Télévisions & Radio Le documentaire de Marius Doïcov explore intelligemment un siècle de cinéma sur la Grande Guerre. Par Antoine Flandrin Publié hier à 12h30, mis à jour hier à 12h30 Lecture 3 min. Le cinéaste Bertrand Tavernier dans le documentaire de Marius Doïcov, « Filmer le chaos ». EMPREINTE DIGITALE Canal+ Cinéma, lundi 5 novembre à 23 heures, documentaire Au cours des trente dernières années, de nombreux cinéastes français, britanniques et américains se sont emparés de la guerre de 14-18. Steven Spielberg, pour n’en citer qu’un, signait avec Cheval de guerre, en 2011, l’un des films de guerre les plus spectaculaires et les plus émouvants de la dernière décennie. Qu’est-ce qui pousse à faire un film sur la Grande Guerre ? Comment a-t-on filmé les tranchées et les assauts depuis un siècle ? Comment incarne-t-on un guerrier ? Voici quelques-unes des questions que Marius Doïcov a posées à des cinéastes, des producteurs, des scénaristes, des acteurs, des écrivains et des historiens. Saluons l’audace de sa démarche : pour parler de cette guerre à l’occasion du centenaire, les réalisateurs ont moins proposé des films réflexifs que des documentaires à base d’images d’archives, privilégiant une mise en forme classique. Ce qui fait surtout la force de ce documentaire, c’est la qualité des interventions Saluons ensuite le montage intelligent et subtil : les souvenirs que Marc Dugain rapporte de son grand-père, gueule cassée qui ne put plus jamais embrasser sa grand-mère, sont illustrés, non par des extraits de La Chambre des officiers (2001), film adapté de son roman (JC Lattès, 1998), mais par des passages d’un autre film, Au revoir là-haut (2017), autre adaptation d’un roman, portant lui aussi sur un mutilé de guerre. Ce qui fait surtout la force de ce documentaire, c’est la qualité des interventions. Celles d’un Bertrand Tavernier, qui, pour « reconstituer le chaos complet » des scènes de bataille de Capitaine Conan (1996), n’a pas adopté le point de vue des généraux, mais celui « des fantassins qui dégustent ». Celles d’un Jean-Pierre Jeunet, qui, pour filmer de haut les assauts des poilus dans Un long dimanche de fiançailles (2004), a dû mettre au point une « organisation quasi militaire ». Ou encore celles d’un Tony Bill, réalisateur de Flyboys (2006), décrivant les reconstitutions de scènes de batailles aériennes. « Ivresse guerrière » Les acteurs ne sont pas en reste. Philippe Torreton parle de « l’ivresse guerrière » qui est en nous, montrant sa parfaite compréhension du personnage qu’il a incarné dans Capitaine Conan. Acteur et auteur d’Au revoir là-haut, Albert Dupontel avoue le « plaisir ludique, un peu pervers, de jouer à la mort ». Iris Bry explique, pour sa part, comment les costumes qu’elle a portés dans Les Gardiennes (2017) l’ont aidée à entrer dans la peau des femmes qui, à l’arrière, s’occupaient des champs. Les éclairages historiques d’Annette Becker sont précieux. Analysant le rôle de la tranchée qui fit, dès les années 1920, l’objet de différents usages idéologiques – les films patriotiques en firent le lieu de l’héroïsme des combattants, tandis que les pacifistes s’en servirent pour dénoncer les conditions dans lesquelles ils étaient morts –, elle explique comment les cinéastes, après la seconde guerre mondiale, ont cherché à traversla première guerre mondiale à parler de leur temps : dans Les Sentiers de la gloire (1957), Kubrick dénonçait la guerre du Vietnam. Joyeux Noël (2005), de Christian Caron, reflétait le besoin d’une mémoire transnationale de la guerre. Insistant sur le rôle de transmission de l’histoire que peut avoir le cinéma, le film se veut un encouragement aux futures générations de cinéastes à se saisir de ce réservoir inépuisable d’idées qu’est la première guerre mondiale. Filmer le chaos, de Marius Doïcov (France, 2018, 55 min). www.mycanal.fr
Read More
Le président américain revendique la paternité de la bonne santé de l’économie.
Par Gilles Paris Publié aujourd’hui à 11h09, mis à jour à 11h09
Lecture 2 min.
Les grands panneaux installés en arrière-fond des meetings de Donald Trump ne cessent de rappeler l’un de ses arguments de campagne : « Promesses faites, promesses tenues ». C’est d’ailleurs l’un des premiers qu’avance Joseph A. Bauer, croisé le 1er novembre à Columbia (Missouri), qui travaille dans la construction et se présente comme un Américain moyen, « le type même du Joe que vous trouvez partout ». Arrivé à la Maison Blanche le 20 janvier 2017, Donald Trump a déployé un activisme lui permettant de vanter aujourd’hui des réalisations qu’il juge sans précédent dans l’histoire des Etats-Unis.
Pendant les premiers mois de la présidence de Trump, ce comportement s’est traduit par la multiplication des décrets présidentiels reprochés auparavant par les républicains à son prédécesseur démocrate, Barack Obama. Contrairement à ce dernier, il dispose pourtant du soutien entier du Congrès.
Le président revendique l’entière et exclusive paternité d’une situation économique florissante, pourtant déjà en bonne voie à son arrivée au pouvoir. Il considère qu’elle a été dopée par une vague de dérégulations, notamment dans le domaine de l’environnement, ainsi que par une réforme fiscale ayant massivement profité aux entreprises et aux personnes les plus aisées.
Mesures spectaculaires de défiance
Ce triomphalisme est assombri par deux phénomènes : l’anticipation d’un ralentissement progressif de la conjoncture, déjà traduite par le surplace de la Bourse, dont Donald Trump avait fait le baromètre de son action en 2017 ; et le creusement d’un déficit budgétaire également sans précédent en période de forte croissance, produit direct de la réforme fiscale qui a asséché une partie des recettes de l’Etat fédéral.
Le déficit constitue l’angle mort de ce succès économique. Donald Trump a promis, pendant la campagne, de nouvelles baisses d’impôts pour la classe moyenne, prenant acte de l’impopularité persistante de sa réforme, sans pour autant reprendre à son compte le thème d’une réduction des programmes sociaux, considérée par la direction républicaine comme la seule issue possible.
De même, il a multiplié en un peu moins de deux ans des mesures spectaculaires de défiance par rapport à un consensus international partagé par les administrations précédentes. Il a retiré, en 2017, les Etats-Unis de l’accord international pour limiter le réchauffement climatique – un thème qu’il n’aborde jamais –, sans offrir le moindre discours alternatif.
Il a déplacé l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, au prix d’une crise sans précédent avec le camp palestinien. Cette décision compromet d’ailleurs la réussite du plan de paix qu’il a annoncé depuis des mois. M. Trump a également retiré les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, négocié par son prédécesseur en juillet 2015, avant de s’engager dans une nouvelle confrontation avec le régime de Téhéran. Une démarche qui a isolé les Etats-Unis, soutenus uniquement par Israël et leurs alliés du Golfe.
Deux ombres majeures planent enfin sur ce bilan d’étape. Le président s’est révélé incapable de « supprimer et de remplacer » la protection sociale mise en place par Barack Obama, une promesse pourtant répétée depuis des années par le Parti républicain et qui a d’autant plus disparu des discours de campagne que l’Obamacare est devenu populaire. Donald Trump a été de même incapable de la moindre avancée sur son thème de prédilection, l’immigration. Le « mur » sur la frontière avec le Mexique, et que ce dernier devait financer, est resté à l’état de promesse.






