Author: Don Kayembe

  • Série d’assassinats de femmes en Irak

    Série d’assassinats de femmes en Irak

    Tara Fares était un peu trop libre dans un Irak pétri de conservatisme. L’ancienne reine de beauté de 22 ans, adulée par plus de deux millions de fans sur Instagram, postait régulièrement des photos d’elle dans des tenues légères, dévoilant ses atouts et ses tatouages. Jeudi 27 septembre, alors qu’elle circulait dans le centre-ville de Bagdad au volant de sa Porsche décapotable en fin d’après-midi, la jeune femme a été abattue froidement de trois balles dans la tête et la poitrine. Les deux assaillants, filmés par les caméras de la ville, ont pris la fuite en scooter.

    Dernier en date d’une série d’assassinats de femmes, ce crime a profondément choqué en Irak, même s’il n’a pas surpris. Les violences à l’encontre de personnes jugées immorales au regard du conservatisme religieux ambiant sont un phénomène récurrent. Nombreux y voient la main de milices chiites, toujours plus puissantes et promptes à faire appliquer leur loi. Le premier ministre Haïder Al-Abadi a estimé, dans un communiqué vendredi soir, que « ces assassinats donnent l’impression d’un plan organisé de groupes désireux de perturber la sécurité au prétexte de combattre les manifestations de déviance et de les présenter comme des cas isolés, ce qui ne semble pas être le cas ».

    « Nous ne sommes que des otages »

    Le chef du gouvernement a donné quarante-huit heures aux forces de l’ordre pour identifier les responsables des assassinats et kidnappings survenus récemment à Bagdad et à Bassora. Tara Fares est la quatrième femme a être assassinée cette année. Rasha Al-Hasan et Rafif Yasiri, propriétaires de salons de beauté à Bagdad, ont été tuées ces derniers mois. Mardi, Souad Al-Ali, une militante des droits de l’homme de Bassora, active au sein de la contestation sociale qui agite la ville du sud du pays depuis l’été, a été tuée par balles.

    Chaque fois, les faits se sont déroulés en plein jour, dans des rues fréquentées, sans que leurs auteurs aient été identifiés….

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  • Affaire Skripal : l’étau se resserre autour du renseignement militaire russe

    Affaire Skripal : l’étau se resserre autour du renseignement militaire russe

    La police britannique aurait identifié un troisième agent du renseignement militaire russe (GRU) en mission de reconnaissance, peu avant la tentative d’empoisonnement au Novitchok, un gaz innervant soviétique, de l’ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia à Salisbury, dans le sud de l’Angleterre, en mars. Ce nouvel élément, rapporté vendredi 28 septembre par le Daily Telegraph, s’ajoute à d’autres informations qui mettent à mal chaque jour un peu plus les dénégations répétées des autorités russes. Pas moins de trente théories différentes sur l’affaire ont ainsi été présentées par Moscou, affirmait récemment Peter Wilson, ambassadeur britannique auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.

    La « théorie » avancée le 12 septembre par Vladimir Poutine lui-même, selon laquelle les deux premiers suspects étaient de « simples civils » a fait long feu, tout comme leur invraisemblable apparition en public après la diffusion par Scotland Yard des photos de Rouslan Bachirov et Alexandre Petrov, selon leurs noms supposés, repérés à proximité du domicile de leurs victimes. Sur RT, un média pro-Kremlin, les deux hommes, désignés par Londres comme des agents du GRU (service d’espionnage auquel appartenait autrefois Sergueï Skripal), s’étaient ainsi présentés comme des « touristes » désireux de visiter la « magnifique cathédrale » de Salisbury avant de reprendre très vite l’avion pour Moscou « à cause de la neige ». Une enquête conjointe du site d’investigation britannique Bellingcat et de son partenaire russe The Insider a balayé cette énième version.

    Médaille du « héros de la Russie »

    Rouslan Bachirov se nomme en réalité Anatoli Vladimirovitch Tchepiga, un colonel du GRU, comme semble l’attester la photo de son passeport de 2003 à la ressemblance troublante, malgré l’absence de barbe, avec celle diffusée par la police britannique. Né le 5 avril 1979 à Nikolaïevka,…

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  • Critiquée par l’UE et son parti, Theresa May semble plus isolée que jamais

    Critiquée par l’UE et son parti, Theresa May semble plus isolée que jamais

    La mort politique de Theresa May a été faussement annoncée tant de fois et la situation politique britannique née du Brexit s’avère si délétère, que prédire aujourd’hui l’avenir de la première ministre relève davantage de la roulette russe que de l’analyse politique. Une fois de plus, à la veille de l’ouverture, dimanche 30 septembre, du congrès du Parti conservateur à Birmingham, les caricaturistes s’en donnent à cœur joie. Celui du Guardian la représente en zombie drapé dans l’Union Jack s’élançant dans le vide depuis une falaise de Douvres. Même celui du conservateur Spectator est sans appel : une vieille femme ridée, hagarde et seule derrière un rideau de Downing Street coiffant un titre implacable : « Toute seule ».

    Le congrès des tories avait été calibré pour servir de tremplin à Mme May avant le dernier round des négociations de sortie de l’UE et le sommet européen des 18 et 19 octobre. Le ciel semblait enfin lui sourire : Boris Johnson et ses amis partisans d’une rupture nette avec l’UE s’étaient montrés incapables de formuler des propositions crédibles. A Salzbourg, le 20 septembre, elle pensait recevoir l’onction des Vingt-Sept pour son « plan de Chequers », laborieux compromis négocié avec les différentes factions de son gouvernement. Un niet lui a été signifié, car le plan aurait conféré un avantage compétitif à Londres.

    Posture de la dirigeante outragée

    Depuis lors, droite dans ses escarpins léopard, elle adopte la posture de la dirigeante outragée par l’UE, résistant à Bruxelles, maintenant son « plan Brexit » au nom de la souveraineté nationale. A priori plutôt une bonne façon d’aborder le congrès des tories que le mot « Bruxelles » suffit à mettre en transe. En réalité, Theresa May n’a jamais été aussi isolée, à la fois dans l’UE et dans son pays. Même de proches alliés comme le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, ont admis que le Brexit ne pouvait pas s’opérer au détriment…

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  • Affaire Kavanaugh : le coup de théâtre d’un sénateur taraudé par les doutes

    Affaire Kavanaugh : le coup de théâtre d’un sénateur taraudé par les doutes

    Le républicain Jeff Flake, sénateur de l’Arizona, pénètre dans un ascenseur du Congrès pour se rendre à une réunion de la commission judiciaire du Sénat, vendredi 28 septembre. Il vient d’annoncer son intention de soutenir la candidature de Brett Kavanaugh à la Cour suprême. Il se prépare donc à apporter la voix décisive permettant à la candidature du juge, accusé d’agressions sexuelles remontant à plusieurs décennies, de franchir l’avant-dernière étape de son parcours, avant un vote en séance publique. La porte de l’ascenseur, cependant, ne se referme pas, bloquée par deux jeunes femmes qui apostrophent l’élu sans ménagement, sous le regard de caméras.

    « Lundi, je suis venue dans votre bureau. Je vous ai raconté l’histoire de mon agression sexuelle, a assuré la première, Ana Maria Archila. Ce que vous faites va permettre à quelqu’un qui a effectivement violé une femme de siéger à la Cour suprême. Ce n’est pas tolérable. Vous avez des enfants dans votre famille. Pensez à eux. »

    « Ne regardez pas ailleurs. Regardez-moi et dites-moi que ce qui m’est arrivé n’a pas d’importance, que vous laisserez les gens comme eux entrer dans la plus haute cour du pays et dire à tout le monde ce qu’ils peuvent faire à leur corps », a poursuivi la seconde, Maria Gallagher, dans une allusion à la position ambiguë de Brett Kavanaugh sur l’avortement. L’élu a écouté, silencieux.

    Nul ne peut dire de quel poids ont pesé ces témoignages, mais quelques heures plus tard, avec l’aide de son ami démocrate Chris Coons (Delaware), le sénateur était à l’origine d’un coup de théâtre. En échange de sa voix, il obtenait la semaine d’enquête du FBI que ses collègues démocrates demandaient en vain. Mercredi, en séance publique, Jeff Flake avait déjà longuement fait part du malaise suscité par la tournure de la procédure de confirmation, invitant ses pairs à respecter « l’humanité » de l’accusatrice, Christine Blasey Ford, et du juge. Le lendemain, lors de leurs auditions douloureuses, alors que le camp républicain se portait au secours de Brett Kavanaugh en stigmatisant les questions de démocrates qualifiés de comploteurs, il s’était contenté de déplorer à nouveau un climat de guerre civile.

    Le sénateur de l’Arizona, qui compte parmi les rares élus républicains, désormais, à dire ce qu’il pense de Donald Trump, quittera bientôt le Sénat. Prenant acte du divorce avec des électeurs devenus des inconditionnels du président, il a renoncé à se représenter en novembre. Son initiative de vendredi sera l’un de ses derniers gestes de parlementaire. Elle peut tout aussi bien conforter Brett Kavanaugh, si le FBI se révèle incapable de dire qui de l’accusé ou de l’accusatrice dit la vérité, ou bien mettre un terme aux ambitions du juge si la police fédérale conforte la thèse de Christine Blasey Ford. Dans les deux cas, Jeff Flake aura sans doute le sentiment du devoir accompli.

    Lire aussi :   Etats-Unis : la controverse sur la nomination à la Cour suprême pèse sur les élections de mi-mandat

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  • Tiffany Tavernier n’a pas décollé de l’aéroport

    Tiffany Tavernier n’a pas décollé de l’aéroport

    Roissy, de Tiffany Tavernier, Sabine Wespieser, 280 p., 21 €.

    Des points de départ, ­Tiffany Tavernier en a connu plusieurs – c’est le lot de tous les baroudeurs. Mais la romancière, scénariste et assistante réalisatrice, n’a pas avec tous un lien aussi intime qu’avec l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, dit aussi aéroport de Roissy, ou Roissy. C’est de là qu’elle est partie, à 18 ans, pour Calcutta. Pendant des mois, elle a partagé le quotidien d’un médecin de rue, trouvant dans la crasse des faubourgs indiens et la splendeur du Taj Mahal la matière de son premier roman, Dans la nuit aussi le ciel (Paroles d’aube, 1999). Après cela, retour à Roissy, mais seulement pour y reprendre la voie des airs, direction l’Arctique, où elle séjournera deux étés avec des Inuits : une expérience extraordinaire qui l’a menée à l’écriture de son deuxième roman, L’Homme blanc (Flammarion, 2000). Ensuite, nouveau départ de Roissy pour quatre mois au Cambodge ; et, plus tard, avant une traversée de la Colombie avec une troupe de théâtre…

    Enregistrements sonores dans chaque terminal

    Qu’à cela ne tienne, si le nouveau point de départ de Tiffany Tavernier (celui d’un roman, cette fois, son huitième) est un article de presse traitant de l’aéroport londonien d’Heathrow, l’intrigue se déroulera à Roissy. L’article, qui l’a hantée pendant près de deux ans, était accompagné d’une photographie, raconte-t-elle au « Monde des livres » : « Celle d’une jeune femme de trois quarts de profil, aux longs cheveux bruns, tirant une valise, et que l’on devinait très jolie, sans pour autant voir son visage. » Une SDF qui vit dans l’aéroport. Le journaliste lui demande combien de temps elle compte y rester. Celle-ci lui fait cette réponse « radicale et vertigineuse » : « Toute ma vie. » La romancière est subjuguée : « C’est une réponse à laquelle je ne m’attendais pas, qui m’interroge…

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  • Tiffany Tavernier pose son sac à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle

    Tiffany Tavernier pose son sac à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle

    Roissy, de Tiffany Tavernier, Sabine Wespieser, 280 p., 21 €.

    Des points de départ, ­Tiffany Tavernier en a connu plusieurs – c’est le lot de tous les baroudeurs. Mais la romancière, scénariste et assistante réalisatrice, n’a pas avec tous un lien aussi intime qu’avec l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle, dit aussi aéroport de Roissy, ou Roissy. C’est de là qu’elle est partie, à 18 ans, pour Calcutta. Pendant des mois, elle a partagé le quotidien d’un médecin de rue, trouvant dans la crasse des faubourgs indiens et la splendeur du Taj Mahal la matière de son premier roman, Dans la nuit aussi le ciel (Paroles d’aube, 1999). Après cela, retour à Roissy, mais seulement pour y reprendre la voie des airs, direction l’Arctique, où elle séjournera deux étés avec des Inuits : une expérience extraordinaire qui l’a menée à l’écriture de son deuxième roman, L’Homme blanc (Flammarion, 2000). Ensuite, nouveau départ de Roissy pour quatre mois au Cambodge ; et, plus tard, avant une traversée de la Colombie avec une troupe de théâtre…

    Enregistrements sonores dans chaque terminal

    Qu’à cela ne tienne, si le nouveau point de départ de Tiffany Tavernier (celui d’un roman, cette fois, son huitième) est un article de presse traitant de l’aéroport londonien d’Heathrow, l’intrigue se déroulera à Roissy. L’article, qui l’a hantée pendant près de deux ans, était accompagné d’une photographie, raconte-t-elle au « Monde des livres » : « Celle d’une jeune femme de trois quarts de profil, aux longs cheveux bruns, tirant une valise, et que l’on devinait très jolie, sans pour autant voir son visage. » Une SDF qui vit dans l’aéroport. Le journaliste lui demande combien de temps elle compte y rester. Celle-ci lui fait cette réponse « radicale et vertigineuse » : « Toute ma vie. » La romancière est subjuguée : « C’est une réponse à laquelle je ne m’attendais pas, qui m’interroge…

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  • « Maniac », un voyage hallucinatoire tendre et comique à la fois

    « Maniac », un voyage hallucinatoire tendre et comique à la fois

    Netflix, à la demande – Série

    Déroutant comme peut l’être l’enchaînement de rêves au cours d’une même nuit, ­Maniac s’ouvre sur un premier épisode où l’on ne comprend à peu près rien. Si ce n’est que l’on est à New York, dans un futur tel qu’on pouvait l’imaginer lorsque l’on vivait dans les années 1980. Si ce n’est, par ailleurs, que l’on est face à une étrange promesse ­scénaristique (librement adaptée d’une série norvégienne) de l’un des auteurs de la série The Left­overs (2014-2017), Patrick Somerville, et face à l’alléchante réalisation de Cary Fukunaga, à qui l’on doit la superbe première saison de True Detective – lequel vient de se voir confier le prochain James Bond. Mais que l’on se rassure, l’ambition de cette série prend forme dès le deuxième épisode.

    Sans doute, ceux qui n’aiment rien tant que la terre ferme du réel auront du mal à entrer dans le doux délire scénaristique et visuel de Maniac – contrairement à ceux qui ont apprécié l’inventivité d’une série comme Atypical, elle aussi sur Netflix. Ce serait pourtant dommage tant Maniac vibre, invente et émeut quiconque est prêt à affronter le vertige. Car l’on est invité ici à une expérience, à l’image de ce que vont traverser ses deux personnages principaux, Owen (Jonah Hill) et Annie (Emma Stone, bluffante de bout en bout).

    Dose d’étrangeté

    Etrangers l’un pour l’autre, tous deux se rencontrent après s’être portés volontaires à un essai thérapeutique d’un genre nouveau, pour ne pas dire douteux et risqué. Sous le contrôle de l’ordinateur le plus sophistiqué au monde, capable d’analyser leurs rêves, leurs hantises et leurs souvenirs, ils viennent d’accepter, avec d’autres, de se soumettre au protocole mis au point par un neuro-chimiste démiurge (Justin Theroux, comiquement raide et pompeux) : une expérimentation qui vise à terme, si elle réussit, à débarrasser l’humanité de tout mal-être, de tout trauma. Chaque étape de l’expérience amenant ces cobayes à identifier leur souffrance, puis à l’accepter, et enfin à la dépasser.

    Cela passe par l’absorption de ­pilules qui, à chaque prise, vont transporter Annie et Owen dans des rêves, des hallucinations, des époques et des scénarios différents ; ce qui permet au scénariste et au réalisateur d’augmenter eux-mêmes la dose d’étrangeté, de créativité et de délire au fil de la série, en pastichant tour à tour, parfois avec un éclatant bonheur, parfois de manière grotesque, le genre de la comédie noire, du drame familial, de l’espionnage, du fantastique moyenâgeux, etc.

    Emotion

    Le plus étonnant, dans ce maelström de tableaux qu’occasionnent les rêves partagés par Owen et ­Annie, vient de l’émotion, voire de la sentimentalité, que ne manque pas d’induire le psychodrame ­familial qu’est au final Maniac. Car la série s’attache moins à traquer la dépression ou la maladie ­mentale dont souffrent Annie et Owen qu’à dépeindre le sentiment d’inutilité et de solitude, la culpabilité, les fausses croyances dont chacun a hérité, à des degrés divers, de ses liens familiaux. 

    Et que dire de l’ordinateur ­« kubrickien » Gertie, maître-analyste de l’essai thérapeutique, qui, une fois inoculé de quelques émotions basiques par une médecin de l’équipe, va souffrir d’un deuil pathologique à la mort de son ­concepteur, tomber en dépression et « perdre la tête », avant d’expliquer à ses manipulateurs : « Je veux rencontrer mon vrai moi. »

    Maniac, série créée par Patrick Somerville. Avec Emma Stone, Jonah Hill, Justin Theroux, Sally Field (EU, 2018, 10 × 40 min).

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  • « Maniac » : un voyage hallucinatoire tendre et comique à la fois

    « Maniac » : un voyage hallucinatoire tendre et comique à la fois

    Netflix, à la demande, série

    Déroutant comme peut l’être l’enchaînement de rêves au cours d’une même nuit, ­Maniac s’ouvre sur un premier épisode où l’on ne comprend à peu près rien. Si ce n’est que l’on est à New York, dans un futur tel qu’on pouvait l’imaginer lorsque l’on vivait dans les années 1980. Si ce n’est, par ailleurs, que l’on est face à une étrange promesse ­scénaristique (librement adaptée d’une série norvégienne) de l’un des auteurs de la série The Left­overs (2014-2017), Patrick Somerville, et face à l’alléchante réalisation de Cary Fukunaga, à qui l’on doit la superbe première saison de True Detective – lequel vient de se voir confier le prochain James Bond. Mais que l’on se rassure, l’ambition de cette série prend forme dès le deuxième épisode.

    Sans doute, ceux qui n’aiment rien tant que la terre ferme du réel auront du mal à entrer dans le doux délire scénaristique et visuel de Maniac – contrairement à ceux qui ont apprécié l’inventivité d’une série comme Atypical, elle aussi sur Netflix. Ce serait pourtant dommage tant Maniac vibre, invente et émeut quiconque est prêt à affronter le vertige. Car l’on est invité ici à une expérience, à l’image de ce que vont traverser ses deux personnages principaux, Owen (Jonah Hill) et Annie (Emma Stone, bluffante de bout en bout).

    Dose d’étrangeté

    Etrangers l’un pour l’autre, tous deux se rencontrent après s’être portés volontaires à un essai thérapeutique d’un genre nouveau, pour ne pas dire douteux et risqué. Sous le contrôle de l’ordinateur le plus sophistiqué au monde, capable d’analyser leurs rêves, leurs hantises et leurs souvenirs, ils viennent d’accepter, avec d’autres, de se soumettre au protocole mis au point par un neuro-chimiste démiurge (Justin Theroux, comiquement raide et pompeux) : une expérimentation qui vise à terme, si elle réussit, à débarrasser l’humanité de tout mal-être, de tout trauma. Chaque étape de l’expérience amenant ces cobayes à identifier leur souffrance, puis à l’accepter, et enfin à la dépasser.

    Cela passe par l’absorption de ­pilules qui, à chaque prise, vont transporter Annie et Owen dans des rêves, des hallucinations, des époques et des scénarios différents ; ce qui permet au scénariste et au réalisateur d’augmenter eux-mêmes la dose d’étrangeté, de créativité et de délire au fil de la série, en pastichant tour à tour, parfois avec un éclatant bonheur, parfois de manière grotesque, le genre de la comédie noire, du drame familial, de l’espionnage, du fantastique moyenâgeux, etc.

    Emotion

    Le plus étonnant, dans ce maelström de tableaux qu’occasionnent les rêves partagés par Owen et ­Annie, vient de l’émotion, voire de la sentimentalité, que ne manque pas d’induire le psychodrame ­familial qu’est au final Maniac. Car la série s’attache moins à traquer la dépression ou la maladie ­mentale dont souffrent Annie et Owen qu’à dépeindre le sentiment d’inutilité et de solitude, la culpabilité, les fausses croyances dont chacun a hérité, à des degrés divers, de ses liens familiaux. 

    Et que dire de l’ordinateur ­« kubrickien » Gertie, maître-analyste de l’essai thérapeutique, qui, une fois inoculé de quelques émotions basiques par une médecin de l’équipe, va souffrir d’un deuil pathologique à la mort de son ­concepteur, tomber en dépression et « perdre la tête », avant d’expliquer à ses manipulateurs : « Je veux rencontrer mon vrai moi. »

    Maniac, série créée par Patrick Somerville. Avec Emma Stone, Jonah Hill, Justin Theroux, Sally Field (EU, 2018, 10 × 40 min).

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  • Etats-Unis : la controverse sur la nomination à la Cour suprême pèse sur les élections de mi-mandat

    Etats-Unis : la controverse sur la nomination à la Cour suprême pèse sur les élections de mi-mandat

    Ce qui était inacceptable jeudi 27 septembre est devenu raisonnable le lendemain. Pour s’assurer le vote crucial d’un élu républicain, Jeff Flake (Arizona), le chef de la majorité conservatrice du Sénat des Etats-Unis, Mitch McConnell (Kentucky), a accepté vendredi, à la demande de Donald Trump, une pause d’une semaine dans le processus de confirmation de son candidat à la Cour suprême, Brett Kavanaugh.

    Ce délai demandé à de multiples reprises par les élus démocrates a été jugé à la fois nécessaire et suffisant pour que la police fédérale, le FBI, tente de faire la lumière sur les accusations d’agressions sexuelles qui visent le juge. La veille, au cours d’une séance éprouvante et très suivie, son accusatrice, Christine Blasey Ford, une universitaire de 51 ans, avait assuré être sûre « à 100 % » que ce dernier en avait bien été l’auteur, trente-six ans plus tôt, au cours d’une soirée arrosée. Le juge, âgé de 53 ans, avait nié avec véhémence, également en affichant sa certitude « à 100 % », jurant qu’il n’avait jamais agressé qui que ce soit.

    La controverse qui déchire les Etats-Unis ne concerne pas seulement le remplacement à la plus haute juridiction du pays d’Anthony Kennedy, un conservateur capable de se rapprocher de ses pairs progressistes sur les questions de société, par un juge idéologiquement beaucoup plus à droite. Elle est devenue un enjeu immédiat dans la perspective des élections de mi-mandat, le 6 novembre.

    Le sort qui sera finalement réservé à Brett Kavanaugh pourrait en effet avoir un impact majeur sur la mobilisation des électeurs. Un an après le début du mouvement #metoo dénonçant les violences faites aux femmes et l’impunité dont ont longtemps bénéficié leurs auteurs masculins dès lors qu’ils détenaient un pouvoir, le Parti républicain est sur un terrain difficile, en grande partie du fait du passif du président, accusé lui aussi pendant la campagne présidentielle de comportements inappropriés survenus…

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  • Un an après l’ouragan Irma, la difficile convalescence de l’île de Saint-Martin

    Un an après l’ouragan Irma, la difficile convalescence de l’île de Saint-Martin

    Sur la terrasse de sa jolie demeure traditionnelle, aux murs, escaliers et colonnades blanches et roses, Eddy Illidge surveille la température de ses gamelles. Ce samedi 22 septembre, dans le quartier de l’Espérance à Grand-Case, sur l’île de Saint-Martin, cet homme de 44 ans cuisine comme toutes les semaines de la viande grillée accompagnée de riz créole, du très simple destiné à sustenter ceux qui connaissent cette adresse discrète. Ce n’est pas un restaurant, juste une petite cantine ouverte uniquement pour les amis, les voisins et les chauffeurs de taxi qui travaillent en face, à l’aéroport.

    Il y a un an et seize jours exactement, après une nuit dantesque, Eddy découvrait, comme les quelque 38 000 habitants de cette petite île des Antilles françaises, un décor de guerre, un paysage de désolation. L’aéroport, à ses pieds, n’existait plus, tour de contrôle éventrée, pylônes tordus, baies vitrées explosées, piste impraticable, petits avions retournés et de l’eau partout jusque dans sa maison, pourtant située sur les hauteurs. Dans la nuit du 5 au 6 septembre 2017, l’ouragan Irma avait soufflé des vents atteignant les 400 km/h, un scénario inédit qui plongea le territoire dans un black-out total qui dura de longs jours, sans électricité, sans eau et sans aucune communication possible.

    « Je savais que ce serait long, mais cela dure trop ; la vie a repris plus vite du côté néerlandais de l’île, où les touristes sont revenus nombreux », Eddy, un habitant

    Eddy Illidge travaille au restaurant scolaire de l’école de Grand-Case. Sa situation illustre bien la très difficile reconstruction de Saint-Martin, où le président de la République, Emmanuel Macron, est attendu samedi 29 septembre. L’école a vu sa toiture refaite, mais il manque encore des fenêtres à l’étage et, depuis la rentrée de septembre, les petits de la maternelle voisine sont accueillis dans le réfectoire. Ici, comme partout dans l’île, on se serre, on bricole, on improvise et, souvent,…

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