« Danser brut ». Le titre de l’exposition du Lille art Musée (LaM), à Villeneuve-d’Ascq, claque sec. Il propulse une énergie qui fuse sans prévenir. Il trace aussi le périmètre d’action d’un accrochage qui tire des bords entre gestes volontaires et involontaires, conscients et inconscients en abordant les danses de possession et les phénomènes pathologiques.
Ce parapluie thématique permet de rassembler, en les juxtaposant parfois, des œuvres variées comme des dessins du chorégraphe Vaslav Nijinski (1889-1950), exécutés dans les années 1915-1917 avant qu’il soit interné, des vidéos de la danseuse expressionniste allemande Valeska Gert (1892-1978), mais aussi des clichés de patientes épileptiques soignées par Jean-Martin Charcot à la Salpêtrière à partir de 1870 et des dessins d’art brut signés par l’Américain Lewis Smith (1907-1998).
Pleine de péripéties visuelles, avec plus de 300 œuvres, dessins, peintures, photos et films, et paradoxalement fluide dans sa circulation, l’exposition, sous la houlette de Savine Faupin et de Christophe Boulanger, égrène une série de chapitres autour du tournoiement, des mouvements ordinaires et extraordinaires, des rapprochements entre hystérie et burlesque… « “Danser brut” donne à voir des gestes non catalogués comme gestes de danse et rarement enregistrés, précisent les commissaires. Certains restent invisibles, car ils n’ont pas été photographiés, ni dessinés ni filmés. D’autres existent par des témoignages. »
Le LaM possède le plus important ensemble d’art brut en France avec près de 3 500 œuvres de 170 créateurs français et étrangers
Le psychiatre Jean Oury, présent à travers une vidéo, évoque par exemple, dans son livre Création et Schizophrénie,la pirouette sur lui-même qu’exécutait un patient, placé sous une gouttière percée, à chaque fois qu’une goutte d’eau tombait.
La collection d’art brut du LaM, qui possède le plus important ensemble en France…
Tribune. Les couples dictature/dirigisme économique et libéralismes économique et politique ont rarement fonctionné de pair en Amérique latine. Au moins depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Au gré de circonstances nationales et régionales, articulées sur les rapports de force globaux, le constat est celui de toutes sortes de possibles, croisant et mêlant les contraires.
Le 7 octobre 2018 un candidat au programme radicalement à droite a pris le dessus au premier tour de l’élection présidentielle brésilienne. Jair Bolsonaro propose une interprétation de la démocratie qui marie libéralisme économique et autoritarisme prétorien. Par l’un, il entend la privatisation des entreprises d’Etat pour réduire la dette publique de 20 %, l’équilibre budgétaire dès la première année, une baisse d’impôts pour ceux « qui paient beaucoup », et donc la révision des dépenses sociales. Quant à l’autoritarisme prétorien, il repose sur un recours maximal à la violence de la puissance publique. Au nom de la légitime défense, le port d’armes sera généralisé.
Cette combinaison de libéralisme économique couplé à un discours autoritaire et moralement traditionaliste est l’une des expressions possibles de la mixité idéologique qui a le plus souvent dominé l’espace sous-continental latino-américain. La recherche d’une troisième voie entre capitalisme et communisme est une autre constante.
Proximité des Etats-Unis, dialectique de la guerre froide
La démocratie autoritaire, très souvent centrée sur le charisme d’un homme fort, allant de pair avec une économie de marché dirigée, a été une greffe dominante dans les années 1950. L’Argentine du général Juan Domingo Péron, le Brésil de Getulio Vargas, le Mexique des présidents du PNR/PRI, ont favorisé les théoriciens économiques privilégiant la construction d’un marché interne protégé, afin de doter leurs pays de secteurs à forte valeur ajoutée. Ils ont à cet effet puisé initialement dans…
Joseph Haydn L’Ours Le Concert de la Loge, Julien Chauvin (violon et direction)
Aussi attractif (programme recherché mais divertissant, interprétation experte mais vivifiante) que les précédents, le troisième volume de l’intégrale des six symphonies dites « parisiennes », que Joseph Haydn a composées entre 1785 et 1786 à l’intention du Concert de la Loge olympique, démontre que L’Ours n’est pas moins élégant que La Reine ni moins remuant que La Poule, les deux pages de la série déjà enregistrées. Plus justifié à l’écoute que celui des symphonies de Haydn, le titre de la Symphonie concertante mêlée d’airs patriotiques (1794) de Jean-Baptiste Davaux tient toutes ses promesses, avec de savoureuses variations sur La Marseillaise et La Carmagnole. Quant à la Symphonie concertante (1789) de François Devienne, elle permet à Julien Chauvin de renouer avec une pratique révolue sinon révolutionnaire, en permettant (captation live) au public d’applaudir entre les divers solos. Pierre Gervasoni
Maurane avait fait ses débuts, à la fin des années 1970, en chantant Jacques Brel et songeait depuis plusieurs années à lui consacrer un album. Elle avait commencé à y travailler avant sa mort, le 7 mai. Ce Brel par Maurane a été finalisé par sa fille, Lou Villafranca, avec Philippe Decock, le pianiste de la chanteuse. Maurane est ici en distance très juste par rapport à la dramaturgie, la théâtralité que l’on pouvait entendre chez Brel. Tantôt presque rieuse (Vesoul, Rosa), tantôt rêveuse (Je ne sais pas, La ville s’endormait, Une île), dans une grande exactitude d’émotion lorsqu’elle aborde les thèmes les plus poignants du répertoire de Brel (La Chanson des vieux amants, Quand on a que l’amour, Ne me quitte pas). Avec piano, guitare acoustique, contrebasse, une formation de cordes pour deux thèmes, ici et là, une trompette, un bugle, des percussions… Les arrangements de Lou Villafranca et Philippe Decock constituent un précieux écrin musical à ces derniers chants de Maurane. Sylvain Siclier
Sept mois après Toute latitude, marquant un retour aux amours électroniques, Dominique A livre son deuxième album de l’année, jumeau par sa thématique (le temps, l’enfance, les paysages), puisque les textes ont été écrits au même moment. Après les brisures rythmiques, place à une veine aussi élégiaque mais plus mélodique, autour des arpèges et des boucles d’une guitare espagnole, qui se déroulent comme pour rappeler une entêtante absence, celle de Leonard Cohen, dont la mort, le 7 novembre 2016, a inspiré la magnifique chanson d’ouverture, La Poésie. Rehaussé de claviers new wave évanescents et d’une machinerie légère, ce disque en solitaire confirme, a contrario de son titre, la solidité d’une écriture dénuée d’effet de manches (Le Grand Silence des campagnes, J’avais oublié que tu m’aimais autant) et la beauté sensible et pudique d’un chant qui se laisse pourtant aller au vibrato sentimental (Comme au jour premier). L’écoute pourra être complétée par la lecture de Ma vie en morceaux (Flammarion, 222 p., 18 €), le cinquième livre publié par Dominique Ané (qui reprend son nom à l’état civil quand il écrit), récit d’épisodes de son existence à travers 26 de ses chansons, du Courage des oiseaux,ce tube générationnel underground, au Ruban, évocation des civils pendant la deuxième guerre mondiale, une des plus belles réussites de La Fragilité. Bruno Lesprit
Sniper avait marqué le rap français des années 2000, avec des titres comme Gravés dans la roche ou Sans repères. La force de ce trio repose sur la combinaison de voix assez distinctes et une acuité avec sa génération. Séparé une première fois en 2007, il réussit un retour gagnant avec ce cinquième album en s’associant avec de jeunes beatmakers comme Seezy (remarqué sur les albums de Vald, il signe ici les meilleurs morceaux,Je suis, Le doigt où ça fait mal, Sablier, Ça va alleravec Soprano), William Chauvet et l’incontournable Dany Synthé. La qualité des textes va avec la sincérité, Aketo n’hésitant pas à revenir dans Je suis sur le passage à vide (« J’ai perdu confiance en moi, pointé à Pôle emploi »). Jusque-là abonné aux refrains, Blacko signe un couplet acerbe sur les nouveaux rappeurs : «MC décérébré, génération dégénérée, haine et bêtises célébrées. » Réjouissant. Stéphanie Binet
Si prolifique depuis ses débuts – My Aim Is True (1977) –, Elvis Costello nous avait laissés sans nouvelles depuis 2013 et son album collaboratif avec les virtuoses R’n’B de The Roots, Wise Up Ghost. La faute à un pépin de santé, mais aussi, sans doute, à un poil d’amertume face à l’insuccès de ses dernières productions. Il faut dire que, piégé par sa soif d’embrasser tous les genres (jusqu’à la musique contemporaine) et une conscience trop démonstrative de son encyclopédisme pop, cet exceptionnel songwriter avait perdu de sa magie. Comme revigoré par ce break, l’ancien leader des Attractions (devenus les Imposters) étincelle à nouveau dans Look Know. Retrouvant lisibilité mélodique, pertinence émotionnelle et malice narrative, l’Anglais à la voix râpeuse aligne un sans-faute de 12 titres, puisant avec délice dans sa passion pour l’aristocratie de la musique populaire (deux chansons à nouveau composées avec le maître Burt Bacharach, avec qui il cosigna Painted From Memory, en 1998 ; une autre écrite, il y a vingt-cinq ans, avec Carole King) et ses souvenirs de jeunesse (le « beatlemaniaque » Under Lime, le très Stax Mr. and Mrs. Hush, de parfaites ballades vintage telles Stripping Paper ou Photographs Can Lie). Boosté par une vitalité qui permet à ce 34e album de s’approcher d’anciens sommets tels This Year’s Model, Get Happy ! ou Imperial Bedroom. Stéphane Davet
Fort séduisant, cet album composé de dix nouveaux titres sera le dernier, prévient la star malienne, qui fêtera ses 70 ans en 2019. Officiellement, pour justifier cette retraite, Salif Keita parle de lassitude par rapport aux contraintes de la vie de chanteur, tout en rassurant son public – il ne décrochera pas complètement de la scène. Pour cet enregistrement, il a voulu faire les choses en grand. D’où le nombre d’invités renommés (MHD, Alpha Blondy, Angélique Kidjo, Yemi Alade, Ladysmith Black Mambazo), la liste impressionnante de musiciens et vocalistes se succédant au fil des différentes chansons (dont Paco Sery, Alune Wade, Hervé Samb, Cheick Tidiane Seck, Jean-Philippe Rykiel, Julia Sarr…). Des artistes avec qui Salif Keita a fraternisé à un moment ou l’autre de sa longue carrière (quasiment un demi-siècle). La voix est toujours magnifique et bouleversante, même si l’on aurait aimé que fût évité l’usage épisodique du vocoder et autres trucages électro. Patrick Labesse
Juninho s’est indigné du soutien affiché par Ronaldinho au candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, aux portes du pouvoir.
Juninho
Retraité responsable. Juninho ne s’était jamais fait remarquer par ses prises de position politique. Mais la probable victoire de Bolsonaro l’a fait sortir de ses gonds : « Je comprends l’athlète qui joue toujours et qui préfère ne pas se positionner. Mais un ancien athlète qui a une bonne qualité de vie et qui ne s’engage pas dans la situation du pays, c’est inadmissible », a-t-il déclaré à El País.
Indigné. Dans cette même interview, il tacle son ancien coéquipier, Ronaldinho : « Beaucoup de Brésiliens ignorent que d’autres ont été torturés et assassinés pendant la dictature. Je m’énerve quand je vois un ex-joueur de football voter pour l’extrême droite. Nous avons été élevés au sein du peuple. Comment l’oublier ? »
Star humble. Juninho Pernambucano, 43 ans, né à Recife, s’est révélé dans l’un des clubs mythiques de Rio de Janeiro, Vasco de Gama, dont il fut une idole dans les années 1990. Fidèle, le milieu de terrain y retournera au crépuscule de sa carrière. Il compte également quarante-quatre sélections en équipe nationale brésilienne.
Roi de Lyon. Arrivé en France en 2001, il fut sept fois champion de France avec l’Olympique lyonnais dont il est considéré comme le meilleur joueur de tous les temps et pour lequel il a inscrit cent buts. Il s’est notamment distingué par la qualité de ses coups francs, soixante-quinze marqués au cours de sa carrière.
Ronaldinho
Retraité illuminé. « Pour un Brésil meilleur, je désire la paix, la sécurité et quelqu’un qui nous redonne de la joie », a martelé Ronaldinho qui s’est fait photographier avec un maillot portant le numéro 17, le code de Bolsonaro sur les urnes électroniques. Personne n’a été surpris au Brésil. Après sa retraite sportive, le joueur a rejoint un parti évangélique de la droite conservatrice pro-Bolsonaro.
Influent. Ronaldinho a été suivi dans son soutien politique pour Bolsonaro par une dizaine d’autres joueurs célèbres dans ce pays où la parole d’un footballeur pèse des tonnes. Rivaldo, Taffarel, Edmundo ou Cafu, chez les anciens, se sont déclarés en faveur du candidat d’extrême droite. Felipe Melo, Alisson Becker, Gabriel Jesus ou Lucas Moura, toujours en activité, ont fait de même.
Icône tapageuse. Ronaldo de Assis Moreira, né il y a trente-huit ans à Porto Alegre, dans un milieu modeste, fut un numéro 10 à la technique de dribble géniale. Reconnu comme étant l’un des plus grands joueurs de tous les temps, il a remporté le Ballon d’or en 2005, compte 97 sélections, mais a vu sa carrière polluée par un tempérament festif insatiable.
Idole à Paris. Avant de rejoindre le FC Barcelone pour devenir une star internationale, il évolue deux saisons au PSG. Ses relations orageuses avec l’entraîneur francilien, Luis Fernandez, n’empêchent pas le petit Brésilien de devenir la coqueluche du Parc des Princes.
Archétype, avec son confrère guitariste de l’Oklahoma J.J. Cale (1938-2013), de l’attitude et du style laid-back (décontracté) dans le country-rock américain, Tony Joe White est mort, mercredi 24 octobre, d’une crise cardiaque à son domicile de Leiper’s Fork, village du Tennessee.
Agé de 75 ans, ce musicien discret et taciturne venait de publier, fin septembre, un album de blues, Bad Mouthin’ (Yep Roc Records), du nom de la toute première chanson née de sa plume, en 1966, restée inédite. Dans ce disque à dominante acoustique, produit par son fils, et minimaliste (le chant, la guitare et l’harmonica de Tony Joe White, à l’occasion accompagnés d’une basse et d’une batterie), il citait, à côté de quelques compositions originales, ses sources : son modèle pour la six-cordes, Lightnin’ Hopkins, les maîtres du boogie John Lee Hooker et de l’électricité Jimmy Reed.
Musique des marais de Louisiane
Le nom de Tony Joe White reste d’abord associé à un classique, Polk Salad Annie, qui devait définir en 1969, avec les hits de Creedence Clearwater Revival (Born On The Bayou, Proud Mary, Green River), le swamp rock, cette musique des marais de Louisiane, fantasmés dans le cas du Californien John Fogerty, tout à fait empiriques pour Tony Joe White.
Enregistré dans les studios de Muscle Shoals (Alabama), alors sanctuaire de la fusion fertile entre le rhyhm’n’blues et la country, Polk Salad Annie débute par un groove énergique et le grognement d’un homme qui semble avoir été surpris pendant sa sieste. Sa guitare imite, selon son expression, « le sifflement du boomerang » et les cuivres coassent comme un chœur de batraciens. Les paroles composent une fable autour d’une miséreuse ramassant des légumes locaux accommodés en salade, dont la méchante mère-grand a été dévorée par les alligators. Publiée chez Monument, le label de Roy Orbison, Polk Salad Annie connaît…
Aliou Cissé, le sélectionneur du Sénégal, n’a effectué que deux changements pour le déplacement sans enjeu en Guinée équatoriale, dans le cadre de la 5eme journée des éliminatoires de la CAN 2019. Les Lions de la Téranga font partie des quatre équipes qui sont déjà qualifiées. Le latéral gauche Adama Mbengue et le milieu récupérateur Alfred N’Diaye sortent du groupe. Racine Coly, en profite pour être rappelé, tandis que le milieu de terrain de Saint-Etienne, Assane Diousse, signe son retour.
Les 23 Lions de la Teranga :
Gardiens de but : Abdoulaye Diallo (Rennes, France), Alfred Gomis (SPAL, Italie), Edouard Mendy (Reims, France).
Karl Toko Ekambi, ancien joueur d’Angers, dernier Prix Marc Vivien-Foé, a permis à Villarreal de facilement disposer du Rapid Vienne (5-0) jeudi 26 octobre en Ligue Europa. Il a été l’auteur d’un but et de deux passes décisives. L’international camerounais confirme tout son potentiel en Espagne.
C’est un Karl Toko Ekambi des grands jours qui s’est illustré jeudi 25 octobre avec Villarreal en coupe d’Europe (Ligue Europa). Face au Rapid Vienne, le dernier Prix Marc-Vivien Foé a été l’auteur de deux passes décisives et d’un but (5-0).
L’international camerounais avait inscrit son premier but de la saison en Ligue Europa à Moscou contre le Spartak lors de la deuxième journée. Dans le championnat espagnol, Karl Toko Ekambi a inscrit 2 buts en neuf rencontres.
Cet été, Toko Ekambi a quitté Angers et la première division française pour Villarreal et l’Espagne avec un transfert de 18 millions d’euros. La saison dernière, il a marqué les esprits avec 17 buts. Il confirme aujourd’hui, à 26 ans, son potentiel.
Karl Toko Ekambivoulait goûter au niveau européen
Karl Toko Ekambi était sorti de 3e division (Paris FC) en 2014 pour rejoindre la Ligue 2 et le club de Sochaux afin de lancer sa carrière. Dans le Doubs, il était rapidement devenu un titulaire indiscutable qui enchaînait les buts. En deux saisons, il avait ainsi joué 82 matches pour 26 buts.
Karl Toko Ekambi s’était ensuite engagé en juin 2016 avec Angers. Là-bas, il avait même participé à une finale de Coupe de France qu’il avait perdu face au Paris Saint-Germain (1-0).
Au moment de recevoir le Prix Marc Vivien-Foé, le Lion indomptable avait dit : « C’est ma meilleure saison en termes de statistiques et de régularité. Et puis, c’est une saison en Ligue 1. J’évoluais auparavant en 3e puis 2e division. Donc, je pense que c’est ma meilleure saison pour l’instant. » Et d’ajouter : « J’ai fait deux saisons à Angers. J’y ai vécu de belles aventures. Maintenant, j’aspire à goûter au haut niveau européen, que ce soit en France ou à l’étranger ».
Le gamin qui a grandi dans le 13e arrondissement de Paris, et qui n’a pas connu le parcours classique d’un joueur de football, brille comme il le souhaitait au niveau européen. Dimanche prochain, lors du déplacement au Deportivo Alavés en championnat espagnol, Karl Toko Ekambi tentera de continuer sur cette lancée.
Sur l’homosexualité, la sécurité, la place des femmes ou le (non-) contrôle des armes, Jair Bolsonaro a des idées assez arrêtées. Mais quand il est question de football, celui qui pourrait devenir le prochain président du Brésil, ce dimanche 28 octobre à l’issue du second tour l’opposant à Fernando Haddad, ratisse plus large. Le candidat en tête des sondages déclare officiellement deux clubs de cœur : Palmeiras et Botafogo. Une équipe de Sao Paulo et une autre de Rio de Janeiro, histoire de ne pas faire de jaloux. Mais il a aussi été aperçu avec le maillot du Vasco de Gama et de Flamengo.
Bolsonaro es hincha del Flamengo, el Botafogo, el Vasco y el Palmeiras. https://t.co/Pl1K5PIn4Q
— mc__ (@matías castañeda ????)
Bolsanaro aime le football et certains joueurs le lui rendent bien. Et pas des moins connus. Le 6 octobre, Ronaldinho affiche son soutien au candidat d’extrême droite sur les réseaux sociaux.« Pour un Brésil meilleur, je désire la paix, la sécurité et quelqu’un qui nous redonne de la joie. J’ai choisi de vivre au Brésil et je veux un Brésil meilleur pour tous », écrit le Ballon d’or 2005 sur son profil suivi par 18 millions d’internautes.
Sur le papier, la convergence des idées paraît étonnante entre l’ancienne vedette du FC Barcelone, connue pour son mode de vie hédoniste, et le capitaine de réserve de l’armée brésilienne de 63 ans. Mais « Ronnie » est loin d’être le seul ancien ou actuel international à rouler pour le candidat du Parti social-libéral (PSL). Cafu, double champion du monde (1994 et 2002), affiche aussi son soutien à Bolsonaro dans une vidéo, Rivaldo (Ballon d’or en 1999) évoque, lui, sa « joie de savoir que le Brésil se réveille et de constater que Jair Bolsonaro est le candidat idéal pour notre pays ».
Lucas (ancien attaquant du PSG, aujourd’hui à Tottenham) n’hésite pas de son côté à répondre sur son compte Twitter aux internautes qui le critiquent (et l’insultent parfois) pour son engagement politique : « Vous voulez faire quoi face aux bandits ? Il [Bolsonaro] ne promeut pas la violence, il promeut la justice et que les malfrats aient peur de la police. »
Un but dédié à Bolsonaro
Si ces soutiens sont récents et accompagnent la fulgurante ascension du député fédéral de Rio de Janeiro, Jadson (8 sélections) affichait ses opinions dès 2017, quand Bolsonaro n’était encore perçu que comme un épiphénomène. « J’ai déjà vu des interviews de lui sur YouTube, ça m’a l’air d’être un gars correct. S’il se présente à la présidentielle, je voterai pour lui », déclarait celui qui pourrait assister à la victoire de son favori depuis la Chine, où il poursuit sa carrière.
Le milieu international de Palmeiras Felipe Melo est même allé jusqu’à dédier son but contre Bahia, le 16 septembre, à « notre futur président Bolsonaro ». Les dirigeants de Palmeiras n’ont pas sanctionné leur joueur alors que le tribunal supérieur de la justice sportive réfléchit encore à engager une action contre celui dont le surnom de « Pitbull » colle assez bien avec ses convictions.
Le football brésilien aurait-il viré à l’extrême droite ? A travers une très longue enquête, le site UOL Esporte tente de répondre à la question et donne aussi la parole à ces footballeurs séduits par Jair Bolsonaro. En décembre, UOL avait réalisé un sondage auprès de 111 joueurs de D1 et D2 au Brésil. Le leader du PSL arrivait déjà en tête avec 22,75 % des intentions de vote, très loin devant l’ancien président Lula (qui espérait encore pouvoir se présenter) avec 5,4 %.
La corruption qui frappe la classe brésilienne depuis des années est un des arguments avancés par les joueurs pour défendre un candidat nostalgique des années de dictature (1964-1985) et dont le nom est pourtant apparu furtivement dans le scandale dit « Lava Jato » en 2017.
« Ce qui m’a séduit, c’est qu’on parle d’un candidat propre », s’avance l’attaquant Carlos Alberto. Ephémère espoir quand il remportait la Ligue des champions avec Porto en 2004, l’actuel joueur de Paranaense développe :
« Bolsonaro n’est à la solde de personne, il est le seul à pouvoir faire bouger les choses. Il ne va pas tout résoudre d’un claquement de doigts et a des faiblesses sur certains sujets, mais il sera appuyé par des spécialistes comme le grand économiste Paulo Guedes. Il est le seul capable de se battre contre le système en place. »
Ordre, sécurité et religion
Le discours sécuritaire de Bolsonaro touche aussi des joueurs pour certains issus des « favelas », qui ont vécu de près ce mal brésilien qu’est la violence urbaine. Sa phrase choc « un bon bandit est un bandit mort » trouve un certain écho chez des footballeurs comme Felipe Melo, « qui a vécu pendant des années loin du Brésil, en Europe où le sentiment de sécurité est plus important et le retour au pays l’a confronté de nouveau à une réalité bien différente », analyse la journaliste d’UOL Luiza Oliveira. « La majorité des joueurs ici viennent des classes défavorisées et nous voyons bien que les gens sont fatigués de subir certaines choses », poursuit Carlos Alberto.
La question religieuse porte aussi dans un milieu où le courant évangéliste est très bien implanté. « Les joueurs y attachent beaucoup d’importance, ils s’identifient à ce genre de discours, observe le sociologue Marcel Diego Tonini, interrogé par 20 Minutes.Bolsonaro a aussi un programme machiste qui rencontre un franc succès dans un milieu très “viriliste”, où sa violence verbale est aussi très bien vue. »
L’esprit de Socrates paraît bien loin. En 1983 alors que l’armée dirige encore le pays, la star des Corinthians (Sao Paulo) instaure avec ses camarades « la démocratie corinthienne ». Chaque décision – à commencer par le choix de l’entraîneur – est prise à main levée par des joueurs qui affichent leur soutien au mouvement Diretas Jà en faveur d’élections démocratiques.
« Les temps ont changé. C’était il y a trente-cinq ans et ce fut une parenthèse qui ne s’est jamais reproduite. Le foot a finalement toujours été très conservateur ici », déplorait dans un entretien à L’Equipe Tostao, homme de gauche et champion du monde en 1970.
Disparu en 2011, Socrates n’est pas là pour voir son pays se jeter – peut-être – dans les bras d’un militaire pro-torture. Mais son esprit vit encore à travers les Gavioes da Fiel. Le principal groupe de supporteurs des Corinthians (100 000 membres) profite de tous les matchs pour manifester son hostilité à Bolsonaro. Il a été rejoint depuis par des groupes rivaux comme ceux des clubs de Santos, Flamengo ou Palmeiras.
L’exception Juninho
« Les joueurs sont aujourd’hui rares à parler politique. Mais ceux qui le font sont à l’image du reste de société brésilienne », analysait pour Le Monde le 6 juillet Marco Antonio Carvalho Teixeira, professeur de sciences politiques à la Fondation Getulio-Vargas de Sao Paulo. Un ancien international a pris depuis position pour appeler à faire barrage à celui qu’on surnomme « le Trump brésilien ». Légende de Gerland depuis son passage à Lyon entre 2001 à 2009, Juninho appelle à voter pour Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs, pour faire barrage à Bolsonaro.
Dans un entretien àEl Pais, le roi du coup franc direct s’adressait aux joueurs séduits par les sirènes du « bolsonarisme ».
« Beaucoup de Brésiliens ignorent que d’autres ont été torturés et assassinés pendant la dictature. C’est désespérant de voir des gens soutenir les interventions militaires. L’armée existe pour défendre le pays, protéger les frontières, mais pas pour tuer les Brésiliens dans les favelas. Ils n’ont pas été formés pour cela. Ils disent que je défends le voleur. Mais le peuple doit arrêter avec cette manière de penser que tout crime est égal. L’assassinat est une chose, le vol en est une autre. Je ne peux pas mettre un jeune de 18 ans qui a volé dans une prison. Car quand le mec sort de prison, il veut se venger de la société. C’est pour cela que je m’énerve quand je vois un ex-joueur de football voter pour l’extrême droite. Nous venons d’en bas, nous avons été élevés au sein du peuple. Comment l’oublier ? Comment être de ce côté ? Tu vas soutenir Bolsonaro, mon frère ? »
Réponse ce dimanche 28 octobre après le match le plus important auquel le Brésil va assister – et participer – depuis la fin de la dictature.
L’humoriste et comédien est sur la scène de L’Européen à Paris, chaque mardi et mercredi, jusqu’au 21 novembre.
Par Sandrine BlanchardPublié hier à 16h30, mis à jour hier à 19h07
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En cet automne, Marc Fraize se régale. La patience de cet humoriste clownesque, qui a sillonné les salles de province pendant des années, est aujourd’hui récompensée. Alors il est heureux et ne s’en cache pas. Heureux de partager ses semaines entre Paris – où il joue chaque mardi et mercredi son inoubliable personnage lunaire et ingénu sur la scène de L’Européen – et Bourgvilain, un village de Saône-et-Loire où il vit avec sa femme, institutrice, et ses deux enfants. Heureux aussi des « cadeaux » que lui fait depuis peu le cinéma en lui offrant des seconds rôles remarqués (Problemos,d’Eric Judor, Le Redoutable,de Michel Hazanavicius, Au poste !,de Quentin Dupieux).
« Je suis gâté en ce moment et je n’ai pas besoin de plus », résume ce comédien qui, avec son air de débarquer de nulle part, déboussole le public par son jusqu’au-boutisme et sa sincérité enfantine. Son personnage de Monsieur Fraize, qu’il interprète depuis dix-sept ans, s’est bonifié, enrichi et s’inscrit à rebours de la scène humoristique actuelle, où les vannes doivent fuser toutes les quatre secondes. Lui a pris le contre-pied de cette mode. « Je suis un enfant de Coluche, de Mister Bean, de Bourvil, de ces personnages antihéros. C’est ce qui m’a donné envie de faire rire », explique-t-il.
Marc Fraize, humoriste : « Je suis un enfant de Coluche, de Mister Bean, de Bourvil, de ces personnages antihéros »
Marc Fraize est comme son personnage, d’une franchise déconcertante, sympathique et attachant. Hermétique au show-biz, il a quitté sans regret, en 2011, le plateau d’On ne demande qu’à en rire, sur France 2, refusant de se plier au format et au rythme de l’émission. « Je plais beaucoup aux déçus de l’humour, à ceux qui le voient se formater et devenir un business, constate-t-il avec lucidité. J’ai un style à part, hors cadre et je ne cherche pas le pognon. »