C’est à Fayard, qui a édité en 2015 son autobiographie Vise le soleil, que le rappeur trentenaire fait part de son envie de créer un manga. La maison d’édition, qui ne publie pas de manga, contacte Glénat avec qui elle a l’habitude de coéditer certains ouvrages.
« Nous avons accepté de rencontrer Maître Gims et Darcy en janvier 2017. Ils se sont présentés avec un univers complet et toute une galerie de personnages. Certes, ce n’était pas construit comme un manga, mais nous avons pris conscience qu’il s’agissait d’un projet sérieux, pas d’une tocade », défend Erwan Roux, directeur éditorial adjoint et responsable de la création française en manga chez Glénat. Une décision qui n’est pas anodine : Glénat, l’un des plus gros acteurs du manga en France, est l’éditeur de One Piece et Dragon Ball, des blockbusters de la BD japonaise, et des références sacrées pour les amateurs de manga. Pour autant, elle s’est lancée depuis peu dans le manga made in France. Glénat reconnaît toutefois qu’il est assez rare qu’un projet soit simplement accepté sur un seul concept et sans scénario. Maître Gims aurait-il eu les mêmes chances sans notoriété ? Lui-même évoque cette question en conférence sans y répondre.
Une ambiance à la « Ken le survivant »
Pour travailler avec Maître Gims, Glénat fait d’abord appel à Jean-David Morvan pour le scénario. L’auteur, familier du Japon et de l’industrie du manga, recommande pour le dessin M. Tamura, l’une de ses connaissances. Entre les quatre, la sauce prend, explique Maître Gims :
« Tamura a l’ADN du manga, ce n’est pas mon cas. Il était important qu’un homme comme lui soit dans la boucle. Je lui propose des planches, des dessins, puis lui rajoute sa touche, sa magie. […] Je suis tombé amoureux de son dessin. »
Lors de la conférence à la Japan Expo, le rappeur a eu à cœur de prouver sa passion ancienne pour le 9e art nippon, avançant les inspirations de Devil’s Relics. « Pour le dessin, c’est comme Vagabond ou L’Habitant de l’infini. Au niveau technique, intrigue et scènes de combat, on se rapproche de Hunter X Hunter», résume-t-il citant des œuvres majeures du manga de samouraï des années 1990 et un shonen nekketsu, manga d’aventures pour adolescents, des plus emblématiques.Pour l’atmosphère, le chanteur décrit « un dessin réaliste, une ambiance comme dans Ken le survivant, où le désespoir est total ».
En ouvrant le premier tome, les lecteurs font connaissance avec Kaïs, le héros, un jeune homme qui tente de survivre dans un monde dystopique, désolé et inique où le nombre de laissés-pour-compte est grandissant et les autorités corrompues. Extrêmement fort physiquement, le jeune homme gagne quelques billets dans des combats clandestins pour aider sa tante qui l’a élevé, malgré son dégoût pour la violence. Il peut toutefois compter sur l’amitié de son amie Milena et l’admiration du jeune Magnum.
Une mécanique huilée
Dès les premières pages, le ton est donné : il s’agit bien d’un manga d’aventures sombre et de combat. Yoshiyasu Tamura exécute un dessin racé et nerveux ; chaque personnage a d’ores et déjà un style et une personnalité distincts. Kaïs est un personnage plutôt froid auquel il est difficile de s’identifier, bien que les auteurs commencent à l’ébrécher et donnent l’espoir de plus de sentiment. Les 190 premières pages visent avant tout à poser un décor, et il faudra attendre le tome 2 pour voir quelles perspectives offre l’histoire, ce qui n’est pas si rare dans le manga.
Pour atteindre ce résultat et envisager de délivrer trois tomes par an, une mécanique huilée s’est mise en place autour des éditeurs de Glénat. « Pour chaque tome, nous faisons une grosse réunion tous ensemble dans nos locaux qui peut durer plusieurs heures. Darcy et Gims expliquent la trame narrative, et nous les aidons pour que cela colle au style shonen qu’ils veulent insuffler, détaille Erwan Roux. Ensuite, Jean-David Morvan adapte cette trame en script. Une fois que celui-ci est validé par les frères et Glénat, nous traduisons en japonais le script pour ensuite l’envoyer à M. Tamura, qui réalise le dessin avec ses assistants. » Le responsable éditorial assure :
« Maître Gims et Darcy s’impliquent à n’importe quelle étape pour répondre aux questions, donner des détails sur les décors, les tenues, résoudre des ambiguïtés. »
Des références aux mangas dans sa musique
Si la démarche de Maître Gims a pu intriguer les lecteurs de manga, les fans du rappeur n’ont pas forcément été étonnés par ce projet. Celui-ci s’est souvent exprimé sur sa passion pour One Piece ou Naruto, des locomotives du manga qu’il affirmait suivre religieusement, en lisant des copies pirates pour ne pas avoir à attendre une sortie française tardive. A Canal+, il expliquait en 2013 à propos de ces séries :
« Je m’inspire pas mal des mangas… ça m’inspire tout ça, toute cette folie, ce monde déconnecté. Parce que je suis un peu perché, je suis un geek, quoi. »
Ça et là, plusieurs de ses titres comportent des références et des clins d’œil aux héros de fiction japonais. Ainsi, Wati Bon Son de Sexion d’Assaut mentionne le village de l’apprenti ninja Naruto : « Paris, c’est Konoha, bande d’imbéciles, voilà les ninjas. » L’un de ses surnoms, Meugiwara, est d’ailleurs à rapprocher de celui du héros de One Piece Luffy Mugiwara.
L’ancien pilier de la Sexion d’Assaut n’a pas besoin de percer dans le manga pour connaître notoriété et fortune, mais Glénat et Fayard ont décidé de faire de la sortie de Devil’s Relics un gros lancement, à plus de 50 000 exemplaires. Une telle tête d’affiche pourrait aussi garantir de belles ventes, comme cela a été le cas pour l’éditeur novice en manga Michel Lafon avec Ki & Hi, du très populaire youtubeur Kevin Tran. Gageons que, de son côté, Maître Gims appliquera pour le manga sa philosophie en matière de réussite musicale : « Si ça ne marchait pas pour moi, j’aurais vraiment mal vécu les critiques. Mais en fait, là, ça ne m’atteint pas. La seule chose qui m’intéresse, c’est : “Est-ce que les gens aiment ce que je fais ou non ?” »
« Devil’s Relics », de Darcy, Maître Gims, Yoshiyasu Tamura, Jean-David Morvan, Editions Glénat et Fayard, tome 1, 192 pages, 6,90 euros.
Ils avaient l’habitude de jouer à se faire peur. La nuit était une sorte de cours de récréation durant laquelle la très jeune Mary Shelley, son mari Percy Shelley, et leur ami Lord Byron se contaient des fables allemandes de revenants autour d’un grand feu de bois. Un soir de 1816, ils se lancent un défi : écrire une histoire d’épouvante, la plus terrifiante possible.
Mary, 18 ans, sèche : ses feuilles restent désespérément blanches. Puis, comme dans un rêve éveillé, elle imagine un récit fou : l’histoire d’un médecin obsédé par la science. Elle écrit les aventures de Victor Frankenstein, un chirurgien de génie, bel homme sensible qui cherche la réponse à une question existentielle : comment « donner la vie à un corps inanimé » ?
« Une étincelle d’existence »
A partir de morceaux de cadavres récupérés dans les cimetières ou dans les abattoirs, le docteur assemble un être. Et après un long labeur, voilà Victor Frankenstein qui « introduit une étincelle d’existence » dans cette matière inerte. En 1818, la jeune romancière publie dans l’anonymat le plus total Frankenstein ou le Prométhée moderne. Elle venait d’inventer deux personnages, le créateur et la créature, qui allaient façonner la science-fiction et devenir un des mythes de la culture populaire.
C’est ce que décrit avec pertinence Le Funeste Destin du docteur Frankenstein. Ce documentaire montre comment l’auteure anglaise est arrivée à imaginer un conte d’une force et d’une modernité déroutantes alors même qu’il date d’il y a deux siècles. A travers des images de films comme le célèbre Frankenstein (1931), de James Whale avec Boris Karloff dans le rôle du monstre, le documentaire donne la parole à de passionnants connaisseurs britanniques de cette œuvre ; mais aussi à des Français tels que l’écrivain Jean-Claude Carrière et le chirurgien Laurent Lantieri, spécialiste de la greffe. Tous expliquent en quoi le roman a anticipé, voire contribué, aux avancées de la médecine.
Le roman interroge les hommes confrontés au progrès de la science. A l’heure de l’intelligence artificielle où on cherche à créer un être doté d’une conscience, une phrase revient en tête, celle que prononce le monstre à Victor Frankenstein : « Maudit, maudit créateur ! Pourquoi est-ce que je vis ? » Il faudra un jour trouver une réponse.
Le Funeste Destin du docteur Frankenstein, de Jean Froment et Jérôme Perrault (Fr., 2018, 54 min). www.arte.tv
Des propos racistes lui ont été adressés ainsi qu’à sa famille après le match nul décroché face à Arsenal.
L’attaquant de Crystal Palace Wilfried Zaha a été victime d’insultes et de menaces racistes après le penalty que son équipe à obtenu contre Arsenal dimanche.
Wilfried Zaha a été victime d’une charge irrégulière par l’arrière gauche Granit Xhaka en fin de match pour permettre à Luka Milivojevic d’égaliser sur le penalty 2 : 2.
“Pour tous ceux qui vont trop loin en étant raciste et en lançant des menaces de mort contre ma famille, je vous souhaite, à vous et à votre famille, le meilleur. Bisous. PS : ma vie est toujours au top malgré votre haine”, a-t-il expliqué sur Instagram.
Après le match, Zaha a déclaré dans une interview télévisée d’après match qu’il pensait que l’incident avait été une “pénalité claire”.
Depuis le début de la saison 2014-15, seul Jamie Vardy (13) de Leicester a eu plus de penalties en Premier League que Zaha (11, au même niveau que Raheem Sterling).
La Cour suprême magyare a annulé ce 30 octobre les charges pesant contre la reporter Petra László, auteure de plusieurs coups de pied sur des réfugiés et d’un croche-pied à la frontière serbe, au plus fort de la crise des migrants, en 2015.
La scène a fait le tour d’Internet et a figuré dans les journaux du monde entier. Le 8 septembre 2015, alors que des milliers de migrants transitent par la Hongrie pour atteindre d’autres pays d’Europe, une cadreuse de la chaîne Nemzeti Televísió (N1TV), proche de l’extrême droite, frappe deux réfugiés tentant d’échapper à la police près de la commune de Röszke, non loin de la clôture barbelée érigée peu après par Budapest pour barricader la frontière avec la Serbie. Quelques secondes plus tard, elle déséquilibre volontairement un père de famille syrien qui s’effondre avec son jeune fils dans les bras, puis s’emporte contre Petra László avant de s’enfuir en pleine confusion.
Licenciée par N1TV malgré des excuses publiques, poursuivie pour vandalisme puis mise à l’épreuve trois ans en janvier 2017 par le tribunal de Szeged sous ce chef d’inculpation, la journaliste vient d’être acquittée ce mardi 30 octobre par la Cour suprême hongroise, qui a ainsi clos le dossier. “L’instance estime que, malgré son caractère moralement incorrect et illicite, l’attitude de Petra László ne peut relever du vandalisme. Elle s’est prononcée pour l’abandon définitif de la procédure pénale car le délit mineur de perturbation imputable à l’accusée est prescrit”,précise le portail 444.hu.
Ce geste, que la journaliste dit regretter, avait à l’époque provoqué une indignation générale sur les réseaux sociaux, suscitant jusqu’à la réaction de l’écrivain Paulo Coelho, qui avait dénoncé sur son compte Instagram la méchanceté de la cadreuse magyare. Petra László et sa famille ont ensuite reçu des menaces de mort puis bénéficié d’une protection policière après les révélations du tabloïd Blikk, condamné en justice pour avoir divulgué son adresse. La journaliste s’est de nouveau retrouvée à la une en novembre 2017, expulsée du Parlement de Budapest à la suite d’un échange houleux avec un député du parti nationaliste Jobbik, qu’elle aurait insulté.
“La vérité a triomphé mais personne ne nous rendra ces trois dernières années. Nous attendons des excuses de la part des médias libéraux de gauche nous ayant calomniés mais savons que nous ne les obtiendrons vraisemblablement pas”,confie le mari de l’opératrice de télévision à l’hebdomadaire Demokrata, publication pour laquelle son épouse réalise désormais des reportages vidéo dénués de contenu politique, tout en exerçant cette même fonction auprès du site d’opinion ultraconservateur PestiSrácok.hu. L’avocat de Petra László n’exclut pas d’intenter plusieurs procès civils afin de réhabiliter sa cliente.
Fraichement élu footballeur ivoirien de l’année 2018, Wilfried Zaha plait autant qu’il est une victime dans son pays d’adoption, le Royaume-Uni. L’ailier de Crystal Palace a ainsi encore été la cible d’insultes racistes et de menaces, après avoir provoqué un penalty pourtant valable.
« Nul n’est prophète en son pays », selon le proverbe. Mais tout dépend de quel pays on parle. Dans le cas du footballeur Wilfried Zaha, sa patrie de naissance, la Côte d’Ivoire, ne cesse de lui offrir des gages de reconnaissance. En témoigne, le titre de joueur ivoirien de l’année 2018 que vient de lui décerner le site sport-ivoire.ci. L’attaquant de 25 ans succède ainsi au palmarès à Serge Aurier.
Mais, à l’instar du défenseur, parfois décrié dans son pays d’adoption la France, Wilfried Zaha ne fait pas toujours l’unanimité au Royaume-Uni, où il est arrivé avec sa famille à l’âge de 4 ans.
La cible de campagnes racistes
Buteur, dribbleur, le pensionnaire de Crystal Palace (CPFC) provoque beaucoup les défenseurs. Il est ainsi le deuxième joueur de Premier League à avoir subi le plus de fautes depuis 2013, après le Belge Eden Hazard, assurait la BBC en septembre 2018.
Wilfried Zaha se retrouve ainsi souvent à terre. Trop, visiblement, au goût de certains spectateurs qui l’inondent d’insultes racistes et de menaces. Déjà attaqué en juillet 2017, le natif d’Abidjan a encore vécu une nouvelle campagne de dénigrement. Sa faute ? Avoir obtenu un penalty pourtant valable face à Arsenal, le 28 octobre 2018.
« Pour tous ceux qui vont trop loin en étant racistes et en lançant des menaces de mort contre ma famille, je vous souhaite, à vous et à votre famille, le meilleur, a tenté de réagir avec humour, l’intéressé. PS : ma vie est toujours au top malgré votre haine ».
Pourquoi tant de rage envers lui plutôt qu’envers un autre ? En laissant la sélection anglaise après deux matches disputés en 2012 et 2013, Wilfried Zaha est de fait devenu une cible privilégiée des attaques.
Un accueil grandiose en Côte d’Ivoire
Nombreux sont par ailleurs les spécialistes à penser qu’il aurait pu briller en équipe d’Angleterre, sur la durée. A commencer par Roy Hodgson, son actuel entraîneur à Crystal Palace et… sélectionneur des « Three Lions » entre 2012 et 2016. « Je dois dire que j’en suis en partie responsable [de son changement], avait déploré le technicien. Je crois qu’il a été séduit par la Côte d’Ivoire où on lui a dit qu’il ne jouerait pas beaucoup avec l’Angleterre et qu’il valait mieux jouer pour eux ».
Il est vrai que Wilfried Zaha a eu le droit, à l’inverse, à un accueil grandiose à Abidjan, en novembre 2017, pour son retour après vingt années d’absence. Venu honorer sa première cape avec les « Eléphants », le garçon formé au CPCF avait eu bien du mal à fendre la foule qui l’attendait à l’aéroport Félix Houphouët-Boigny.
« Je suis parti sans être connu et je reviens en héros, même si je n’ai pas l’impression d’avoir réussi de grandes choses, s’était ému celui qui a brièvement joué pour Manchester United (2013) et Cardiff (2014). C’est pour ça que le maillot ivoirien est si important pour moi : les gens me donnent tout cet amour, croient en moi ».
Seuls les fans de Crystal Palace en ont autant à son service. En devenant le meilleur buteur de l’histoire du club en championnat, en août dernier, celui qui y dispute sa neuvième saison est définitivement entré dans le cœur des supporters des « Glaziers ».
Rai, ancien capitaine du Paris Saint-Germain, s’est confié au quotidien L’Equipe après la victoire de Jair Bolsonaro lors de la présidentielle au Brésil, dimanche 28 octobre. Le vainqueur de la Coupe du monde 1994 dit toute son amertume et sa tristesse après l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir au Brésil.
Rai, une des légendes du football brésilien, s’est confié au quotidien L’Equipe après l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro dimanche 28 octobre avec 55,13% des voix face à Fernando Haddad du Parti des travailleurs, de Lula. Le discours sexiste, haineux, raciste et homophobe de Bolsonaro a choqué l’actuel directeur sportif du Sao Paulo FC.
«Je me suis senti triste»
« Après les résultats, je me suis senti triste et j’ai même eu très peur en voyant les réactions des gens qui célébraient la victoire d’un candidat qui a déjà manifesté des valeurs absurdes et répugnantes », confie Rai.
Mais l’ancien joueur de Botafogo est conscient que son pays traverse une crise politique sans précédent. Il y a deux ans, juste avant l’ouverture des Jeux olympiques de Rio, il avait confié que le Brésil devait faire sa révolution, comme la France en 1789. Mais celui qui se dit préoccupé par la crise économique au Brésil n’imaginait pas que cela passerait par l’arrivée au pouvoir d’une certaine forme de populisme.
« En moyenne, 25% de la population mondiale se dirige dans cette direction. C’est un chiffre impressionnant et préoccupant qui s’explique aussi par les échecs de la gauche démocratique et de la social-démocratie dans laquelle je m’inclus, analyse Rai. La gauche ne peut pas s’épargner une autocritique, elle doit se réinventer. Ce qui se passe au Brésil, c’est beaucoup plus que la victoire de la droite, c’est la défaite de la gauche. Et c’est quelque chose qui doit être analysé de façon plus profonde. Peut-être que nous devons réinventer la nouvelle révolution humaniste, sans perdre l’essence de son idéologie. »
«Il faut une résistance ferme de la société civile et de l’opposition»
Dans cet entretien, Rai explique que des millions de Brésiliens se sont sentis trahis. « Cette sensation a provoqué une volonté terrible de changement, parfois guidée par la haine. Ça a même troublé les valeurs essentielles de la démocratie et les valeurs nobles de l’être humain… Je n’ai aucun doute sur le fait que beaucoup de Brésiliens ne croient pas que le nouveau président ira mettre en pratique les terribles préjugés inacceptables dont il a parlé en public. J’espère qu’ils auront raison… », dit-il.
Mais l’ancien footballeur, qui a tenté en vain de convaincre les électeurs indécis, sait qu’il faudra rester vigilant. « Il faut une résistance ferme de la société civile et de l’opposition qui devra être attentive, qui devra agir intelligemment et, si c’est possible, devra agir avec amour de son prochain… C’est une notion essentielle ». Il ajoute : « Je ne fais pas l’apologie du communisme, mais plutôt d’un nouvel humanisme démocratique, inclusif et durable. On doit chercher un nouveau modèle de gauche qui soit efficace et qui nous représente. Il nous faut aussi de nouveaux leaders. »
Où est l’héritage de Socrates?
A la question de savoir pourquoi si peu de footballeurs brésiliens en activités ou retraités ne se sont pas positionnés contre Bolsonaro, Rai répond : « Je pense que c’est à cause d’un manque de culture, de culture politique aussi. Ils ne s’expriment pas par scepticisme, ils ont peur de l’agressivité du public et parce qu’ils se sentent en minorité au milieu des footballeurs. » Avec lui, seuls Juninho et Paulo André ont exprimé leur désaccord face à Bolsonaro.
Et que pense-t-il de ceux qui ont affiché leur soutien à Bolsonaro, à l’instar de Ronaldinho, Rivaldo ou Felipe Melo ? « Ils le soutiennent, car ils croient en un pays meilleur avec lui. Le football est un reflet de la société. En particulier son côté conservateur et méfiant ».
Où est l’héritage de votre frère, Socrates* ? Comment aurait-il réagi face à cette vague d’extrême droite ? demande le quotidien sportif français. « J’ignore comment il aurait réagi, mais il l’aurait fait avec force, avec vigueur. Il était et restera à tout jamais un mythe, une inspiration pour la démocratie et la liberté », répond le natif de Ribeirão Preto à propos de son frère aîné.
Rai, qui a aussi la nationalité française depuis 2016 et qui a été fait chevalier de la Légion d’honneur par l’ancien président François Hollande, n’entend pas pour autant quitter son pays et ses compatriotes. « J’ai l’honneur d’être un citoyen français, de me sentir un citoyen du monde, mais mon âme est irrémédiablement brésilienne. Je serai toujours ici pour croire que nous pouvons devenir un pays meilleur », conclut un des plus grands joueurs du Paris Saint-Germain.
* Décédé en 2011, Socrates s’était engagé politiquement en faveur de la démocratie à la fin de la période de la dictature militaire (1964-1985).
Matt Stoller, 40 ans, chercheur à l’Open Markets Institute, un cercle de réflexion antitrust, a contribué à plusieurs campagnes de candidats de l’aile progressiste du Parti démocrate. A l’heure où certains intellectuels américains pensent que la formation politique joue trop sur les minorités, il fait plutôt porter leur échec sur leur incapacité à affronter la question de la concentration dans l’économie.
Qu’est-ce que la campagne des élections de mi-mandat révèle de l’état du Parti démocrate ?
Une grande tension. Quand ils étaient au pouvoir, les démocrates s’étaient fixé comme objectif de réduire les inégalités, d’apporter une couverture santé pour tous. Les électeurs ont rejeté leur politique. Ils ont élu de nombreux républicains et, in fine, Donald Trump. L’échec des démocrates, c’est de ne pas avoir vraiment pris conscience du fait que la concentration de pouvoirs financiers pouvait être dangereuse politiquement. Et d’avoir choisi Hillary Clinton, qui était liée aux grands intérêts financiers.
Aujourd’hui, beaucoup de gens dans le parti comprennent qu’ils ont échoué, mais toute leur carrière est indissociable des choix politiques qu’ils ont faits et qui ont aidé le monde de la finance. Obama est très populaire ; personne ne veut admettre qu’il n’a pas forcément été un bon président.
Sa grande réussite, aux yeux des démocrates, c’est l’Obamacare, la loi sur les soins de santé. « Ce n’est pas exactement ce qu’on voulait, disent-ils, mais c’est mieux que le système précédent. » Sauf que quand on regarde les chiffres, quand la loi est passée en 2010, le coût pour assurer une famille de quatre personnes était de 20 000 dollars par an. Aujourd’hui, c’est environ 30 000 dollars. L’augmentation bénéficie principalement aux hôpitaux et aux médecins. C’est un échec massif de politique publique.
Vous estimez que les démocrates ont perdu leur « âme populiste » bien…
Ethiopie-Erythrée, une réconciliation en marche (2/3). Le dégel entre les deux pays, après une guerre fratricide et vingt ans de blocage ramène une certaine prospérité.
« Asmara Asmara Asmara ! » En quête de passagers, un jeune garçon alpague les passants en passant sa tête par la fenêtre du minibus qui part pour la capitale érythréenne. Il y a quelques mois, entendrecrier le nom de cette ville à Mekele, la capitale de la région éthiopienne du Tigré, était impensable. Aujourd’hui, « 50 à 60 minibus par jour » font le trajet dans ce sens-là, avance le chauffeur.
Depuis la réouverture de la frontière terrestre, le 11 septembre, les hommes et les marchandises vont et viennent. A Mekele, on ne compte plus les véhicules immatriculés en Erythrée, et la file d’attente aux stations-service est si longue qu’il est désormais interdit de remplir des barils. Dans le pays voisin, le carburant est rationné. « Là-bas, il n’y a rien », résume Mebratu Haile, un commerçant éthiopien.
Le commerce entre l’Ethiopie et l’Erythrée a repris après vingt ans d’interruption à la suite d’une guerre de tranchées qui avait fait 70 000 à 100 000 morts entre 1998 et 2000. L’arrivée au pouvoir à Addis-Abeba d’un premier ministre réformateur, en avril, a changé la donne. Trois mois après son investiture, Abiy Ahmed signait un accord de paix historique à Asmara avec le président érythréen, Isaias Afwerki – au pouvoir depuis l’accession à l’indépendance, en 1993, du pays, qui était autrefois une province de l’Ethiopie.
Couches-culottes et postiches
Depuis, les ambassades ont rouvert, des vols quotidiens relient les capitales, et les deux peuples peuvent désormais converser par téléphone. Côté éthiopien, le retour aux affaires est visible. Les camions filent vers la frontière avec du ciment, du teff – la céréale servant de base à l’alimentation dans la région – et d’autres denrées, du sable, du métal, etc. Ces marchandises sont plus chères ou indisponibles en quantité en Erythrée, un pays longtemps isolé sur la scène internationale et sous-développé par rapport à l’Ethiopie, qui enregistre le plus fort taux de croissance d’Afrique. Dans l’autre sens, réfrigérateurs, téléviseurs et tissus sont transportés d’Erythrée vers le pays voisin.
Mebratu Haile a empilé sur le toit du minibus des couches-culottes et des cheveux postiches qu’il va vendre sur le marché d’Asmara. Ses parents lui ont raconté la vie d’avant-guerre : « C’était plus développé que Mekele, les Ethiopiens allaient en Erythrée comme main-d’œuvre. Maintenant, c’est le contraire. C’est le jour et la nuit ! », lâche-t-il. Ce jour-là, il passera par le poste-frontière de Zalambessa, un point de passage stratégique à 150 km au nord de Mekele, relié par la route à Asmara ainsi qu’au port de Massawa, à une centaine de kilomètres à l’est de la capitale érythréenne, désormais accessible.
Zalambessa a retrouvé sa prospérité d’avant guerre. Cette ville de plus de 16 000 habitants, qui porte encore les stigmates du conflit, se reconstruit au rythme de la paix. Aux bâtiments détruits se mêlent des hôtels en construction. Le long de la rue principale, les avant-cours de certaines maisons se sont transformées en petits commerces. La renaissance s’est opérée après qu’Abiy Ahmed et Isaias Afwerki ont foulé le sol du no man’s land qui séparait les deux lignes de front où, pendant dix-huit ans, les soldats éthiopiens et érythréens se sont regardés en chiens de faïence derrière leurs murets de pierre.
« C’était le plus beau jour de ma vie », raconte le chanteur éthiopien Solomon Bayre, né à Asmara. Avec l’artiste érythréen Kahsay Berhe, il a chanté ce jour-là une ode à la paix et à l’amour entre deux peuples frères. Il a assisté aux retrouvailles entre des sœurs jumelles, l’une militaire éthiopienne, l’autre engagée dans l’armée érythréenne, et repris contact avec son ancien colocataire, devenu lui aussi soldat. Pas étonnant dans un pays où la conscription est obligatoire et à durée indéterminée.
« Sans crainte »
« Maintenant, tout le monde vient de l’Erythrée, on mange ensemble, on discute, c’est la paix », raconte un vieil habitant de Zalambessa, élégant dans sa veste de costume élimée. « Avant, on dormait avec nos armes. Aujourd’hui, on va et on vient sans crainte », ajoute Mebratu Berhane, le chef du kebele, la plus petite subdivision administrative en Ethiopie. La peur s’est évanouie avec le retrait des militaires, toujours présents mais en moins grand nombre. Il est dorénavant possible d’assister aux mariages et aux funérailles de part et d’autre d’une frontière qui a été préalablement déminée. Les soldats érythréens viennent siroter des bières côté éthiopien, et le marché du samedi fourmille de quidams, de femmes et d’enfants.
Ce jour-là, sous un ciel d’orage, les commerçants proposent des céréales, des sandales en plastique, des récipients d’argile pour le café. Hiwot Haile, 36 ans, s’est lancée dans le négoce il y a deux semaines « parce que c’est la paix ». Avant, elle vivotait grâce à l’aide de l’Etat éthiopien. Elle est fière aujourd’hui de vendre des pois chiches et de l’orge sur ce marché grouillant qui, selon une habitante, a triplé de volume.
Les tasses en plastique d’un jeune Ethiopien se vendent comme des petits pains. Ses clients, majoritairement érythréens, le paient soit dans leur monnaie, le nakfa, soit en birrs éthiopiens. Le jour de notre passage, 1 nakfa valait 1,70 birr (0,053 euro). « Ça évolue tout le temps, explique Mebratu Berhane. Ce n’est pas formel pour l’instant ! » Ce marché des changes chaotique commence à devenir problématique pour les commerçants. Il pourrait réveiller de vieilles crispations : les désaccords liés au taux de change entre les deux monnaies avaient précipité l’entrée en guerre, il y a vingt ans.